HomeCrises sociopolitiques en contexte de démocratisation en Afrique

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Published on Wednesday, June 15, 2022

Abstract

L’état des lieux rapide et partiel de la situation sociopolitique d’une partie du continent rend compte d’une démocratie en crise (ou d’un malaise démocratique) et dont la prise en charge hospitalière par la recherche scientifique s’inscrit dans l’ordre de l’urgence. Il justifie par conséquent l’organisation d’un colloque qui a pour objectif de (re)penser la mise en œuvre de la démocratie sous le prisme des crises qui l’alimentent. Il appartient à la communauté scientifique africaine de penser à nouveau les crises sociopolitiques à travers les multiples ratures que l’on observe sur la copie de la démocratisation sur le continent et à partir des expériences objectives de ses réalités.

Announcement

Argumentaire

Depuis leur accession à l’indépendance dans les années 1960, les pays africains traversent des cycles chroniques d’instabilité alimentés par des crises sociopolitiques répétitives. Ce cycle d’instabilités chroniques a connu depuis les processus de démocratisation des années 1990, un visage singulier, alimentant un imaginaire généralisé de pessimisme politique paradoxal. Si ce tableau est quasiment généralisé, la sous-région Afrique centrale présente un tableau particulier marqué par des processus incertains. Les schémas de transition suscitent des avis partagés sur les dynamiques de pacification politique. Dans une publication au titre évocateur/provocateur, « Des « guerres » de succession en Guinée Équatoriale, au Congo et au Cameroun. Vers un embrasement de l’Afrique centrale ? », Serge Loungou, à partir d’un prisme géopolitique et du paradigme de « l’embrasement », partageait sa réflexion sur le devenir de ces États de l’Afrique centrale, il y a quelques mois (Loungou, 2022). L’analyse de Serge Loungou, bien qu’inscrite dans une approche prospective, repose sur une observation fine des dynamiques sociopolitiques à l’œuvre dans ces États d’Afrique centrale. Cette réflexion fait état d’une tension politique bipolaire et lancinante entre dynamiques politiques successorales et risques de déstabilisation politique de la sous-région Afrique centrale.

Ce constat se nourrit d’une crainte légitime du spectre de la reproduction des coups d’État[1] observés dans la sous-région Afrique de l’ouest, notamment, au Mali, en Guinée, au Niger et au Burkina. Il s’inscrit par conséquent dans un contexte dont la temporalité actuelle est marquée sur le continent par la récession économique, l’instabilité et les troubles politiques malgré la routinisation des élections et les moyens importants qui y sont investis[2] par les États africains pour la promotion et le maintien de la démocratie électorale comme modèle privilégié de gouvernance. Ces phénomènes et évènements récents qui ont bénéficié d’un soutien populaire remarquable conduisent, même les plus optimistes, à s’interroger aujourd’hui sur le bien-fondé du modèle de gouvernance démocratique sur le continent malgré les « réformes » institutionnelles, normatives et technopolitiques introduites depuis une vingtaine d’années dans les processus électoraux pour faire taire les querelles et les disputes politiques en Afrique.

  • Trois coups d’État en l’espace de quatre mois dans la sous région Afrique de l’ouest.
  • En Côte d’Ivoire en 2010, les partenaires au développement ont versé près de 252 millions d’euros pour l’organisation des élections ; Au Mali en 2018, l’organisation des élections a coûté un peu plus de 76 millions d’euros (03 ans après il a été renversé) ; Au Cameroun en 2018, l’État a dépensé un peu plus de 88 millions d’euros pour l’organisation de l’élection présidentielle ; Au Burkina Faso en 2015, plus de 47 millions d’euros ont été dépensés pour l’organisation des élections présidentielle et législatives (02 ans après le président de la République a été renversé par un coup d’État) ; En RDC en 2018, ce pays a dépensé plus de 600 millions de dollars pour les élections présidentielle, législatives et provinciales. L’inventaire de ces scrutins donne à voir moins de 10 % d’alternance au sommet des États. https://fb.watch/cYSIETs_TA/

