AccueilLa technologie dans les activités humaines aujourd’hui : l’apport philosophique en éthique et en théorie politique

La technologie dans les activités humaines aujourd’hui : l’apport philosophique en éthique et en théorie politique

Technology in human activities today - the contribution of philosophy to ethics and theory

Revue « Recherches sur la Philosophie et le Langage »

Recherches sur la Philosophie et le Langage journal

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Publié le jeudi 01 décembre 2016 par Céline Guilleux

Résumé

Ce numéro des Recherches sur la Philosophie et le Langage concerne l’apport de la philosophie en matière d’éthique et de théorie politique à propos des évolutions de l’activité humaine (dans sa variété), tant en matière d’avancées techniques dans des domaines particuliers que compte tenu de l’affirmation de la société de haute technologie, où les dispositifs techniques font système pour l’activité humaine et où l’usager de la technique joue un rôle aussi important que son concepteur.

Annonce

Coordination

Numéro coordonné par Thierry Ménissier, Philosophie, Pratiques & Langages, Université Grenoble Alpes, thierry.menissier@univ-grenoble-alpes.fr

 Argumentaire scientifique

« La philosophie a […] tout intérêt à attendre de la pensée technique certains motifs de son renouveau […] »

(Guchet 2003 : 144)

Des révolutions techniques sont aujourd’hui en cours dans de nombreuses activités humaines, ainsi dans les domaines de la communication et de l’information, de la médecine, de la production industrielle, etc. Ces révolutions achèvent en quelque sorte le remplacement de la technique par la technologie, laquelle promeut le système technique comme vision du monde. Ce dossier d’articles se propose de faire entendre la voix de la philosophie à propos des relations entre techniques-technologie et activité humaine d’aujourd’hui. Le savoir philosophique apparait ici largement requis, tant les points de vue possibles apparaissent nombreux.

Le point de vue que la philosophie apparaît en effet susceptible d’adopter sur la technologie peut d’abord être épistémologique car il s’agit de caractériser celle-ci : la technologie est-elle « une science intermédiaire entre sciences de la nature et activités techniques » (Vérin 2007) ou bien  consiste-t-elle en un savoir d’un type nouveau, du fait de l’apport massif de la science dans la technique (Raynaud, 2016) ? Il peut également être anthropologique : les différentes activités humaines, autrefois centrées sur la production d’effets à partir du corps et de l’esprit humains, sont maintenant prises en charge et largement assistées par les machines, au point que, pour parler comme Simondon, le véritable « individu technique » est maintenant la machine (Simondon 1958 : 102) ; le corps humain lui-même est en voie se transformer en cyborg et se conçoit à travers des « avatars soma-techniques » qui en transforment la nature et peut-être en abolissent les limites (Haraway 1985 ; Andrieu 2011 ; Adorno 2012).

Le point de vue de la philosophie peut enfin, et évidemment, concerner l’éthique et la politique – mais précisément cet angle de vue attendu fait  particulièrement problème aujourd’hui : si la philosophie, classiquement requise pour distinguer les enjeux, pour définir ou inventer les concepts, ne peut se contenter d’annoncer la « catastrophe de la technique », en se faisant pour l’humanité chantre des méfaits annoncés d’une technique émancipée de tout contrôle (Heidegger 1958 ; Ellul 1954), pour autant, les règles éthiques, les valeurs morales et les principes politiques qui peuvent soutenir une telle approche sont encore largement à définir, spécialement dans le paysage francophone (Parrochia 2009), et en dépit de certaines recherches pionnières (Simondon 1983 ; Hottois 1984 ; Feenberg 1999 & 2002 ; Musso 2000 ; Rumpala 2013).

