HomeL’école en France et les enfants de l’immigration (XIXe-début XXIe siècle)

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Published on Monday, February 13, 2023

Abstract

Cette journée d’étude artésienne propose d’interroger la place faite aux enfants de l’immigration à l’école de la République dans la réalité et les représentations des apprentissages cognitifs et éducatifs qu’elle a forgés depuis le XIXe siècle. Cette réflexion dans la longue durée croisera les débats politiques noués autour de l’immigration en France à travers le discours assimilationniste de la fin du XIXe siècle, l’accent porté sur le relativisme culturel et le droit à la différence dans les années 1970-80, le souci de l’intégration et la faveur accordée à l’interculturalisme dans les années 1980 et le thème de la discrimination mis à l’honneur à la fin des années 1990. De ce point de vue les controverses récentes sur l’intersectionnalité et la référence aux mémoires coloniales et postcoloniales pourront apporter un éclairage utile à la compréhension des inégalités scolaires entre élèves français et élèves étrangers ou d’origine étrangère.

Announcement

Problématique générale

Premier pays d’immigration en Europe dès la seconde moitié du XIXe siècle, la France a accueilli -pour des raisons politiques et/ou économiques- des Belges, des Italiens, des Polonais, des Espagnols, des Portugais, des Algériens, des Marocains et plus récemment des personnes venues du Proche Orient, de l’Afghanistan, d’Afrique. À partir de 1977, l’école reçoit des élèves issus des regroupements des familles autorisés en 1976. L’École laïque -qui proclame l’éducabilité de chaque enfant et la nécessaire émancipation par le savoir de ses attaches particulières- est fréquentée par des élèves appartenant à des cultures diverses, plus ou moins éloignées de la culture française, de sa langue, de son histoire. En 1985 le rapport de la « commission Berque » L’immigration à l’école de la république recommande un enseignement de trois heures par semaine des « langues et cultures d’immigration » tout en mettant en garde contre une dérive « folklorisante » des pratiques. A la fin des années 1990 l’échec scolaire de ces élèves est pointé dans le débat public alors qu’arrivent massivement en France de nouveaux arrivants en âge limite de l’obligation scolaire. 

La scolarisation des enfants de l’immigration, l’échec de ces élèves ont longtemps été pensés et mesurés à l’aune de leur degré d’acculturation au savoir universel que l’école de la République a l’obligation de transmettre. Ce paradigme assimilationniste des années 1930 a été interrogé à nouveau frais dans les années 1970 avec la mise en place de dispositifs spécifiques (CLIN, CLAD, CEFISEM) destinés à accompagner la scolarisation des enfants étrangers non francophones. En 1975, une circulaire définit – dans le cadre du tiers temps pédagogique de l’école élémentaire, les modalités de « l’enseignement des langues et cultures d’origine » (ELCO) : après l’introduction de cours de portugais en 1973, des accords sont passés avec « l’Italie et la Tunisie en 1974, le Maroc et l’Espagne en 1975, la Turquie en 1978 et l’Algérie en 1981 »[1].

Cette politique scolaire -qui proclame « le droit à la différence », la reconnaissance du relativisme culturel, la nécessité d’intégrer dans le curriculum de l’école de la République la culture d’origine de ces élèves étrangers -a nourri des débats vifs tant du point de vue de ses effets politiques (revendication de l’égalité républicaine lors de la marche des Beurs en 1983) que de ses effets scolaires ambigus.

Valérie LANIER a souligné « la logique simultanément assimilationniste et différentialiste » qui soutient des dispositifs pédagogiques demeurés adossés à un « occidentalocentrisme » particulièrement visible dans « l’enseignement de l’Histoire et de la Littérature » et générateur d’une profonde dissymétrie stigmatisante entre la culture française et ces « cultures d’origine »[2]. Attentif à cette dénivellation entre l’enseignement de la culture savante du pays d’arrivée et celui de la culture d’origine ravalée au rang d’expression folklorisée d’une mode de vie[3], Abdelmalek Sayad a pu dénoncer un fonctionnement des ELCO propre à enfermer les enfants non francophones dans le ghetto de leur origine et à les vouer aux filières courtes ou spécialisées (type SES, SEGPA) du système éducatif français.

