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Quantifying the Holocaust
Quantifier la Shoah
Classifying, Counting, Modeling: What Contribution to Holocaust History?
Classer, compter, modéliser : quelle contribution à l’histoire de la Shoah ?
Published on Wednesday, March 22, 2023
Abstract
Ce colloque vise à réunir des chercheurs internationaux à Paris pendant deux jours (15-16 mai 2024), autour de trois thématiques principales articulant interrogation sur l’histoire de la mesure de la Shoah et mesure des persécutions et de l’extermination : 1/ l’histoire des nombres permettant d’entrer dans la fabrique pratique des statistiques et des comptages qui contribuent à l’appréhension ordinaire et scientifique de la Shoah ; 2/ les usages et les controverses autour de la mesure de la Shoah ; et 3/ les apports et les limites des méthodes de collecte et d’analyse de matériaux quantitatifs pour comprendre la Shoah.
This conference aims to bring together international researchers in Paris for two days (May 15th-16th, 2024). The conference will be organized around three main themes that will examine the history of how the Holocaust, persecution, and extermination have been measured: 1/ the history of numbers, which will question the practical production of statistics and counts contributing to the ordinary and scientific understanding of the Holocaust; 2/ the uses and controversies surrounding the measurement of the Holocaust; and 3/ the contributions and limits of methods for collecting and analyzing quantitative material for understanding the Holocaust.
Announcement
Argumentaire
La production de chiffres est au cœur des projets de persécution et de la « solution finale ». Les recensements et les comptages liés à l’identification des Juifs font partie des mesures antisémites mises en œuvre dans toute l’Europe. La conception de la « solution finale », ainsi que sa mise en œuvre effective, s’appuient sur des chiffres. Que ce soit dans les procès-verbaux de la conférence de Wannsee, dans l’organisation des convois de déportation depuis l’Europe de l’Ouest ou dans les travaux des statisticiens SS – comme le montre le rapport Korherr du début de l'année 1943, qui estime l’évolution de la population juive depuis 1937, ainsi que les premiers effets de la politique de déportation et d’extermination –, les comptes constituent l’un des principaux sujets de discussion dans l’organisation de la persécution. Les débats historiographiques s’arc-boutent souvent sur des histoires de nombres, les estimations du nombre de Juifs représentant un enjeu politique majeur. L’assassinat lui-même s’accompagne de comptages, qu’il s’agisse des fusillades sur le front de l’Est (rapports des Einsatzgruppen, rapport Jäger, etc.), des centres de mise à mort (télégramme Höfle) ou d’autres opérations (rapport Stroop). D’autres nombres sont régulièrement utilisés dans la presse européenne, les journaux allemands ou pro-allemands publiant des listes de nombres lors des grandes phases de déportation (France à l’été 1942, Aktion Eichmann en Hongrie en 1944). Les nombres produits pendant la Shoah – arguments pour légitimer et justifier les politiques de persécution et finalement d’extermination – ont été brandis, retravaillés, parfois sur-évalués pour les uns, minimisés pour les autres, fantasmés pour beaucoup. Après le génocide, ces comptages ont fait l’objet de diverses utilisations, réévaluations et reconstructions – judiciaires, mémorielles, académiques – visant notamment à établir le nombre total de victimes.
Que représentent ces nombres et quels en sont les usages potentiellement ? Parce que donner un nombre c’est produire une définition qui circonscrit la chose comptée, l’étude historique des comptages soulève des questions de délimitation : qui compte-t-on, et comment ? Le processus d’agrégation des individus comptés comme exterminés soulève ainsi des questions. Que signifie compter ensemble les morts des ghettos, des fosses communes et des chambres à gaz ? Celles et ceux qui se suicident avant d’être capturés ou embarqués dans un train sont-ils et elles comptés comme des victimes ? Cela soulève également des questions de périodisation : quand le crime commence-t-il ? Par exemple, une victime des pogroms de novembre 1938 en Allemagne est-elle une victime de la Shoah ? L’identification des victimes une à une dans une démarche mémorielle, point de départ de certaines recherches historiques, est-elle pour autant toujours utile à l’historien·ne qui cherche à établir des régularités, des tendances, une vision d’ensemble du phénomène ? On dispose non de certitudes absolues – on n’aura jamais un décompte entièrement exact, car le processus même de destruction implique la dissimulation et la destruction d’indices, mais d’ordres de grandeur valables, de preuves construites.