Ces dernières années, des domaines technoscientifiques de pointe ont donné matière à des élaborations philosophiques poussées du point de vue de l’éthique, d’abord dans les instances nationales d’évaluation de la science puis par le travail réflexif des philosophes (ainsi pour les nanotechnologies : voir CEST 2006 ; CNRS 2006 ; CCNE 2007 ; Bensaude-Vincent & Nurock 2010 ; Bensaude-Vincent 2015). Cependant, tandis que l’éthique appliquée a connu les durant les deux dernières décennies du XXème siècle un véritable renouveau avec l’apparition de la bioéthique, de l’éthique environnementale, de l’éthique des affaires et de l’éthique professionnelle, des développements comparables dans le domaine de l’éthique et de la philosophie politique des techniques et de la technologie ne sont pas apparus. Pourtant, on peut observer qu’aucun des domaines où s’est joué une redéfinition de l’éthique n’est séparable de la dimension technique, puisque la bioéthique est née sous l’effet de l’émergence de la techno-médecine contemporaine génératrice des progrès médicaux, l’éthique environnementale est issue de la prise de conscience du paradigme de la catastrophe (Dupuy 2002), l’éthique des affaires et l’éthique professionnelle sont nées sous l’effet de la complexification des marchés et des relations internes aux organisations, à partir du moment où les limites de décision et de la responsabilité humaines classiquement définies ont été atteintes par l’évolution des techniques et de la technologie.

Les contributions attendues par cet appel porteront sur l’éthique et la philosophie politique appliquée aux activités humaines telles qu’elles sont aujourd’hui assistées et transformées par la technique faisant système et valant déjà comme vision du monde. Il ne s’agit ni de se cantonner à l’éthique des ingénieurs (engineering ethics) telle qu’elle s’est développée dans les années 1980 à partir de l’aire nord-américaine et qui est liée à la déontologie d’une profession (Didier 2008), ni de spéculer sur des méta-principes qui seraient appelés à régir « d’en haut » la technologie ; avec ce dossier d’articles, il s’agit en se confrontant au terrain des innovations et en observant les pratiques, de déterminer les modalités de l’éthique et de la politique appliquée à l’activité assistée par la technologie. Les domaines de l’agriculture et de l’alimentation, de la médecine et du soin, de l’art militaire et de la guerre, de la production industrielle et de l’organisation managériale, de l’information, de la communication et de l’expression, tels qu’ils sont ou s’apprêtent à être transformés par la technologie peuvent par exemple être envisagés comme de tels terrains. Pour rappel, on attend d’une éthique appliquée ou d’une philosophie politique qu’elle « propose les contours normatifs d’un comportement acceptable en construisant une instance de jugement, positive à l’égard de certains comportements et négative pour d’autres. » (Pariente, Pesqueux & Pesqueux Simon 2010 : 318). Dans cette démarche, il sera possible de prendre notamment en compte les contenus axiologiques et les avancées normatives possibles liées aux promesses du concept récent d’« innovation responsable » (Responsible Innovation, cf. Owen, Macnaghten & Stilgoe  2012 ; Owen, Heintz & Bessant 2013).

Bibliographie

Adorno F.P., 2012 : Le Désir d’une vie illimitée. Anthropologie et biopolitique, Paris, Editions Kimé.

Andrieu B., 2011 : Les Avatars du corps. Une hybridation somatechnique, Montréal, Liber.

Bensaude-Vincent B. & Nurock V., 2010 : « Éthique des nanotechnologies » in Hirsch E. (éd.), Traité de Bioéthique  I. Fondements, principes, repères, Toulouse, Éditions Erès, p. 355-369.

Bensaude-Vincent B., 2015 : « Quelle éthique pour les nanotechnologies ? Bilan des programmes en cours » in Karmisch C. & Pinsart M.-G. (dir), Les nanotechnologies : vers un changement d'éthique ?, Bruxelles, MEM, p. 357-368.

CCNE 2007 : Questions éthiques posées par les nanosciences, les nanotechnologies et la santé, Comité Consultatif National d’Ethique pour les Sciences de la Vie et de la Santé, Avis n°96 : www.ccne-ethique.fr/sites/default/files/publications/avis096.pdf

CEST 2006 : Ethique et nanotechnologies. Se donner les moyens d’agir, Commission de l’éthique de la science et de la technologie, Québec, Avis adopté à la 25e réunion de la Commission de l’éthique de la science et de la technologie, le 14 juin 2006 : https://www.google.fr/search?q=%C3%A9(hique+et+nanotechnologies+qu%C3%A9bec+2006&ie=utf-8&oe=utf-8&client=firefox-b&gfe_rd=cr&ei=eOcSWMihNrPb8AfFxLTYBg#q=%C3%A9thique+et+nanotechnologies+qu%C3%A9bec+2006

CNRS 2006 : Avis Enjeux éthiques des nanosciences et nanotechnologies, auto-saisine du comité d’éthique du CNRS (COMETS), rendu le 12 octobre 2006 : www.cnrs.fr/comets/IMG/pdf/10-ethique-nanos.pdf

Didier Ch., 2008 : Penser l'éthique des ingénieurs, Paris, PUF.

