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Lieux de mémoire et oralité

Places of memory and orality

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Publié le lundi 14 novembre 2016 par Elsa Zotian

Résumé

Dans les sociétés à traditions orales comme celles d’Afrique, comment sont transmises les connaissances sur les lieux de mémoire ? Quelles sont les apports de la mémoire dans la connaissance sur ces lieux ? Quelles sont les traces écrites de cette oralité développée sur ces lieux de mémoire ? Les objectifs majeurs de ce colloque sont donc de : permettre aux chercheurs de réfléchir sur une approche conceptuelle des vocables « lieux de mémoire » et « oralité » ; offrir un cadre de discussion, de réflexion et de concertation pour des échanges fructueux entre chercheurs venant de disciplines et d’horizons divers ; permettre, autour de cette thématique, des échanges d’expériences et d’expertises entre chercheurs de la sous-région d’Afrique de l’Ouest et ceux venant d’ailleurs.

Annonce

Argumentaire

L'expression "lieux de mémoire" est apparue dans les années 1980, à la suite de la publication de l'ouvrage éponyme de l'historien français Pierre Nora. Elle désigne, notamment, des lieux liés à certains événements exceptionnels du passé, dont les communautés ont choisi d'entretenir le souvenir. De ce point de vue, les lieux de mémoire représentent un ensemble assez hétérogène dans lequel on trouvera aussi bien des espaces où se sont effectivement déroulés des événements importants (par exemple un champ de bataille - à proximité duquel seront généralement enterrés les corps des soldats tombés lors de l'affrontement) que des monuments symbolisant des événements ne s'étant pas forcément déroulés sur place (tel est souvent le cas d'un mémorial). «Ce sont d’abord des restes. La forme extrême où subsiste une conscience commémorative dans une histoire qui l’appelle, parce qu’elle l’ignore. (…) Musées, archives, cimetières et collections, fêtes, anniversaires, traités, procès-verbaux, monuments, sanctuaires, associations, ce sont les buttes témoins d’un autre âge, des illusions d’éternité. (…)»[1].Pour Nora, ces lieux sont aussi les cadres de référence de valeurs et de repères communs, inscrivant dans le présent des monuments, des célébrations et des moments du passé saisis dans leur singularité et leurs significations propres.

À la suite de Pierre Nora, beaucoup de chercheurs ont réfléchi sur la même question ; il en est ainsi des  géographes qui vont en partie reprendre la problématique de la mémoire. Aux "lieux de mémoire" ils vont ainsi préférer "les hauts lieux". La référence toujours citée n’est donc pas nécessairement Les lieux de mémoire, mais elle passe plutôt par le volume sur les Hauts lieux paru dans la collection Autrement en 1990[2], voire par un recueil de textes par André Micoud. On trouve à la suite de cette appropriation de thèmes liés à la mémoire deux moments de la recherche. Le premier est représenté par Jean-Luc Piveteau qui, dès le début des années 1990, s’intéresse fortement aux relations entre mémoire, lieu et territoire.[3]Le deuxième moment est un retour des questionnements sur les temporalités en géographie, sur l’auto-organisation, ainsi que sur les géo-histoire.

En résumé, il convient de noter que des réserves ont été émises sur les travaux de Pierre Nora qui accordaient la part belle à la suprématie de la mémoire du lieu dès 1985 au cours du colloque de Châteauvallon. Cette rencontre scientifique  intitulée « une leçon d’histoire », en hommage à l’œuvre de Fernand Braudel, a consacré, de fait, la rupture entre géographie et histoire. Mais, il faut noter de plus en plus, dans les années 2000, avec les publications de certains intellectuels comme Benoît Cursente, Mireille Mousnier, Jean-Luc Fournier et d’autres[1], la défense du principe de transdisciplinarité entre ces deux sciences, comme pour dire qu’il est fondamental que le discours historique puisse donner une âme à un lieu.