Les comptages suscitent aussi des critiques, qu’il s »agit d’inclure dans les réflexions de ce colloque. Certains leur reprochent de reprendre scientifiquement la logique d’identification dont la population juive a été victime (on parle souvent de variable « discriminante » en statistique), ou de conforter la logique identificatrice des « persécuteurs » en regroupant un ensemble varié d’individus selon une dénomination unique (la « population juive »), contribuant ainsi à lui conférer une existence censément homogène. Ces débats sur les comptages ne sont pas spécifiques aux statistiques sur la Shoah, mais interrogent tous les processus de catégorisation et d’agrégation des individus. Ils témoignent en l’espèce du caractère complexe de ce champ historiographique, à la fois en pleine expansion et très fragmenté, chaque segment est mû par de vives controverses, aux enjeux pourtant universels mais qui se déclinent sur des thèmes ultra-spécialisés – à tel point qu’il semble parfois difficile de maîtriser la bibliographie sur chacune des questions devant le foisonnement d’études localisées. Loin d’homogénéiser les populations persécutées, la classification et le comptage peuvent au contraire jeter des ponts entre différents domaines : de l’étude de la déstructuration des communautés juives à celle des politiques exterminatrices, en passant par l’analyse de l’exposition différenciée aux persécutions ou encre des incidences de long terme de la persécution sur les biographies des survivants. Comment comprendre ces chiffres ? Que pouvons-nous dire à leur sujet ? Comment les utiliser ?
Il s’agit ainsi d’examiner la fabrique des nombres pendant l’Holocauste, leur utilisation pendant les événements et leurs circulations historiques. Mais interroger la quantification de la Shoah nécessite aussi de réfléchir aux apports et aux limites des pratiques de quantificationet des réflexions sur la mesure des phénomènes historiques sur le terrain particulier de l’Holocauste.
L’élaboration et la discussion des techniques d’enquête et d’analyse quantitatives percutent et renouvellent de nombreux champs de la recherche historique. Comment cela affecte-t-il les études sur la Shoah ? Ce colloque sera l’occasion de réfléchir aux potentialités et aux difficultés liées aux différents types de quantification dans ce domaine spécifique. Quantifier suppose de construire de données : comment s’opère la transformation des sources sur la Shoah en bases de données ? Que produisent ces transformations sur la compréhension de l’extermination ? Quelles sont les sources mobilisées par les chercheurs pour répondre quantitativement à quelles questions ? Au-delà des seules questions relatives aux données, le colloque ambitionne aussi d’examiner les techniques d’analyse mises en œuvre, leurs apports à la connaissance historique, ainsi que leurs limites. On s’intéressera donc non seulement aux approches quantitatives, mais aussi aux approches dites « mixtes » confrontant méthodes qualitatives et quantitatives.
C’est autour de ces différentes questions que ce colloque vise à réunir des chercheurs internationaux à Paris pendant deux jours. Le colloque sera organisé autour de trois thématiques principales articulant interrogation sur l’histoire de la mesure de la Shoah et mesure des persécutions et de l’extermination : 1/ l’histoire des nombres permettant d’entrer dans la fabrique pratique des statistiques et des comptages qui contribuent à l’appréhension ordinaire et scientifique de la Shoah ; 2/ les usages et les controverses autour de la mesure de la Shoah ; et 3/ les apports et les limites des méthodes de collecte et d’analyse de matériaux quantitatifs pour comprendre la Shoah.