Dupuy J.-P., 2002 : Pour un catastrophisme éclairé. Quand l'impossible devient certain, Paris, Editions du Seuil, 2002.

Ellul J., 1954 : La Technique ou l’enjeu du siècle, Paris, Armand Colin

Feenberg A., 1999 : Questioning Technology, Londres, Routledge.

Feenberg A., 2002 : Transforming Technology. A Critical Theory Revisited, Oxford, Oxford University Press.

Guchet X., 2003, « Pensée technique et philosophie transcendantale », Archives de Philosophie 2003/1 (Tome 66), p. 119-144.

Haraway D.J., 1985 : Cyborg Manifesto: Science, Technology, and Socialist-Feminism in the Late Twentieth Century.

Heidegger M., 1958 : La question de la technique, in Essais et conférences, trad. M. Préau, Paris, Gallimard.

Hottois G., 1984 : Pour une éthique dans un univers technicien, Bruxelles, Éditions de l'Université Libre de Bruxelles.

Musso P., 2000 : « Le cyberespace, figure de l’utopie technologique réticulaire », Sociologie et sociétés, vol. 32, n° 2, 2000, p. 31-56.

Owen R., Macnaghten  P. & Stilgoe J., 2012 : « Responsible Research and Innovation: From Science in Society to Science for Society, with Society », Science and Public Policy, vol. 39, n° 6, p. 751-760.

Owen R., Heintz M., & Bessant J. (Eds.), 2013 : Responsible Innovation, Chichester, John Wiley & Sons.

Pariente G., Pesqueux Y., Pesqueux Simon E., 2010 : « Les dérives éthiques dans l'entreprise », Management & Avenir 3/2010 (n° 33), p. 317-324.

Parrochia D., 2009 : “French Philosophy of Technology”, in Brenner A. & Gayon J., French Studies In The Philosophy Of Science. Contemporary Research in France, Springer, p. 51-70.

Raynaud D., 2016 : Qu'est-ce que la technologie ? suivi de Post-scriptum sur la technoscience, Paris, Editions Matériologiques.

Rumpala Y., 2013 : « L'impression tridimensionnelle comme vecteur de reconfiguration politique », Cités, 2013/3 n° 55.

Simondon G., 1958 : Du Mode d’existence des objets techniques, Paris, Aubier, 2012.

Simondon G., 1983 : « Trois perspectives pour une réflexion sur l'éthique et la technique » in Sur la Technique, Paris, PUF, 2014, p. 313-351.

Vérin H., 2007 : « La technologie : science autonome ou science intermédiaire ? », Documents pour l'histoire des techniques [En ligne], 14 | 2e semestre 2007, mis en ligne le 09 novembre 2010. URL : http://dht.revues.org/1210 

Calendrier

  • Dates limite de soumission des articles par les auteurs : fin février 2017

  • Mars-mai 2017 : évaluation des textes soumis et travail avec les auteurs dont le texte est retenu à l’issue de la première évaluation.
  • Date de notification aux auteurs de l’acceptation définitive des articles : fin mai-début juin 2017
  • Date de remise du manuscrit  à l’éditeur : fin juin 2017
  • Date de parution du numéro : septembre/octobre 2017
  • Un editorial meeting aura lieu en mai 2017 à Grenoble

Recommandation aux auteurs

Le format attendu est de plus ou moins 10 000 mots.

Langues possibles : français et anglais.   

Catégories

Dates

  • mardi 28 février 2017

Fichiers attachés

Mots-clés

  • technique, technologie, innovation, éthique, acceptabilité

Contacts

  • Thierry Ménissier
    courriel : Thierry [dot] menissier [at] univ-grenoble-alpes [dot] fr

Source de l'information

  • Thierry Ménissier
    courriel : Thierry [dot] menissier [at] univ-grenoble-alpes [dot] fr

Pour citer cette annonce

« La technologie dans les activités humaines aujourd’hui : l’apport philosophique en éthique et en théorie politique », Appel à contribution, Calenda, Publié le jeudi 01 décembre 2016, http://calenda.org/386313