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Enfances et inégalités dans les Amériques

Revue « IdeAs » n°22 (2023)

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Published on Monday, October 03, 2022

Abstract

L’approche retenue dans ce numéro d'IdeAs tente un entre-deux entre l’emprunt aux childhood studies – ou en France les études et recherches initiées dans les années 1990, considérant l’enfant comme acteur social et l’enfance comme construction sociale – et la problématisation des inégalités en sciences humaines et sociales. Emprunter aux childhood studies, c’est prendre au sérieux le projet d'étudier l'enfance comme un objet singulier, sortir de "l’indifférence sociologique" pour une classe d’âge, en pensant une construction d’objet et des méthodes dédiées. Cette diversité nous permet dans ce numéro de respecter la « perspective holistique interdisciplinaire » (Brooklyn College) des childhood studies en intégrant des recherches menées depuis l'anthropologie, les études états-uniennes, l'histoire, la sociologie ou encore les sciences de l'éducation.

Announcement

Argumentaire

Les inégalités désignent les différences d’accès à des droits, des ressources, des relations, des services, socialement valorisés,  historiquement construits. Ces différences entre des individus ou des groupes hiérarchisent ainsi les positions ou les situations sociales et peuvent ainsi être ressenties comme des formes d'injustice. 

La problématique des inégalités se développe en sciences humaines principalement dans l'approche des rapports sociaux de classe, puis plus récemment de genre, d'ethnie ou de race. Cette problématique est mise à l'épreuve du terrain, en considérant des unités de population dans lesquelles les enfants ne sont pas toujours visibles ou pris en considération. En France notamment, depuis que les recensements existent, on prend en compte plutôt le "ménage", c'est-à-dire toutes celles et ceux qui vivent sous le même toit. On retient la composition de ce ménage et surtout le statut du chef de famille ou du référent du ménage. C'est ainsi que l'on enquête depuis le XIXe siècle sur la condition ouvrière : l'activité du chef de famille est un indicateur des conditions d'existence sociales du ménage. Mais ce n'est qu'assez récemment que l'on s'intéresse à la position des femmes épouses et/ou mères, et encore plus récemment qu'on regarde la situation des enfants comme un objet de recherche à part entière.

Aux États-Unis, l'étude scientifique de l'enfant commence dans les années 1880 avec les travaux du psychologue G. Stanley Hall, inspiré entre autres par la théorie de l'évolution et la philosophie empirique allemande. L'enfant tend encore à y être considéré comme une adulte en devenir et la théorie n'active pas une problématique de différenciation sociale. Du point de vue des États, l'intérêt pour l'enfance et l'éducation est orienté notamment par le souci de l'unité nationale. Ainsi, le 2 décembre 1867, le président mexicain Benito Juárez fait promulguer la loi organique sur l’instruction publique obligatoire, laïque et gratuite, créant par là-même une "période de l'enfance commune à tous les jeunes". Il en sera ainsi en 1884 durant le mandat de Julio Argentino Roca en Argentine, etc.

Les années 1960 sont un tournant académique et historique dans l’interrogation critique des conceptions, des pratiques et des statuts. L'Enfant et la vie familiale sous l'Ancien Régime (Ariès, 1960) ou Les Enfants de Sánchez: Autobiographie d'une famille mexicaine (Lewis, 1978), manifestent cette nouvelle mise en question. La réflexion sur l’enfance s’inscrit bien évidemment dans des courants plus larges, que l’on peut dire démocratiques au plan politique et néolibéral au plan économique.

