HomeParenté, voisinage et communauté au Maghreb. Ou comment repenser le lien entre le local et le global ?

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Parenté, voisinage et communauté au Maghreb. Ou comment repenser le lien entre le local et le global ?

القرابة، والجوار، والجماعة، أو كيف نتدبر مجددًا الصلة بين المحلي والمشترك؟

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Published on Wednesday, November 23, 2022 by Lucie Choupaut

Summary

Il semble aujourd’hui quelque peu anachronique de parler de rapports de parenté ou de voisinage et les réseaux de solidarité, d’entraide et de soutien qu’ils peuvent engendrer dans une (post) modernité qui se caractérise de plus en plus par le passage et le transfert des fonctions sociales et économiques de la famille aux pouvoirs publics, alors que les appartenances et les identités semblent de plus en plus affectées par des facteurs plutôt virtuels et immédiats et les lieux seraient considérés de plus en plus fluides et perméables. Cependant, les études socio-anthropologiques récentes ont paradoxalement démontré que la parenté, les liens familiaux, les liens communautaires ou de voisinage semblent demeurer comme une part importante des expériences vécues des humains et continuent d’encadrer les rapports entre les hommes et entre les hommes et leur milieu.

Announcement

Argumentaire

Il semble aujourd’hui quelque peu anachronique de parler de rapports de parenté ou de voisinage et les réseaux de solidarité, d’entraide et de soutien qu’ils peuvent engendrer dans une (post) modernité qui se caractérise de plus en plus par le passage et le transfert des fonctions sociales et économiques de la famille aux pouvoirs publics, alors que les appartenances et les identités semblent de plus en plus affectés par des facteurs plutôt virtuels et immédiats et les lieux seraient considérés de plus en plus fluides et perméables.

Cependant, les études socio-anthropologiques récentes ont paradoxalement démontré que la parenté, les liens familiaux, les liens communautaires ou de voisinage semblent demeurer comme une part importante des expériences vécues des humains et continuent d’encadrer les rapports entre les hommes et entre les hommes et leur milieu. Ce constat semble se confirmer par le regain d’intérêt à l’échelle mondiale pour la qualité et l’intensité des relations sociales locales et primaires en tant que vecteur d’intégration sociale et de développement économique démocratisé.

Savoir donc dans quelle mesure les réseaux familiaux, villageois et urbains contribuent-ils au renforcement des solidarités socio-économiques et à la construction des identités face à la multiplication des handicaps de la pauvreté, de l’exclusion et de la précarité ne répond pas aujourd’hui à une simple curiosité intellectuelle, mais s’impose comme une préoccupation majeure chez les décideurs politiques aussi bien que chez les acteurs du monde associatif local.

Si les solidarités de parenté sont pour beaucoup associées au passé et évoquent les communautés bédouines et rurales, elles n’en demeurent pas moins intenses dans l’état actuel de l’évolution de la société tunisienne tant en milieu rural qu’urbain. Si nous nous restreignons à cette unité élémentaire de la parenté qu’est la famille, l’on constate d’ores et déjà que celle-ci continue de contribuer substantiellement à la protection, à l’intégration et au soutien de ses membres majeurs et relativement autonomes.

Ce rôle protecteur et intégrateur de la famille serait d’autant plus renforcé et consolidé quand les réseaux familiaux sont assez denses et étendus pour pouvoir assurer les aides et les soutiens nécessaires. La parenté ou ces liens qui unissent les Hommes entre eux par des liens fondés sur la consanguinité et sur l'affinité peuvent être entendues comme "l'ensemble des individus reliés à Ego par l'intermédiaire d'hommes ou de femmes indifféremment en ligne directe ou en ligne collatérale, selon des chaînes généalogiques précises".[1] Repenser cette parenté aujourd'hui revient à l'appréhender sous les angles imposés par la modernité. Les questions des nouvelles formes de parentalité, de l'économie domestique, des apports familiaux reconfigurés par la dépendance (prise en charge des personnes âgées, des personnes handicapées), des solidarités intergénérationnelles et celles des réseaux familiaux semblent être aujourd'hui les objets de recherche de prédilection de l'anthropologie sociale occidentale.

