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Ghost Archives and Shadow Records

Archives fantômes, fantômes d’archives

Urban history among documentary disappearances and dispersions, reconstructions and restitutions

L’histoire des villes entre disparitions, dispersions, reconstitutions et restitutions documentaires

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Published on Wednesday, November 02, 2022

Abstract

Archival City is a Tremplin project selected by the I-site Future of Gustave Eiffel University and funded over the period 2019-2023. Its aims are to propose new modes of intelligibility, visualization and use of urban archives, from six experimental and non-exclusive fields : Algiers, Paris, Jerusalem, Bologna, Quito and Chiang Mai. Archival City is organizing its fall 2022 symposium on the theme “Ghost Archives and Shadow Records”.

Announcement

Argumentaire

Tout document d’archive est en lui-même le fantôme de quelque chose. Les archives évoquent des institutions, des événements et des personnes que l'on ne peut saisir que par les documents. Ce colloque international entend explorer toutes les significations possibles d’une expression paradoxale mais fertile, tant elle signale les liens entre disparition et conservation documentaire, lacune et complétude des sources potentielles d’une histoire en prise permanente avec les logiques d’oubli et les stratégies mémorielles. Cet appel à communication sollicite une réflexion sur les "fantômes d'archives", en utilisant, du plus fort au plus faible, cette expression selon trois sens différents.

Les fantômes d'archives, au sens technique et archivistique du terme, ce sont les fiches que l'on met à la place de documents ou de dossiers en cours de consultation et que l'on retire ensuite. Métaphoriquement, on peut alors qualifier de "fantômes" toutes les archives qui ont existé et qui ont disparu. Il s'agit d'un ensemble extrêmement vaste, rarement étudié de façon globale : il comprend, à la fois, les collections documentaires qui ont été objets d'une sélection (dans le cadre d'une opération de destruction archivistique contrôlée ou d'une élimination "sauvage"), et celles qui ont été frappées par des sélections involontaires (naturelles ou humaines) ou bien qui ont été égarées. Cependant, ces archives perdues, dispersées ou disparues, laissent des traces, des empreintes, plus ou moins visibles : fantômes qui s’éternisent dans les rayonnages, bordereaux d'élimination, listes et inventaires, descriptions sommaires, collections de copies ou d'extraits, notices. Mettre en place une méthode d’enquête, d’analyse critique et d’exploitation de ces traces visant à la reconstitution voire à la restitution de ces archives mutilées ou détruites est nécessaire pour les archivistes mais aussi pour les historiens, d'autant plus que ces derniers sont aujourd'hui plus sensibles aux enjeux heuristiques liées à la production et à la conservation des documents, et au rôle joué par les archives dans ces processus.

Les archives fantômes, sur un plan historiographique ou épistémologique, ce sont des ensembles documentaires existants, mais qui n'ont pas été rassemblés organiquement par une entité physique ou morale dans le cadre de ses fonctions, ce qui définit a priori un fonds d'archives. Ces documents, qui n'ont pas été conçus spécifiquement pour être conservés, entretenus et rendus accessibles, ne sont pas considérés comme des archives et ne sont pas conservés comme tels. Dans certains cas, ces documents ne sont pas considérés comme dignes d'intérêt, mais survivent pour différentes raisons, et peuvent ainsi devenir des archives a posteriori. Dans d’autres cas, l'intérêt des documents est reconnu par leurs producteurs, mais ces derniers préfèrent ne pas les verser au service d’archives compétent, et les emportent avec eux ou les détruisent. Dans d’autres cas encore, ce sont des raisons opérationnelles, financières ou techniques qui retardent l'archivage, voire l’empêchent définitivement. Enfin, ce questionnement recoupe un sujet d'actualité qui touche les archivistes et les historiens qui travaillent sur la documentation de ces trente dernières années, marquées par la diffusion massive de la technologie informatique qui pose de nouveaux problèmes d'archivage : on peut en effet considérer comme des "fantômes d'archives", dans cette deuxième acception, tous les ensembles documentaires en format digital qui ont été "sauvegardés" par l’inertie de la donnée numérique, mais qui n'ont pas été objet d'un "archivage" proprement dit.