Du point de vue politique, une égalité de statut et l’indépendance sont réclamées dans le couple ou la famille. Le contexte est notamment celui des indépendances pour les peuples colonisés, durant le demi-siècle qui suit la fin de la Seconde guerre mondiale. La Convention Internationale des Droits de l'Enfant (CIDE) de 1989 est une étape-clé. La quasi-totalité des États la ratifient et tentent ainsi de mettre en application les principes de non-discrimination, d'intérêt supérieur de l'enfant, de droit à la vie, à la survie et au développement, de respect des opinions de l'enfant sur toute question qui le concerne. La CIDE exprime l’aboutissement des questionnements du XXe siècle, au cours duquel une conception de l’enfant comme être fragile et incapable, à protéger et éduquer, a été relativisée pour intégrer finalement celle des enfances à découvrir, à partir de la socialisation avec les adultes mais aussi entre enfants capables d’expression et de pensée. Les pays des Amériques ont tous ratifié la Convention, à l’exception des États-Unis, pourtant signataires, et pour la plupart dès 1990, s’en saisissant parfois comme "instrument de critique politique" après des années de dictature.

Une analyse critique des conditions socio-historiques d’émergence des nouvelles attentes pour l’enfance révèle en quoi elles s’accordent avec une vision néo-libérale de l’économie et de l’intervention publique. Les enfants et les jeunes sont en effet considérés à la fois en tant que consommateurs – notamment d’objets culturels – et en tant qu’acteurs en devenir du système économique – autonomes, pouvant faire valoir leurs droits. Plus généralement, les lectures critiques de la Convention Internationale des Droits de l'Enfant (CIDE, 1989) rappellent qu’elle fut d’abord pensée par des adultes européens des classes aisées. On peut ainsi observer par exemple l’effet paradoxal de l’inscription d’un pays comme le Pérou dans l’économie internationale prétendue solidaire de l’intérêt supérieur de l’enfant, qui conduit à stigmatiser les pratiques parentales de lutte contre la précarité, voire à substituer l’adoption internationale au lien enfants – parents.

Les études sur l'enfance sont fondées sur la notion de voix des enfants et imposent une attitude critique qui entend contribuer, dans la recherche comme dans le champ social, à un processus d'empowerment et de justice sociale pour les enfants. Trois pistes pourraient être explorées : discuter les aspects normatifs des "pratiques et arrangements" qui concernent les enfants dans la société ; définir plus précisément ce que le champ considère comme une vie meilleure pour les enfants (appelant de ses vœux le fameux "tournant normatif") ; et enfin, intensifier l'interdisciplinarité. Toutefois la notion d’agency, que l’on peut croire à l’œuvre dans l’expression des enfants face à des représentants d’institutions, non seulement s’inscrit dans une relation de socialisation sinon de dépendance enfant/adultes, mais encore s’observe dans les milieux qui produisent une forme d’"acculturation concertée". La transformation socio-historique des regards sociaux et des regards scientifiques, passant de l'ignorance à la considération, pourrait à son tour faire passer au second plan des différences synchroniques marquées entre enfances, dans un processus d'essentialisation de cette période de la vie. Étudier les enfances selon une problématique des inégalités s'impose.

Dans les années 2000 et 2010 aux États-Unis, un nombre grandissant d'articles et d'études dénonce la façon dont les États-Unis traitent leurs enfants au vu des attaques sanglantes répétées contre les écoles, mais aussi des problèmes de pauvreté, des difficultés d'accès à la santé et des résultats scolaires des enfants états-uniens. Les États-Unis comptaient en 2020 16 % d'enfants vivant sous le seuil de pauvreté. Le taux moyen d'enfants vivant sous le seuil de pauvreté pour l'Amérique latine et les Caraïbes est de 46,2 %, avec de grandes disparités entre les pays : le Brésil compte 40 % de ses enfants sous le seuil de pauvreté, le Mexique plus de la moitié et l'Argentine plus de 63 % en 2021. Quels que soient les pays et leur niveau économique, les rapports récents montrent qu'il y a encore un gouffre entre les bonnes intentions du traité exprimées voilà plus de trente ans et les réalités contemporaines.

