AccueilLes formes de réglementations des métiers dans l'Europe médiévale et moderne : créations et renouvellements

Les formes de réglementations des métiers dans l'Europe médiévale et moderne : créations et renouvellements

Premières journées européennes : formes et typologie des réglementations des métiers

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Publié le mercredi 19 avril 2017 par João Fernandes

Résumé

Depuis les travaux anciens et la vague concomitante des éditions de sources sur les règlements des métiers de la deuxième moitié du XIXe et du premier tiers du XXe siècle, la question des structures professionnelles sous l’Ancien Régime n’a pas été revisitée, à l’exception près mais tardivement dans les années 1960 des travaux de l’historien Bronislav Geremek et du juriste André Gouron. Or, depuis les années 2000, nombre d’historiens se sont penchées sur l’étude des métiers sous des angles nouveaux (ceux du travail, de l’économie, de la technique). Il nous a semblé alors opportun de renouveler la question de l’organisation des métiers à travers sa règlementation.

Annonce

Argumentaire

Cette première rencontre souhaite jeter les bases d’une réflexion commune, dans un cadre international, sur les systèmes de réglementation des activités professionnelles au cours du second Moyen Âge et de l’époque moderne (XIIe-XVIIIe siècle). Elle propose une relecture de la question à l’échelle européenne à partir de quelques cas concrets, en privilégiant une approche comparée tirant parti des renouvellements historiographiques qui ont récemment marqué la question dans plusieurs pays[1]. Promouvant une vision intégrée des systèmes de réglementation, elle souhaite replacer ces derniers dans leurs contextes sociaux, économiques, juridiques et politiques, en s’intéressant notamment aux relations entre les gens de métier et les pouvoirs publics.

Le point de départ du projet est de considérer qu’il n’existait pas un seul mode de réglementation des activités professionnelles, mais plusieurs, propres à un métier, une ville, un espace régional, dont chacun fit l’objet d’une genèse et d’évolutions particulières, en s’inscrivant dans des rythmes et des processus divers (systèmes de codification orale des pratiques professionnelles ; fondation écrite ; homologation, renouvellement, réforme au travers de projets aboutis ou inaboutis ; essaimage de multiples transformations de détail, etc.) L’approche comparée peut permettre de mieux saisir ces différences et similitudes, du point de vue formel et chronologique, en insistant plus particulièrement sur les phases de création et de renouvellement des dispositifs réglementaires.

Si les études sur les statuts de métier occupent une place fondamentale dans l’historiographie de la question, la réflexion ne doit d’ailleurs pas s’arrêter aux seuls groupements professionnels ou corps de métiers constitués, faisant l’objet de corpus réglementaires rassemblés et ordonnés pour et par un secteur d’activité spécifique. L’analyse se veut plus globale, en s’ouvrant d’une part à l’ensemble des activités de l’artisanat, de l’industrie et du commerce, et d’autre part à tous les types de réglementation, sans se restreindre aux seuls statuts professionnels, qui représentent sans doute la forme normative la plus aboutie, mais qui coexistent avec de multiples autres formes réglementaires (ordonnances, sentences, règlements, us et coutumes, lettres patentes, décisions, etc.)

Axes thématiques

En se penchant spécifiquement sur le problème des formes de réglementation des activités professionnelles, cette première rencontre souhaite articuler la réflexion commune autour de plusieurs axes :

  •  La mise en forme de la norme

Comment l’historien appréhende-t-il la fabrication des norms ? L’approche matérielle des corpus réglementaires peut permettre de mieux comprendre les logiques de production de la norme en révélant les différentes strates d’écriture que masquent souvent les éditions anciennes des statuts de métier : corrections, ajouts, suppression d’articles montrent que les dispositions n’ont rien d’un ensemble figé, fixé une fois pour toute, et qu’elles constituent souvent un matériau extrêmement évolutif. A contrario, on pourrait également s’interroger sur des formes de canonisation précoces de dispositions réglementaires, qui donnent lieu à des mises en forme de prestige (cartulaires) posant le problème de leur plus ou moins grande déconnexion avec une réalité des pratiques par définition mouvante.

  •  Les terminologies : dire la réglementation aux époques médiévale et moderne

Comment les dispositions réglementaires sont-elles désignées dans la documentation ? Le caractère parfois fluctuant des termes employés (statut, ordonnance, établissement, règlement, coutume, libertés...) répond-il à la diversité des formes de réglementation ?

