HomeRéflexivité et implication en sciences sociales

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Published on Monday, February 27, 2023

Abstract

La journée d’étude a pour objectif de faire dialoguer des chercheur·es de différentes disciplines en sciences sociales, autour des processus d’implication et de réflexivité en jeu dans la recherche. Dans le champ académique où l’objectivation est une visée commune, et depuis la « rupture épistémologique » (Bachelard, 1934) pour faire de la sociologie une science autonome et légitime, le principe de neutralité semble faire consensus. Pour autant, on a peu l’habitude d’avoir accès à la subjectivité du·de la chercheur·e dans son processus de recherche. La réflexivité, une pratique connue de métiers de la relation comme le travail social mais aussi de certains chercheur·es, reste complexe et interroge, alors qu’elle se pose comme l’une des voies à l’objectivation scientifique.

Announcement

Présentation 

La journée d’étude a pour objectif de faire dialoguer des chercheur·es de différentes disciplines en sciences sociales, autour des processus d’implication et de réflexivité en jeu dans la recherche. Dans le champ académique où l’objectivation est une visée commune, et depuis la « rupture épistémologique » (Bachelard, 1934) pour faire de la sociologie une science autonome et légitime, le principe de neutralité semble faire consensus. Pour autant, on a peu l’habitude d’avoir accès à la subjectivité du·de la chercheur·e dans son processus de recherche. La réflexivité, une pratique connue de métiers de la relation comme le travail social mais aussi de certains chercheur·es, reste complexe et interroge, alors qu’elle se pose comme l’une des voies à l’objectivation scientifique.

Depuis notre ancrage clinique (de Gaulejac, Giust-Desprairies & Massa, 2013), nous souhaiterions faire dialoguer nos pratiques avec d’autres, qui peuvent être situées dans des courants voisins, pour réfléchir ensemble à cette question de la réflexivité. En l'occurrence, la sociologie clinique se caractérise davantage par son épistémologie que par un champ d’étude particulier. Parmi les spécificités dont elle se revendique, on trouve la mise au travail de l’implication du·de la chercheur·e, dans la mesure où sa subjectivité est en jeu dans le processus de recherche. Étant donné qu’elle est inhérente à toute observation, celle-ci est en effet considérée, dans cette épistémologie, comme un matériau constitutif de la production de savoir, notamment par l’analyse du transfert et du contre-transfert dans la relation (Devereux, 1967). C’est après cette analyse que le·la chercheur·e peut prendre le recul nécessaire en faisant une deuxième élaboration permettant la construction des résultats de recherche (Massa, 2019).  L’implication demande donc au chercheur·e un effort continu de retour sur ses propres émotions et ses pensées pour accéder à une certaine réflexivité et conscience de soi. Le but de ce travail intellectuel est celui de saisir comment l’objet de recherche le traverse en tant que sujet social, culturel et psychique et, par-là, de comprendre à la fois en quoi sa « connaissance sensible » (de Sardan, 2008, p. 54) du terrain oriente sa démarche scientifique, ses rencontres empiriques, ses choix théoriques (Avron, 1986), et en quoi ses « présupposés » peuvent déformer ses analyses.  

Adossées à la clinique, d’autres disciplines, telles que la psychosociologie, des approches théorico-méthodologiques - l’analyse institutionnelle ou la psychodynamique du travail, - ou encore des méthodes - l’ethnographie affective (sciences de gestion) par exemple -, soutiennent qu’un travail sur l’implication du·de la chercheur·e est indispensable à la production d’une connaissance scientifique. Plus encore, cette affirmation est présente dans divers champs disciplinaires : l’anthropologie a montré que le saisissement des affects pouvait jouer un rôle dans la démarche de connaissance (Favret-Saada, 1990), que l’implication permettait de saisir les individus étudiés comme sujets de leur histoire (Martig, 2011) et de rendre compte de recherches « en terrain sensible » (Lamarche, 2015). Les recherches féministes ont elles aussi critiqué l’illusion d’impartialité de la production de savoir par la notion de « point de vue situé » (Bracke & Puig de la Bellacasa, 2013). Chez Bourdieu enfin, on trouve l’idée que la position occupée par le·la chercheur·e dans l’espace académique a des conséquences sur sa production scientifique, d’où la nécessité d’une « objectivation participante » (Bourdieu, 2003).

