AccueilLa société civile et la transition démocratique

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Publié le mercredi 11 janvier 2017 par João Fernandes

Résumé

Les changements politiques que connaissent plusieurs pays, surtout arabes, et les périodes de transition politique, font apparaitre la fin du monopole du champ politique par l'État. Les organisations de la société civile s'accaparent de plus en plus de pouvoir de par leurs capacités mobilisatrices. On assiste à l'émergence de nouveaux acteurs civils qui exercent des missions et des rôles autant divers qu'inhabituels, ce qui peut être considéré comme une dépossession des rôles traditionnels de l'État. En fait, la société civile contribue à la rotation des élites, assure une fonction socio-éducative et contribue fortement à consolider le processus démocratique nouvellement initié. Il s'agit de comparer les différentes expériences, d'expliciter les étendues mais aussi d'un autre côté de réfléchir sur le concept de société civile, de clarifier ses contours, de comprendre les polémiques qu'il suscite.

Annonce

Tunis 12-13-14 Octobre 2017

Argumentaire

Les changements démocratiques qu’ont connus plusieurs pays, et malgré leurs trébuchements, ont permis aux élites politiques et intellectuelles de redécouvrir les nouvelles caractéristiques de la société civile et ce à travers de nouveaux acteurs venus d’horizons et trajectoires diverses et exerçant des missions et des rôles autant différents qu’inhabituels (organisations, forums, associations…). Ces mutations ont fait apparaître la fin du monopole du champ politique ce qui a permis à la société civile d’assumer des rôles politiques très importants, pouvant être considérés comme étant des sources de déconcentration et de perturbation de l’Etat et des régimes politiques en place.

Alors que les évaluations des diverses prestations et exercices de la société civile dans des pays tels que la Tunisie, la Libye, le Maroc, l’Egypte, la Syrie, le Yémen ou autres, puissent varier ostensiblement concernant la rationalité des revendications soulevées et des pratiques créées, avec les valeurs démocratiques ; il n’en demeure pas moins que la société civile ait pu inventer de nouvelles formes de protestation ,de contestation et de pression, et pu innover sa requête de participation dans la prise de décision jusque parfois imposer ses choix.

La gestion des phases de transition démocratique dans ces divers pays a clairement laissé entrevoir la naissance de nouveaux rapports Etat-Société civile permettant de redessiner les espaces et les territoires ainsi que les règles du jeu. De ce fait, ont surgi des questions sociétales et académiques que l’on essaiera, à l’occasion de ce colloque, d’élucider et de comprendre et ce, à travers quatre axes principaux.

Axes thématiques

Axe premier : la problématique du concept et du sens.

 Des remarques de Tocqueville[1] jusqu’à l’effort théorique de Gramchi sur la domination culturelle ; et malgré un cumul théorique certain et une présence centrale dans la philosophie politique, dans les sciences sociales et dans la littérature politique moderne et contemporaine ; la société civile demeure un concept aux contours flous et dont l’utilisation intensive, désorganisée, anarchique et arbitraire a renforcé autour de lui la controverse et la polémique, le dilatant jusqu’à en faire un fourre-tout .

Bien que la société civile soit un concept central et incontournable pour comprendre et réfléchir sur la transition démocratique ; Il est fort bénéfique méthodologiquement que l’on essaie d’en saisir les dynamiques conceptuelles et expliciter ses interactions avec d’autres notions et concepts tels que le parti, la classe politique ou l’élite. Ce qui exige que l’on soulève ses niveaux opératoires et que l’on se penche sur ses enjeux conceptuels de définition, sur ses capacités analytiques et explicatives et surtout que l’on analyse les enjeux découlant de sa mise en contexte dans le monde arabe. Contexte[2] dont on doit souligner les caractéristiques et les spécificités anthropologiques[3] et culturelles (les notables, les espaces sociaux locaux, les rangs sociaux traditionnels…) qui ne cessent d’être actives et influentes.

la volonté de dépasser l’approche réductrice Etat-Société civile, la crise répétitive que vit l’Etat providence, les formes nouvelles des contestations sociales, l’impact des NTIC sur la mobilisation des masses, la crise de légitimité[4] et de reconnaissance entre l’Etat et les acteurs sociaux, les nouveaux rapports individu-société ; sont tous autant de facteurs et de raisons qui nous incitent à réfléchir sur le concept de société civile et son utilisation problématique ainsi que sur ses capacités opératoires.