L’approche retenue dans ce numéro d'IdeAs tente un entre-deux entre l’emprunt aux childhood studies – ou en France les études et recherches initiées dans les années 1990, considérant l’enfant comme acteur social et l’enfance comme construction sociale – et la problématisation des inégalités en sciences humaines et sociales. Emprunter aux childhood studies, c’est prendre au sérieux le projet d'étudier l'enfance comme un objet singulier, sortir de "l’indifférence sociologique" pour une classe d’âge, en pensant une construction d’objet et des méthodes dédiées. Cette diversité nous permet dans ce numéro de respecter la "perspective holistique interdisciplinaire" (Brooklyn College) des childhood studies en intégrant des recherches menées depuis l'anthropologie, les études états-uniennes, l'histoire, la sociologie ou encore les sciences de l'éducation.

Le dossier appelle donc à un regard critique sur les sujets et les méthodes utilisées pour les traiter, dans un but de participation sociale de cette recherche aux enjeux sociétaux passés, présents et à venir.

Les thématiques suggérées, dans le contexte des Amériques, sont les suivantes :

  • Approches critiques des études sur l'enfance 
  • Études de cas centrées sur l'enfance 
  • Statuts des enfants dans la société 
  • Enfances et agentivité
  • Enfants en situation d'inégalités 
  • Enfances et enfants de groupes discriminés 
  • Enfance et politiques publiques
  • Enfance en danger et protection de l'enfance

Conditions de soumission

Toutes les propositions soumises, rédigées en français, en anglais, en portugais ou en espagnol, devront prendre la forme suivante :

  • un titre
  • un résumé (500 mots maximum)
  • 5 mots-clefs
  • une notice brève bio-bibliographique (10-15 lignes)

Elles sont à envoyer à la rédaction par courrier électronique à :

avant le 21 décembre 2022

Chaque article devra ensuite nous être soumis sur la plateforme Open Journals System (OJS) de la revue, avant le 17 mars 2023. Il fera alors l’objet d’une évaluation sous forme anonyme par deux expert·es.

Les propositions seront alors évaluées par notre comité de rédaction et les coordinateur.rice.s du numéro. Si votre résumé est retenu,vous serez contacter pour un envoi de l’article complet, dans les plus brefs délais.

Veuillez noter que notre revue n'a pas de rubrique Varia.

Présentation de la revue

IdeAs. Idées d’Amériques est la revue électronique en libre accès de l’Institut des Amériques. Suivant une approche pluridisciplinaire en sciences humaines et sociales, la revue est dédiée à l'étude du continent américain dans sa totalité, et ouvre chaque année deux numéros thématiques publiant des articles comparatistes et transnationaux (en français, anglais, espagnol ou portugais). IdeAs entend utiliser la publication en ligne pour créer un espace d'échanges sur les sujets traités et favoriser une politique de traduction active.

La revue publie plusieurs rubriques, dont un dossier thématique principal, avec :

• des articles sollicités en rapport direct avec le dossier, dont l’orientation est décidée par le comité de rédaction ;

• des contributions répondant à un appel à communication, examinées par le comité et les coordinateurs du numéro

Le numéro 22 de la revue, à paraître en octobre 2023, portera sur Enfances et inégalités dans les Amériques

Coordinateur.rice.s scientifiques

Places

  • Bâtiment recherche sud, 6ème étage - 5, cours des humanités
    Aubervilliers, France (93)

Date(s)

  • Wednesday, December 21, 2022

Keywords

  • Amériques, enfance, inégalités, agentivité, éducation

Contact(s)

  • Matthieu Baudry
    courriel : recherche [at] institutdesameriques [dot] fr

Information source

  • Matthieu Baudry
    courriel : recherche [at] institutdesameriques [dot] fr

License

CC0-1.0 This announcement is licensed under the terms of Creative Commons CC0 1.0 Universal.

To cite this announcement

« Enfances et inégalités dans les Amériques », Call for papers, Calenda, Published on Monday, October 03, 2022, https://doi.org/10.58079/19mb

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