  •  Les formes implicites de réglementation

La réflexion sur les formes de réglementation doit s’ouvrir aux modalités informelles de codification, par définition très discrètes dans les sources : règles orales ou issues de la coutume et de la tradition ; mesures générales en vigueur à l’échelle d’une région ou d’un royaume qui s’appliquent à un métier sans que les réglementations spécifiques à celui-ci éprouvent le besoin de les rappeler.

  •  La place des statuts dans les corpus réglementaires formalisés

Derrière la place prédominante qui a été conférée par l’historiographie aux statuts de métiers, il importe de mesurer la place réelle de ces derniers dans le dispositif normatif local, et notamment leur coexistence avec d’autres types de réglementations, complémentaires ou éventuellement concurrentes : dispositions ponctuelles émises au cas par cas par le pouvoir municipal et/ou d’autres pouvoirs publics, ou par le métier lui-même quand il dispose de l’autorité suffisante, au travers d’ordonnances spécifiques ou même d’articles isolés dans des textes traitant de diverses questions.

Modalités pratiques d'envoi des propositions

Si vous souhaitez proposer une communication pour cette manifestation, veuillez faire parvenir un abstract d’environ 2500 signes (ou 400 mots) ainsi qu’une courte biographie indiquant votre rattachement institutionnel aux trois organisateurs de ces journées dont les mails suivent

avant le 15 juin 2017.

  • Robert Carvais rcarvais@noos.fr
  • Arnaldo Melo amelo@ics.uminho.pt
  • Judicaël Petrowiste judicael.petrowiste@univ-paris-diderot.fr

Comité scientifique

  • Philippe Bernardi, CNRS, Lamop
  • Caroline Bourlet, CNRS, IRHT
  • Robert Carvais, CNRS, CTAD
  • Maxime Lhéritier, Université Paris-Diderot
  • Arnaldo Melo, Université do Minho, Braga (Portugal)
  • Judicaël Petrowiste, Université Paris-Diderot
  • Jean-Louis Roch, Université de Rouen
  • François Rivière, EHESS, CRH

Bibliographie récente sur les métiers (XIIIe-XVIIIe siècle)

