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Résistances : perspectives autochtones et postcoloniales

Resistance: Indigenous and Postcolonial Perspectives

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Publié le mardi 02 janvier 2018 par João Fernandes

Résumé

Dans Decolonizing Education (2013), Marie Battiste critique la valorisation unique des systèmes eurocentristes de connaissance en ce que ce mouvement minimise les savoirs, les peuples et l’histoire autochtones. Achille Mbembe, dans « Decolonizing Knowledge and the Question of Archive » (2016), propose que la décolonisation des savoirs « implique principalement le développement d’une perspective qui peut nous permettre de nous voir avec lucidité, en relation constante avec nous-mêmes et avec ces autres qui peuplent l’univers, incluant les êtres non humains. » Partant des définitions parfois contrastées du terme « postcolonial » et des suspicions légitimes face aux théories institutionnalisées, nous envisageons le dialogue entre les perspectives autochtones et postcoloniales comme différentes manières d’explorer les relations entre les théories critiques, les objets culturels, les stratégies pédagogiques, les pratiques sociales et les communautés animé·e·s par des objectifs de résistance.

 

Annonce

Argumentaire

Dans Decolonizing Education (2013), Marie Battiste critique la valorisation unique des systèmes eurocentristes de connaissance en ce que ce mouvement minimise les savoirs, les peuples et l’histoire autochtones; Battiste avance par le fait même qu’une part importante de la « lutte ultime » pour une éducation décolonisée « concerne la régénération de nouvelles relations entre les systèmes de connaissances ». Achille Mbembe, dans « Decolonizing Knowledge and the Question of Archive » (2016), propose que la décolonisation des savoirs « implique principalement le développement d’une perspective qui peut nous permettre de nous voir avec lucidité, en relation constante avec nous-mêmes et avec ces autres qui peuplent l’univers, incluant les êtres non humains. » L’accent que Battiste et Mbembe placent sur les relations et le dialogue, au-delà des frontières, guide ce colloque multidisciplinaire; nous souhaitons inciter des échanges entre les perspectives autochtones et postcoloniales en explorant les résistances face aux manifestations passées et présentes du colonialisme et de l’impérialisme, tout en étant conscient·e·s de ce que Jody A. Byrd nomme les « significations temporelles contradictoires » des « post- », qui doivent être remis en question puisqu’ils « représentent une condition de futurité qui n’a pas encore été atteinte » (2011). Partant des définitions parfois contrastées du terme « postcolonial » et des suspicions légitimes face aux théories institutionnalisées, nous envisageons le dialogue entre les perspectives autochtones et postcoloniales comme différentes manières d’explorer les relations entre les théories critiques, les objets culturels, les stratégies pédagogiques, les pratiques sociales et les communautés animé·e·s par des objectifs de résistance. Nous ne souhaitons pas proposer de cartographie simpliste superposant les perspectives, ni encore d’écrasement des spécificités propres à la manière dont le colonialisme de peuplement influence chacune d’entre elles. Plutôt, nous espérons que les échanges suscités par le colloque nous permettront de mieux comprendre les différents points de vue depuis lesquels nous nous exprimons et feront naître des manières d’aller de l’avant à partir des croisements entre les objectifs des études autochtones et ceux des études postcoloniales.

Dans cette optique, nous n’oublions pas les commentaires critiques des années 1990 et 2000 à propos des sujets évoqués ici, comme la définition du postcolonial que donne Thomas King dans « Godzilla vs. Post-Colonial » en tant qu’« otage du nationalisme » (1990), ou encore le plaidoyer de George J. Sefa Dei pour un cadre discursif anticolonial, dans « Rethinking the Role of Indigenous Knowledges in the Academy » (2000). Ainsi, notre appel au dialogue invite aussi la prise en compte des limites des systèmes théoriques en place et la remise en question des pouvoirs institutionnels dans le contexte, entre autres, de l’intersection entre la dépossession des territoires autochtones et les mouvements migratoires des réfugié·e·s. Pour rendre cet exemple plus spécifique, nous suggérons de réfléchir aux façons de réfléchir à la prise en charge des demandeurs et demandeuses d’asile haïtien·ne·s par l’état canadien sur le territoire traditionnel non cédé des peuples kanien’kehá:ka (mohawk) et abénakis. Nous souhaitons aussi établir des réseaux théoriques au-delà des frontières nationales et établir des parallèles, par exemple, entre le mouvement sud-africain #RhodesMustFall et la remise en question de la légitimité de la statue de Cornwallis à Halifax et de celle de John A. Macdonald à Kingston, au Canada, ou encore avec le changement de nom de la rue Amherst au centre-ville de Montréal. Dans cette foulée, nous souhaitons également penser de manière critique à ces discours médiatiques et à ces œuvres d’art contemporain·e·s qui « utilisent la figure de l’autochtone ou du Métis pour promouvoir les arguments postcoloniaux des cultures et des traditions non autochtones majoritaires » (Vautier, 1994), tout comme les autres settler moves to innocence à l’œuvre dans la littérature, dans le cinéma et dans les arts visuels. Ces stratégies discursives qui préviennent l’avènement d’une véritable décolonisation soulagent « le colonisateur de ses sentiments de culpabilité ou de responsabilité sans que celui-ci n’ait à abandonner sa souveraineté sur le territoire, son pouvoir ou son privilège — bref, sans qu’il n’ait à changer quoi que ce soit, véritablement. » (Tuck & Yang, 2012) Il s’agit là d’exemples des manières dont les pouvoirs institutionnalisés, qu’ils soient universitaires ou artistiques, sont incarnés dans les théories et les œuvres d’art, réitérant l’ordre actuel des choses et faisant obstacle aux mouvements de résistance aux colonialismes. La décolonisation, lors de ce colloque, ne sera pas entendue comme une métaphore.