En milieu urbain, c’est le voisinage qui constitue la plus petite unité de vie sociale. La notion de voisinage au sens sociologique réfère aux relations qui régissent un groupement partageant un même territoire. L’Ecole de Chicago le défini en ligne directe de la notion de communauté élaborée par Ferdinand Tönnies (1887) comme « groupe fondamental entre famille et groupe de jeu ».[2] Il se fonde sur des relations primaires, sur la famille, étendu au village, ou à un groupement urbain de petite dimension. Il se manifeste dans des relations face to face et quotidiennes.[3]

Whithead avait déjà souligné l’appropriation du terme voisinage au niveau international (commission des EU sur la gouvernance mondiale). Le « village mondial » devient « le voisinage » mondial en tant qu’espace moral permettant de gérer les problèmes économiques, politiques et écologiques complexes de la planète.

D’autres définitions distinguent les voisinages, simples ensembles de personnes habitant dans une même zone et vivant ensemble, des « communautés », conscientes de la communalité procédant d’une expérience spatiale commune et désireuse d’une action commune.[4]

D’autres définitions, soucieuses d’aller au-delà des simples interactions immédiates génératrices de sociabilité entre voisins, envisagent le voisinage sous l’angle des fréquentations quotidiennes des lieux comme l’école primaire ou maternelle ou le centre civique, alors que les échelons supérieurs (quartiers, ville) sont d’usage plus rare. Cette vision empruntée souvent par les urbanistes met l’accent sur l’organisation de l’espace géographique de voisinage et la disposition des objets dans le cadre matériel. Elle inclut l’espace naturel et l’espace construit. [5]

Dans le contexte tunisien, les modèles de solidarité, d’appartenance et de reconnaissance, bien que fondamentalement modifiés sous le poids de cette longue et lente évolution historique qui devrait consacrer l’individu relativement autonome, semblent toujours se développer du bas en haut. De l’échelle familiale, de la parenté élargie, du voisinage, de la corporation, de la région pour enfin atteindre la cohésion nationale. Ces unités sociales multiples et de nature différente apporteraient aux individus à la fois la protection et la reconnaissance.[6] La protection renvoie à l’ensemble des supports que l’individu peut mobiliser face aux aléas de la vie, la reconnaissance renvoie à l’interaction sociale génératrice de valorisation par le regard des autres. Les expressions de « compter sur » et « compter pour » forgées par Serge Paugam résument parfaitement ces dimensions de protection et de reconnaissance réservées à la parenté et au voisinage.

La diversification et la multiplication des cercles auxquels le tunisien peut appartenir, ne nie pas le fait que le cercle de la filiation et le cercle de voisinage semblent des unités originelles (au sens que lui donne Simmel)[7] à partir desquels il peut se tourner vers d’autres cercles plus éloignés.

L’objectif principal de ce colloque c’est de soulever les questions de la pertinence de la parenté, du voisinage et de la communauté en tant que source de sens, d’identité et de solidarité socio économique. Il vise à apporter quelques éclairages sur les questions suivantes :

  • Comment expliquer la revivification des cercles primaires d’appartenance dans un contexte de globalisation des échanges et de la virtualisation des relations sociales ?
  • Comment les acteurs locaux s’approprient-ils l’espace construit ? quelles sont les pratiques, les perceptions, les valeurs et les représentations relatives à cet espace ?
  • La communauté sociale locale favorise-t-elle la création de synergies positives entre ses composantes en faveur d’un développement démocratisé ?
  • Les solidarités familiales et de voisinage (informelles) sont-elles en mesure de remédier aux défaillances des solidarités nationales et institutionnelles (formelles) basées sur la logique des grands ensembles et du grand nombre ?

Plusieurs axes d’études seront privilégiés :

  • Solidarités primaires, solidarités intergénérationnelles et développement solidaire
  • Unité de voisinage, espace construit et problèmes du « vivre ensemble »
  • Famille, parenté et réseaux sociaux ou la logique du passage du local à l’universel
  • Territoire, identité territoriale et repli identitaire.

