HomeVilles, communs et transitions : perspectives altermétropolitaines

HomeVilles, communs et transitions : perspectives altermétropolitaines

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Published on Monday, March 06, 2023

Abstract

À une époque où les crises sanitaires, climatiques, géopolitiques, économiques et identitaires remettent en question des modèles de développement économique et urbain qui paraissaient inamovibles, l’altermétropolisation est définie comme « l’ensemble des actions et des territoires produisant de l’innovation sociale et constituant de facto une autre manière de produire et de fabriquer la ville ». Les aménagements de celle-ci étaient en effet, depuis une cinquantaine d’années, mus par des injonctions à la compétitivité, à l’attractivité, à l’innovation technologique, et portés par des logiques territoriales néolibérales et entrepreneuriales, que différents collectifs ou individus tentent d’hybrider ou de dépasser en leur proposant des alternatives sociales, urbaines, écologiques ou architecturales.

Announcement

Présentation

À une époque où les crises sanitaires, climatiques, géopolitiques, économiques et identitaires remettent en question des modèles de développement économique et urbain qui paraissaient inamovibles, l’altermétropolisation est définie comme « l’ensemble des actions et des territoires produisant de l’innovation sociale et constituant de facto une autre manière de produire et de fabriquer la ville ». Les aménagements de celle-ci étaient en effet, depuis une cinquantaine d’années, mus par des injonctions à la compétitivité, à l’attractivité, à l’innovation technologique, et portés par des logiques territoriales néolibérales et entrepreneuriales, que différents collectifs ou individus tentent d’hybrider ou de dépasser en leur proposant des alternatives sociales, urbaines, écologiques ou architecturales.

La journée d’études « Villes, communs et transition : perspectives altermétropolitaines » de l’AGF interrogera principalement deux processus constitutifs de ces mutations urbaines que l’on observe au Nord comme au Sud, dans des villes de toutes tailles : l’affirmation des communs urbains fondés sur la production d’innovations sociales et l’engagement de nombreuses villes dans des logiques et des trajectoires socio-spatiales dîtes de transitions urbaines mobilisant ces mêmes innovations sociales.Dans les réflexions qui animeront cette journée, nous envisagerons les communs urbains comme des biens/espaces/ressources urbains appartenant à tout le monde, par opposition à des biens/espaces/ressources privés dont l’utilisation urbaine est l’exclusive de son ou de ses propriétaires, et à la différence des biens/espaces/ressources urbains restant du ressort de l’État. Ces biens/espaces/ressources urbains sont d’une très grande diversité (allant du jardin partagé au squat autogéré en passant par certains types de tiers-lieux comme les Fab Labs…), mais leur point commun est leur dimension expérientielle, issue de la volonté d’un petit groupe d’innover socialement, d’agir ensemble, différemment, en rupture avec l’économie de marché et/ou les autorités politiques en place. Le spectre des possibilités et d’instauration de communs urbains, des échelles pratiquées par leurs initiateurs (quartiers, rues, immeubles, pièces…), la porosité de ces lieux aux frontières mouvantes, aux localisations souvent ponctuelles, aux durées de vie parfois limitées, aux membres et acteurs fluctuants, illustre la complexité des lieux altermétropolitains autant que leur diversité. Envisagés ainsi, les communs urbains s’imposent comme une autre manière de produire de la ville, une possibilité alternative d’aménager le territoire en l’hybridant de perspectives collaboratives, inclusives et non-marchandes.

À une autre échelle, plus large, celle de la cité et/ou de la métropole, et face à l’urgence du réchauffement climatique, de très nombreuses villes ont entamé de profondes transformations dans leurs politiques énergétiques et environnementales, mais également en matière sociale et citoyenne. Ce sont ces mutations à l’œuvre que nous appellerons transitions urbaines dans cette journée d’études en conservant le pluriel du terme pour illustrer la diversité des déclinaisons de ces politiques, plus ou moins disruptives, appliquées à la ville. Les transitions ici étudiées nous permettront de mesurer le degré de transversalité des programmes urbains engagés par les collectivités, dans une démarche de durabilité, mais également par de nombreux collectifs citoyens désireux d’initier et d’expérimenter de nouveaux modes de régulation territoriale, plus collaboratifs, plus inclusifs, plus respectueux de l’environnement. Pouvant être assimilésà une forme originale d’avant-garde territoriale, ces collectifs citoyens se réapproprient la res publica (la chose publique) en fondant souvent leur démarche sur la production d’innovations sociales et l’expérimentation de pratiques urbaines alternatives. Nouveaux droits à la ville, démocratie directe, sobriété, municipalisme, communalisme, freetown, responsive cities, villes sanctuaires sont des déclinaisons de ces transitions urbaines.

