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La frontière / Die Grenze

The border / Die Grenze

Ecole d’été de jeunes chercheurs du CIERA au Moulin d’Andé 2017

CIERA young researchers' summer school at the Moulin d’Andé 2017

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Publié le mercredi 30 novembre 2016 par Annette Schläfer

Résumé

L’école d’été aura pour ambition de remettre au cœur de la réflexion sur la frontière sa matérialité et son inscription territoriale. L’objectif sera, par exemple, de s’intéresser aux figures territoriales et aux configurations spatiales du seuil social et symbolique, autant qu’aux constructions symboliques et sociales de la démarcation territoriale et de penser le lien entre: les échelles, les thématiques, les temporalités, les disciplines.

Annonce

L’école d’été propose une approche interdisciplinaire et franco-allemande du thème de la frontière. Elle est ouverte aux doctorants et jeunes docteurs désireux de partager leurs questionnements, d’enrichir leur travail par le dialogue avec d’autres doctorants et des chercheurs confirmés d’horizons diversifiés, et de s’entraîner au travail en commun de définition d’un objectif scientifique.

Programme scientifique

Le thème de la frontière présente une triple actualité pour les sciences humaines et sociales :

Une actualité thématique : le spatial turn ainsi que la mise en valeur de la dimension territoriale dans les analyses de la gouvernementalité ont entraîné un renouvellement en profondeur des travaux sur la frontière. D’un objet national, marginal au sens propre – c’est-à-dire une « enveloppe » périphérique – et appréhendé sous l’angle des appareils institutionnels qui la surveillent, la frontière est désormais devenue une matrice des différences et des territoires, un « centre » dont la société toute entière construit les caractères et qui contribue à forger l’ensemble dont elle est géographiquement la périphérie.

Une actualité méthodologique : les sciences humaines et sociales connaissent une double évolution qui place les jeux d’échelles au cœur de leur instrumentation. D’une part, elles privilégient les échanges, les mobilités, les croisements, notamment à l’échelle transnationale ; d’autre part elles promeuvent une analyse dense des acteurs locaux, dont les interactions permettent de saisir la fabrique concrète du politique et du social. La frontière s’offre comme un lieu privilégié pour combiner ces deux exigences méthodologiques : elle forme un territoire concret et localisé, mais elle opère aussi la mise en contact et la circulation, et mobilise des dispositifs institutionnels censés réguler ces mouvements.

Une actualité politique : le projet européen postulait une disparition progressive sinon des États, du moins des frontières et la configuration actuelle de l’Union doit beaucoup à l’effondrement inattendu d’une des frontières les plus contraignantes de l’histoire, le « rideau de fer ». Or, des réactions ou phénomènes engendrés par cette transformation tels que la surveillance des migrations et les nouvelles formes de dumping social remettent en cause, dans les opinions comme dans les actions politiques, cet effacement de la frontière au sein de l’Europe. Retour de la frontière ? Pas dans le domaine de la finance en tout cas, ni de la culture connectée, et pas toujours sur les tracés anciens.

Cette triple actualité ne contribue pas toujours à clarifier la réflexion sur « la frontière ». Dans les usages polémiques comme dans les acceptions scientifiques, la charge symbolique, les attributs pensés ou impensés, les sens dérivés prolifèrent – sans même parler des variations conceptuelles selon les langues et les contextes historiques nationaux. La frontière n’est jamais seulement une ligne ; mais on en vient parfois à oublier qu’elle peut en être une et des expressions comme « frontière sociale », « frontière psychologique » etc. sont susceptibles de faire dériver la notion de frontière vers celle de seuil, de différenciation, voire de simple représentation. Pour autant, cette polysémie du terme constitue également une richesse offerte à l’analyse, puisqu’elle oblige à inscrire le territorial dans l’essaim d’actions et de conceptions qui le rêve, le reflète et l’établit.