De manière sous-jacente à ce dialogue, nous poserons la question suivante : que gagnons-nous ou que perdons-nous à tenir cette conversation dans un lieu aussi particulier que le Collège militaire royal du Canada ?

Axes de réflexion envisagés

  •  L’art comme résistance
  •  L’activisme et la théorie (Idle No More, #MMIWG, #NoDAPL, Black Lives Matter, les Tiny House Warriors de la nation secwepemc)
  •  La migration, l’immigration, les mouvements de réfugié·e·s et la dépossession du territoire autochtone
  •  La surveillance, la discipline et l’incarcération
  •  L’enseignement de la résistance
  •  Les settler moves to innocence dans la littérature, le cinéma et les arts visuels
  •  L’exploitation artistique des figures autochtones et métisses
  •  La résistance au nationalisme settler
  •  Les relations entre les perspectives postcoloniales et autochtones à l’université

Conférencier·ère·s invité·e·s à déterminer.

Veuillez noter que nous ne sommes pas en mesure de prendre en charge les frais de participation au colloque. Ainsi, les coûts relatifs aux déplacements et à l’hébergement seront de votre responsabilité. Il n’y aura pas de frais d’inscription au colloque. Nous acceptons les propositions de communication en anglais et en français, mais aucune traduction simultanée ne sera disponible. Les séances seront bilingues.

Le Collège militaire royal du Canada est situé sur le territoire traditionnel des peuples anishinabé et haudenosaunee.

Modalités pratiques d'envoi des propositions

Date limite de soumission : 22 janvier 2018

Les propositions de communication devront faire entre 200 et 300 mots.

Contact : pierre-luc.landry@rmc.ca & kris.singh@rmc.ca

Dates du colloque : 22-23 mars 2018

Comité organisateur

  • Pierre-Luc LANDRY
  • Kris SINGH

Comité de soutien

  • François-Emmanuël BOUCHER
  • Soundouss EL KETTANI
  • Frédérique OFFREDI
  • Huw OSBORNE

Bibliographie

  • BATTISTE, Marie. Decolonizing Education: Nourishing the Learning Spirit. Saskatoon : Purich Publishing (2013).
  • BYRD, Jody A. The Transit of Empire. Indigenous Critiques of Colonialism. Minneapolis : University of Minnesota Press.
  • DEI, George J. Sefa. « Rethinking the Role of Indigenous Knowledges in the Academy. » International Journal of Inclusive Education, vol. 4, no. 2 (2000) : 111–132.
  • KING, Thomas. « Godzilla vs. Post-Colonial. » World Literature Written in English, vol. 30, no. 2 (1990) : 10–16.
  • MBEMBE, Achille. « Decolonizing Knowledge and the Question of the Archive. » Wits Institute for Social and Economic Research, University of the Witwatersrand (2015).
  • http://wiser.wits.ac.za/content/achille-mbembe-decolonizing-knowledge-and-question-archive-12054
  • TUCK, Eve & Wayne K. YANG. « Decolonization is not a metaphor. » Decolonization: Indigeneity, Education & Society, vol. 1, no, 1 (2012) : 1–40.
  • VAUTIER, Marie. “Postmodern Myth, Post-European History, and the Figure of the Amerindian: François Barcelo, George Bowering, and Jacques Poulin. » Canadian Literature, no 141 (1994) : 15–37.

Lieux

  • Collège militaire royal du Canada
    Kingston, Canada

Dates

  • jeudi 22 mars 2018
  • vendredi 23 mars 2018

Mots-clés

  • autochtone, postcolonialisme, décolonisation

Contacts

  • Pierre-Luc Landry
    courriel : pierre-luc [dot] landry [at] rmc [dot] ca

Source de l'information

  • Pierre-Luc Landry
    courriel : pierre-luc [dot] landry [at] rmc [dot] ca

Pour citer cette annonce

« Résistances : perspectives autochtones et postcoloniales », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 02 janvier 2018, https://calenda.org/426955

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