En partant de l’analyse de ces différentes expériences, la journée d’étude « Villes, communs et transitions : perspectives altermétropolitaines » s’intéressera donc aux transformations sociétales, urbaines et environnementales, des villes du Nord comme celles des Sud, inhérentes aux différentes crises à l’œuvre depuis un demi-siècle. Elle questionnera l’avènement d’un nouveau régime métropolitain incrémenté dans les précédents où les modes de régulations hybrides, citoyens et collaboratifs sont de plus en plus prégnants, tout en conservant un positionnement critique sur les impacts de ces nouveaux modes de régulation.

Association de Géographes Français (AGF)

Coordinateur

Alexandre GRONDEAU (alexandre.grondeau@univ-amu.fr) Maître de Conférences-HDR, Aix-Marseille UniversitéLaboratoire TELEMMe, UMR 7303 Chargé de mission Maison Méditerranéenne des Science de l’Homme (MMSH)

Programme

Samedi 18 mars 2023

9h45 – 12h30 / 14h – 17h

Modalités : Intervention 20 mn et 10 mn d’échanges

Présidence de séance : Edith FAGNONI, Professeure, Sorbonne Université, Présidente de l’Association de Géographes Français (AGF)

9h30 - Accueil

  • 9h45 - Alexandre GRONDEAU, Maître de Conférences-HDR Aix-Marseille Université, Laboratoire TELEMMe, UMR 7303, Chargé de mission Maison Méditerranéenne, des Science de l’Homme (MMSH) Introduction : Altermétropolisation, les nouvelles productions de l’espace
  • 10h00 - Maxime SCHIRRER, Maître de Conférences, CNAM Paris, LIRSA, Économie circulaire, mines urbaines et altermétropolisation : expérience française

Résumé - Les mines urbaines désignent l’ensemble des e-déchets qui ne sont pas utilisées dans le cadre d’une filière de réemploi ou d’une filière de recyclage. Au lendemain de la pandémie mondiale du Covid 19, des ruptures de chaine logistique ou d’approvisionnement de matières premières, ont impacté le modèle de croissance basé sur l’économie numérique. Ainsi, les mines urbaines sont au cœur de stratégies industrielles et leurs reconnaissances en tant qu’enjeu de souveraineté nationale pose la question de savoir si les mines urbaines peuvent être qualifiées de bien commun.

  • 10h30 - Gwenaelle DOURTHE et Alexandre GRONDEAU, Aix-Marseille Université-CNRS, laboratoire TELEMMe, Ubérisation et altermétropolisation : géographie comparée des villes de Lisbonne, Barcelone et Marseille

Résumé - L'ubérisation désigne un phénomène économique majeur depuis une quinzaine d’années consistant en l'essor de plateformes numériques (Uber, Airbnb, Deliveroo…) permettant des nouvelles formes de mise en relation entre offreurs et demandeurs de services. L'altermétropolisation désigne l'ensemble des initiatives visant à promouvoir une alternative durable, sociale et équitable aux modèles de développement urbain actuels. C’est un ensemble de réponses aux défis posés par la métropolisation, le capitalisme urbain mais également l’ubérisation des fonctions urbaines et métropolitaines (logement, restauration, transport…). Nous verrons ici, dans les villes de Marseille, Lisbonne et Barcelone, les différentes interactions, interpénétrations et oppositions de ces deux processus d’urbanisation.

  • 11h00 - François BOST et Ophélie PETIOT, Professeur à l’université de Reims Champagne-Ardenne (URCA), porteur du projet ANR « Innovation, réindustrialisation des territoires et transformation du travail » (IRETRA) ; Doctorante en géographie dans le cadre du projet IRETRA, Réindustrialisation et Transition : les enjeux d’un débat altermétropolitain