C’est pourquoi l’école d’été aura pour ambition de remettre au cœur de la réflexion sur la frontière sa matérialité et son inscription territoriale. Il ne s’agira pas d’en réduire le sens ni d’effectuer un retour en arrière vers une conception autoritaire de la démarcation, mais bien d’ordonner selon un axe concret les multiples significations possibles de « la frontière » et proposer une méthode pour en articuler ensemble les potentialités. L’objectif sera donc, par exemple, de s’intéresser aux figures territoriales et aux configurations spatiales du seuil social et symbolique, autant qu’aux constructions symboliques et sociales de la démarcation territoriale. Du trait marqué au sol pour discipliner la relation d’un usager au guichet administratif au « rideau de fer », et de l’appropriation mémorielle des frontières déchues à la ségrégation spatiale des gated communities, la réflexion sur la frontière partira toujours de la matérialité pour, justement, ne jamais s’y arrêter. La réflexion peut aussi porter sur les représentations littéraires ou artistiques des usages ou effets des frontières matérialisées.

La frontière est par conséquent conçue ici comme la pratique d’un lieu – un lieu à la fois concret et intellectuel – susceptible de nouer ensemble, et de penser le lien entre :

  • les échelles – en posant la proposition méthodique que les mobilités, les échanges et leurs blocages s’incarnent dans une succession de configurations situées, lieux privilégiés d’observation et de représentation, et que ce « local » n’est pas une dimension autonome, mais un laboratoire de l’articulation des échelles ;
  • les thématiques – en subordonnant à cet impératif de la frontière comme « lieu situé » et comme laboratoire multiscalaire les subdivisions classiques (le politique, le social, l’économique, le religieux, le culturel etc.) et en saisissant au contraire la façon dont leur interaction construit la frontière ;
  • les temporalités – la matérialité de la frontière est souvent élaborée sur le temps long. Elle est ainsi propice à constituer un lieu de mémoire, ou bien encore, lorsqu’elle est nouvelle, elle fonde son efficacité sur un répertoire de signes et de pratiques connus. La frontière est aussi un lieu palimpseste où l’on peut saisir non pas « l’histoire toujours là », mais les modalités d’actualisation sélective du passé  par les différents acteurs, à différentes échelles.
  • les disciplines – puisque l’actualité de l’objet, la variété de ses dimensions et la richesse des questions méthodologiques qu’il propose, permettent un enjambement des divisions disciplinaires.

Enfin, le thème de la frontière est particulièrement adapté à une réflexion franco-allemande, pour des raisons qui tiennent bien sûr au voisinage longtemps conflictuel des deux pays, mais également à la construction de leurs traditions scientifiques et à la valeur heuristique et méthodologique que celles-ci accordent, ou pas, à l’inscription des phénomènes sociaux dans l’espace. Ces différences obligent chacun à penser autrement ses outils, ses traditions et ses méthodes, ce qui fait du « franco-allemand » non seulement un observatoire de la relativité des concepts, des disciplines et des thématiques, mais surtout un laboratoire permettant, par cette observation, un surcroît de réflexivité scientifique.

Programme pédagogique et déroulement

Les objectifs pédagogiques de cette rencontre sont triples :

  • offrir à des doctorants et jeunes chercheurs la possibilité de présenter et discuter leur projet dans un cadre international et interdisciplinaire. ;
  • inciter les participants à élaborer ensemble une réflexion sur le travail collectif de l’école d’été, c’est-à-dire un langage commun pour dire ce qui les rassemble et les différencie ;
  • promouvoir, entre chercheurs débutants et confirmés, une relation dynamique marquée par l’expérience en commun du déplacement vers des terrains et des outils différents.

Ces objectifs se traduisent par deux niveaux de travail collectif :

Les doctorants et jeunes chercheurs travailleront ensemble pendant quatre demi-journées, en coopération constante avec une équipe pédagogique resserrée. Ce travail sera marqué par une progression : partant du format « classique » (présentation brève par chacun de sa contribution avec commentaire et discussion), il ira vers une réflexion sur les différentes manières de rapprocher, différencier, confronter et féconder les présentations entre elles, pour aboutir enfin à un travail de synthèse. Les participants seront donc invités à réfléchir eux-mêmes sur les différentes modalités selon lesquelles pourraient être réparties en sous-groupes leurs « affinités » scientifiques.

Trois demi-journées seront consacrées à des conférences tenues par des chercheurs confirmés, conférences suivies de séquences approfondies de débat et de discussion. Les conférenciers auront reçu préalablement les contributions des doctorants et proposeront des exemples concrets d’articulation entre la matérialité de la frontière et l’ensemble des échelles et des dimensions qu’elle permet d’envisager. Les débats suivant ces interventions seront poursuivis par des périodes de « tutorat souple » pour approfondir le contact en fonction des affinités thématiques et méthodologiques.

