HomeLa sociolinguistique en Afrique. Pistes pour des perspectives alternatives

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Published on Wednesday, March 01, 2023

Abstract

La sociolinguistique est arrivée en Afrique depuis les années 1970. Malgré sa longue présence de plus d’un demi-siècle sur ce terrain, elle projette rarement un regard réflexif et (auto)critique sur son institutionnalisation dans les champs académique et scientifique. Par ailleurs, elle reste grandement dépendante d’une forme d'extraversion épistémologique car elle demeure apareillée à des modèles préexistants qui ont été façonnés dans des contextes exogènes. L’objectif de ce colloque international « La sociolinguistique en Afrique. Pistes pour des perspectives alternatives » est de susciter un débat réflexif et critique.

Announcement

Colloque international en hommage au Professeur Papa Alioune NDAO

Argumentaire 

La sociolinguistique a émergé en Afrique en reproduisant un « ordre de la langue » (Canut, 2021) qui a prévalu en Occident et qui a donné lieu à des procédures de mise en frontière, d’homogénéisation et d’essentialisation qui dévoilent une vision européocentriste de la catégorie de « langue ». Cette conception qui érige la langue en monument a eu tendance à perpétuer l’idéologie discursive coloniale, l’imposition des langues européennes, la conception monolingue de l’État-nation, la standardisation à valeur hégémonique, le modèle de la langue instituée d’en haut, etc. Au demeurant, cet « ordre de la langue » (Canut, op. cit.) se fait sentir, aujourd’hui encore, dans bon nombre de travaux scientifiques, dans bien des pratiques pédagogiques et même dans des politiques linguistiques que les sociolinguistes africains et africanistes ont accompagnées lorsqu’ils n’en n’ont pas été les auteurs. 

En suscitant une réflexion sur les conditions d’émergence de la sociolinguistique en Afrique et sur les possibilités de renouvellement de ses perspectives théoriques et méthodologiques, les organisateurs de ce colloque veulent rendre hommage au Professeur Papa Alioune NDAO. 

Formé sous l’aile de Jean-Baptiste MARCELLESI à l’École de Rouen, en France, Papa Alioune NDAO est témoin des balbutiements de la sociolinguistique et de son émergence dans les terrains africains francophones. Les travaux qu’il a menés dès le début des années 1980 – sa thèse de troisième cycle sur « Aspects Linguistiques et Sociolinguistiques de la situation sénégalaise : français et langues nationales » est soutenue en 1984 – ont un caractère pionnier.

Après une carrière dans l’enseignement secondaire et universitaire en France – de 1978 à 1988 –, Papa Alioune NDAO est retourné au Sénégal où il a largement contribué au développement de la sociolinguistique à travers sa thèse d’État et l’ensemble de sa recherche. Les chercheurs qu’il a formés ou influencés se retrouvent actuellement dans un grand nombre d’universités sénégalaises, régionales et internationales où des réflexions sont de plus en plus menées afin d’ouvrir de nouvelles perspectives épistémologiques alternatives. 

Axes thématiques

La réflexion générale du colloque vise à replacer la sociolinguistique dans l’historicité de son émergence en Afrique, en accordant un intérêt particulier au regard réflexif et critique sur son épistémologie ainsi que sur ses courants théoriques et méthodologiques et enfin ses interactions avec d’autres domaines de savoir connexes. On pourrait se poser la question de savoir, dans les situations diglossiques comme dans la plupart des pays d’Afrique francophone, si les schémas établis correspondent à la réalité sociolinguistique. 

Les communications attendues interrogeront la dimension technique (aménagement/planification) mais aussi politique et idéologique des politiques linguistiques qu’elles aient été héritées de l’histoire coloniale ou qu’elles aient pu relever des États postcoloniaux. Cette question des représentations et des politiques linguistiques pourra ainsi susciter le débat sur la gestion du bi-plurilinguisme dans le domaine de l’enseignementapprentissage.

Et plus amplement, le colloque discutera, dans le contexte politique et géopolitique actuel, d’une réaffirmation africaine et panafricaine au sein de la jeunesse, des rapports entre les langues africaines et les langues qui coexistent avec celles-ci sous la forme d’une « superposition » (Bal, 1991) (français, anglais, portugais, espagnol et même l’arabe).  

Dans cette perspective, l’évolution des différentes pratiques de la communication sociale à travers la télévision, la radio, les réseaux sociaux, etc. ne manquera d’être questionnée. L’étude du parler des jeunes est une thématique qui a été investie mais qui reste largement inépuisée du fait de son caractère mouvant et dynamique. Elle fera par conséquent l’objet de débats durant le colloque. La communication numérique est devenue une pratique familière à de nombreux locuteurs africains. Le colloque prendra également en compte les évolutions langagières qui se donnent à lire et à entendre dans les nouveaux espaces de parole du numérique.

