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La musique des migrants dans les camps

Migrantinnen-musik in den migrantenlagern

The music of migrants in camps

Faire de l’art en situation d’urgence

Musik machen in ausnahmesituationen

Making art in an emergency situation

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Publié le mardi 20 juin 2017 par Céline Guilleux

Résumé

Cette université d’été a deux objectifs. le premier est d'explorer un secteur mal étudié de l’ethnologie comme la musique dans les camps de transit. S’il existe une abondante littérature historienne et musicologique sur la musique dans les camps de concentration et dans les camps d’extermination, rares sont les études qui portent sur les pratiques musiciennes. Le second objectif est de construire une démarche comparative afin de mesurer la singularité d’une observation ponctuelle sur ce que l’on appelle la crise des migrants en Europe : Paris, Baigorri, Calais, Dunkerque (France), Friedland (Göttingen, Allemagne), M’Bera (Mauritanie), Mentao (Burkina Faso), Zaatari (Jordanie).  

Annonce

But 

Cette université d’été a pour titre « La musique des migrants dans les camps. Faire de l’art en situation d’urgence ». Elle a deux objectifs : 

  • explorer un secteur mal étudié de l’ethnologie : la musique dans les camps de transit. S’il existe une abondante littérature historienne et musicologique sur la musique dans les camps de concentration et dans les camps d’extermination (Dick Walda, Charles Van West, Shmuel Gogol, Emilio Jani, Gabriele Knapp, Annette Wieviorka, Philip Bohlman, Pierre-Emmanuel Dauzat & Hélios Azoulay) rares sont les études qui portent sur les pratiques musiciennes ;  
  • construire une démarche comparative afin de mesurer la singularité d’une observation ponctuelle sur ce que l’on appelle la crise des migrants en Europe : Paris, Baigorri, Calais, Dunkerque (France), Friedland (Göttingen, Allemagne), M’Bera (Mauritanie), Mentao (Burkina Faso), Zaatari (Jordanie). 

Argument

 Au mois de mai 2013, Awet Andemicael, étudiante en théologie de l’université de Yale publie sur le site de l’UNHCR un article marquant : The arts in refugee camps: ten good reasons. De la prise en charge de soi aux techniques d’apprentissage et à l’agency, ces raisons visent à légitimer l’action des ONG pour la musique. Pourtant, ces raisons sont insatisfaisantes. Car le raisonnement est élaboré à partir des catégories de l’action humanitaire et non à partir du vécu des populations.  

  1. Cette université d’été renverse la perspective. Et plutôt que de partir des catégories instituées pour examiner de quelle façon elles s’incarnent dans la réalité, nous partons de l’engagement ethnographique pour examiner les processus d’institution des catégories, ce qui permet d’organiser ensuite, mais ensuite seulement, une montée en généralité à partir de la collection des cas.  
  2. Par ailleurs, nous prenons nos distances avec les clichés sur les bienfaits prêtés à la musique et à l’art thérapie. Nous examinons, au prix d’observations ethnographiques, situées et contextualisées, la façon dont la musique modifie la vie de chacun et celle des collectifs impliqués.  
  3. Enfin, nous questionnons l’ontologie de la musique. Des travaux antérieurs nous ont permis d’entériner le fait que la musique est subjective du point de vue ontologique et objective du point de vue épistémique. Cette fois, nous soumettons la question « qu’est-ce que la musque pour qui la pratique et l’écoute ? » à l’enquête ethnographique.  

Ancrages situationnels  

Bien des chercheurs qui ont mené ces analyses sur les pratiques artistiques dans des camps se sont d’abord confrontés à ces situations au prix d’un engagement citoyen. Dans ces situations d’anomie, ils ont rencontré « la musique », et ceux qui la faisaient être. Dès lors, ces migrants qu’un élan compassionnel faisait prendre pour « de pauvres malheureux » devenaient dans le regard de l’ethnographe attentif, par la force de la performance musicienne, par les habiletés incorporées et les références culturelles actualisées, des artistes virtuoses.   

Dans des contextes qui rendent toute communication verbale difficile en raison de l’étanchéité des langues, la musique et la danse rendent possible le partage, restaurent une forme de symétrie de l’échange. La profession de foi de Natacha Bouchart, maire de Calais, résonne : « Accueillir des migrants, ça peut être une richesse culturelle exceptionnelle » (Libération, 20 octobre 2015). Pourquoi donc la musique, alors que chacun se trouve « maintenu là, dans l’inachèvement d’un parcours de mobilité, ni immigré ni émigré mais suspendu en migration » (M. Agier, 2014) ?  

