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Voix, sons, bruits, silences

LIVe Congrès de l’Association française d’études américaines

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Publicado el miércoles 21 de septiembre de 2022 por Sarah Zingraff

Resumen

Le cinquante-quatrième congrès de l’Association française d’études américaines portera sur le thème des « Voix, sons, bruits, silences ». Physiques ou métaphoriques, les bruits, les sons, les voix et les silences se glissent au creux de nos oreilles ou résonnent dans l’espace public ; ils se déploient au cinéma et dans les séries, dans les arts, la littérature et la musique, dans les espaces urbains et ruraux, dans les mouvements sociaux, les communautés religieuses, les institutions politiques et les médias. Ils traversent le temps et constituent des archives. Les voix sont narratives, politiques, chantées, transcrites, déformées, amplifiées, imitées, reprises, plurielles et singulières. De quelles voix nous faisons-nous l’écho ? Quand la·le chercheur·se doit-iel de parler ou se taire ?

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Appel à Ateliers — Voix, Sons, Bruits, Silences

54e Congrès annuel de l’AFEA, 23-26 mai 2023, Université de Bourgogne

Argumentaire

Le 20 janvier 2021, deux semaines seulement après que le bruit et la fureur d’une insurrection raciste avaient envahi le Capitole, la voix d’Amanda Gorman, jeune poétesse Noire, résonnait à Washington : « We’ve learned that quiet isn’t always peace ». En renversant l’idée selon laquelle le silence serait nécessairement du côté de la paix ou du consensus et en nous invitant à réviser la manière dont nous envisageons le bruit et le silence dans leur dimension poétique autant que politique, Amanda Gorman appelait le public réuni autour de l’événement solennel de l’investiture d’un nouveau président à repenser la société des États-Unis à l’aune de ses bruits et de ses silences. Sa performance poétique posait en effet la question d’une communauté définie par ce qu’elle écoute et ce qu’elle entend. Penser les États-Unis par rapport à leur réalité sonore ouvre ainsi la réflexion aux réalités vécues et imaginées du pays. Entre bruit et silence, du « barbaric yawp » de Walt Whitman au « morceau silencieux » de John Cage, l’expérience états-unienne est marquée par une tension entre les différents pôles du sonore, dont témoigne la fascination pour les technologies du son, du téléphone au phonographe. Si le sonore continue d’être une modalité centrale de la définition de la culture musicale et littéraire aux États-Unis, il ne faut pas oublier son importance dans la construction de l’histoire sociale et politique du pays. La réalité et l’imaginaire sonores des États-Unis constituent un champ d’exploration fertile pour les chercheur·ses en études américaines, quelles que soient leurs aires, périodes ou domaines de recherche.

Physiques ou métaphoriques, les bruits, les sons, les voix et les silences se glissent au creux de nos oreilles ou résonnent dans l’espace public ; ils se déploient au cinéma et dans les séries, dans les arts, la littérature et la musique, dans les espaces urbains et ruraux, dans les mouvements sociaux, les communautés religieuses, les institutions politiques et les médias. Ils traversent le temps et constituent des archives. Les voix sont narratives, politiques, chantées, transcrites, déformées, amplifiées, imitées, reprises, plurielles et singulières.

Quant au silence, sa prise en compte est centrale et peut prendre une dimension politique et permettre d’interroger nos objets d’étude, mais aussi nos méthodologies et nos institutions. La tension entre silence et bruits se déploie dans le domaine musical, de Cage au punk, genre défini ainsi par Greil Marcus : « Punk to me was a form of free speech. It was a moment when suddenly all kinds of strange voices that no reasonable person could ever have expected to hear in public were being heard all over the place » (Marcus 1989). On pourra aussi interroger le développement d’un paysage sonore populaire à travers le développement de genres musicaux tels que le jazz, le blues, la country, le rock ou le rap. Les arts visuels ne sont pas en reste dans cette réflexion : du Broadway Boogie-Woogie de Mondrian (1942) au Boombox Project de Lyle Owerko (2005- ), en passant par le recueil de photographies de Roy DeCarava The Sound I Saw (1960) ou les Horn Players de Basquiat (1983), nombreuses sont les œuvres qui interrogent la matérialité et la présence du son dans la culture états-unienne.