Véritable « caricature », la pédagogie interculturelle s’installe aux yeux du sociologue -ancien élève de l’école normale d’Alger Bouzareah- « dans des espaces de relégation scolaire, sociale et spatiale »[4] construits par des politiques de l’habitat discriminatoires gouvernées par l’impératif du provisoire et du mythe du retour de ces populations dans leur pays d’origine. Or, « l’école (…) ne saurait s’accommoder de [cette] vision du provisoire qui continue à être associée à l’immigration (…) »[5]. Abdelmalek Sayad revendique la nécessité d’un enseignement de l’immigration « plus conforme à la vérité historique et à la vérité tout court » qui « contribuerait à coup sûr à donner aux enfants de l’immigration une meilleure intelligence de leur situation (…) [et] à détendre la relation qui se noue avec l’immigration dans l’école et hors de l’école »[6].

Le sociologue attire l’attention sur le regard négatif que les parents de ces élèves portent sur une école qui échoue -selon eux- à les instruire, à les éduquer et à préparer leur insertion sociale : « tous les enfants sortent de l’école avec quelque chose, un métier, sauf les enfants des Arabes »[7] déplore-t-on dans les familles immigrées, qui ressentent plus durement l’échec scolaire de leurs enfants que les familles populaires françaises de souche. Ce jugement ne traduit-il pas la relation d’extériorité à la société française ressentie par les populations immigrées ? Le rapport de discrimination vécu par ces populations s’éclaire -selon Abdelmalek Sayad- à la lumière des inégalités sociales qui les frappe et de l’histoire coloniale et postcoloniale longtemps refoulée par l’idéologie républicaniste.

Initiés au début des années 1970, les travaux sur l’école et l’immigration ont oscillé entre des interprétations centrées sur des critères ethnico-culturels et des schémas explicatifs élaborés autour des rapports de domination entre les classes sociales. Puis « la recherche de systèmes compréhensifs, plus qu’explicatifs, locaux plutôt que globalisants » a permis de mettre l’accent sur les « expériences vécues par des acteurs concrets ».

Quatre axes thématiques sont retenus pour cette journée d’étude :

Axe 1. :  Le discours de l’École de la République : les figures du migrant et de l’étranger, le thème de l’immigration dans les programmes et les manuels, la vision de l’élève issu de l’immigration comme synonyme de retard scolaire.

Axe 2. : Les politiques publiques françaises relatives à la scolarisation des enfants de l’immigration : dispositifs institutionnels, la maîtrise de la langue française et ses enjeux.

Comment articuler la politique scolaire différentialiste à l’égard des immigrés et l’objectif d’intégration sociale et politique des enfants de l’immigration ? Quels ont été les effets de la place accordée à « leur langue d’origine » au sein des apprentissages ? Comment a été conçu et mis en œuvre l’apprentissage de la langue française écrite pour des enfants nés et scolarisés en France d’une part et pour les nouveaux arrivants d’autre part ?

Axe 3. : La laïcité et l’accueil des enfants de l’immigration :la laïcité et l’enseignement des questions sensibles, la laïcité entre indifférence et reconnaissance des identités culturelles. La promotion de « l’interculturalisme », qui veut habiliter la présence scolaire de la « culture d’origine » de ces élèves, génère-t-elle des pratiques capables d’ouvrir un véritable dialogue entre les cultures ou restent-elles assujetties à un ordre hiérarchique défini par un universalisme européo et francocentré ? Comment est saisie la place de l’immigration dans le peuplement de la France, la construction de la nation française et l’élaboration de la mémoire collective de la population de la France ?

Axe 4. : La relation pédagogique et didactique aux enfants de l’immigration et la perception de l’École de la République par les populations immigrées et leurs descendants. Quels enseignants sont nommés dans les écoles qui accueillent ces élèves ? Quelle représentation ont-ils de la culture de leurs élèves, des critères ethniques et/ou sociaux qui la façonnent ? Quel regard les familles issues de l’immigration portent- elles sur l’école qui accueille leur progéniture ? Comment interprètent-elles l’échec scolaire de leurs enfants ? Comment l’attitude et les attentes des familles vis-à-vis de l’école ont-elles pu évoluer d’une génération à l’autre tant sur le plan de l’instruction que celui de l’éducation de leurs enfants ? Quel écho la thématique politique récente de « l’école de la confiance » a-t-elle eu auprès de ces élèves et de leurs parents ?