Deuxième axe : la société civile et la transition démocratique, les rôles et les missions.

Se pencher sur les rôles, missions et fonctions, assumés et joués par la société civile pendant les périodes de transition démocratique. Phases ou périodes qui habituellement sont complexes et aux perspectives et processus divers. En effet, avec l’avènement du « printemps arabe », le paysage civil a connu des ouvertures et avancées politiques de par l’intégration des dispositifs constitutionnels et l’affirmation de la suprématie de la loi. Dans ce contexte, ont émergé des besoins nouveaux tels la garantie des libertés publiques et la protection des droits individuels. En même temps, le système de la participation sociopolitique s’est élargi et la demande de changement des règles de la pratique du pouvoir s’est renforcée. Ce qui a eu comme conséquence le surgissement et l’émergence de diverses revendications et expressions civiles aboutissant aux changements du rapport au pouvoir et des manières dont sont gérés et la chose publique et les nouveaux rapports sociaux.

C’est un contexte marqué par la forte présence de nouveaux réseaux d’intérêt et des cercles d’appui, de soutien et de lobbying ainsi que la montée des protestations citoyennes hébergées par les réseaux sociaux et qui occupaient places et espaces publics en rupture avec les cadres politiques traditionnels.

Tous ces indicateurs et données nous interpellent et nous invitent à reconsidérer la carte géo-spatiale des missions et des fonctions assumées par la société civile, et son impact autant sur la consolidation de la cohésion sociale que sur une éventuelle alimentation des tensions. Impacts, à élucider, aussi sur les différentes formes de négociation quant aux conditions nécessaires à la pratique démocratique, à sa survie[5] et à sa reconduction et ce particulièrement au cours des périodes de transition démocratique.

Le concept de démocratie s’est élargi en incluant la démocratie participative et celle locale et évoque des problématiques diverses telles la gouvernance, l’inégalité, la corruption, la gestion des conflits, les stratégies de défense des intérêts, les groupes de pression et les nouvelles formes de l’action citoyennes.

Autant de problématiques inter-liées qui mettent en exergue la difficulté de rendre compte, de définir et de bien préciser les rôles propres à la société civile. Rôles autant culturels que sociaux ou de développement. Difficulté rendue plus intense par la crise d’innovation, de créativité, de proposition et d’imagination politique ; vécue et traversée par les institutions élues et par les partis politiques. Cette redistribution de rôles s’apparente à une réappropriation/dessaisissement/dépossession des rôles traditionnels de l’Etat pour le compte et au profit de la société civile. Cette dernière s’affirme en tant qu’acteur politique légitime influençant les politiques publiques de par ses capacités mobilisatrices. Influence à grands impacts politiques et de légitimité surtout lors des phases de transition politique pendant lesquelles l’effort est concentré sur l’implantation du multipartisme[6] et de la démocratie ; effort de les asseoir, de les consolider[7] et des les affermir.

 À ce propos, l’on peut se poser la question si dans de tels contextes, l’accroissement hors cadres institutionnels et traditionnels, des mouvements contestataires revendicatifs, ne présente pas un « danger » potentiel sur la cohésion sociale et sur la souveraineté de l’Etat ? Quels seraient les impacts, alors, sur la démocratie représentative, du fait de l’affaiblissement des élites et des partis politiques et leur remplacement par des acteurs civils ? Autant de questions, somme toute, légitimes qui incitent le chercheur à bien diagnostiquer les enjeux et à bien les disséquer afin d’évoquer la contribution de la société civile dans la rotation des élites et dans l’innovation et la promotion de la classe politique. Mais aussi rendre intelligible si effectivement, la société civile s’est muée en un contre-pouvoir.

Troisième axe : société civile, contexte législatif et valeurs politiques.

 Les changements politiques actuels et en cours, ont crée un cadre propice à l’émergence et au développement de la société civile et ce en facilitant la création des associations et l’élargissement de la sphère des libertés publiques. Le constat étant, la question sur le rapport de la citoyenneté et la politique au droit et à la loi, reste entière : quelle essence et quelles caractéristiques, présente la nouvelle culture politique citoyenne ? Quels rapports entretiennent les partis politiques avec la société civile ? Y voient-ils un terrain potentiel d’extension de leurs activités et de diffusion de leurs idéologies ?