  • Allegra Luciano, « Un modèle de mobilité sociale préindustrielle. Turin à l’époque napoléonienne », Annales HSS, 2005, p. 444-445.
  • Arizaga Bolumburu Beatriz y Solorzano Telechea Jesus A. (dir.), Construir la ciudad en la edad media, Logrono, instituto de Estudios Riojanos, 2010.
  • Arnoux Mathieu et Monnet Pierre (dir.), Le technicien dans la cité en Europe occidentale, 1250-1650, Rome, 2004
  • Bernardi Philippe, Maître, valet et apprenti au Moyen Âge. Essai sur une production bien ordonnée, Toulouse, CNRS – Université Toulouse Le Mirail, 2009.
  • Blondé Bruno, Vanhaute Eric et Michèle Galand (dir.), Labour and labour markets between town and countryside (Middles Ages-19th century), Turnhout, Brepols, Coll. “Comparative Rural History of the North Sea Area”, vol. 6, 2001
  • Braunstein, Philippe, Travail et entreprise au Moyen Âge, Bruxelles, 2003.
  • Bothwell James, Goldberg Jeremy. and Mark Ormrod (eds.) The Problem of Labour in Fourteenth-Century England, York, 2000
  • Cauchies Jean-Marie, et Bousmar Eric, « Faire bans, edictz et statuz » : Légiférer dans la ville médiévale, Bruxelles, Publications des Facultés universitaires Saint-Louis,  2001.
  • Cavaciocchi Simonetta (ed.), L’Edilizia prima della rivoluzione industriale secc. XIII-XVIII, Atti della « Trentaseiesima Settimana di Studi », 26-30 aprile 2004, Instituto Internazionale di Storia Economica ‘F. Datini’, Prato, Serie II –Atti delle « Settimane di Studi » e altri Convegni, 36, Le Monnier, 2005.
  • Córdoba de la Llave Ricardo, “La inspección de tiendas y talleres : un capítulo del control municipal sobre oficios”, in Andalucía medieval : actas del III Congreso de Historia de Andalucía, Córdoba, 2001, Vol. 6, 2003, p. 153-178.
  • Crowston Clare H., « L’apprentissage hors des corporations. Les formations professionnelles alternatives à Paris sous l’Ancien Régime », Annales HSS, 2005, p. 409-441
  • De Munck Bert, Kaplan Steven L. and Hugo Soly (dir.), Learning on the Shop Floor: Historical Perspectives on Apprenticeship, Oxford, Berghahn, 2007
  • De Munck Bert, « La qualité du corporatisme. Stratégies économiques et symboliques des corporations anversoises (XVIe-XVIIIe siècles) », Revue d’histoire moderne et contemporaine, 2007, p. 116-144.
  • Denjean Claude et Feller Laurent (dir.), Expertise et valeur des choses au Moyen Age, 1. Le besoin d’expertise, Madrid, 2013
  • Doom Vincent, « Une communauté de métier au Bas Moyen Âge : l’exemple des bouchers amiénois », dans Philippe Guignet (éd.), Le peuple des villes dans l’Europe du Nord-Ouest (fin du Moyen Âge-1945), Villeneuve d’Ascq, Centre de recherche sur l’Histoire de l’Europe du Nord-Ouest, 2003, p. 117-146.
  • Epstein Stephan R., Freedom and Growth. The rise of states and markets in Europe, 1300-1750, London and New York, 2000 [paperback 2006]
  • Epstein Stephan R. and Maartens Prak (ed.), Guilds, Innovation, and the European Economy, 1400-1800, Cambridge, CUP, 2008.
  • Farr James R., “On the shop floor: guilds, artisans, and the European market economy, 1350-1750”, Journal of early modern history, 1997, p. 24-54
  • Farr James R., Artisans in Europe, 1300-1914, Cambridge, Cambridge University Press, 2000
  • Faugeron Fabien, « Nourrir la ville. L’exemple de la boucherie vénitienne à la fin du Moyen Âge », Histoire urbaine, 16, 2006, p. 53-70.
  • Gadd Ian A. and Patrick Wallis (dir.), Guilds, Society & Economy in London 1450-1800, London, Centre for Metropolitan History, Institute of Historical Research, Guildhall Library, 2002
  • Gadd Ian A. and Patrick Wallis (dir.), Guilds and Association in Europe, 900-1900, London, Centre for Metropolitan History, Institute of Historical Research, School of Advanced Study, University of London, 2006
  • Giraudet Christophe, « Les bouchers dans les petites villes à la fin du Moyen Âge : l’exemple du Nivernais », dans Annales de Bourgogne, 2010, p. 116-145.
  • Goldberg Jeremy, “Craft Guilds, the Corpus Christi Play and Civic Government”, in The Government of Medieval York. Essays in commemoration of the 1396 Royal Charter, ed. by Sarah Rees-Jones, York, 1997, p.141-163
  • González Arce José Damián, Gremios, producción artesanal y mercado. Murcia, siglos XIV y XV,  Murcie, 2000.
  • Hamon Maurice (dir.), Le travail avant la révolution industrielle, 127e congrès national des sociétés historiques et scientifiques, Nancy, 2002, Paris, Ed. du CTHS, 2006
  • Haupt Heinz-Gerhard (ed.), Das Ende der Zünfte: eineuropäischer Vergleich,  Kritische Studien zur Geschichswissenchaft, vol. 151, Göttingen: Vandenhoeck & Ruprecht, 2002
  • Hoffmann Philip R., « In defense of corporate liberties early modern guilds and the problem of illicit artisan work », Urban History, 2007, p. 76-88.
  • Jehanno, Christine, Bove, Boris (coord.), « Travailler à Paris (XIIIe-XVIe siècles) », Médiévales, 69, 2015.
  • Kaplan, Steven L., La fin des corporations, Paris, Fayard, 2001.
  • Kaplan, Steven L. et  Philippe Minard (éd.), La France, malade du corporatisme ? XVIIIe-XXe siècle, Paris, Belin, 2004
  • Leveleux-Teixeira Corinne, Rousselet-Pimont Anne, Bonin Pierre et Florent Garnier, Normes et normativité. Etudes d’histoire du droit rassemblées en l’honneur d’Albert Rigaudière, Paris, Economica, 2009
  • Manikowska, Halina, “Le corporazioni e il potere cittadino nelle città dell’Europa centro-orientale”, in Tra Economia e politica : le Corporazioni nell’Europa medievale, Pistoia, 13-16 maggio 2005, Pistoia, 2007, p. 257-274
  • Marques, A. H. de Oliveira, “O Trabalho”, in A Sociedade Medieval Portuguesa. Aspectos de vida quotidiana, 6ª edição, Lisboa, A Esfera dos Livros, 2010, p. 163-184; 280-283 e 310-312 [1ª edição 1963].
  • Massa, Paola e Angelo Moioli (dir.), Dalla corporazione al mutuo soccosrso: Organizzazione e tutela del lavoro tra XVI e XX secolo, Milan, Franco Angeli, 2004
  • Melo, Arnaldo Sousa (2013), “Os mesteirais e o poder concelhio nas cidades medievais portuguesas (séculos XIV e XV)”, EDAD MEDIA. Revista de Historia, nº 14, 2013 («Culturas políticas urbanas en la Península Ibérica»), p. 149-170.
  • Minard, Philippe, « Corporations » dans A. Stanziani (dir.), Dictionnaire historique de l’économie-droit. XVIIIe-XXe siècle, Paris, LGDJ, 2007, p. 103-113.
  • Mousnier, Mireille (éd.), L’artisan au village dans l’Europe médiévale et moderne. Actes des XIXe Journées internationales d’histoire de l’abbaye de Flaran (septembre 1997), Toulouse, PUM, 2000.
  • Navarro Espinach Germán, “El desarrollo industrial de Aragón en la Baja Edad Media”, Aragón en la Edad Media, XVII, 2003, p. 179-212
  • Pfirsch Thomas « Artisans et pluriactivité à Dijon à la fin du Moyen Âge », Histoire urbaine, 6, 2002, p. 5-22.
  • Prak Maartens, Lis, Catharina, Lucassen, Jan and Hugo Soly (dir.), Crafts Guilds in the Early Modern Low Countries: Work, Power, and Representation, Aldershot: Ashgate, 2006
  • Puñal Fernández T., Los artesanos de Madrid en la Edad Media (1200-1474), Madrid, Universidad Nacional de Educación a Distancia, 2000
  • Riello, Giorgio, « Le déclin des corporations de Londres : les cordonniers au XVIIIe siècle », Revue d’histoire moderne et contemporaine, 2007, p. 145-170.
  • Roch Jean-Louis, Un autre monde du travail. La draperie en Normandie au Moyen Âge, Rouen, 2013.
  • Thillay, Alain, Le faubourg Saint-Antoine et ses faux ouvriers à Paris aux XVIIe et XVIIIe siècles, Seyssel, Champ Vallon, 2002
  • TRA Economia e politica : le Corporazioni nell’Europa medievale, Pistoia, 13-16 maggio 2005, Pistoia, 2007
  • Victor, Sandrine, La construction et les métiers de la construction à Gérone au XVe siècle, Toulouse, Framespa/CNRS/Université de Toulouse, coll. Méridiennes, 2008