Cependant, en prêtant attention à la manière dont ces « réformes » structurent de nos jours la compétition électorale, la tendance lourde qui s’observe est que les élections sont redevenues une source de violence et d’instabilité en Afrique en général ainsi que l’illustrent les conflits postélectoraux au Gabon (2016), au Cameroun (2018), en RDC (2019), au Kenya et au Malawi (2020), au Mali et en Guinée Conakry (2020), pour ne citer que les plus récents. Ce constat contribue à rendre prospères ou à réhabiliter, dans la littérature savante, les notions telles que la démocratie de transit (Eboussi Boulaga, (1998), la récession démocratique (Levitsky et Way, 2015), le glissement démocratique (Bermeo, 2016) ou encore la régression démocratique (Tomini et Wagemann, 2018). Il contribue ainsi à relativiser la portée de l’expérience transitologique de la palabre politique que constituèrent naguère les « conférences nationales souveraines » à l’orée des années 1990. Cette terminologie de la dépréciation de ce modèle de gouvernement dominant tend à rendre compte des turbulences et de la montée des « populismes communaucratiques » que traversent les sociétés politiques africaines dans leur marche vers la démocratie. 

Ces tumultes que matérialisent le retour des juntes militaires au Mali, au Burkina Faso et en Guinée Conakry, la prégnance des mouvements islamistes radicalistes tels que Boko Haram au Nigéria, au Cameroun et des mouvements terroristes similaires dans les autres pays d’Afrique de l’Ouest et de l’Orient, la récente guerre civile au Tchad, la crise anglophone et les revendications identitaires internes au Cameroun témoignent de ce que, l’Afrique est confrontée, aujourd’hui plus qu’hier, à une contestation sans précédent des ordres politiques établis et, probablement, de la forme (inachevée) de l’État (Libii, 2021). Ces multiples contestations se prolongent en Europe et en Amérique du Nord par des mouvements de revendication politiques extra-territoriaux comme la Brigade Anti-sardinard (BAS) au Cameroun qui témoignent de cette contestation hors frontières. Ces manifestations des idéologies politiques patentes et latentes entrent par conséquent en interaction pour proposer une alternance idéologique dans un contexte où, la démocratie libérale portée par les programmes politiques, peine à satisfaire les attentes et les espérances de paix et de développement des populations depuis quatre décennies sur le continent. Les dissentiments et les ressentiments d’acteurs autour de la proposition de l’idéologie politique dominante, qui est perçue sous l’étiquette d’un mode de gouvernance politique néo-patrimonial informel, nourrissent ces contestations que les projets politiques alternatifs opposés peinent à évincer. 

Cet état des lieux rapide et partiel de la situation sociopolitique d’une partie du continent rend compte d’une démocratie en crise (ou d’un malaise démocratique) et dont la prise en charge hospitalière par la recherche scientifique s’inscrit dans l’ordre de l’urgence. Il justifie par conséquent l’organisation de ce colloque qui a pour objectif de (re)penser la mise en œuvre de la démocratie sous le prisme des crises qui l’alimentent. En effet, il appartient à la communauté scientifique africaine de penser à nouveau les crises sociopolitiques à travers les multiples ratures que l’on observe sur la copie de la démocratisation sur le continent et à partir des expériences objectives de ses réalités.

Ce colloque propose ainsi d’ouvrir un espace de discussion entre chercheur·e·s pour penser et trouver des réponses aux interrogations qui structurent cette rencontre scientifique : comment peut-on comprendre le retour de la militarisation de l’adversité politique en Afrique ? Qu’est-ce qui explique la redondance des crises sociopolitiques en Afrique ? Comment ces crises sociopolitiques renseignent-elles sur la société politique africaine contemporaine ? Quel rapport peut-on établir entre l’environnement économique international et les crises sociales qui secouent les pays africains ? Quel est le rôle joué par la société civile en contexte de bouillonnement politique en Afrique ? Comment les crises sociopolitiques impactent-elles la nature de la diplomatie des États africains ? Les axes de réflexion suivants pourront, sans s’y limiter, contribuer à nourrir les discussions thématiques.