Les études cinématographiques posent depuis longtemps la question du son, de la transition du muet au parlant, mais aussi des enjeux de la synchronicité du son et de l’image ou du rôle de la musique. Dans ce domaine comme en littérature, la question de la voix est aussi celle de l’autorité. En complément des questions esthétiques, on pourra étudier la voix, le son et le silence dans la production et la réception des films comme des séries. Depuis les fireside chats de Roosevelt jusqu’aux confidences de Barack Obama et Bruce Springsteen en passant par les éructations de Rush Limbaugh, la radio et les podcasts pourront être analysés notamment dans des perspectives historiques, politiques, économiques ou technologiques. La thématique ouvre également la possibilité de se pencher sur les technologies qui, du phonographe et du téléphone aux « assistants vocaux » (qui sont souvent des assistantes), transforment le quotidien et le rapport aux sons, à l’espace et au temps.

La littérature pose bien sûr la question de la narration et des différentes voix qui se répondent, parfois grâce à l’intertextualité. On pourra donc s’intéresser aux types de discours, aux modes d’énonciations, aux genres littéraires, qui donnent à entendre une multiplicité de voix. Il sera également possible d’analyser les paysages sonores auxquels la littérature donne accès comme les sons de la littérature postmoderne (St Clair 2013). Les audio-livres et les podcasts de fiction suggèrent un renouvellement des récits et de leur consommation. Les pièces radiophoniques ou les lectures performées soulèvent également des questions liées à la production et à la réception des œuvres littéraires. On pourra écouter le théâtre et lire le poème comme une partition (Lang 2017). Lorsque le narrateur de Invisible Man demande à son lecteur : « Who knows but that, on the lower frequencies, I speak for you ? », Ralph Ellison met en évidence l’importance de la fréquence, du rythme, du ton : parle-t-on pour l’autre ? Et sur quelle fréquence ? Que faire, comment faire pour être entendu·es ?

Les voix s’élèvent, si fortes et si nombreuses qu’elles ne peuvent plus être ignorées lorsqu’elles affirment « Me Too » ou « Black Lives Matter », lorsqu’elles revendiquent l’égalité des droits et la justice sociale pour tou·tes. Depuis les témoignages murmurés au sein des groupes de parole féministes jusqu’au « Say Her Name » scandé par Janelle Monáe, Kimberlé Crenshaw, Alicia Garza et tant d’autres, rompre le silence permet de s’opposer à la violence.

L’histoire du mouvement pour les droits civiques a par ailleurs montré l’importance de faire entendre la lutte, de lui donner une existence sonore : du « Mississippi Goddam » de Nina Simone en 1963 au « Say it loud — I’m Black and I’m proud » de James Brown en 1968. Le « say it loud » devient un cri de ralliement politique qui refuse le silence de l’inaction et appelle à une prise d’armes sonores.

Mais le sonore ne peut pas être considéré uniquement sous l’angle de la libération. Les sons et les bruits, devenus moyens de contrôle social et de « maintien de l’ordre » (Volcler 2011) sont souvent associés au pouvoir et à une forme de violence. Ils exercent parfois une force brutale comme en témoigne par exemple la torture sonore pratiquée en Irak et à Guantanamo. Des écoutes de Martin Luther King à celles d’Angela Merkel, en passant par le scandale du Watergate, l’histoire du pouvoir aux États-Unis et du pouvoir des États-Unis, est aussi liée au son. Il y a un enjeu à interroger la position d’où ces expériences sont perçues, à se demander qui contrôle ce qui est entendu ou réduit au silence.