1. Compter au cœur de l’extermination
Les dénombrements sont au cœur de la solution finale, à la fois comme un moyen – le comptage du nombre d’arrestations déterminait, par exemple, le nombre de trains nécessaires – et comme une fin – la quantification faisait partie du processus de mise à mort en soi. Produits par ceux qui ont conçu et organisé l’extermination – à l’instar des Sonderkommandos, qui tentent de compter le nombre de victimes dans les centres de mise à mort –, ils peuvent aussi provenir des victimes elles-mêmes, ou des témoins directs du processus d’extermination. Compter l’extermination à chaud, récolter et mettre en série des observations quantifiées des populations juives d’Europe n’est pas seulement un instrument des politiques d’extermination : c’est aussi un moyen, pendant la guerre et au cœur de l’événement, de tenter de comprendre et de documenter ce qu’il se passe pour les victimes. En témoignent les chiffres qui circulent à partir d’enquêtes dans les ghettos, comme celui de Varsovie, ou les témoignages de « témoins » (bystanders) (le journal de Sakowicz à propos de Ponary, par exemple), ou d’autres sources qui ont alimenté les articles dans la presse notamment étatsunienne, suisse ou britannique.
Comment ces chiffres ont-ils été produits ? A quoi et à qui ont-ils servi ? Quelle est leur fiabilité, et quels sont leurs pièges éventuels ? Interroger la production de statistiques dans le cadre des politiques de persécution et pendant l’extermination permet non seulement de réinterroger de façon radicale les rapports entre statistiques, domination et contrôle des populations, mais aussi de remettre sur le métier des questions importantes de l’historiographie de la Shoah : qui savait quoi ? À partir de quand l’ampleur de ce qu’il se passe est-elle perceptible et la connaissance du génocide en cours circule-t-elle, et auprès de qui ?
2. Le comptage comme instrument de connaissance de la Shoah
Dès la fin de la guerre, les comptages de victimes ont fait partie des premières tentatives pour rendre compte de la Shoah, notamment dans une perspective judiciaire. Le nombre de « six millions » de victimes s’est rapidement imposé dans les écrits des historien·ne·s après la fin de la guerre. Les efforts de Raul Hilberg pour produire des chiffres précis ont constitué un moment extrêmement important dans la délimitation de ce qu’il a nommé « la destruction des Juifs d’Europe ». L’étude de la genèse de ce chiffre et de ses usages permet de comprendre comment différents comptages ont émergé, aboutissant non pas à un nombre-étendard définitif des victimes, mais à une connaissance située du phénomène : la connaissance chiffrée de la destruction des Juifs d’Europe a sa propre histoire. Retracer la circulation des nombres – d’un moment à l’autre, d’une institution à l’autre et d’une historiographie à l’autre – invite à relire d’un jour nouveau la production de savoirs sur la Shoah depuis 1945 ainsi que les débats en son sein. Quels ont été les moyens utilisés pour compter les victimes dans l’immédiat après-guerre ? Comment divers comptages ont-ils été établis ? Par qui, dans quelles conditions, et à partir de quelles sources ? Cet axe invite à interroger les comptages dans leurs dimensions transnationales et comparatives. La comparaison entre le nombre de déportés juifs en France, en Belgique et aux Pays-Bas peut-elle être historicisée ? Quels sont les moyens d’expliquer les différences de nombres de morts d’un endroit à l’autre ?
3. Décrire et modéliser : apports et limites des analyses quantitatives
Dans la discipline historique, la quantification occupe une place particulière, liée en partie aux procédures de collecte des observations. Le passage de sources archivistiques à la construction de variables ne se fait pas sans difficultés. Celles-ci tiennent d’abord aux procédures de catégorisation, interrogeant l’essence même de la discipline historique : comment traiter chronologiquement la densité et l’épaisseur des phénomènes historiques qui résistent aux méthodes éprouvées sur des corpus de données statiques ? Elles tiennent aussi aux relations délicates entre modélisation et narration, marquées au sein de la discipline historique par une tension entre des historiographies, des temporalités et des mises en récit concurrents. Compter, quantifier, est alors une façon de lire différemment les temporalités de la Shoah, à des échelles variables, et de remettre sur le métier de l’historien·ne· la question des motifs, des rythmes et des conséquences des persécutions et de la politique d’extermination.