  • Axe 1 : Instabilités constitutionnelles et crises sociopolitiques
  • Axe 2 : Géopolitique mondiale et crises sociopolitiques
  • Axe 3 : Circulation des armes et insécurité transfrontalière
  • Axe 4 : Société civile et nouveaux mouvements sociaux en Afrique
  • Axe 5 : Participation politique et fragmentations ethno-communautaires

Modalités de soumission

Les propositions de communication en français ou en anglais sont à envoyer sous forme de résumé de 300 à 500 mots à l’adresse suivante : ccrag2018@gmail.com et/ou beningacrescent@yahoo.fr 

avant le 30 juin 2022

Elles comprendront les éléments suivants : Titre de la communication ; nom et prénom du chercheur ; université ou organisme de rattachement ; résumé de la communication ; mots-clés (5 au maximum). Le comité d’organisation insiste fortement sur le caractère original du travail proposé. 

Calendrier

  • 30 juin 2022: date limite d’envoi des propositions de communication
  • 15 juillet 2022: Notification aux auteurs de l’acceptation ou du refus de leurs propositions
  • 15 septembre 2022: Remise du texte complet de la communication
  • 22-24 novembre 2022: Tenue du colloque 

Organisation

Organisé par le centre centrafricain de recherche et d’analyse géopolitique(CCRAG) en collaboration avec le laboratoire d’études et de recherches en sociologie et en anthropologie du département de sociologie et d’anthropologie de la faculté des arts, lettres et sciences humaines de l’université de N’Gaoundéré, Cameroun et le laboratoire camerounais d’études et de recherches sur les sociétés contemporaines (CERESC) du département de sociologie de la faculté des arts, lettres et sciences humaines de l’université de Yaoundé i, Cameroun

Comité scientifique

  • Pr. Jean-François Akandji-Kombe (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)
  • Pr. Armand Leka Essomba (CERESC/Université de Yaoundé I)
  • Pr. Nadine Machikou(Université de Yaoundé II)
  • Pr. Ntuda Ebode (Université de Yaoundé II)
  • Pr. Zéphirin Mogba ( Université de Bangui)
  • Pr. Danièle Darlan (Université de Bangui/Cour Constitutionnelle)
  • Pr. Claude-Ernest Kiamba (Université Catholique d’Afrique Centrale)
  • Pr. Marie Thérèse Mengue (Université Catholique d’Afrique Centrale )
  • Pr. Claude Abe (Université Catholique d’Afrique Centrale)
  • Pr. Taubic Falna (Université de Ngaoundéré)
  • Pr. Richard Filakota (ENAM-Bangui)
  • Pr. Jean Koulagna (Institut Al MOWAFAQA)
  • Pr. Issa Saibou ( Université de Maroua). 

Comité de coordination et secrétariat

  • Dr Paul-Crescent Beninga (Centre Centrafricain des Sciences Sociales et de Gestion)
  • Dr Calvin Minfegue (Université Catholique d’Afrique Centrale)
  • Dr Arnold BAGAIRA (Université de Bangui)
  • Madame Claire Parjouet (Université de Pau et des pays de l’Adour)
  • Monsieur Pierre Longnan (Commission Culture de la Conférence Episcopale Centrafricaine)
  • Monsieur Parfait Grothe (Institut Centrafricain des Sciences Sociales et de Gestion). 

Bibliographie indicative

Badie, B. (1992). L’État importé. Essai sur l’occidentalisation de l’ordre politique. Paris: Fayard.

Bermeo, N. (2016). « On Democratic Backsliding ». Journal of Democracy, vol. 27, p. 5-19.

Eboussi Boulaga, F. (2014). Lignes de résistance. Yaoundé : Éditions Clé. 

Eboussi Boulaga, F. et alii (2014). Repenser et reconstruire l’opposition camerounaise. Questions sur la quête de sens et la subjectivation politique. Yaoundé : Éditions Terroirs.

Eboussi Boulaga, F. (1998). La démocratie de transit au Cameroun. Paris: L’Harmattan. 

Levitsky, S., et Way, L. A. (2015). « The Myth of Democratic Recession ». Journal of Democracy, vol. 26, p. 45-58.