On pourra se demander également où en sont la linguistique et la sociolinguistique des langues africaines. Quelles sont les forces et les faiblesses des recherches dans ce domaine ? Dans beaucoup d’universités africaines, la description est restreinte à quelques langues dites nationales et ces dernières, dans les expérimentations, ne sont envisagées que dans la perspective d’amélioration des performances en langue française. Les académies de langues africaines ont connu des fortunes diverses et il serait intéressant d’en faire le bilan. Qu’est-ce qui explique la stagnation dans les processus de grammatisation de certaines langues africaines ? Où en est-on concernant leur introduction dans le système scolaire formel ? Les bilans, comme il apparaît dans notre formulation, semblent très diversifiés. L’argument du manque de volonté politique est souvent posé comme le facteur déterminant dans les blocages observés. Y a-t-il d’autres formes de résistances qui empêchent le passage de l’expérimentation à la généralisation des politiques linguistiques initiées dans un grand nombre de pays en Afrique ? Peut-on identifier de nouvelles dynamiques ? Il serait particulièrement souhaitable, pour une visibilité plus complète, de comparer les situations décrites ici avec celles des pays communément appelés francophones, anglophones, arabophones et lusophones. La problématique de la création littéraire dans un contexte plurilingue, celle de l’hybridité et de l’hétérolinguisme, ou encore celle de la traduction dans la création des œuvres bilingues, entre autres, ponctueront les réflexions du colloque sur l’écriture et la littérature. Il conviendra, par exemple, de s’interroger sur le rapport qui existe entre écriture et plurilinguisme, notamment dans l’écriture francophone où l’entrecroisement des langues nourrit l’expression écrite. La sociolinguistique du texte (littérature, discours écrit, presse, lettres publiques ou privées…) est applicable à tout texte mais elle s’impose d’elle-même à l’analyse des écrits francophones africains où il y a un effet de loupe quant à la pluralité du sujet qui écrit dans « sa langue de l’autre ». Il s’agira également de mener des réflexions croisées sur cet enjeu sociolinguistique que se trouve être la migration dans le double contexte d’une urbanisation croissante en Afrique ainsi que d’une densification et d’une diversification des circulations migratoires. En rapport avec les gender et les decolonial studies, le colloque explorera la manière dont s’installe en

Afrique la pratique de l’écriture inclusive, celle de la féminisation des noms de métiers et il interrogera également l’opérationnalité de l’approche intersectionnelle dans le domaine sociolinguistique. Enfin, la matérialité, en partie, réflexive du colloque exige des réflexions sur les méthodologies de la recherche et les pratiques de terrain. 

Les questions mentionnées supra pourront être envisagées selon les axes suivants :

Axe 1 : Historicité et épistémologie de la sociolinguistique africaine ; 

Axe 2 : Analyse des nouvelles formes de communication médiatiques ; 

Axe 3 : Linguistique, Sociolinguistique et Didactique des langues : descriptions, analyses et réflexions sur les situations ;

Axe 4 : Écriture et esthétique de la création littéraire dans un contexte plurilingue. 

Les interventions qui partiront des axes précités pourront ainsi se focaliser sur différents angles épistémologiques et théoriques de la sociolinguistique africaine comme elles pourront juste être axées sur la présentation de résultats d’études sociolinguistiques ponctuelles. Dans tous les cas, elles pourront suivre des démarches méthodologiques variées et elles pourront s’appuyer sur tout type de corpus et présenter une perspective tant « unilingue » que contrastive. 

Modalités de soumission

Les propositions de communication (résumé de 300 mots maximum, hors bibliographie et courte notice biographique) devront être rédigées en anglais ou en français. Les propositions comporteront un titre, un argumentaire et cinq mots-clés. Elles devront spécifier l’objet de la communication, l’approche théorique et la démarche méthodologique, et enfin, les résultats. 

Envoyez le texte sous format Word, dans courrier électronique à l’adresse colloquendao2023@gmail.com avec pour Objet : « Colloque NDAO 2023 – Proposition de communication ».

Le colloque attend des propositions inédites.

Calendrier

  • 21 février 2023 : lancement de l’appel à communication. 
  • 31 mai 2023 : date butoir pour l’envoi des propositions de communication.

  • 15 juillet 2023 : envoi des notifications d’acceptation.
  • 15 août 2023 : diffusion du programme provisoire du colloque
  • 6-7-8 décembre 2023 : tenue du colloque.
  • 15 février 2024 : réception des articles pour la publication des actes.

Lieux du colloque

Université Cheikh Anta Diop et Musée des Civilisations Noires (MCN)

Format

Présentiel pour les keynotes et les présentations mais l’ensemble sera diffusé en visioconférence.