Cette rencontre de jeunes chercheurs propose de travailler à partir d’études de cas.

Études de cas

Paris, Foyer de Travailleurs Migrants du 19e arrondissement  

Un foyer de travailleurs migrants (FTM) est une structure d’hébergement qui accueille aujourd’hui des « hommes célibataires » de Mauritanie, du Mali et du Sénégal. On peut y cuisiner, se laver, dormir (et repartir travailler). Or, malgré les conditions de promiscuité, on y fait aussi de la musique. Car l’invité invite. « Invitation » est le terme par lequel les habitants de foyer désignent le fait d’accueillir dans leur chambre un griot qui vienne chanter leur nom avec son luth ngoni. « L’invitation » est une occasion musicale de rencontre. Ce n’est pas la seule. Car à une autre échelle, des moments de retrouvailles et de partage culturel sont organisés dans des salles des fêtes louées par des associations proches des habitants de foyers. Ces espaces se convertissent en lieux d’échanges, d’assemblées générales, de projets et en studio d’enregistrement. Il en est ainsi de centres sociaux et culturels où sont organisés ces journées culturelles, ces repas et ces occasions de musique. 

M’Bera, Mauritanie  

Février 2012. Les habitants du Nord Mali fuient le conflit armé. L’UNHCR installe 400.000 réfugiés Touaregs et Arabes dans des camps aux frontières de la Mauritanie, de l’Algérie, du Burkina Faso et du Niger. M’Berra est le plus important : 80.000 personnes. Ici, le quotidien s’organise. Au- delà des questions sanitaires et nutritionnelles, il y a le désir partagé de célébrer des événements en commun. Il n’y a pas de tabaski sans musique, ni de fin de ramadan. Le tinde et l’imzad sont fabriqués sur place. Il y a aussi des « soirées guitare ». Tout le monde danse et frappe des mains. Mohamed Issa ag Oumar est là. C’est LE guitariste du groupe Tartit, fer de lance avec Tinariwen de la musique touareg sur la scène de la World Music. Il a apporté sa guitare. On branche des amplis sur les batteries des voitures. Ici s’émancipe une économie de la World Music à visée interne, au sein du camp.  

Mentao, Burkina Faso  

Nous sommes à 20 kilomètres de Ouagadougou. En octobre 2014, Marta Amico visite le camp en compagnie d’une musicienne du groupe Tartit, qui dirige l’organisation des femmes du camp. Un musicien armé de sa guitare entonne un chant de bienvenue. Des femmes se joignent à lui. M. Amico interroge : Pourquoi la musique ? Parce que c’est la vie. Ici, « la musique » n’est pas quelque chose « à part », une activité en soi : c’est l’instrument de la vie sociale, c’est le fait de pouvoir continuer à se réunir autour des célébrations d’avant qui fait toute l’importance des moments de jeu. Et c’est la raison pour laquelle on retrouve ici tellement de musiciens : ils ont fui les groupes islamistes qui interdisent la musique dans le Nord Mali. Ici, ils organisent des dj set improvisés. Et ils se connectent au monde. Dans ces moments où tout cède, la musique fabrique du lien social.  

Zaatari, Jordanie  

Construit en juillet 2012, le camp de Zaatari est situé à la frontière syrienne. 80.000 réfugiés syriens y vivent dans des conditions précaires, près du pays qu’ils ont fui. Zaatari dépend entièrement de l’aide humanitaire. Plusieurs ONG travaillent autour d’activités musicales, c’est le cas d’OXFAM International. Comment la musique est-elle appréhendée dans le règlement du camp ? Comment est- elle mobilisée par les musiciens euxmêmes ? Quel rapport chacun entretient-il à l’écoute ? Et quels sont les répertoires qui entrent dans l’espace public ? Engagée par OXFAM International, Gaétane Lefebvre a travaillé au plus près des interactions musiciennes. Elle a établi des liens avec Nicolas Puig, anthropologue spécialiste des camps de réfugiés au Liban et Richard Wolf, réalisateur de A requiem for Syrian refugees” (2014). L’université d’été permettra de visionner ce film, en présence de N. Puig et du réalisateur. 

