HomePenser la renaissance africaine avec Nioussérê Kalala Omotundé

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Published on Monday, January 09, 2023

Abstract

Le chantier de la renaissance s’inscrit dans un vaste processus de renouvellement de la pensée où l’Afrique doit désormais être à jour face aux défis que lui imposent les enjeux du développement de la planète. Cet appel à contribution se saisit de l’actualité relative à la disparition de l’égyptologue et historien kamit Nioussérê Kalala Omotundé le 14 novembre 2022 pour révéler sa contribution dans le débat sur la renaissance. Le présent appel propose de placer la focale sur la vision radicalement afrocentrique de la renaissance sans toutefois omettre de se pencher sur les tendances modérées qui appréhendent la renaissance africaine comme une savante combinaison entre les valeurs du passé glorieux de l’Afrique et les réalités de la mondialisation actuelle.

Announcement

Argumentaire

L’idée de renaissance renvoie à un processus de rupture et de renouvellement de la pensée et des pratiques sociales et culturelles. En Europe, elle intervient avec la redécouverte de la littérature, de la philosophie et des sciences durant la période de l’Antiquité (gréco-romaine). La renaissance italienne en constitue le point de départ à travers l’Humanisme qui  prône la réappropriation des textes où l’Homme est au centre de la pensée. En Asie, notamment au Japon et en Chine, la renaissance correspond respectivement à l’ère Meiji et à la révolution chinoise qui ont engendré chacune des transformations notables de l’industrie, du commerce et de l’économie. En Afrique, elle revêt des dimensions politiques, idéologiques, culturelles, scientifiques et économiques appréciables suivant les formations théoriques. La renaissance africaine initialement pensée par Cheikh Anta diop en 1948 renvoie à ce mouvement de renouvellement de la pensée nègre à contre-courant de l’occidentalisme thuriféraire de la négation du solidarisme africain. Les débats relatifs à la « renaissance africaine » interpellent l’ancrage territorial et l’originalité de ladite pensée. Ainsi, le Président sud-africain Thabo Mbeki (1999-2008) envisage la renaissance africaine comme une opportunité de construction d’un nouveau monde fait de démocratie, de paix, de stabilité, de développement durable. Fabien Eboussi Boulaga quant à lui, initie une nouvelle pensée, à travers La crise du Muntu, sur les réalités africaines. Il s’érige contre les thèses de l’authenticité culturelle, et dénie le confinement de la pensée dans un carcan partant d’une perspective spatiale et temporelle. Ce qui voudrait dire que l’Africain devrait « être par soi et pour soi-même par et dans l’articulation de l’avoir et du faire, selon un ordre qui exclut la violence et l’arbitraire » (Eboussi, 1977, p. 15).

Cette dynamique de reviviscence de la pensée africaine trouve aussi une résonance à travers les œuvres des intellectuels et hommes politiques africains tel que le philosophe et homme politique ghanéen Kwame Nkrumah qui est en faveur de l’autonomisation des entités politiques africaines. Cette posture idéologique nkrumahienne est corroborée amplement par l’égyptologue et physicien Cheikh Anta Diop (1954 ; 1960). Il soutient que la condition préalable pour une véritable renaissance est l’acquisition d’une identité scientifique africaine qui procède par la diffusion des langues et la réappropriation de l’histoire culturelle et de la connaissance (Diop, 1948). Partant des paradigmes afro-pessimistes et africanistes élaborés, Jean-Marc Ela propose l’Afro-Renaissance comme courant de pensée dont les bases reposent sur les innovations sociales, la créativité, l’inventivité et les multiples arts de faire des Africains qui défient au quotidien l’occidentalisme avec ses logiques de « libre-échange » et du marché.

Le chantier de la renaissance s’inscrit donc dans un vaste processus de renouvellement de la pensée où l’Afrique doit désormais être à jour face aux défis que lui imposent les enjeux du développement de la planète. Et dans cette perspective, elle doit être à l’ère du savoir (Ela, 2006) pour pouvoir se mettre en adéquation avec les lois de l’harmonie de l’universelle selon les principes de la maât (Omotunde 2010), et parvenir à penser par nous-même et pour nous même pour un projet civilisationnel commun . À titre d’illustration, la recrudescence des manifestations d’intérêt scientifique qui acquiescent les perspectives épistémologiques du renouvellement de la pensée utile au développement de l’Afrique-Monde (Mbembe, Saar, 2017) s’inscrivent dans ce sens. Les travaux d’Achille Mbembe et Felwine Sarr (2017) à travers les ateliers de la pensée constituent une tribune qui permet de soumettre à la critique le corpus de la postcolonialité. Le but est d’engendrer un monde créolisé, qui abandonne la « problématique des origines et de la clôture qui sort d’une citoyenneté politisée, culturalisée et territorialisée, pour une citoyenneté humaine » (Mbembe, 2017, p. 385). En des termes simples, le travail de renouvellement de la pensée s’inscrit dans une dynamique d’écriture d’une Afrique-Monde partant des grands rendez-vous scientifiques qui offrent un cadre de discussion entre les africanistes, les théoriciens de la postcolonie et de la renaissance africaine. Les ateliers de la pensée de Dakar (Sénégal) en 2016, la Conférence Internationale du CERDOTOLA de Yaoundé (Cameroun) en 2022 constituent des exemples d’assises pour une nouvelle pensée africaine qui se saisit  de l’actualité liée à la décolonialité pour entre autre décoloniser la pensée et la libérer de sa confiscation par les disciples de l’occidentalisme.