Le recours à des modèles économétriques a longtemps été soutenu par l’idée qu’ils fournissent non seulement des clés de compréhension du réel, mais servir aussi de base pour proposer des manières de le prédire, voire de le gouverner et de l’améliorer. Or peut-on raisonnablement réduire les choix effectués dans des circonstances tragiques aux caractéristiques sociales, démographiques ou familiales des individus qui les font ? Les quelques tentatives menées pour déterminer les facteurs des taux différentiels de survie des Juifs pendant la Shoah utilisent pour l’essentiel des techniques qui s’apparentent à ce qu’Andrew Abbott a appelé le « programme standard » de la sociologie américaine, qui modélise la causalité sous la forme de relations entre une variable « explicative » et une variable « expliquée ». Mais dans quelle mesure peut-on rendre compte d’enjeux aussi cruciaux à l’aide de variables comme le nombre d’enfants, l’âge ou le niveau de revenu ? Enfin et surtout, l’idée qu’il serait possible de prédire, voire d’améliorer, le cours des événements résonne d’une tonalité particulièrement problématique sur les terrains génocidaires : implicitement on pourrait en effet laisser croire qu’il aurait été possible d’échapper à la mécanique exterminatrice à condition si l’on avait présenté telle ou telle propriété ou, pire, si l’on avait adopté tel ou tel comportement. Les apports heuristiques des modèles sont néanmoins indéniables, en ce qu’ils objectivent le caractère différencié de la Shoah dans le temps et dans l’espace : face à la radicalisation progressive des persécutions, les compétences et les appuis sociaux permettant de s’échapper, de se cacher ou de survivre méritent d’être compris et finement pesés.
La modélisation n’est, de plus, pas la seule famille de techniques disponibles pour étudier la Shoah de manière quantitative. Les études sur la Shoah ont été touchées, comme d’autres domaines historiques, par le développement de nouvelles techniques d’analyse quantitative. Celles-ci incluent la reconstruction et l’analyse de trajectoires complexes, l’analyse formelle des réseaux, les systèmes d’information géographique et l’analyse spatiale des phénomènes de persécution, ou encore l’analyse quantifiée des témoignages au moyen de la textométrie classique ou d’outils d’intelligence artificielle (réseaux neuronaux, sémantique computationnelle). Les méthodes mixtes combinant quali- et quanti- ont également le vent en poupe. Ces développements ouvrent de nouveaux fronts de recherche prometteurs qui doivent être soumis à une discussion collective. L’une des questions est de savoir ce que leur utilisation apporte à l’analyse des processus de persécution et d’extermination et si leur utilisation peut être aisément transférée à l’étude de ces phénomènes spécifiques. Existe-t-il une spécificité du champ des recherches sur la Shoah en ce qui concerne les techniques quantitatives et les nouveaux développements techniques ? Comment ces techniques sont-elles appliquées ? Quelles sont leurs limites et leurs contributions à l’étude de la destruction des Juifs d’Europe ?
Modalités de soumission
Nous vous invitons à soumettre des résumés de communications individuelles. Celles-ci seront regroupées par les organisateurs de la conférence dans des panels thématiques appropriés.
Nous accueillons les propositions de communication de chercheur·euse·s titulaires et non titulaires (doctorant·e·s, post-doctorant·e·s, etc.). Celles-ci peuvent être rédigées en français ou en anglais, et doivent comprendre un titre, un résumé (300 mots maximum) présentant les sources, les méthodes et les principales questions, ainsi qu’un curriculum vitae (1 page maximum).
Propositions de communication à envoyer à quantifying.holocaust2024@gmail.com
avant le 15 juin 2023.
Comité d’organisation
- Robert Braun, UC Berkeley
- Tal Bruttmann, UMR Héritages, CY Cergy-Paris Université
- Eva Kovacs, Institut Wiesenthal de Vienne pour les études sur l'Holocauste
- Maël Le Noc, Mémorial de la Shoah, Paris
- Anton Perdoncin, CNRS, Nantes Université, ERC Lubartworld
- Claire Zalc, CNRS, EHESS, ERC Lubartworld
Argument
The production of numbers was central to persecution efforts and the “Final Solution.” Censuses and counts linked to the identification of Jews were among the anti-Semitic measures carried out throughout Europe. The conception of the “Final Solution,” as well as its actual implementation, were based on numbers. Whether in the minutes of the Wannsee Conference, the organization of the deportation convoys from Western Europe, or the work of SS statisticians—as shown by the Korherr Report from early 1943, which estimated changes to the Jewish population since 1937, as well as the initial effects of the deportation and extermination policy—counts were one of the main topics of discussion when organizing persecution. Controversies often revolved around numbers, with estimates of the number of Jews representing a major political issue. Extermination itself was accompanied by counts, whether it was shootings on the Eastern Front (Einsatzgruppen reports, Jäger Report, etc.), killing centers (Höfle Telegram), or other operations (Stroop Report). Other numbers were regularly used in the European press, with German or pro–German newspapers publishing lists of numbers during major deportation phases (France in the summer of 1942, Aktion Eichmann in Hungary in 1944). The numbers produced during the Holocaust—arguments for legitimizing and justifying policies of persecution and ultimately extermination—were brandished, reworked, sometimes overestimated or minimized, and fantasized about by many. After the genocide, these numbers were the subject of various uses, revaluations, and reconstructions—judicial, memorial, academic—aiming in particular to establish the total number of victims.