Résumé - Clairement perceptible depuis la fin des années 2010, la réindustrialisation de la France et de ses territoires s’appuie sur des changements de paradigmes profonds qui, après des années de greenwashing font enfin la part belle à l’intégration des transitions, tant climatiques, environnementales, énergétiques que géopolitiques. Élevée au rang de priorité absolue par l’État pour répondre aux défis majeurs de la lutte contre le réchauffement climatique et de la dépendance énergétique extérieure, en combinant décarbonation des process, économie circulaire, innovations tous azimuts et recherche de la souveraineté économique, la réindustrialisation rencontre cependant des problèmes d‘acceptation nouveaux dans les territoires tant urbains que ruraux. Il faut y voir en grande partie la conséquence de plusieurs décennies de désindustrialisation qui ont profondément altéré l’imaginaire industriel et ses représentations. Pour réussir, la réindustrialisation n’a d’autre solution que de se rendre désirable. Cet objectif ne pourra être atteint que par l’établissement d’un dialogue étroit avec les différents acteurs de la société civile. L’intervention s’appuiera notamment sur le cas d’école du secteur agroalimentaire (1er secteur industriel en termes d’emplois), qui est sans doute le plus avancé sur le front des transitions.

  • 11h30 - Amel BOUTERRAA, Université́ Paris Est Sup – LIRTES, Les jardins partagés parisiens : une illustration des « communs urbains »

Résumé - Observer un jardin partagé, c’est observer un groupe d’habitants qui se réunissent autour d’une ressource naturelle. À partir d’un travail de recherche présentant ces jardins comme des lieux de vies collectives, d’expériences et d’apprentissages, il s’agira d’élargir le questionnement sur ces « communs » et de les envisager comme des terrains d’innovation sociale où la réappropriation de l’espace se manifeste dans la vie des collectifs et autour du travail de la terre.

  • 12h00 - Sylvie DAVIET et Sascha PELLOUX, Professeure à l’Université́ d’Aix-Marseille Aix-Marseille Université-CNRS, laboratoire TELEMMe, Neutralité carbone en 2030, l’alter-métropolisation suffira-t-elle ? Réflexions à partir du cas de Marseille et de l’agglomération AMPM

Résumé - La transition bas carbone des villes et territoires fait l’objet de nombreux scénarii. Les uns privilégient les innovations technologiques pour la production et la consommation d’énergie verte : la décarbonation de l’économie, notamment par l’électrification, éventuellement le stockage géologique de CO2, la production d’énergies renouvelables…. Ce scénario renvoie au courant de la modernisation écologique. D’autres scénarii privilégient les changements de comportement, l’innovation sociale, les communs urbains comme une autre manière de produire la ville et notamment la ville bas-carbone dont l’horizon s’impose pour lutter contre le changement climatique. Ces scénarii sont-ils réellement antinomiques ? Nous faisons l’hypothèse que la réalité témoigne au contraire d’une certaine hybridation des modèles. Le cas des dynamiques à l’œuvre au sein de l’agglomération d’Aix-Marseille nous met sur la piste de ces hybridations croisées. Ainsi, à Fos et sur les rives de l’étang de Berre, l’État soutient les grands projets industriels de décarbonation via les dispositifs de France 2030, mais face au rejet de certaines opérations, il prend aussi l’initiative d’un Lab territorial pour initier un débat citoyen avec les populations. De son côté, la municipalité de Marseille, issue d’une alliance entre la gauche et les écologistes, a été lauréate duprogramme européen des « Cent villes neutres en carbone d’ici 2030 ». Tout en misant sur un imposantprogramme d’inclusion et d’innovation sociale, elle n’a pas négligé d’impliquer des entreprises pharesde la cité phocéenne et de mettre en avant l’innovation technologique pour la production d’énergiesnouvelles. Le territoire nous donne-t-il des leçons de pragmatisme face aux scénarii antinomiques de latransition énergétique ? C’est ce que nous tenterons de décrypter à travers cette étude de cas.

12h30 - Pause déjeuner

14h - Reprise des conférences

Présidence de séance : Frédéric LERICHE, Professeur, Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines

  • 14h00 - Sophie BOUTILLIER et Aina NDRIANJARA-ANDRIAMANANTENA, Isi.Labrii - Université du Littoral Côte d’Opale, Industrialisation, désindustrialisation, réindustrialisation : la dynamique d’une ville moyenne industrielle. Le cas de Dunkerque (Hauts de France)

Résumé - L’objectif de cette communication est de présenter les grandes phases d’évolution d’une agglomération industrialo-portuaire qui très tôt a eu une orientation industrielle (lourde) en raison principalement de sa position géographique. Depuis la croissance d’après-guerre, nous avons pu identifier trois phases caractérisant la trajectoire de ce territoire (Industrialisation – Désindustrialistion – Réindustrialisation), qui ont principalement étaient impulsées par des événements exogènes au territoire.

