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Genre et pratiques professionnelles

Gender and professional practices

Séminaire annuel de recherche de l’École nationale de protection judiciaire de la jeunesse (ENPJJ)

Annual research seminar of the École nationale de protection judiciaire de la jeunesse (ENPJJ)

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Publié le lundi 09 janvier 2017 par Céline Guilleux

Résumé

Chaque année, le service de la recherche et de la documentation (SRD) de l’École nationale de protection judiciaire de la jeunesse (ENPJJ) organise un séminaire de recherche. Après « Familles et parentalités plurielles : représentations, discours et pratiques effectives » en 2015 et « L'insertion des jeunes : entre adaptation contrainte et mise en scène de soi » en 2016, l’année 2017 consacrera le thème « Genre et pratiques professionnelles ».

Annonce

Argumentaire

Ce séminaire, organisé par le service de la recherche et de la documentation de l’ENPJJ, traite chaque année d’une thématique interpellant tant les professionnels de la Protection judiciaire de la jeunesse que ceux d’autres institutions du champ éducatif et social. C’est la question du genre qui sera discutée cette année. Histoire et mémoire du travail social s’attachent avant tout à présenter des hommes comme de grandes figures charismatiques (images du scout, du résistant, etc.). D’autres approches, plus critiques, envisagent l’histoire du travail social comme celle d’une activité professionnelle essentiellement mise au service d’une conception masculine des rapports sociaux. On peut interroger le paradoxe sur lequel s’est construite la profession d’éducateur spécialisé, à savoir, une référence à des idéaux masculins du métier alors que les femmes sont aujourd’hui les plus nombreuses. Marc Bessin souligne l’impasse faite sur l’analyse des divisions sexuelles du travail et leur influence sur les pratiques professionnelles1. Les hommes, surreprésentés dans l’espace public, dirigeraient l’ensemble des politiques et des actions sociales tandis qu’une prétendue nature féminine prédestinerait les femmes aux métiers de l’aide et de l’assistance à autrui. La division du travail éducatif resterait conforme à une représentation sociale extrêmement stéréotypée des sexes où il paraîtrait évident de confier l’autorité aux hommes et de confiner les femmes dans un rôle de maternage2.

Comme d’autres secteurs, les normes de genre sont donc à l’œuvre dans les pratiques professionnelles et ce, même si l’analyse historique met en évidence leur hétérogénéité. Différentes recherches nous apportent également des éléments susceptibles de nourrir la réflexion et les pratiques professionnelles : Coline Cardi a montré comment les institutions judiciaires et sociales participent à la construction du genre par la désignation et le ciblage de certaines femmes incarcérées3. De récents travaux ont pu mettre en évidence les différents filtres expliquant la disparition progressive des adolescentes au fil des procédures judiciaires et ont ainsi mis en perspective les pratiques sociales intervenant dans les jugements des juges des enfants4.

Cependant quand le genre vient interagir avec la classe et/ou l’ethnicité, les registres du masculin et du féminin, tels qu’entendus socialement deviennent nettement moins clivés5. Ceci fait écrire à Arthur Vuattoux que « les jeunes roumaines sont des garçons comme les autres » lorsqu’il analyse leur traitement par la justice pénale des mineurs6. Analysant les différents textes administratifs de la Protection judiciaire de la jeunesse, Nicolas Sallée note le souhait de l’institution de remasculiniser le métier d’éducateur pour sauvegarder les valeurs « paternalistes » associées aux fonctions d’éducation dans le champ de la justice des mineurs7. On peut légitimement s’interroger à propos des modalités selon lesquelles les registres du masculin et du féminin structurent les relations des professionnels entre eux et celles des professionnels et des jeunes. Comment les professionnels trouvent-ils un « arrangement entre les sexes »8 pour à la fois collaborer et respecter/ perpétuer une division sexuée du travail ? La lecture des mémoires des éducateurs en fin de formation nous montre que ces questions s’incarnent dans les pratiques professionnelles.

Ce, au point où, s’interrogeant sur le non-accueil des filles en établissement pénal de placement, une éducatrice titre son mémoire « Dégâts/une fille, la mixité en question ». Une autre éducatrice stagiaire, dans le cadre du même exercice, s’interroge, pour sa part, sur la « fabrique » des hommes en établissement pénitentiaire pour mineurs (EPM). Ce, après avoir constaté que toutes les adolescentes étaient incarcérées dans un centre pénitentiaire, dans le quartier réservé aux mineurs plutôt qu’en EPM, pour ne pas être exposées à la violence des adolescents.

Ce séminaire a pour ambition de rassembler chercheurs, professionnels, étudiants et d’examiner, de manière pluridisciplinaire, la question de la mise en scène des normes de genre dans les pratiques professionnelles ainsi que les effets sur l’accompagnement éducatif et/ou sur le traitement des jeunes par les institutions pénales, sociales et ou sur le traitement des jeunes par les institutions pénales, sociales et éducatives.

Notes

1 Bessin, M., 2005, « Le travail social est-il féminin ? » in Ion, J., 2005, Le travail social en débat (s), La Découverte. Bessin, M., 2009 « Focus. La division sexuée du travail social », Informations sociales, 2009/2, n°152.