Pour autant, la question reste posée : comment construire une connaissance en visant la neutralité axiologique (Weber, 2013), en prenant en compte la subjectivité du·de la chercheur·e ? Que faire de cette tension qui peut exister, entre dévoilement nécessaire et mise en retrait de soi au profit de la recherche : « parler de soi tout en restant dans le cadre disciplinaire, expliquer le social par le social, en même temps que sortir de soi pour s’oublier et ne donner à voir que les autres – l’objet » (Clair, 2022) ? Comment appréhender ce nécessaire détour par soi au regard des enjeux de scientificité dans le champ académique ?

Questionnements

Les questions que nous aimerions mettre en débat dans le cadre de cette journée, sont donc à la fois épistémologiques et méthodologiques, et s’inscrivent dans des expériences de recherche :

Faire preuve de réflexivité, est-ce seulement « se raconter » et expliciter le lien entre son objet et soi ? Le travail de l’implication est-il forcément gage d’objectivité scientifique ? Comment comprendre et travailler cette implication quand le·la chercheur·e n’est pas « uniquement » chercheur·e sur son terrain (par exemple, salarié·e de l’organisation étudiée (en CIFRE), ou ayant des liens antérieurs avec le terrain, ou militant·es engagé·es dans une cause…) ? Par ailleurs, comment assumer cette part réflexive dans notre construction de chercheur·e, tout en restant légitime et en répondant aux normes académiques ?

Aussi, nous aimerions échanger sur des manières de donner corps à ce concept, pour le rendre concret. Des séminaires visant à « explorer les liens conscients et inconscients existant entre l’objet de recherche et l’histoire personnelle » (Hanique, 2013), peuvent être intéressants pour analyser ce qui se joue pour soi dans le processus de recherche. Mais cet exercice peut-il se faire dans les murs de l’université ? Avec sa propre direction de thèse ? Et si l’on n’a pas accès à ce dispositif, à quoi se référer concrètement : journal de recherche, collectif auto-organisé sur des sujets communs, espaces de parole… ?

Enfin, penser l’implication invite aussi à réfléchir à ce que nos terrains et le processus de recherche nous font, à la manière dont ils nous transforment en tant que chercheurs et sujets. En quoi expliciter le déplacement de sa posture, tout au long de la recherche, est-il intéressant pour comprendre son terrain ? Et en quoi cela éclaire-t-il le fait social analysé et fait-il partie des résultats ? Les pré-notions et pré-jugés ne sont-ils pas à analyser même après l’entrée sur le terrain ?

À l’heure où de nombreux chercheur·es se posent cette question, l’intention est de dialoguer dans le respect de la diversité des approches portées. Il pourra, par exemple, être débattu des liens qui existent entre parcours de vie et recherche, ou encore, plus concrètement des outils utilisés pour travailler son implication et ceci afin de mettre en dialogue la sociologie clinique et les autres disciplines de sciences sociales. Les propositions de communications ne seront pas uniquement axées sur la clinique mais sur les ressources personnelles, théoriques et pratiques, qu’utilisent les chercheur·es de toutes approches pour se saisir de ces questions.

Modalités de contribution

Les propositions de communication (environ 3500 signes espaces compris hors bibliographie, avec nom, prénom et mail du·de la communicant·e) sont attendues à l’adresse email jereflexivite@gmail.com

Jusqu’au au 20 avril 2023.

Une réponse sera donnée d’ici le 26 mai avec les conditions d’intervention, les lieux et programmes de la journée. La journée d’étude aura lieu le 22 septembre 2023 à Paris (précisions à venir).

