HomeLe Passing et ses impostures

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Published on Wednesday, December 21, 2022

Abstract

Adopter le rôle d’un autre membre de la communauté est indissociable de l’expérience de voir la réalité sous un autre angle, mais aussi de s’approprier bien que momentanément une manière de faire qui devient en temps normal interdite ou impossible pour celui qui se transforme. De cette subversion ont pu émerger des expressions telles que, par exemple, le carnaval et son renversement des hiérarchies théorisé par Bakhtine, ou le passing, sous-genre paru vers la fin du XIXe siècle aux États-Unis. Pensée d’une façon pluridimensionnelle, la notion de passing permet d’aborder à la fois l’analyse littéraire ou cinématographique et les cultural studies. Ce sujet se veut ouvert sans exclure aucune période ni aucun genre, il exige en revanche une approche comparatiste.

Announcement

Argumentaire

Adopter le rôle d’un autre membre de la communauté est indissociable de l’expérience de voir la réalité sous un autre angle, mais aussi de s’approprier bien que momentanément une manière de faire qui devient en temps normal interdite ou impossible pour celui qui se transforme. De cette subversion ont pu émerger des expressions telles que, par exemple, le carnaval et son renversement des hiérarchies théorisé par Bakhtine, ou le passing, sous-genre paru vers la fin du XIXe siècle aux États-Unis. L’intérêt du passing, qu’on pourrait résumer par l’expression « passer pour », est de pointer les enjeux et les déchirures familiales et psychologiques que cette « imposture » entraîne chez les personnages, comme le montre le film de Douglas Sirk Imitation of Life[1] (1959) qui actualise le film homonyme de 1934 de John M. Stahl. Le film Mirage de la vie en français retrace, à travers le personnage de Sarah Jane, un mélodrame qui raconte l’histoire de deux femmes noires, mère seules avec chacune une fille : Lora Meredith – mère de Susie – qui accueille chez elle Annie Johnson et sa fille Sarah Jane. Alors que Lora poursuit son rêve de devenir actrice célèbre, Annie s’occupe de la maison et de Susie qui reporte sur elle une affection toute filiale. Sarah Jane, en revanche, rejette sa mère en reniant ses origines noires. Profitant de sa claire carnation, elle se fait passer pour une blanche. Découvrant la supercherie, son petit ami l’insulte et la frappe violemment, ce qui attise la rancœur de Sarah Jane et sa fureur à l’encontre de sa mère et de sa condition de noire. Sarah Jane finit par quitter la maison et la ville où elle ne revient que pour assister à la mort d’Annie. Éplorée, elle y quémande le pardon de sa mère et retourne parmi les siens avec lesquels elle partage la même couleur de peau.

Récemment, la sortie du film Passing de Rebecca Hall en 2021 a permis de prolonger et renouveler les questionnements autour du passing[2] dans la littérature, car il adapte le roman homonyme de Nella Larsen (1929), qui tient une place particulière dans la tradition de ces fictions. La mise à jour de cette histoire d’imposture nous incite à creuser d’autres pistes de réflexion et à vouloir caractériser le phénomène de passer pour l’autre. Ce roman tire son intérêt de la mise en avant du Harlem newyorkin des années 1920, car ce quartier jouera un rôle prépondérant dans le passing non seulement racial mais aussi sexuel et genré.

À l’heure actuelle, il est pertinent de s’interroger sur la pertinence et sur la portée de réfléchir à cette notion afin de se demander de quelle manière elle peut éclairer d’autres formes de « se faire passer pour ». Outre la transformation radicale de l’expérience « trans », le terme passing désigne aussi un jeu de modification de l’apparence qui donne à la personne travestie la capacité d’être considérée comme cisgenre. Dans ce cas-là, le passing est avant tout une modification qui permet à une personne, masculine ou féminine, d’acquérir aussi bien par l’apparence que par son comportement, un paraître et une attitude genrés. D’où le lien qu’on pourrait établir entre passing et camp. D’une façon plus large, nous pouvons élargir la notion de passing pour penser par exemple au phénomène underground, appartenant à la sous-culture américaine, de ball culture, drag ball ou drag shows dans l’univers gay et trans de Harlem.

Avec le passing, où il est question du décentrement du regard, il est possible de s’intéresser aux œuvres où les personnages, féminins souvent, s’octroient le droit de “passer pour”, afin de légitimer à travers l’écriture ou des pseudonymes leur place en tant qu’auteurs. On peut penser également aux impostures littéraires ou à la question des stigmates et handicap. Si on examine la question à l’envers, il serait très porteur d’étudier également les différences de traitement du reverse passing, passage du blanc vers le noir, en lien avec le phénomène des black faces et ses implications (dé)colonialistes, tout comme les jeux des masques, de subversion d’identité, ce qui implique la possibilité de “s’approprier le regard d’un autre” et, dans la littérature, ce “se faire passer pour” qu’on veut interroger.