Finalement, d'un point de vue historique et critique, il existe des ensembles documentaires réellemement archivés mais que les intérêts spécifiques des chercheurs ou les rapports de force à l'intérieur du champ de savoir intellectuel ont rendu au cours du temps peu visibles voire invisibles. Ce manque d'intérêt pour certains sujets a pour effet de retarder la réalisation d'instruments de recherche ou de l'empêcher, rendant plus difficile l'étude, voire la conservation même des documents. De nombreux mouvements dans les dernières décennies (postcolonial studies, gender studies) ont essayé de réagir à cette invisibilisation et ont trouvé dans la réflexion sur les archives un champ d'élection. La diffusion de ce "tournant archivistique" a eu le mérite de rappeler que toute constitution d'archives répond à une logique politique de rapports de force. Plus récemment, des chercheurs ont tenté de nuancer cette approche qui tendrait à simplifier un paysage archivistique plus complexe et varié, dans lequel les ensembles documentaires sont créés, transformées, exploitées, par une multitude d'acteurs (personnel politique, fonctionnaires, intermédiaires, historiens, chercheurs, érudits, archivistes professionnels) guidés par des logiques différentes, qu'il faut reconstituer de manière fine, articulée et adaptée aux contextes.

Distinguer tous ces "fantômes" des “archives” à part entière (c'est-à-dire des ensembles de documents classés de manière à pouvoir être retrouvés par un lecteur ou utilisateur, et conservés pour une longue durée), est un programme de recherche qui prends tout son sens aujourd’hui, au moment où les historiennes et les historiens manifestent une nouvelle volonté de procéder à des comparaisons globales et ont à disposition des nouveaux moyens pour le faire. Un classement fin des différentes formes de conservation et d'utilisation des documents mobilisés par les différentes communautés, sociétés, époques, se révèle ainsi être un objectif prioritaire. 

Pour atteindre cet objectif, la ville se trouve être un terrain tout spécialement fertile. Depuis les origines, toute ville est un lieu où convergent et se frottent des pouvoirs divers et souvent concurrents. Non seulement la ville est une archive en elle-même (de bâtiments, de rues, de toponymes…), mais aussi, en ville, la mémoire archivistique est plus fréquente, plus dense et plus intense, elle se diffracte donc toujours en plusieurs lieux, ce qui crée des fantômes d'archives au sens plus restreint (inventaires, copies pour des destinataires multiples). Parfois dans la même ville et à une même époque, certaines institutions visent à conserver la documentation alors que d'autres mettent en place des pratiques contre-archivistiques d'oubli qui peuvent avoir des effets paradoxaux (c'est le cas bien connu de la Geniza du Caire). Plus souvent, les différentes institutions qui coexistent et se stratifient dans une ville produisent des documents marqués par des degrés différents d'organisation archivistique. Plus globalement, la richesse archivistique urbaine permet de retracer finement les phénomènes de dispersion, de disparition, de reconstitution et de restitution documentaire, autant de phénomènes que ce colloque cherchera à rendre plus intelligibles, grâce à la comparaison. 

La perspective urbaine vise finalement à se positionner comme alternative à la vision traditionnelle selon laquelle les archives ont été considérées comme un miroir de l'État moderne européen, et invite donc à observer les fantômes d'archives sur une période longue et dans différentes configurations essentiellement locales.

Programme

Jeudi 17 novembre 2022 - 9h30-17h

9h30 - Accueil

10h - Mot d’accueil de Bruno Ricard, directeur des Archives nationales ; Introduction du colloque : Vincent Lemire, directeur d’Archival City

10h15-12h30 (auditorium) - Demi-journée 1 - Nommer, identifier

Président : Frédéric Moret, Université Gustave Eiffel

Discutant : Guillaume Nahon, Archives de Paris

  • 10h15 - Introduction de la demi-journée
  • 10h30 - Yann Potin, Archives nationales - Éloge des lacunes. Pour une archivistique historique des fantômes.
  • 10h45 - Rafael Hyacinthe, Archives départementales de l’Hérault - Ghost Clusters : Le réseau fantôme des léproseries de l’Ordre de Saint-Lazare de Jérusalem en France (1672-693).
  • 11h - Georges Lomné, Université Gustave Eiffel - Le « Voyage de Caldas ». Enquête sur l’archive fantôme d’une description de Quito datée de 1805.
  • 11h15 - Questions

11h30 - Pause

  • 11h45 - Margot Garcin, Aix-Marseille Université - Les cimetières européens en Algérie : un symbole de la colonisation.
  • 12h00 - Émilie Mineo, Université du Luxembourg - Fantômes et revenants : dispersion, destruction et reconstitution par « traces » du fonds des chirographes échevinaux de Tournai.
  • 12h15 - Questions

12h30 - Pause déjeuner

14h30-17h (salles de commission 1 et 2) - Demi-journée 2 - Sélectionner, reconstituer

Président : Giuliano Milani, Université Gustave Eiffel

Discutant : Édouard Vasseur, École nationale des chartes

  • 14h30 - Introduction de la demi-journée
  • 14h45 - Fabienne Chamelot, University of Portsmouth - Archives perdues, archives détruites dans les colonies françaises, 1894-1960.
  • 15h - Anselme Bion, prestataire d’archivage - Prestations d’archives et histoires urbaines : quand le tri documentaire révèle des documents oubliés.
  • 15h15 - Questions