Dates importantes

  • Date du colloque : 4 et 5 Mai 2023
  • Date de parution de l'annonce : 15 Novembre 2022
  • Date limite de la soumission des résumés : 30 décembre 2022

  • Date de notification des résultats de l'évaluation : 30 Janvier 2023
  • Date limite d'acceptation de l'article scientifique complet : 30 Mars 2023

Modalités de participation

Remplir le formulaire d’inscription disponible sur le site http://carep.tn

Les résumés : Le candidat doit mentionner l’axe choisi ; le texte doit comprendre de 500 et 700 mots, y compris le titre, la problématique, la méthode choisie, les idées principales, les mots clefs (cinq au minimum) et une bibliographie succincte. En respectant intégralement les conditions méthodologiques scientifiques, (les notes de bas de page, la liste des sources et bibliographie… Pour plus d’information, voir http://dohainstitute.org ou http://carep.tn )

Le papier final (Full Paper) : entre 5000 et 7000 mots.

Le texte final ainsi que le résumé : En langue arabe, en Sakkal Majalla 14 ; pour les autres langues il doit être en Times New Roman 12, et interligne de 1.5

Langues utilisées au colloque : Arabe, Français, Anglais

Originalité de la contribution : Le chercheur s'engage à proposer un article original n’ayant jamais participé à aucune manifestation scientifique auparavant.

Adresse de correspondance : les contributions proposées doivent être envoyées à l’adresse email : fshst.colloque.parente.2023@gmail.com

Publication : Les travaux du présent colloque seront ultérieurement publiés en langue arabe. Les participants en seront informés.

Le Centre se charge de traduire les textes en langue étrangère vers la langue arabe.

Le centre couvre les frais de déplacement et de séjour. Aucune rétribution ne sera payée contre une contribution faite au colloque.

Le Centre détient les droits de propriété intellectuelle de toute recherche acceptée.

Pour toute information : email : tn@gmail.com - Tel : (00216) 70147384

Membres du comité scientifique

  • Ahmed Khawaja : professeur de l'enseignement supérieur et chercheur en sociologie à la faculté des sciences humaines et sociales de Tunis.
  • Salah El-Din Ben Faraj : professeur de l'enseignement supérieur et chercheur en sociologie à la faculté des sciences humaines et sociales de Tunis.
  • Mehdi Mabrouk : professeur de l'enseignement supérieur et chercheur en sociologie à la faculté des sciences humaines et sociales de Tunis, Université de Tunis. Directeur du Centre arabe de recherche et d'études politiques. Tunis.
  • Mounir Saidani : Professeur de l'enseignement supérieur en sociologie et chercheur au Centre d'études et de recherches économiques et sociales de Tunis (CERES).
  • Amal Montaser Hammami : Maître de Conférences à l'Ecole Nationale Supérieure d'Architecture et d'Urbanisme de Tunis.
  • Abd al-Sattar al-Sahbani : Professeur de l'enseignement supérieur et chercheur en sociologie à la Faculté des sciences humaines et sociales de Tunis.
  • Ali Hammami : Professeur et chercheur en sociologie, et chef du département de sociologie à la faculté des sciences sociales et humaines de Tunis.

Notes

[1] Françoise Héritier, L'exercice de la parenté (Paris: Hautes Études, Gallimard, 1981).

[2] Ferdinand Tönnies, Communauté et Société (Paris: PUF,1887)

[3] Hélène Jannière, « Planifier le quotidien : voisinage et unité de voisinage dans la conception des quartiers de France », STRATES, no.14, (2008).

[4] Ray Forrest, « Le voisinage ? Quelle importance ? », RISS, no. 191(2007).

[5]Paul-Henry Chombart de Lauwe, Des Hommes et des villes (Paris: Payot, 1963).

[6] Serge Paugam, Le lien Social (Paris: PUF, coll. « Que sais-je ? », 2008)

[7] Georg Simmel, Sociologie: étude sur les formes de socialisation (Paris : PUF, 1999).

Places

  • 10 rue tanit notredame
    Tunis, Tunisia (1082)

Event format

Hybrid event (on site and online)


Date(s)

  • Thursday, May 04, 2023
  • Friday, May 05, 2023

Keywords

  • parenté, voisinage, communauté, local, global

Contact(s)

  • henda ghribi
    courriel : carep [dot] tn [at] gmail [dot] com

Reference Urls

Information source

  • henda ghribi
    courriel : carep [dot] tn [at] gmail [dot] com

To cite this announcement

« Parenté, voisinage et communauté au Maghreb. Ou comment repenser le lien entre le local et le global ? », Call for papers, Calenda, Published on Wednesday, November 23, 2022, https://calenda.org/1033302

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