Pensée donc d’une façon pluridimensionnelle, la notion de passing permet d’aborder à la fois l’analyse littéraire ou cinématographique et les cultural studies. Par exemple, elle permet d’explorer les différents points d’accès à ce phénomène, de l’intersectionnalité à la théorie queer et à l’esthétique. À une époque de la création cinématographique à Hollywood, le passing a été une sorte d’entourloupe qui a permis de contourner les diktats du code Hayes régissant la production filmique et interdisant le contact entre personnages noirs et blancs au sein même de l’intrigue filmique.

Au-delà de l’idée d’imposture, de l’ascension sociale comme finalité du passing racial, de la fluidité des genres et de la migration identitaire, on peut envisager le passing comme moyen de dissimuler un handicap ou un stigmate qui ont impact sur l’interaction sociale – comme le propose Erving Goffman.[3] Comment le passing impacte-t-il non seulement les « formes de vie », mais aussi la production artistique et littéraire, sachant que l’une de ses conditions fondamentales est le secret ? Et par conséquent, comment a-t-on réussi – si tel est le cas – à écrire et à théoriser autour du passing ? De quelle manière ses modalités et ses enjeux se transforment-ils au fil du temps et à l’aune de la déflagration des assignations et des lignes identitaires usuelles ? 

Modalités de contribution

Ce sujet, malgré sa chronologie, se veut ouvert sans exclure aucune période ni aucun genre : il exige en revanche une approche comparatiste. Les propositions d’article (3000 signes), accompagnées d’une brève bibliographie et en comportant uniquement le titre, doivent être envoyées en fichier .DOC ou .RTF à l’adresse lgcrevue@gmail.com

au 5 février 2023 au plus tard.

En fichier séparé, le/la collaboratrice enverra sa présentation personnelle. Les articles retenus seront à envoyer pour le 8 mai 2023.

Nous rappelons que la revue de littérature générale et comparée TRANS- accepte les articles rédigés en français, anglais, espagnol et italien. Les propositions sont évaluées par le Comité selon leur pertinence par rapport à l’appel, l’originalité de leur corpus, leur approche comparatiste ou leur qualité de réflexion théorique sur le thème proposé. Les articles ayant fait l’objet d’une publication antérieure (article, ouvrage, chapitre d’ouvrage), y compris dans une autre langue, ne seront pas retenus. 

Comité scientifique

  • Yen-Mai TRAN-GERVAT, maître de conférences en Littérature générale et comparée, Université Sorbonne Nouvelle – Paris 3
  • Philippe DAROS, professeur de Littérature générale et comparée, directeur de l’Ecole Doctorale 120 – Littérature française et comparée, Université Sorbonne Nouvelle – Paris 3
  • Joaquin MANZI, maître de conférences en Littératures et cinémas de l’Amérique Latine, Université Paris-Sorbonne – Sorbonne Université
  • Nathalie PIEGAY-GROS, professeur de Lettres modernes, Université Paris Diderot – Paris 7
  • Tiphaine SAMOYAULT, professeur de Littérature générale et comparée, Université Sorbonne Nouvelle – Paris 3
  • Florence OLIVIER, professeur de Littérature générale et comparée, Université Sorbonne Nouvelle – Paris 3

Comité de lecture

  • Philippe DAROS, professeur de Littérature générale et comparée, directeur de l’Ecole Doctorale 120 – Littérature française et comparée, Université Sorbonne Nouvelle – Paris 3
  • Florence OLIVIER, professeur de Littérature générale et comparée, Université Sorbonne Nouvelle – Paris 3
  • Nadja DJURIC, enseignante à l’Université de Belgrade, doctorante en Littérature générale et comparée à l’Université Sorbonne Nouvelle – Paris 3
  • Marcos EYMAR, maître de conférences au département d’Espagnol de l’Université d’Orléans
  • Julia PESLIER, maître de conférences en Littérature comparée à l’Université de Franche-Comté.
  • Yen-Mai TRAN-GERVAT, maître de conférences en Littérature générale et comparée, Université Sorbonne Nouvelle – Paris 3
  • Amanda MURPHY, maître de conférences à l’Université Sorbonne Nouvelle – Paris 3, docteur en Littérature générale et comparée par cette université.

Notes

[1] Mirage de la vie, remake d’Imitation of Life (Images de la vie) de John M. Stahl datant de 1934.

[2] Passing (Clair-obscur) est sorti en salles le 27 octobre 2021 aux États-Unis.

[3] Erving Goffman, Stigmate. Les usages sociaux des handicaps, Éditions de Minuit, 1963.

Subjects


Date(s)

  • Sunday, February 05, 2023

Keywords

  • littérature, passing, genre

Contact(s)

  • Trans- Revue
    courriel : lgcrevue [at] gmail [dot] com

Reference Urls

Information source

  • Marie Kondrat
    courriel : marie [dot] kondrat [at] unige [dot] ch

License

CC0-1.0 This announcement is licensed under the terms of Creative Commons CC0 1.0 Universal.

To cite this announcement

« Le Passing et ses impostures », Call for papers, Calenda, Published on Wednesday, December 21, 2022, https://doi.org/10.58079/1a8g

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