On pourra aussi analyser le bruit des crises contemporaines : la cacophonie médiatique et ses conséquences politiques, les concerts de casseroles aux fenêtres pendant la crise du covid, le silence qui s’installe alors que 29 % des oiseaux du continent nord-américain ont disparu en 50 ans (Carson 1962 ; Zimmer 2019). Mais la thématique ouvre également la voie d’un travail sur l’histoire : si les archives sonores et l’histoire orale offrent aux historien·nes du XXe siècle des sources encore peu exploitées, les sonorités du passé peuvent aussi éclairer les périodes qui précèdent l’invention des techniques d’enregistrement du son, comme l’ont montré Richard Cullen Rath pour l’Amérique coloniale ou Mark Smith pour le XIXe siècle. Tina Campt propose d’entendre le son comme un phénomène affectif et haptique, ce qui permet également d’interroger les archives et d’écouter les silences du passé.

Alors que la vue est censée être le sens de la modernité occidentale, le son n’a pas disparu avec les Lumières. La structuration des Sound Studies en un champ d’investigations transdisciplinaires depuis le début du XXIe siècle témoigne des bouleversements que subissent nos environnements sonores (Sterne 2012, 2), mais l’intérêt pour le son est ancien et permet d’aborder dans une perspective renouvelée des « phénomènes historiques, politiques, anthropologiques et philosophiques touchant au pouvoir, aux normes et à l’ordre social, au passé et à l’histoire. » (Guern 2017, 21). L’aspect résolument syncrétique des sound studies croise les disciplines, de la littérature et des arts à l’histoire, en passant par l’étude des médias et les studies dans leur ensemble. Ce congrès invite donc la communauté des américanistes à développer des approches multiples et à réfléchir aux études américaines au prisme de leur réalité sonore. La thématique prête enfin à une réflexion sur nos pratiques : entre bruits parasites et silences, comment délimitons-nous nos sujets ? Quelles voix entendons-nous ?

De quelles voix nous faisons-nous l’écho ? Quand la·le chercheur·se doit-iel parler ou se taire ?

Modalités de soumission

Les propositions d’ateliers (rédigées en français et en anglais) doivent être adressées conjointement à

  • Anaïs Le Fèvre-Berthelot (lefevre@univ-rennes2.fr),
  • Antonia Rigaud (antonia.rigaud@sorbonne-nouvelle.fr)
  • Aliette Ventéjoux (alietteventejoux@protonmail.com)

avant le 17 octobre 2022.

Calendrier

  • 17 octobre 2022 : Date limite d’envoi des propositions d’ateliers
  • 25 octobre 2022 : Publication des ateliers et appel à communications
  • 16 janvier 2023 : Date limite d’envoi des propositions de communication aux responsables d’atelier
  • 6 février 2023 : Date limite d’envoi de la composition des ateliers aux organisateurs scientifiques
  • 23-26 mai 2023 : 54e Congrès annuel de l’AFEA, Université de Bourgogne

Comité d’organisation

  • Anaïs Le Fèvre-Berthelot
  • Antonia Rigaud
  • Aliette Ventéjoux

Lugares

  • Université de Bourgogne
    Dijon, Francia (21)

Formato del evento

Evento en presencial


Fecha(s)

  • lunes 17 de octubre de 2022

Palabras claves

  • voix, son, bruit, silence

Contactos

  • Antonia Rigaud
    courriel : antonia [dot] rigaud [at] sorbonne-nouvelle [dot] fr
  • Anaïs Le Fèvre-Berthelot
    courriel : anais [dot] lefevre [at] univ-rennes2 [dot] fr
  • Aliette Ventéjoux
    courriel : alietteventejoux [at] protonmail [dot] com

URLs de referencia

Fuente de la información

  • Antonia Rigaud
    courriel : antonia [dot] rigaud [at] sorbonne-nouvelle [dot] fr

Para citar este anuncio

« Voix, sons, bruits, silences », Convocatoria de ponencias, Calenda, Publicado el miércoles 21 de septiembre de 2022, https://calenda.org/1017325

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