Plus récemment, Somé et Simporé (2014)[2] abordent le sujet en  Afrique de l’Ouest en prenant comme point focal de la réflexion les Ruines de Loropéni, site du Burkina Faso inscrit en 2009 sur la liste du Patrimoine mondial de l'humanité. Ils interrogent,  au-delà de l'histoire du peuplement de l'Ouest africain, l'étude du patrimoine culturel africain sous le double angle du matériel et de l'immatériel, du naturel et de l'humain en symbiose et  soulèvent la question des enjeux de revendication des legs du passé par des communautés qui manipulent la mémoire et réinventent souvent leur propre histoire.

Ces repères culturels, lieux, pratiques et expressions issus d’un passé commun peuvent être concrets et tangibles, comme des objets ou monuments, mais ils peuvent aussi être immatériels, comme l'Histoire, la langue, les lieux sacrés et pratiques religieuses, les sanctuaires boisés et les sites symboliques, réels et/ou imaginaires ou plus globalement les traditions.

Tous les peuples du monde possèdent leurs propres méthodes de conservation et de transmission du passé, du présent et du futur. Ainsi, dans certaines communautés, les échanges oraux constituent l’essentiel de la communication. La connaissance et la transmission de ces lieux de mémoire se font donc par l’oralité qui, selon Peytard (1970)[3], est le caractère des énoncés réalisés par articulation vocale et susceptibles d’être entendus. Nous rassemblons sous ce terme d'oralité des éléments relevant du culturel et notamment de tradition orale, des phénomènes formels, proches ou caractéristiques du style oral, un espace symbolique qui réunit ces éléments culturels, marqués par l'oralité et ses manifestations langagières, propres à ce mode de communication.

Un certain nombre d’intellectuels (écrivains, historiens, anthropologues, sociologues, etc.) africains comme Amadou Hampâté Bâ, Joseph Ki-Zerbo, Elikia M’Bokolo, et français, tels que André Leroi-Gourhan, Robert Cornevin, Yves Person, Georges Balandier, ou encore anglais, comme Jack Goody pour ne citer que les plus emblématiques, spécialistes des traditions orales des civilisations de l’Afrique noire, ont souligné dans leurs écrits l’importance de cette oralité dans la transmission de l’histoire, des us et coutumes.

Dans cette optique, les chercheurs  pourraient faire suite aux questionnements suivants : Dans les sociétés à traditions orales comme celles d’Afrique, comment sont transmises les connaissances sur ces lieux de mémoire ? Quelles sont les apports de la mémoire dans la connaissance sur ces lieux ? Quelles sont les traces écrites de cette oralité développée sur ces lieux de mémoire ?

Notes

[1]Benoit Cursente, et Mireille Mousnier (sous la direction de.), Les territoires du médiéviste, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2005 ; Jean-Luc Fray et Céline Perol (sous la direction de.), L’historien en quête d’espaces, Clermont-Ferrand, Presses universitaires Blaise Pascal, 2004 ; Jean-Claude Waquet, Odile Georg et Rebecca Rogers (sous la direction de.), Les espaces de l’historien, Strasbourg, Presses universitaires de Strasbourg, 2000.

[2] Magloire Somé , Lassina Simporé, (sous la direction de). Lieux de mémoire, patrimoine et histoire en Afrique de l’Ouest, Paris, Editions des archives contemporaines, 2014.

[3]Jean Peytard, , 1970, « Oral et scriptural : deux ordres de situations et de description linguistiques », Langue Française 6, pp. 35-39.

[1] Pierre Nora, (sous la direction de). Les lieux de mémoire, vol. 1, Paris, Quarto-Gallimard, 1997.

[2] Hauts lieux, une quête de racines, de sacré, de symbôles, Autrement, série mutations, n° 115, mai 1990.

[3] Jean-Luc Piveteau, “L’épaisseur temporelle de l’organisation de l’espace : « palimpseste » et « coupe transversale »”, Géopoint 90, Avignon, Géopoint, 1992 pp. 211-220 ; “Géographie et histoire, même débat”, UKPIK, Cahiers de l’institut de géographie de Fribourg, 1991, n°8, pp. 127-131 ; “Le territoire est-il un lieu de mémoire”, L’espace géographique, 1995-2, pp. 113-123.