Libii, C. (2021). Le libéralisme communautaire, Yaoundé, Terroirs.

Loungou, S. (2022). « Des « guerres » de succession en Guinée Équatoriale, au Congo et au Cameroun. Vers un embrasement de l’Afrique centrale ? ». Diploweb.com : la revue géopolitique. https://www.diploweb.com/_Serge-LOUNGOU_.html

Mbembe, A. (1993). « Crise de légitimité, restauration autoritaire et déliquescence de l’État ». In : GESCHIERE, P., et KONINGS, P.(dir.).Itinéraire d’accumulation au Cameroun. Paris : Karthala, p. 345-375.

Momo, C. (2010). « L’alternance au pouvoir en Afrique subsaharienne francophone ». Politéia, n° 18, p. 483-532.

Otayek, R. (1998). « Les élections en Afrique sont-elles un objet scientifique pertinent ? ». In : introduction au dossier « Des élections comme les autres ? ». Politique africaine, n° 69, p. 3-11. 

Owen, B. (2007). « Les fraudes électorales ». Pouvoirs, 2007/1 (n° 120), p. 133-147.

Pokam, H. de P. (2006). « La neutralité électorale en Afrique : analyse des commissions électorales en Afrique subsaharienne ». RJP, n° 3, p. 335-359.

Quantin, P. (1998). « Pour une analyse comparative des élections africaines ». Politique africaine n° 69, p. 12-28.

Schedler, A. (2006). Electoral Authoritarianism. The Dynamic of Unfree Competition. Boulder : Lynne Rienner.

Thiriot, C. (2004). « La consolidation des régimes post-transition en Afrique, Le rôle des commissions électorales nationales ». In Voter en Afrique : Comparaisons et différenciations, Quantin, P. (dir.). Paris : L’Harmattan, p. 130-145. 

Thiriot, C. (2010). « Société civile et élections : un rôle critique ». In Prévention des crises et promotion de la paix : Démocratie et élections dans l’espace francophone. Vettovaglia, J.-P.et alii (dir.). Bruxelles : Bruylant, p. 816-821.

Tomini, De L., et Wagemann, C. (2018). « Varieties of contemporary democratic breakdown and regression: A comparative analysis ». European Journal of Political Research, vol. 57/3, p. 12-32.

Notes

[1] Trois coups d’État en l’espace de quatre mois dans la sous région Afrique de l’ouest.

[2] En Côte d’Ivoire en 2010, les partenaires au développement ont versé près de 252 millions d’euros pour l’organisation des élections ; Au Mali en 2018, l’organisation des élections a coûté un peu plus de 76 millions d’euros (03 ans après il a été renversé) ; Au Cameroun en 2018, l’État a dépensé un peu plus de 88 millions d’euros pour l’organisation de l’élection présidentielle ; Au Burkina Faso en 2015, plus de 47 millions d’euros ont été dépensés pour l’organisation des élections présidentielle et législatives (02 ans après le président de la République a été renversé par un coup d’État) ; En RDC en 2018, ce pays a dépensé plus de 600 millions de dollars pour les élections présidentielle, législatives et provinciales. L’inventaire de ces scrutins donne à voir moins de 10% d’alternance au sommet des États. https://fb.watch/cYSIETs_TA/

Subjects

Places

  • Bangui, Central African Republic

Date(s)

  • Thursday, June 30, 2022

Keywords

  • crise sociopolitique, démocratie, coup d'état, Afrique

Contact(s)

  • José Donadoni MANGA KALNIGA
    courriel : mangakalniga [at] yahoo [dot] fr
  • Taubic Falna
    courriel : domotaze [at] gmail [dot] com

Information source

  • José Donadoni MANGA KALNIGA
    courriel : mangakalniga [at] yahoo [dot] fr

License

CC0-1.0 This announcement is licensed under the terms of Creative Commons CC0 1.0 Universal.

To cite this announcement

« Crises sociopolitiques en contexte de démocratisation en Afrique », Call for papers, Calenda, Published on Wednesday, June 15, 2022, https://doi.org/10.58079/194c

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