Ces questionnements inscrits dans la longue durée et/ou dans la diversité des temporalités historiques pourront être nourris de la lecture de textes institutionnels ou théoriques, d’enquêtes de terrain relatives aux pratiques pédagogiques et didactiques et à leurs effets, de témoignages des différents acteurs de la scolarisation des enfants issus de l’immigration ou migrants temporaires.

Plusieurs champs disciplinaires sont concernés par l’objet de cette journée d’étude : Histoire, Sociologie, Anthropologie, Psychologie, Didactique, Sciences de l’éducation.

Calendrier et indications aux auteurs

Nous attendons un résumé d’une demi-page présentant votre projet de communication pour la journée d’étude. Vous y préciserez la/les questions que vous envisagez de traiter, le cadre théorique dans lequel vous vous inscrivez, les choix méthodologiques et les données sur lesquelles vous travaillez.

Vous veillerez à y indiquer précisément :

  • Votre nom et prénom
  • Votre institution universitaire et laboratoire de recherche
  • Votre adresse postale professionnelle
  • Une adresse électronique
  • Un titre de communication
  • Entre 5 et 10 mots-clés maximum
  • Vos principales références bibliographiques

La Journée d’étude se déroulera le 24 novembre 2023 à la Maison de la Recherche de l’Université d’Artois, 9 rue du Temple, 6200 Arras.

Proposition à envoyer à l’adresse courriel : fanny.dauphin17@gmail.com

Date limite d’envoi des propositions : le 15 mai 2023

Comité scientifique

Stéphanie Dauphin, Maîtresse de Conférences en histoire contemporaine, Université de Lille, INSPE Lille Hauts-de-France, Centre de recherche et d’études histoire et sociétés, Laboratoire CREHS (UR 4027) de l’Université d’Artois.

Notes

[1] Benoît Falaize et Smaïn Laracher, Préface, in Abdelmalek Sayad, L’école et les enfants de l’immigration. Essais critiques, Paris, Éditions du Seuil, La couleur des Idées, 2014, 236 p.

[2] Valérie Lamier, Résumé de sa thèse : L’accueil des enfants d’immigrés dans les écoles françaises : éducation entre culture familiale et culture du pays d’arrivée, sous la direction de Jean-Claude Fritz, Thèse soutenue le 14 décembre 2011 à l’Université de Bourgogne, UFR de Droit et Science politique, https://theses.hal.science.

[3] Abdelmalek Sayad, L’école et les enfants de l’immigration. Essais critiques, opus-cit., p. 170.

[4] Isabelle Rigoni, Abdelmalek Sayad, L’école et les enfants de l’immigration, Paris, Éditions du Seuil, Sciences et actions sociales, Association des chercheurs des organismes de la formation et de l’intervention sociales, 2016, p. 217-222, p. 4. 

[5] Abdelmalek Sayad, L’école et les enfants de l’immigration…, opus-cit., p. 171

[6] Abdelmalek Sayad, Idem, p. 173-174.

[7] Abdelmalek Sayad, Idem, p. 154.

Places

  • Université d'Artois - Maison de la recherche - 9 rue du Temple
    Arras, France (62000)

Event attendance modalities

Full on-site event


Date(s)

  • Monday, May 15, 2023

Keywords

  • immigration, école, élève, laïcité, culture, politique publique

Contact(s)

  • Stéphanie DAUPHIN
    courriel : fanny [dot] dauphin17 [at] gmail [dot] com

Information source

  • Stéphanie DAUPHIN
    courriel : fanny [dot] dauphin17 [at] gmail [dot] com

License

CC0-1.0 This announcement is licensed under the terms of Creative Commons CC0 1.0 Universal.

To cite this announcement

« L’école en France et les enfants de l’immigration (XIXe-début XXIe siècle) », Call for papers, Calenda, Published on Monday, February 13, 2023, https://doi.org/10.58079/1ajg

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