Les futurs participants à l’école d’été s’engagent donc à :

  • fournir suffisamment à l’avance une contribution écrite (40 000 signes environ)mise à la disposition de tous les participants de l’école d’été. Ce texte devra prendre en compte, dans sa formulation, l’ambition interdisciplinaire et franco-allemande de la rencontre. Il fera l’objet d’une présentation orale succincte ;
  • prendre activement part aux discussions avec les conférenciers et aux échanges collectifs entre doctorants et équipe pédagogique ;
  • participer au travail collectif de synthèse et à sa présentation.

Informations pratiques

Date du séminaire : Du lundi 3 au vendredi 7 juillet 2017

Lieu : Le Moulin d’Andé, Normandie. (www.moulinande.com)

Public : L’école d’été est ouverte aux jeunes chercheurs doctorants, postdoctorants et éventuellement mastérants avancés, travaillant ou non dans une logique comparatiste, traitant ou non d’un terrain français ou allemand. Les travaux de recherche des candidats ne doivent pas nécessairement être centrés exclusivement sur la frontière – mais les candidatures doivent faire apparaître l’intérêt du thème et de son traitement interdisciplinaire.

Le nombre de places ouvertes est de 25.

Langues : Les langues de travail seront le français et l’allemand. Chacun s’exprimera dans sa langue de prédilection, mais devra être en mesure de bien comprendre l’autre langue.

Frais : L’hébergement au Moulin d’Andé (en chambre double) et les repas seront pris en charge par les organisateurs. Les frais de transport seront remboursés dans la limite de 160€ pour les participants venant de France et de 250€ pour les participants venant de l’étranger. Le trajet entre Paris et le Moulin d’Andé (A/R) se fera en autocar avec l’ensemble du groupe.

Une participation (50€) aux frais d’hébergement sera demandée aux participants.

Modalités de candidature

1/ Inscription au CIERA

Les candidats doivent impérativement être inscrits au CIERA pour l’année 2016-2017.

L’inscription se fait via un formulaire en ligne accessible sur la page d’accueil du site internet du CIERA.

2/Dossier de candidature

Les candidats sont invités à présenter, à partir de leurs travaux personnels, un projet de contribution (3000 signes maximum, espaces compris) abordant la thématique de l’école d’été, accompagné d’un CV académique. Ce texte devra prendre en compte, dans sa formulation, l’ambition interdisciplinaire et franco-allemande. Il fera l’objet d’une présentation orale succincte, suivie d’une discussion avec les participants, lors de l’école d’été.

Les dossiers papier non reliés (pas de recto-verso) doivent être adressés à :

Christophe Duhamelle (à l’attention de Virginie Ransinan)
CIERA
Maison de la recherche, Université Paris-Sorbonne
28, rue Serpente
75006 Paris

Calendrier :

-Délai de réception des candidatures : 1er mars 2017 (bien veiller à ce que le dossier soit expédié AVANT cette date au CIERA).

-Avis aux candidats : fin mars 2017

-Réception des textes définitifs (40 000 signes maximum, espaces compris) : 1er juin 2017

 

Comité scientifique :

Christophe Duhamelle (EHESS/CIERA), Catherine Gousseff (Centre Marc Bloch), Béatrice von Hirschhausen (UMR "Géographie-cité" UMR 8504 CNRS/Paris 1/Paris 7 et Centre Marc Bloch), Elissa Mailänder (Sciences Po/CIERA), Jay Rowell (CNRS/CIERA), Michael Werner (EHESS)

 

Contact et informations :

Virginie Ransinan
CIERA, Maison de la recherche
28, rue serpente
F-75006 Paris
Email : virginie.ransinan@paris-sorbonne.fr
Tél. : 01 53 10 57 37

Lieux

  • Moulin d'Andé
    Andé, France (27)

Dates

  • mercredi 01 mars 2017

Mots-clés

  • Frontière, spatial turn, territoire, circulation, mobilité, géopolitique, Europe, Allemagne, gated communities, mur

Contacts

  • Virginie Ransinan
    courriel : virginie [dot] ransinan [at] paris-sorbonne [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Virginie Ransinan
    courriel : virginie [dot] ransinan [at] paris-sorbonne [dot] fr

Pour citer cette annonce

« La frontière / Die Grenze », École d'été, Calenda, Publié le mercredi 30 novembre 2016, http://calenda.org/387375