What do these numbers represent, and what potential conflicting uses do they have? Producing a number entails producing a definition that circumscribes the thing being counted. Historical studies of quantification therefore raise questions of delimitation: who is being counted, and how? The process of aggregating individuals who were counted as being exterminated thus raises questions. What does it mean to jointly count the dead from the ghettos, mass graves, and gas chambers? Are those who commit suicide before being captured or loaded onto a train counted as victims? This also raises questions of periodization: at what point in time does the crime begin? For example, is a victim of the November 1938 pogroms in Germany a victim of the Holocaust? Is the identification of victims individually as part of a memorial process, which is the starting point for some historical research, still useful for the historian seeking to establish regularities, trends, and an overall view of the phenomenon? We do not have absolute certainties—we will never have an entirely accurate count, as the very process of destruction implies the concealment and destruction of clues. But we do have valid orders of magnitude, established proof.
Counts also give rise to criticism, which must be included among the reflections of this conference. Some criticize them for scientifically considering the identificatory logic of which the Jewish population was victim (we often speak of a “discriminating” variable in statistics), or for reinforcing the identificatory logic of the “persecutors” by grouping together a varied group of individuals under a single name (the “Jewish population”), thereby helping to confer a supposedly homogeneous existence upon it. These debates on counting are not specific to statistics on the Holocaust, but rather question all processes for the categorization and aggregation of individuals. In this case, they bear witness to the complex nature of this historiographical field, which is both rapidly expanding and highly fragmented, with each segment marked by lively controversy. While the issues at stake are universal, they are divided into highly specialized themes, such that it is sometimes difficult to master the bibliography on each issue given the proliferation of localized studies. Far from homogenizing the persecuted populations, classifying and counting can, on the contrary, build bridges between various fields—ranging from the dismantling of Jewish communities to extermination policies—via the analysis of differentiated exposure to persecution or the long-term effects of persecution on the biographies of survivors. How can we understand these numbers? What can we say about them? How can they be used? It is consequently a matter of examining the production of numbers during the Holocaust, their use during the events, and their historical circulation.
But questioning the quantification of the Holocaust also requires reflecting on the contributions and limits of quantification practices, as well as the measurement of historical phenomena in the Holocaust. The development and discussion of quantitative techniques of inquiry and analysis has impacted and renewed many fields of historical research. How does this affect Holocaust studies? This international conference will provide an opportunity to reflect on the prospects and challenges relating to different types of quantification in this specific field. Quantifying implies the construction of data: how does the transformation of sources on the Holocaust into databases take place? How do these transformations impact our understanding of the extermination? Which sources are mobilized by researchers to provide quantitative answers to certain questions? Beyond questions relating to data alone, the conference also aims to examine the analytical techniques used, their contribution to historical knowledge, as well as their limits. We will therefore be interested not only in quantitative approaches, but also in so-called “mixed” approaches combining qualitative and quantitative methods.
It is around these various questions that this conference aims to bring together international researchers in Paris for two days. The conference will be organized around three main themes that will examine the history of how the Holocaust, persecution, and extermination have been measured: 1/ the history of numbers, which will question the practical production of statistics and counts contributing to the ordinary and scientific understanding of the Holocaust; 2/ the uses and controversies surrounding the measurement of the Holocaust; and 3/ the contributions and limits of methods for collecting and analyzing quantitative material for understanding the Holocaust.