Références

[1] Voir par exemple Bothwell, James, Goldberg, Jeremy, Ormrod, Mark (éds.), The Problem of Labour in Fourteenth-Century England York, 2000 ; Philippe Bernardi et Catherine Verna, « Travail et Moyen Âge : un renouveau historiographique », Cahiers d’histoire, 83, 2001, p. 27-46 ; Tra Economia e politica : le Corporazioni nell’Europa medievale (Pistoia, 13-16 maggio 2005), Pistoia, 2007, p. 333-357 ; Philippe Bernardi, Maître, valet et apprenti au Moyen âge. Essai sur une production bien ordonnée, Toulouse, 2009. Pour la période moderne voir les travaux de Philippe Minard, Steven Kaplan ou Michael Sonenscher et pour une synthèse sous l’angle juridique Robert Carvais, « Pour une préhistoire du droit du travail avant la Révolution » in Bernadette Menu (dir.), L’organisation du travail en Egypte ancienne et en Mésopotamie, Le Caire, Institut français d’archéologie orientale, Bibliothèque d’étude, 151, 2010, p. 13-37.

Lieux

  • Université Paris-Diderot-Paris VII - 5, rue Thomas Mann
    Paris, France (75013)

Dates

  • jeudi 15 juin 2017

Mots-clés

  • métier, règlementation, statut, ordonannce, établissement, règlement, coutume, liberté

Contacts

  • Robert Carvais
    courriel : rcarvais [at] noos [dot] fr

Source de l'information

  • Robert Carvais
    courriel : rcarvais [at] noos [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Les formes de réglementations des métiers dans l'Europe médiévale et moderne : créations et renouvellements », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 19 avril 2017, http://calenda.org/402345