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Design et pensée du care

The design and thinking of care

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Publié le lundi 06 février 2017 par Céline Guilleux

Résumé

Le souhait de ce colloque est d’interroger le projet de design dans la perspective de la pensée du care entendue comme réflexion sur l’éthique et comme pratique du soin. Il est de créer un échange entre différentes institutions et professionnels portant ces exigences. Tous les champs d’étude pourront être mobilisés pendant ce colloque.

Annonce

Présentation

« Design et pensée du care » est un projet de recherche mené par l’option design de l’École nationale supérieure d’art et de design de Nancy. Soutenu par la région Grand Est, il s’inscrit dans l’orientation générale de l’option intitulée  Design des milieux.

Venue de l’Amérique du Nord, la pratique et la pensée du care font écho dans le contexte européen au travail de Félix Guattari à la clinique de la Borde, à ce que Guattari appelait avec Gilles Deleuze la « micropolitique », à l’œuvre de Michel Foucault et son concept de biopouvoir, à ses analyses critiques des normes sociales et des mécanismes de pouvoir exercés par des institutions comme la médecine, la justice.

Le concept de care est apparu dans le champ de la réflexion morale. C’est à la suite de son enquête sur les discours moraux des jeunes filles que Carol Gilligan a conçu la notion de care comme un souci éthique situé, tenant compte du contexte, fondé sur la concertation, le soin et la conservation de la relation avec autrui. Selon Gilligan, pour résoudre les conflit moraux, les hommes feraient appel aux règles abstraites de la justice alors que les femmes feraient l’expérience de la résolution relationnelle des conflits de responsabilité. Ainsi l’éthique du « care » mobilise la responsabilité et les relations plutôt que les droits et les règles, elle est liée à des circonstances concrètes, elle ne s’exprime pas par un ensemble de principes mais par sa « mise en œuvre » dans la vie quotidienne de personnes réelles. Le « Care » donne au soin et à la sollicitude une place centrale dans l’existence en société.

Prolongeant la réflexion de Gilligan, Joan Tronto et Berenice Fisher ont défini le care comme « une activité générique qui comprend tout ce que nous faisons pour maintenir, perpétuer et réparer notre « monde », de sorte que nous puissions y vivre aussi bien que possible. Ce monde comprend nos corps, nous-mêmes et notre environnement, tous éléments que nous cherchons à relier en un réseau complexe, en soutien à la vie. »1 Elles ont identifié quatre phases du care : « « se soucier de » - en premier lieu, faire attention au besoin de care ; « prendre en charge » - assumer la responsabilité du care ; « prendre soin » - le travail effectif qu'il est nécessaire de réaliser ; « recevoir le soin » - la réponse de celui qui en bénéficie. De ces quatre éléments se dégagent les quatre éléments éthiques du care : l'attention, la responsabilité, la compétence et la capacité de réponse. »2 Le care peut être compris comme une phénoménologie du rapport de soin, d'attention, de sollicitude, de compétence, de réciprocité entre soignants et soignés, aidants et aidés.

Avec Joan Tronto le care devient l’instrument d’une analyse politique critique révélant les relations de pouvoir. Ainsi «  les dimensions de genre, de race et de classe affectant le care sont plus subtiles qu'il ne semble à première vue. Je pense que nous nous rapprochons de la réalité lorsque nous disons que le « souci des autres » et la « prise en charge » sont les obligations des puissants ; il est laissé aux moins puissants de prendre soin des autres et de recevoir le soin. »3

Le care impose de réfléchir concrètement aux besoins réels des personnes et à la manière d’y répondre, il questionne ce que nous valorisons dans la vie quotidienne et in fine l’organisation de la société pour répondre aux besoins. Le problème de la détermination des besoins auxquels des réponses devraient être apportées montre que l'éthique du care n'est pas de nature individualiste mais nécessite un consensus sur les notions de besoin (qui relève de l’intersubjectivité) et de justice qui doivent être élaborées de manière démocratique.

Le care compris comme un concept moral et politique renouvelle la conception que nous avons de nous, de nos relations avec les autres, de l’autonomie. Nous sommes tous interdépendants, nous avons tous été des enfants vulnérables et nous serons tous touchés par la vulnérabilité liée au vieillissement. « Au lieu de recourir à la fiction qui voit les citoyens égaux, la perspective du care incite à reconnaître l’accomplissement de l’égalité comme un objectif politique ».4

L’élargissement à l’environnement des pratiques du care proposé par la définition de Tronto et Fisher a permis de faire le lien entre le care  et l’écologie politique reliant soin des humains et soin de la terre.  Le care fait ainsi retour vers les pensées des précurseurs de l’écologie politique comme André Gorz et contribue à son renouvellement.