Comment interagissent les organisations de la société civile avec les structures sociales traditionnelles (tribu, clan, famille …) et quelles attitudes adoptent-elles ? Est-on en face de conflits d’intérêts et de confrontations ; ou observe-t-on des stratégies d’accommodement, de compromis, de cohabitation et d’échanges de rôles ? Les relations familiales, consanguines et de parenté, transgressent-elles et infiltrent-elles les organisations de la société civile ? Ces dernières souffrent-elles d’une certaine perméabilité qui rend les contestations et les revendications modelables face aux circuits des intérêts corporatifs et ceux d’appartenance régionale ? La société civile, a-t-elle pu rompre définitivement avec le clientélisme de gestion et d’administration, avec les loyalismes inféodés, restreints et sélectifs ?

La société civile est-elle un « corps » uni et uniforme ou un ensemble éparpillé de groupes, d’organismes et d’associations hétérogènes, soumis à la logique du lobbying et de l’équilibre politique et où s’enchevêtrent indissociablement le local, le régional et le national ? Dans ce cas de figure, ne serait-il pas nécessaire de procéder à des études de cas pour en analyser les pratiques[8], les discours et les activités ? Les organisations de la société civile ont-elles pu présenter une image attirante et attractive surtout que l’on observe, parmi les jeunes, un désistement croissant et un désintéressement grandissant par rapport à l’activité politique ? Quelle action ont-elles conçues, élaborées et pratiquées, à même de promouvoir auprès des citoyens et des individus une relation nouvelle avec l’environnement politique les aidant à se représenter autrement leurs actions civiles et leurs rapports au fait et à la chose publics ?

Peut-on parler d’un rôle social exercé par la société civile de par sa contribution dans la diffusion des valeurs morales et éducatives (la tolérance, l’altruisme, la solidarité, la reddition de compte, le dialogue…) ?

Quatrième axe : société civile et Genre

 La transition démocratique a crée des dynamiques politiques diverses et intenses où les femmes ont joué de différents rôles principaux. En effet, le dynamisme politique a ouvert de nouvelles perspectives pour la participation des femmes dans l’élaboration et l’arrêt des choix sociaux et législatifs qui enracinent et consolident cette participation tout en coupant avec les modèles entravant la nouvelle construction démocratique. Dès lors, la question se pose quant aux possibilités réelles créées, pour la femme, par ces changements politiques, et destinées à asseoir son rang et statut d’acteur social aux droits inaliénables ? A-t-on rompu avec les stigmatisations qui réduisent le rôle politique des femmes uniquement et exclusivement à leur poids électoral ?

 Le dynamisme politique et celui constitutionnel nouvellement crées se sont-ils confrontés à des résistances patriarcales et paternalistes, au sein même de la société civile, déclinant et s’opposant à ces changements ? Comment dépasser et révoquer l’instrumentalisation abrupte et immature de cette problématique et rompre avec sa manipulation politicienne ayant comme visée unique la mobilisation électorale et son marketing politique ? Quelles approches créatives et innovantes qui consolideraient la participation des femmes au sein de la société civile, leur procurant plus d’efficacité et plus de profondeur ?

Autant de questions et de problématiques que ce colloque va débattre, analyser et élucider en faisant appel aux approches multidisciplinaires à même de découvrir l’étendue des changements et la complexité de la question société civile-transition démocratique.

Comité scientifique

  • Kchaou Mounir : Professeur d’enseignement supérieur et chercheur en philosophie à la Faculté des Sciences Humaines et Sociales de Tunis – Université de Tunis.
  • Khouaja Ahmed : Professeur d’enseignement supérieur, chercheur sociologue, chef de département de sociologie à la faculté des Sciences Humaines et sociales de Tunis – Université de Tunis.
  • Maatoug Faraj : Maître de conférence et historien chercheur à la Faculté des Sciences Humaines et Sociales de Tunis – Université de Tunis.
  • Mehdi Mabrouk : Maître de conférence et sociologue chercheur à la Faculté des Sciences Humaines et Sociales de Tunis – Université de Tunis.
  • Jarray Fethi : Maître de conférence et sociologue chercheur à l’Institut National du Travail et des Etudes Sociales Université de carthage.
  • Soussi Mouez : Maître de conférence et économiste chercheur à l’Institut des Hautes Etudes Commerciales de Carthage – Université de Carthage.
  • Abderrahim Hafedh : Maître de conférence et sociologue chercheur à la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines de Sfax – Université de Sfax.
  • Ayari Adel : Maître assistant, sociologue et chercheur en sociologie des entreprises à l’ISAJC Université de Tunis, rapporteur du comité scientifique.
  • Drissi Mehrez, Docteur en sciences de l’éducation, directeur au ministère de l’éducation et expert en orientation universitaire.