Se situant dans la continuité de la discussion diopienne sur la renaissance africaine, cet appel à contribution se saisit de l’actualité relative à la disparition de l’égyptologue et historien kamit Nioussérê Kalala Omotundé le 14 novembre 2022 pour révéler sa contribution dans le débat sur la renaissance. Né le 19 juillet 1967 en Guadeloupe, cet illustre disparu, spécialiste des humanités classiques africaines, s’est toujours démarqué par son discours révolutionnaire qui valorise l’Afrique et l’Africain partant d’une idéologie panafricaniste. Son discours de la renaissance est fondé sur la convergence d’intérêt d’acteurs divers,  et susceptible de fonctionner comme une prophétie auto-réalisatrice. Il vise à restaurer l’histoire authentique et la dignité de l’homme africain, en passant par une meilleure connaissance de soi-même pour se repositionner dans la modernité.

Considérant ces différentes perspectives d’approches, cet appel propose de placer la focale sur la vision radicalement afrocentrique de la renaissance sans toutefois omettre de se pencher sur les tendances modérées qui appréhendent la renaissance africaine comme une savante combinaison entre les valeurs du passé glorieux de l’Afrique et les réalités de la mondialisation actuelle. L’objectif de cette discussion scientifique  est donc de revisiter les enjeux politiques et culturels des humanités classiques africaines, les perspectives géostratégiques et politiques afin de stimuler des dispositifs économiques et éducationnels d’une renaissance africaine. À cet effet, les principales contributions pourraient, sans être exhaustives, s’inscrire dans les axes de réflexion suivants :

Axe 1 : Enjeux et défis culturels des humanités classiques africaines

Appuyés sur des archives, des enquêtes ou des témoignages, les propositions documentent le patrimoine culturel, historique et archéologique égypto-nubien en rapport avec le concept de renaissance africaine. Les articles s’intéressent aux valeurs revendiquées, aux bénéfices attendus ou aux méfaits redoutés de cette renaissance africaine devenu l’incarnation de la connaissance africaine au service de son développement endogène. Quelles sont les relations entre ces civilisations et les débats actuels sur la Renaissance du continent.

Axe 2 : Perspectives géostratégiques et politiques d’une renaissance africaine

Les articles de cet axe examinent les matérialités, les justifications et les dispositifs de l’Afro-renaissance géopolitique et politique. Quelles sont les conditions politiques de cette renaissance ? Quelles en sont les modalités concrètes et leurs enjeux ? Quelles places les arguments géopolitiques tiennent-ils dans le dispositif et ses justifications ? Comment viennent-ils confronter ou, au contraire s’opposer à d’autres motivations notamment économiques, culturelles et religieuses ?  

Axe 3 : Dispositifs économiques et/ou éducationnels pour la renaissance africaine

L’enjeu est ici de décrire la renaissance africaine depuis et à partir des sphères se considérant comme économique et/ou éducationnelle. Quels sont les dispositifs économiques et/ou éducationnels à mettre en place pour véritablement parvenir à une réelle renaissance continentale ?

Modalités de soumission

Les propositions de contribution 500 mots maximum en français ou en anglais, indiquant trois à cinq mots clés et l’axe thématique visé, ainsi que l’affiliation institutionnelle et la qualité des auteurs, devront être envoyées à l'adresse suivante : hom2023omotunde@gmail.com

au plus tard le 01 juin 2023.