Le souhait de ce colloque est d’interroger le projet de design dans la perspective de la pensée du care entendue comme réflexion sur l’éthique et comme pratique du soin. Ainsi le care nous invite à nous interroger sur :

  1. les besoins réels des humains, et pas uniquement dans les domaines du soin.  On constate qu'aujourd'hui, nombre de professionnels, d'institutions et d'administrations sont animés du souci de repenser les formes de la prise de décision. Plutôt que de situer le destinataire du projet, du soin, au terme d'un processus de réflexion nourri de seules représentations, il s'agit de lui faire une place à l'intérieur du processus et de travailler à partir de ses désirs réels. Ce souci de l'autre induit non seulement la prise en compte de son point de vue, mais aussi plus généralement une remise en question de la hiérarchisation des pouvoirs et des décisions.
  2. La convergence entre la prise en compte des besoins humains et la préservation de l’environnement.
  3. Les responsabilités engagées dans le projet de design. Comment la question de la responsabilité se pose t-elle aujourd’hui ? La pensée du care renouvelle t-elle l’interrogation sur la responsabilité ? Le care permet-il de repenser une nouvelle distribution des responsabilités entre les acteurs? Dans quelle mesure la notion de compétence associée à une exigence morale modifie t-elle les modalités de mise en œuvre et les finalités des pratiques ? 
  4. La place des usagers. Comment prendre en compte la réflexion actuelle sur le statut des usagers, sur les nouvelles formes de gouvernance depuis la délégitimation de l'Etat-providence, comment prendre en compte le point de vue du destinataire du service qui devient coauteur et cocréateur du projet ?

Qu'ont à échanger ensemble des entendeurs de voix qui ne veulent pas être considérés pour autant comme schizophrènes, des porteurs de gènes déficients qui ne veulent pas être traités comme des malades, des malades qui ne veulent pas être réduits à leur seul handicap, et des personnalités politiques, des médecins, des thérapeutes, des aidants et des aidés, des architectes et des designers qui veulent exercer leurs compétences autrement que comme donneurs d'ordre, pourvoyeurs d'objets ou de services ? Peut-être la capacité pour chacun de construire, au sein de ce qu'il est par son état et son identité, une capacité d'action et d'interaction personnelles susceptibles de nourrir la réflexion de tous sur de nouvelles formes possibles de citoyenneté et d’organisation sociale et politique.

Le souhait de ce colloque est de créer un échange entre différentes institutions et professionnels qui portent ces exigences dans le prolongement des réflexions sur le care.

Tous les champs d’étude pourront être mobilisés.

Modalités de candidature

Un abstract de 1000 à 1500 signes + court CV ou bio de 10 lignes est à envoyer à  dominique.laudien@ensa-nancy.fr

  • Date limite de soumission des propositions : 5 mars 2017.

  • Date de notification d’acceptation ou de refus des propositions : 10 mars 2017

Informations pratiques

Date du colloque : 18 et 19 mai  2017

Lieu du colloque : Campus ARTEM, École nationale supérieure d’art et de design de Nancy, 1, place Ch. Cartier Bresson, 54000 Nancy.

Contacts : patrick.beauce@ensa-nancy.fr, jehanne.dautrey@ensa-nancy.fr,

Comité scientifique

  • Jérôme Aich (Ensad Nancy),
  • Apolline Auclerc (Université de Lorraine/ENSAIA — LSE),
  • Patrick Beaucé (Ensad Nancy), 
  • Jehanne Dautrey (Ensad Nancy — Paris 1),
  • Claire Fayolle (Ensad Nancy),
  • Dominique Laudien (Ensad Nancy),
  • Colin Ponthot (Ensad Nancy),
  • Alexandre Brugnoni (Ensad Nancy),
  • Olivier Mirgaux (Mines Nancy — Institut Jean Lamour Départ. LRSM),
  • Béatrice Selleron (Ensad Nancy),
  • Jean-Baptiste Sibertin-Blanc (Ensad Nancy),
  • Dominique Benmouffek (Mines Nancy — Loria / équipe Kiwi).

Le colloque sera enregistré et donnera lieu ultérieurement à une publication.

Lieux

  • Amphithéâtre - Campus Artem 1 place Cartier Bresson
    Nancy, France (54)

Dates

  • dimanche 05 mars 2017

Mots-clés

  • soin, care, design, philosophie, pratiques participatives, souci de l'autre, micropolitique, joan tronto, deleuze et guattari, foucault, biopouvoir

Contacts

  • Jehanne Dautrey
    courriel : jdautrey [at] club-internet [dot] fr
  • Dominique Laudien
    courriel : dominique [dot] laudien [at] ensa-nancy [dot] fr

Source de l'information

  • Jehanne Dautrey
    courriel : jdautrey [at] club-internet [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Design et pensée du care », Appel à contribution, Calenda, Publié le lundi 06 février 2017, http://calenda.org/390966