Comité d’organisation 

  • Bengie Alcimé, doctorant au LCSP (Paris-Cité)
  • Tristan Dupas, doctorant à l’école doctorale de management Panthéon-Sorbonne (ESCP)
  • Antoine Glauzy, doctorant à l’école doctorale de management Panthéon-Sorbonne (ESCP)
  • Martine Lacaille, doctorante au LCSP (Paris-Cité)
  • Wilsot Louis, doctorant au LCSP (Paris-Cité)
  • Margaux Trarieux, doctorante au LCSP (Paris-Cité) et CERTOP (Jean-Jaurès, Toulouse II)
  • Emilie Veyrat, doctorante au LCSP (Paris-Cité)

Bibliographie

Avron, Ophélie. “Engagement Clinique et théorique dans la recherche”, Bulletin de psychologie, tome 39 (16-18), n°377, Paris, Groupe d’étude de psychologie de l’Université de Paris, p.797-799

Bachelard, Gaston. Le nouvel esprit scientifique. Bibliothèque numérique "Les classiques des sciences sociales",1934.

Barus-Michel, Jacqueline. “Le chercheur, premier objet de sa recherche”, Bulletin de psychologie, tome XXXIX, n° 337, 1982.

Bourdieu, Pierre. “L’objectivation participante”, Actes de la recherche en sciences sociales, vol. 150, no. 5, 2003, pp.43-58.

Bracke, Sarah, & María Puig de la Bellacasa. “Le féminisme du positionnement. Héritages et perspectives contemporaines”, Cahiers du Genre, vol. 54, no. 1, 2013, pp. 45-66.

Clair, Isabelle. “Nos objets et nous-mêmes : connaissance biographique et réflexivité méthodologique”, Sociologie [En ligne], N° 3, vol. 13 | 2022, mis en ligne le 01 septembre 2022, consulté le 15 janvier 2023, URL : http://journals.openedition.org/sociologie/10578

De Gaulejac, Vincent, Florence Giust-Desprairies, & Ana Massa. La recherche clinique en sciences sociales. Érès, 2013.

Devereux, Georges. De l’angoisse à la méthode dans les sciences du comportements. Flammarion, 1967.

Olivier de Sardan, Jean-Pierre. La rigueur du qualitatif. Les contraintes empiriques de l’interprétation socio-anthropologique, Louvain-la-Neuve, Bruylant Academia, 2008, 365 p.

Favret-Saada, Jeanne. “Être affecté”, Désorceler. Éditions de l'Olivier, 2009, pp.160.

Hanique, Fabienne. “Au sujet du “je” : la clinique sociologique et son écriture”, Vincent de Gaulejac éd., La recherche clinique en sciences sociales. Érès, 2013, pp. 205-218.

Lamarche, Karine. “L’apport heuristique d’une implication incontournable. L’exemple d’une recherche sur un terrain “sensible” (Israël-Palestine)”, Civilisations, vol. 64, 2015, pp. 35-44.

Massa, Ana. “Implication”, Agnès Vandevelde-Rougale et Pascal Fugier éds., Dictionnaire de sociologie clinique. Erès, 2019, pp. 353-354.

Martig, Alexis. “Recherche anthropologique et implication sociale. Enjeux éthiques, politiques et sociaux”, Journal des anthropologues, vol. 126-127, no. 3-4, 2011, pp. 185-208.

Weber, Max. Le savant et le politique. Presses électroniques de France, 2013.

Subjects

Places

  • Paris, France (75)

Date(s)

  • Thursday, April 20, 2023

Keywords

  • réflexivité, science sociale

Contact(s)

  • Wilsot Louis
    courriel : jereflexivite [at] gmail [dot] com

Information source

  • Louis Wilsot
    courriel : jereflexivite [at] gmail [dot] com

License

CC0-1.0 This announcement is licensed under the terms of Creative Commons CC0 1.0 Universal.

To cite this announcement

« Réflexivité et implication en sciences sociales », Call for papers, Calenda, Published on Monday, February 27, 2023, https://doi.org/10.58079/1anl

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