Baigorri, France (64)  

Le 20 novembre 2015, à l’initiative de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII), une cinquantaine de migrants s’installent à Baigorri, dans les montagnes basques. Ils ont quitté le Soudan, l’Erythrée, le Tadjikistan, l’Afghanistan et tous les Kurdistan. Ils ne savent pas où ils sont, ne parlent ni français, ni anglais, ni basque, mais ils ont dit oui, et l’OFII les a conduits ici. La mairie réquisitionne le VVF, la préfecture finance, les bénévoles aident les migrants dans leurs démarches administratives. Des ateliers sont en place. Une osmose s’opère. Des ateliers de danse basque sont créés, des ateliers de musique aussi. L’un d’eux réclame un violon. Un violon est trouvé. Il joue sans vibrato, sur des échelles improbables : nous offre un makâm syrien. Pourquoi donc la musique ici ? 

Ces études de cas seront complétées par d’autres cas présentés par les étudiants qui participeront à l’Université d’été, et par les exposés de Philip Bohlman (University of Chicago) sur la musique dans les camps et de Raimund Vogels (Hildesheim) sur l’institutionnalisation des expériences menées en Niedersachsen pour valoriser le talent d’artistes réfugiés et leur procurer une formation diplomantes qui leur ouvre les portes du marché du travail artistique en Allemagne.

Production scientifique

(en partenariat avec Les Cahiers d’Ethnomusicologie)  

Les candidats sont invités à présenter, à partir de leurs travaux personnels, un projet de texte (2 pages) abordant l’une des thématiques de cette Ecole d’été. Huit projets (Groupe A) seront choisis et seront développés par leurs auteurs pour donner lieu à des textes d’une dizaine de pages qui seront mis en ligne dans l’espace collaboratif. Lors de l’université d’été, les textes seront présentés et commentés par 8 autres participants (Groupe B). Nous constituerons ainsi des binômes auteur / exégète. 

L’originalité de ce travail en commun permet à plusieurs étudiants de travailler en groupes et d’écrire ensemble un article co-signé qui sera soumis pour publication aux Cahiers d’Ethnomusicologie (Laurent Aubert, Genève). Langues de l’article : français, allemand ou anglais.

Candidature

Le dossier de candidature doit comprendre : 

  • un CV ; 
  • une présentation du projet de doctorat, de master ou de post-doc ;  - une proposition d’intervention (2 pages) en lien avec l’Université d’été. 

Le dossier de candidature doit parvenir à l’adresse : dlaborde@msh-paris.fr La sélection sera faite en fonction de l’adéquation thématique entre les propositions d’intervention et l’Université d’été. 

Date limite de renvoi des dossier: 29 juin 2017

Séléction des candidatures

  • Prof. Dr. Denis Laborde (CNRS – EHESS, Centre Georg Simmel, Paris - Bayonne)
  • Prof. Dr. Raimund Vogels (Center for World Music, Hildesheim)

Sélection des candidats : 30 juin 2017  

Informations pratiques

Rendez-vous : L’université d’été se déroule du 10 au 16 septembre 2017. Arrivée des participants le dimanche 10 septembre. Départ le samedi 16 septembre. Vous pouvez rester au-delà à vos frais. 

Participants : L’Université d’été compte 16 étudiants et jeunes chercheurs (master, doctorat ou post-doctorat) de toute nationalité. Toutes les disciplines sont concernées. 

Langues de travail : français, allemand ou anglais. La langue basque sera valorisée. Chacun doit parler couramment une de ces langues et en comprendre une autre. 

Lieu : Cité des Arts, 3 avenue Jean Darrigrand, F-64100 Bayonne, Pays Basque, France

Inscription : par courrier électronique adressé à dlaborde@msh-paris.fr

Réservation des billets de train / avion : dans la semaine du 1er juillet 2017 

Frais : Les frais de transport (train 2e classe ou avion) et de séjour (nuitées et repas) sont couverts par l’Université d’été. Les billets de transport seront pris par le Centre Georg Simmel.  

Gare SNCF : Bayonne / Aéroport : Biarritz 

Contact/informations : dlaborde@msh-paris.fr & raimund.vogels@hmt-hannover.

Lieux

  • Cité des Arts - 3 avenue Jean Darrigrand
    Bayonne, France (64)

Dates

  • jeudi 29 juin 2017

Mots-clés

  • musique, camp, migrant, accueil, musicien, crise, Afrique, Europe

Contacts

  • Denis Laborde
    courriel : dlaborde [at] msh-paris [dot] fr
  • Vogels Raimund
    courriel : raimund [dot] vogels [at] hmt-hannover [dot] de

Source de l'information

  • Luigia Parlati
    courriel : luigia [dot] parlati [at] ehess [dot] fr

Pour citer cette annonce

« La musique des migrants dans les camps », École d'été, Calenda, Publié le mardi 20 juin 2017, http://calenda.org/409672