Objectifs

Les objectifs majeurs de ce colloque sont donc de:

  • permettre aux chercheurs de réfléchir sur une approche conceptuelle des vocables « lieux de mémoire «  et « oralité » ;
  • offrir un cadre de discussion, de réflexion et de concertation pour des échanges fructueux entre chercheurs venant de disciplines et d’horizons divers ;
  • permettre, autour de cette thématique, des échanges d’expériences et d’expertises entre chercheurs de la sous-région d’Afrique de l’Ouest et ceux venant d’ailleurs…

Axes de communication

Les communications pourront s’inscrire, entre autres,  dans les axes suivants :

  • Lieux de mémoire et oralité : approche conceptuelle ;
  • Lieux de mémoire, histoire et oralité ;
  • Lieux de mémoire, archéologie et oralité ;
  • Lieux liés à la mémoire de l'esclavage ;
  • Lieux liés à la mémoire de la colonisation ;
  • Lieux liés à la mémoire des deux conflits mondiaux ;
  • Lieux sacrés et  pratiques religieuses imaginaires comme lieux de mémoire ;
  • Sites symboliques, réels et/ou imaginaires comme lieux de mémoire ;
  • Tourisme de mémoire et oralité ;
  • Musées, mémoire et oralité.

Informations générales

Le colloque donnera lieu à la publication des Actes.

Date du colloque: 21 au 23 novembre 2016

Lieu du colloque: siège du Celhto, Niamey (Niger)

Ouverture des soumissions des textes : 24 octobre 2016

Date limite de réception des textes : 19 novembre 2016

Conditions de soumission

Les textes doivent s’inscrire dans la thématique prévue. Ils doivent comporter : le titre de la communication, les noms et  prénoms du/des auteur(s), l’institution d’attache, les contacts (tél., e-mail), un résumé n’excédant pas 300 mots, les mots clés (cinq au maximum) et un texte n’excédant pas vingt pages (sources et références bibliographiques comprises).

 Les textes seront rédigés selon les normes de la revue Les Cahiers du CELHTO. (En annexe).

Les articles complets sont attendus à l’adresse suivante : publications@celhto.org(avec copie à tukofo@yahoo.com)

au plus tard le 19 novembre 2016.

Comité scientifique

  • M. Hugues MOUCKAGA, Professeur Titulaire, Histoire, Université Omar Bongo de Libreville, Gabon ;
  • M. Magloire SOMÉ, Professeur Titulaire, Histoire, Université de Ouagadougou, Burkina Faso ;
  • M. Oumarou Amadou IDE, Directeur de Recherches, Préhistoire/Archéologie, Université Abdou Moumouni, Niamey, Niger ;
  • M. Edinam KOLA, Maître de Conférences, Géographie, Université de Lomé, Togo ;
  • M. Moussa HAMIDOU TALIBI, Maître de Conférences, Philosophie, Université Abdou Moumouni, Niamey, Niger ;
  • M. Koffi Nutefé TSIGBE, Maître de Conférences, Histoire, Université de Lomé, Togo ;
  • M. Komi Nkégbé Fogâ TUBLU, Coordonnateur du CELHTO-UA, Niamey, Niger.

Comité d'organisation

  • M. Komi Nkégbé Fogâ TUBLU, Coordonnateur du CELHTO-UA, Niamey, Niger ;
  • M. Koffi Nutefé TSIGBE, Maître de Conférences, Histoire, Université de Lomé, Togo ;
  • M. Benjamin GNALÉGA, Chargé de programmes, CELHTO-UA, Niamey, Niger ;
  • M. Bamazi KASSALO, Documentaliste, CELHTO-UA, Niamey, Niger.

Lieux

  • Petit marché
    Niamey, Niger (878)

Dates

  • samedi 19 novembre 2016

Mots-clés

  • lieux de mémore, oralité, connaissance, transmission

Contacts

  • Komi TUBLU
    courriel : celhto [at] africa-union [dot] org

URLS de référence

Source de l'information

  • Komi TUBLU
    courriel : celhto [at] africa-union [dot] org

Pour citer cette annonce

« Lieux de mémoire et oralité », Colloque, Calenda, Publié le lundi 14 novembre 2016, http://calenda.org/382596