15h30 - Pause

15h45 - Table-ronde de présentation du programme Archival City - Vincent Lemire, Université Gustave Eiffel, Centre de recherche français à Jérusalem, Nathalie Lancret, École nationale supérieure d’architecture de Paris-Belleville, Valérie Gouet-Brunet, Institut géographique national

  • 16h - Asma Hadjilah, École polytechnique d’architecture et d’urbanisme Alger - Documenter la transformation de la Casbah d’Alger au XIXe siècle. Le manuscrit d’Albert Devoulx : un fantôme d’archives perdues.
  • 16h15 - Marie Rodet, University of London, Aïssatou Mbodj-Pouye, CNRS, Institut des mondes africains - Écrire l’histoire d’une archive fantôme au Mali : le sauvetage et la perte des archives du Cercle de Kayes (2008-2019).
  • 16h30 - Questions

Vendredi 18 novembre 2022 - 9h30-16h30

9h30 - Accueil

10h-12h30 (auditorium) - Demi-journée 3 - Produire, décrire

Président : Thierry Guillopé, Université Gustave Eiffel

Discutante : Sylvie Thénault, CNRS, Centre d’histoire sociales des mondes contemporains

  • 10h - Introduction de la demi-journée
  • 10h15 - Giuliano Milani, Université Gustave Eiffel - De l’utilité des traces d’archives.
  • 10h30 - Ben Clark, Université libre de Bruxelles - Les archives fantômes de la coopération. Reconstitution et revisite de la production du C.E.R.F. (Maroc, 1967-1973).
  • 10h45 - Questions

11h - Pause

  • 11h15 - Amel Zerourou, École nationale supérieure d’architecture de Marseille - Les fantômes d’archives de Gérald Hanning. Entre archives officielles et archives fantômes.
  • 11h30 - Mourad Bouzar, École supérieure des beaux-arts d’Alger - Archives d’architectes : quelles contributions à l’écriture de l’histoire urbaine ? De « l’histoire du projet » à « l’histoire de la ville » : cas de la cité satellite des Annassers à Alger.
  • 11h45 - Mehenni Akbal, Université d’Alger 2 - Éléments pour un schéma théorique pour la reconstitution des fonds d'archives mutilés, dispersés et/ou détruits.
  • 12h - Questions

12h30 - Pause déjeuner

14h-16h30 (auditorium) - Demi-journée 4 - Connecter, conjuguer

Président : Loïc Vadelorge, Université Gustave Eiffel

Discutante : Carole Lamoureux, Université Gustave Eiffel

  • 14h - Introduction de la demi-journée
  • 14h15 - Marie-Elisabeth Jacquet, Université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis - Trajectoires urbaines de la documentation policière d'Ancien Régime : Paris, XVIIIe-XIXe siècles.
  • 14h30 - Gilles Raveneau, Université Lumière Lyon 2, Clothilde Roullier, Archives nationales - Le terrain d’aventure et ses traces : un objet fondamentalement fantomatique.
  • 14h45 - Questions

15h - Pause

  • 15h15 - Christian Phéline, chercheur indépendant, Société des études camusiennes - En éloge de l’annuaire des abonnés au téléphone (1961) et du plan de circulation « Vrillon » (1959), double tableau fantôme d’une Alger française à l’approche de sa disparition.
  • 15h30 - Mariana Tournon, Université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis - Des archives impossibles ? Enquêter sur l’histoire des HLM dans une localité de Seine-et-Marne.
  • 15h45 - Questions

16h - Conclusion du colloque par Anne Simonin (CNRS – Centre d’études sociologiques et politiques Raymond Aron)

Places

  • Auditorium (17 novembre matin et journée du 18 novembre) et Salles de commission 1 et 2 (17 novembre après-midi) - Archives nationales, 59, rue Guynemer
    Pierrefitte-sur-Seine, France (93)

Event attendance modalities

Full on-site event


Date(s)

  • Thursday, November 17, 2022
  • Friday, November 18, 2022

Attached files

Keywords

  • ville, archive, urbanisme

Contact(s)

  • Carole Lamoureux
    courriel : carole [dot] lamoureux [at] univ-eiffel [dot] fr
  • Cassandre Maubert
    courriel : cassandre [dot] maubert [at] univ-eiffel [dot] fr

Reference Urls

Information source

  • Carole Lamoureux
    courriel : carole [dot] lamoureux [at] univ-eiffel [dot] fr

License

CC0-1.0 This announcement is licensed under the terms of Creative Commons CC0 1.0 Universal.

To cite this announcement

« Ghost Archives and Shadow Records », Conference, symposium, Calenda, Published on Wednesday, November 02, 2022, https://doi.org/10.58079/19uv

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