Les keynotes dureront 40mn et seront suivis de 20 mn d’échanges. 

Les autres communications (présentation des résultats d’une recherche, réflexion épistémologique…) dureront 20mn et seront suivies de 15 mn d’échanges.

Perspectives

À la suite du colloque, il est prévu de publier un ouvrage collectif : Mélanges offerts à Papa

Alioune NDAO, Professeur titulaire à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar.

Comité d’organisation

  • COLY Augustin (UCAD) 
  • COULIBALY Moussa (UASZ)
  • DIAGNE Anna Marie (IFAN-UCAD)
  • DIAO Ousmane (UCAD)
  • DIATTA Jean S. (UCAD)   
  • DIÈNE Moussa (UCAD) 
  • DIOUF Ngari (UCAD)  
  • DRAMÉ Mamadou (UCAD) 
  • FAYE Babacar (UCAD) 
  • KÉBÉ Abou Bakry (UGB)
  • LY Mouhamed Abdallah (IFAN-UCAD) 
  • NDOUR Babacar Mbagnick (UGB)
  • SALL Abdou (UCAD)  
  • SOW Ndiémé (UASZ)
  • SOW Papa A. (Université de Thiès)

Comité scientifique 

  • AMEDEGNATO Ozouf Sénamin, Université de Calgary (Canada)
  • ARDELEANU Sanda-Maria, Université Stefan Cel Mare (Roumanie) 
  • AUZANEAU Michelle, Université Paris 5 (France)  
  • CANUT Cécile, Université Paris-cité (France)
  • CISSE Mame Thierno, Université Cheikh Anta Diop (Sénégal)
  • DAFF Moussa, Université Cheikh Anta Diop (Sénégal)
  • DIAGNE Mbacké Université Cheikh Anta Diop (Sénégal)  
  • DRAMÉ Mamadou, Université Cheikh Anta Diop (Sénégal)
  • FALL Moussa, Université Cheikh Anta Diop (Sénégal) 
  • FUH Divine, University of Cape Town (Afrique du Sud)
  • GAUDIN François, Université de Rouen Normandie (France)
  • JUILLARD Caroline, Université Paris 5 (France)   
  • KANDJI Alioune Badara, Université Cheikh Anta Diop (Sénégal)  
  • KOUADIO N’Guessan Jérémie, Université Félix Houphouët-Boigny, Côte d’Ivoire)
  • LAROUSSI Foued, Université de Rouen Normandie (France)
  • LECONTE Fabienne, Université de Rouen Normandie (France) 
  • LY Mouhamed Abdallah, IFAN-Université Cheikh Anta Diop, (Sénégal)
  • MEEUWIS Michael, Université de Gand (Belgique)
  • MORTAMET Clara, Université de Saint-Étienne (France) 
  • NAPON Abou Université Joseph KI-ZERBO, Ouagadougou (Burkina Faso)
  • NDIAYE Modou Université Cheikh Anta Diop, (Sénégal) 
  • PITROIPA Bangé-Yamba, Université Norbert Zongo (Burkina Faso)
  • SANOGO Mamadou Lamine, CNRST, Ouagadougou (Burkina Faso)
  • SOW Ndiémé, Université Assane Seck de Ziguinchor (Sénégal) 
  • SY Kalidou Seydou, Université Gaston Berger (Sénégal) 
  • WANE Ibrahima, Université Cheikh Anta Diop (Sénégal)
  • YAMÉOGO Kandayinga Landry Guy Gabriel, Université Norbert Zongo (Burkina Faso) 

Frais d’inscription

Les frais d’inscription de 50.000 CFA (76 euros) pour les enseignants-chercheurs et chercheurs comprennent le diner de clôture et les frais de restauration. Les frais d’hébergement et de transport restent à la charge des participants. 

Places

  • FLSH - Université Cheikh Anta Diop de Dakar
    Dakar, Republic of Senegal

Event attendance modalities

Hybrid event (on site and online)


Date(s)

  • Wednesday, May 31, 2023

Attached files

Keywords

  • sociolinguistique, Afrique, description, épistémologie, historicité, didactique, plurilinguisme

Contact(s)

  • Babacar Faye
    courriel : bsfaye [at] yahoo [dot] fr

Information source

  • Babacar Faye
    courriel : bsfaye [at] yahoo [dot] fr

License

CC0-1.0 This announcement is licensed under the terms of Creative Commons CC0 1.0 Universal.

To cite this announcement

« La sociolinguistique en Afrique. Pistes pour des perspectives alternatives », Call for papers, Calenda, Published on Wednesday, March 01, 2023, https://doi.org/10.58079/1anu

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