Comité scientifique et de lecture

  • Abwa Daniel, Historien, Université Protestante d’Afrique Centrale 
  • Charles Binam Bikoï, CERDOTOLA ;
  • Jean-Emmanuel Pondi, Politologue, Université de Yaoundé II ;
  • Mforteh Stephen Ambe, Linguiste, Centre National d’Éducation ;
  • Nadine Machikou Ngameni, Politologue, Université de Yaoundé II ;
  • Jean Koufane Menkene, Historien, Université de Yaoundé I ;
  • Mathias-Éric Owona Nguini, Politologue, Université de Yaoundé II ;
  • Charles Romain Mbele, Philosophe, ENS-Yaoundé I ;
  • Armand Leka Essomba, Sociologue, Université de Yaoundé I ;
  • Evariste Nguimkeu, Economiste, Georgia States University;
  • Marcel Diki Kidiri, Linguiste, CNRS ;
  • Mbombog Mbog Bassong
  • Erick Sourna Loumtouang, Historien, Centre National d’Éducation ;
  • Abdou Njikam Njifotie, Juriste, Centre National d’Éducation ;
  • José Donadoni Manga Kalniga, Sociologue, Centre National d’Éducation ;
  • Saliou Abba, Historien, Centre National d’Éducation ;
  • Bertrand-Michel Mahini, Politologue, Centre National d’Éducation ;
  • Daniel Georges Nana Komey, Historien, Centre National d’Éducation ;
  • Maxime Manifi, Linguiste, ENS- Yaoundé I ;
  • Prisca Hélène Assiene Bissossoli, Politologue, Chargé de Cours, Université Yaoundé II ;
  • Calvin Minfegue, politologue et Géographe, Université Catholique d’Afrique Centrale ;
  • Kwanye Kwada Florence, Historienne, Centre National d’Education ;
  • Reine Fosso, Antropologue, Centre National d’Éducation ;
  • Edwige Christelle NAAMBOW ANABA, Antropologue, Université de Garoua
  • Sosson Nguemo Tadadjeu, Economiste, Université de Dschang ;
  • Willy Foga, Historien, Université de Douala ;
  • Johanna Menda’a Tadadjeu, Historienne, Centre National d’Education ;

Bibliographie indicative

Boukary Yabara, A. 2017, Africa    ! Une histoire du panafricanisme, Paris, La Découverte.

Cheikh Anta Diop, 1954, Nations nègres et culture, Paris, Présence Africaine.

Crouzel I., 2000, « La renaissance africaine, un discours Sud –Africain ? », Politique africaine, 77 : 171-182

Diop, C. A. 1960, Les fondements culturels techniques et industriels d’un futur Etat Fédéral d’Afrique noire, Paris, Présence Africaine. 

Diop, C. A., 1982, L’unité culturelle de l’Afrique noire. Domaine patriarcat et du matriarcat dans l’antiquité classique, Paris, Présence africaine.

Eboussi Boulaga F., 1977, La crise du Muntu, Paris, Présence Africaine.

Ela J-M., 1980, Le cri de l’homme africain, Paris, L’Harmattan.

Ela J-M., 1994, Afrique, l’irruption des pauvres : société contre ingérence, pouvoir et argent, Paris, L’Harmattan.

Ela J-M., 1998, Innovations sociales et renaissance de l’Afrique noire : les défis du « monde d’en bas », Paris, L’Harmattan.

Fanon F., 2011 [1952], Peau noire, masques blancs, Paris, La Découverte.

Mbembé A., Sarr F. (dir.), 2017, Écrire l’Afrique-Monde, Paris, Philippe Rey/Jimsaan.

Nkrumah K. 2009, (a) L’Afrique doit s’unir, Présence africaine, Paris, 256 pages 

Nkrumah Kwame, 1964, Le consciencisme, Paris, Présence africaine.

Omotunde J. P., 2000, L’origine négro-africaine du savoir grec. Volume 1, Paris, Éditions Menaibuc.

Omotunde J. P., 2006, Discours afrocentriste sur l’aliénation culturelle, Paris, Edition Menaibuc.

Omorunde J.P., 2010, Qu’est-ce qu’être Kamit(e), Paris, Edition Menaibuc

Tine A. C. 2005 « Léopold Senghor et Cheikh Anta Diop face au panafricanisme : deux intellectuels, même combat mais conflit des idéologies ? » in T. BaH (dir.), Intellectuels nationalisme et ideal panafricain. Perspectives historique, 1(3) : 61-105

Ziegler J., 1988, La victoire des vaincus : oppression et résistance culturelle, Paris, Seuil.

Places

  • Yaoundé, Cameroon

Date(s)

  • Thursday, June 01, 2023

Attached files

Keywords

  • Afrique, renaissance, civilisation, connaissance, territoire, humanité

Contact(s)

  • Johanna Tadadjeu
    courriel : johan_tmotaz [at] yahoo [dot] com

Information source

  • Johanna Tadadjeu
    courriel : johan_tmotaz [at] yahoo [dot] com

License

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To cite this announcement

« Penser la renaissance africaine avec Nioussérê Kalala Omotundé », Call for papers, Calenda, Published on Monday, January 09, 2023, https://doi.org/10.58079/1aac

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