  • 14h30 - Laurence LANGER, Sylvère ANGOT et Louis OLLAGNON, Carto-Débat – Mission développement local social ville de Lyon, Retour d’expérience sur l’animation du partenariat entre la ville de Lyon et des acteurs associatifs d’éducation populaire : Maisons des Jeunes et de la Culture, Centres sociaux, Maisons de l’enfance

Résumé - Depuis plus de vingt ans, la ville de Lyon et les associations d’éducation populaires : MJC, Maisons de l’enfance et Centre Sociaux entretiennent une relation partenariale autour de la mise en œuvre des politiques relatives au développement équilibré et à la cohésion sociale des territoires de la ville. Suite à l’arrivée d’une nouvelle majorité conduite par les écologistes à la Ville de Lyon en 2020, le « partenariat éduc-pop », considéré comme un « bien commun urbain », fait l’objet de débats publics.

  • 15h00 - Léna APARIS-JUTARD, Aix-Marseille Université-CNRS, laboratoire TELEMMe, La place de la création dans l’espace public : laboratoire artistique de pratiques altermétropolitaines

Résumé - Par la création artistique hors des lieux dédiés, les arts de la rue revendiquent un renouvellement de la perception et des usages de la ville. Ces contre-propositions culturelles et territoriales sont productrices d’innovation sociale, puisqu’elles transgressent l’ordre établi en impulsant la mise en commun d’espaces urbains par les artistes et le public, dans un cadre majoritairement non marchand. En ce sens, les arts de la rue peuvent être envisagés comme laboratoire de l’altermétropolisation par l’expérimentation, dont l’institutionnalisation progressive mérite toutefois d’être questionnée.

  • 15h30 - Élodie TEXIER, Université́de Poitiers, laboratoire RURALITES, Le centre-ville des petites villes : un modèle urbain néolibéral inadapté et remis en question par les usagers ?

Résumé - Bien que nombreuses sur le territoire français, les villes petites sont restées à la marge des politiques publiques et de la recherche en sciences sociales. Cependant, les crises récentes successives ont ravivé l’intérêt pour ces petites centralités et pour leur revitalisation. Dès lors, nos études proposent d’interroger, à partir de l’expérience usagers, le mythe du modèle urbain néolibéral encore dominant dans le processus de restauration des centres-villes des petites villes.

  • 16h00 - Guy BURGEL, Université Paris 10 Nanterre, Laboratoire Géographie Urbaine, Crises urbaines et altermétropolisation

Résumé - La période contemporaine apparaît caractérisée par une triple crise de défiance, devant l’idée d’un progrès continu, devant l’action publique pour corriger les inégalités, devant la ville, notamment la grande ville. Il en résulte une double évolution : la résurgence du modèle de la ville petite ou moyenne, une hypertrophie du recours à l’horizontalité politique. Ces analyses débouchent sur deux interrogations : la condamnation du « néolibéralisme » n’est-elle pas réductrice ? Des « communs » citoyens sont-ils à la hauteur des enjeux ?

  • 16h30 - Alexandre GRONDEAU, Éléments de conclusion et horizons altermétropolitains

17h00 - Fin des travaux

Informations pratiques

Participation gratuite, dans la limite des places disponibles

Inscription obligatoire : assogeo@wanadoo.fr

Places

  • Petit Amphi - Institut de Géographie de Paris 1-La Sorbonne - 191 Rue Saint-Jacques
    Paris, France (75005)

Event attendance modalities

Full on-site event


Date(s)

  • Saturday, March 18, 2023

Keywords

  • métropolisation, altermétropolisation, aménagement, urbanisme

Contact(s)

  • Estelle Bernard
    courriel : estelle [dot] bernard [at] univ-amu [dot] fr

Reference Urls

Information source

  • Estelle Bernard
    courriel : estelle [dot] bernard [at] univ-amu [dot] fr

License

CC0-1.0 This announcement is licensed under the terms of Creative Commons CC0 1.0 Universal.

To cite this announcement

« Villes, communs et transitions : perspectives altermétropolitaines », Study days, Calenda, Published on Monday, March 06, 2023, https://doi.org/10.58079/1ap2

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