2 On peut noter l’organisation, par le Conservatoire national des archives de l’histoire de l’éducation spécialisée, de trois journées du 22 au 24 mai 1997 sur le thème « Femmes d’éducateurs / Educateurs femmes ».

3 Cardi, C., 2007, « Le contrôle social réservé aux femmes : entre prison, justice et travail social », Déviance et société, 2007/1, vol-31.

4 Vuattoux, A., 2014, « Adolescent, adolescente face à la justice pénale », Genèses, n°97, 2014/4.

5 Bilge, S., 2009, « Théorisations féministes de l’intersectionnalité, Diogène, n°225, Presses universitaires de France.

6 Vuattoux, A., 2015, « Les jeunes roumaines sont des garçons comme les autres, Plein Droit, n°104.

7 Sallée, N., 2014, « Des éducateurs dans l’Etat. Logiques syndicales et identités professionnelles à la Protection judiciaire de la jeunesse, Terrains & travaux, 2014/12.

8 Goffman, E., 2002, L’arrangement entre les sexes, La Dispute, coll. Le genre du monde.

éducatives.

Inscription

Les inscriptions sont attribuées dans la limite des places disponibles et sont à effectuer auprès de l’adresse recherche.enpjj-roubaix@justice.fr

Programme

Six séances sont programmées, du 12 janvier au 15 juin 2017. Elles se tiendront au site central (Roubaix – Nord) de l’ENPJJ de 16 heures 30 à 18 heures 30. La séance du jeudi 27 avril se tiendra au pôle territorial de formation Île-de-France Outremer (PTF IDF-OM).

Chaque séance a lieu de 16 heures 30 à 18 heures 30 au site central de l’ENPJJ (Roubaix) – Voir plan

La séance du 27 avril se tient au PTF IDF OM 

Jeudi 12 janvier

« Care, genre et travail social, enjeux éthiques et politiques. Le cas de l’animation socioculturelle »

  • Yves RAIBAUD, maître de conférences HDR en géographie, UMR 5319 Passages, université Bordeaux Montaigne

Discutante : Hélène CHERONNET, chercheure en sociologie, ENPJJ, CLERSE, université de Lille

Jeudi 09 février

« L’arrivée de la mixité dans les équipes éducatives : quelle évolution des pratiques professionnelles ? »

  • Pauline TOURNIER, laboratoire CRESPPA-CSU, UMR 7217, université Paris 8

Discutant : Guillaume PERISSOL, chercheur en histoire, ENPJJ, CRHXIX, université Paris-Sorbonne

Jeudi 23 mars

« Talons aiguilles contre crampons alu. Quel regard éducatif poser sur la fabrique des normes sexuées et genrées dans les pratiques physiques et sportives des jeunes ? »

  • Sigolène COUCHOT-SCHIEX, maître de conférences en sciences de l’éducation, LIRTES, OUIEP, ESPE de l’académie de Créteil

Discutante : Delphine BRUGGEMAN, chercheure en sciences de l’éducation, ENPJJ, PROFEOR-CIREL, université de Lille

Jeudi 27 avril

« La sexualité des jeunes détenu(e)s et sa prise en charge par les professionnel(le)s, retour sur une enquête en EPM et en QM »

  • Arthur VUATTOUX, docteur en sociologie, chargé de recherche INJEP (Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire)
  • Yaëlle AMSELLEM-MAINGUY, chargée d’études et de recherche à l’INJEP, membre du CERLIS (UP5).
  • Benoît COQUARD chargé d’études et de recherche associé à l’INJEP, membre du GRESCO, université de Poitiers.

Discutant : Jean-Jacques YVOREL, chercheur en histoire associé au CESDIP, université de Versailles-Saint-Quentin

Jeudi 18 mai

 « Féminin-masculin : les représentations à l’œuvre dans les prises en charge auprès des mineures délinquantes, analyse croisée des discours des filles et des professionnel(le)s »

  • Cindy DUHAMEL, psychologue à l’UEHDR de Rouen, Protection judiciaire de la jeunesse, doctorante en psychologie, Psy-NCA, université de Rouen

Discutant : Mael VIRAT, chercheur en psychologie, ENPJJ, Psitec, université de Lille, LIRDEF, université de Montpellier I et II

Jeudi 08 juin

« Penser l’individualisation des prises en charge des mineur(e)s délinquant(e)s : le prisme des représentations lorsque genre et ethnie entrent en scène »

  • Saïda HOUADFI, doctorante en sociologie, CLERSE, université de Lille

Discutant : Thomas LEONARD, ingénieur de recherche, CERAPS, université de Lille

Catégories

Lieux

  • ENPJJ, 16 Rue du Curoir
    Roubaix, France (59100)

Dates

  • jeudi 12 janvier 2017
  • jeudi 09 février 2017
  • jeudi 23 mars 2017
  • jeudi 27 avril 2017
  • jeudi 18 mai 2017
  • jeudi 08 juin 2017

Mots-clés

  • genre, profession, pratique professionnelle, care, sexualité, animation socio-culturelle

Contacts

  • Yann Sébille
    courriel : yann [dot] sebille [at] justice [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Yann Sébille
    courriel : yann [dot] sebille [at] justice [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Genre et pratiques professionnelles », Séminaire, Calenda, Publié le lundi 09 janvier 2017, http://calenda.org/390454