Dates

  • Date du colloque : 12-13-14 Octobre 2017
  • Date limite de l’envoi des résumés : 15 Mars 2017

  • Notification des résultats des évaluations : 31 Mars 2017
  • Date limite de soumission du texte final (full paper) : 10 Septembre 2017

Conditions de participation

Remplir la fiche d’inscription ci-jointe ou disponible sur : www.carep.tn , ou http://dohainstitute.org     

Envoi des résumés : La soumission du résumé doit comporter : un titre, un résumé de 500 à 700 mots, incluant la problématique soulevée, la méthodologie de recherche et les principales idées, 05 mots clés, une bibliographie sommaire. Tout en respectant les conditions scientifiques de la rédaction, de la saisie des notes de bas de page et de la bibliographie, (consulter :www.carep.tn ou www.dohainstitute.org)

  • Le texte final (full paper) : de 5000 à 7000 mots au maximum.
  • Caractère de l’écriture : Times New Roman 12 pour le français et l’anglais, et Sakkal Majalla 14 pour l’arabe.
  • Langues du colloque : Arabe – Français - Anglais. 
  • Ne pouvant être accepté tout article déjà publié ou ayant participé à une autre manifestation scientifique.
  • l’adresse de l’envoi : Les soumissions doivent être envoyées à l’adresse électronique suivante : contact@carep.tn

Publication

Les travaux de ce colloque seront publiés ultérieurement.

Informations générales

1- Le Centre Arabe des Recherches et de l’Etude des Politiques (CAREP) prendra en charge :

  • transfert hôtel-aéroport-hôtel,
  • hébergement en pension complète pour 3 nuitées pour les participants résidant à l’étranger.
  • hébergement en pension complète pour 2 nuitées pour les participants résidant en Tunisie.

2- Tous les extras (téléphone, boissons alcoolisées, etc.) sont à la charge des participants.

En cas de nécessité le CAREP s’acquittera d’un billet d’avion électronique aller-retour pour les participants résidant à l’étranger.

Pour toute information, veuillez contacter : contact@carep.tn Ou appeler le :

(00216) 23 470 863 / (00216) 70 147 384


[1] De Tocqueville Alexis, (2005), De la démocratie en Amérique, L’Harmattan, Paris.

[2] LUIZARD J.P, BOZZO A (SD) (2011), Les sociétés civiles dans le monde musulman, La découverte, Paris.

[3] KERROU M (SD) (2002), Public et privé en Islam, IRMC, Maisonneuve& Laroses, Paris.

[4] ADDI Lahouari (1995), l’Algérie et la démocratie, la découverte, Paris

[5] ROSANVALLO P (2006), La contre-démocratie. La politique à l’âge de la défiance, Seuil, Paris.

[6]CAMAU M (SD) (1991) Changements politiques au Maghreb, Editions du CNRS, Paris.

[7] FERRIE J-N et SANTUCCI J-C (SD) (2006), Dispositifs de démocratisation et dispositifs autoritaires en Afrique du Nord, CNRS éditions, Paris. 

[8] OFFERLE Michel, (2003). La société civile en question, problèmes politiques et sociaux, La documentation française, Paris.

Lieux

  • Tunis, Tunisie (1082)

Dates

  • mercredi 15 mars 2017

Mots-clés

  • société civile, transition démocratique, rotation des élites, État, genre

Contacts

  • Adel Ayari
    courriel : ayariadel [dot] 1963 [at] gmail [dot] com

URLS de référence

Source de l'information

  • Adel Ayari
    courriel : ayariadel [dot] 1963 [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« La société civile et la transition démocratique », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 11 janvier 2017, http://calenda.org/389696