1. Counting During the Extermination
Counts were at the core of the Final Solution, as both a means—counting the number of arrests determined the number of trains needed, for instance—and an end, for quantification was part of the killing process in itself. Produced by those who designed and organized the extermination—as shown by sonderkommandos who tried to count the number of victims in the killing centers—they can also come from the victims themselves, or from direct witnesses of the extermination process. Counting the extermination in the heat of the moment, as well as collecting and assembling quantified observations of the Jewish populations of Europe, were not solely instruments of extermination policies; they were also a means, during the war and at the heart of the event, of trying to understand and document what was happening for the victims. This is demonstrated by the figures that circulated from surveys in the ghettos, such as that of Warsaw, or the testimonies of “bystanders” (Sakowicz's diary about Ponary, for example), or other sources that fed into articles in the press, particularly in the United States, Switzerland, and the United Kingdom.
How were these figures produced? For what and for whom were they used? How reliable are they, and what are their possible pitfalls? Questioning the production of statistics in the context of persecution policies and extermination operations radically reexamines the relationship between statistics, domination, and population control, as well as revisits important questions in the historiography of the Holocaust: Who knew what? When did the extent of what was happening become perceptible? When did knowledge of the genocide in progress circulate, and to whom?
2. Counting as an Instrument of Knowledge of the Holocaust
In the immediate aftermath of the war, counting victims was one of the first attempts to account for the Holocaust, particularly from a judicial perspective. The number of “six million” victims quickly became established in the writings of historians after the end of the war. Raul Hilberg's efforts to produce precise figures were an extremely important moment in delineating what he called “the destruction of European Jews.” Studying the genesis of this figure and its uses helps us understand how various counts emerged, leading not to a definitive count of victims, but rather to a situated knowledge of the phenomenon: the numerical knowledge of the destruction of European Jews has its own history. Tracing the circulation of numbers—from one moment to another, one institution to another, and one historiography to another—sheds new light on the production of postwar knowledge relating to the Holocaust, and to the debates within it. What means were used to count the victims in the immediate postwar period? How were various counts established? By whom, under what conditions, and from what sources? These questions invite us to examine the counts within their transnational and comparative dimensions. Can the comparison between the number of Jewish deportees in France, Belgium, and the Netherlands be historicized? What means are available to explain the differences in numbers and deaths from one place to another?
3. Describing and Modeling: The Contributions and Limits of Quantitative Analyses
In the historical discipline, quantification occupies a special place, linked in part to procedures for collecting observations. The transition from archival sources to the construction of variables is not without difficulties. These difficulties firstly stem from categorization procedures, questioning the very essence of the historical discipline: how to deal chronologically with the density and thickness of historical phenomena that resist the methods tried and tested on static data corpora. They also stem from the delicate relationship between modeling and narration, marked within the historical discipline by a tension between competing historiographies, temporalities, and modes of narration. Counting and quantifying is therefore a way of reading the temporalities of the Holocaust differently, on varying scales, and of putting the question of the motives, paces, and consequences of persecution and extermination policy back on the historian's agenda.
Longstanding support for using econometric models has been based on the idea that they not only provide keys for understanding reality, but also serve as a basis for proposing ways to predict it, or even to govern and improve it. But can we reasonably reduce the choices made in tragic circumstances to the social, demographic, or family characteristics of the individuals who made them? The few attempts that have been made to determine the factors contributing to varying survival rates for Jews during the Holocaust, essentially use techniques that are similar to what Andrew Abbott has called the “standard program” of American sociology, which models causality in the form of relationships between an “explanatory” variable and an “explained” variable. But to what extent can such crucial issues be accounted for by variables such as the number of children, age, or income level? Finally, and above all, the idea that it is possible to predict or even improve the course of events has a particularly problematic tone in genocidal settings: one could implicitly be led to believe that escaping the extermination mechanism was possible provided one exhibited a particular property, or worse if one adopted a particular behavior. The heuristic contributions of the models are nevertheless undeniable, in that they objectify the differentiated nature of the Holocaust in time and space: in the face of the progressive radicalization of persecution, the skills and social support that made it possible to escape, to hide, or to survive deserve to be understood and finely weighed.
Moreover, modeling is not the only family of techniques available to study the Holocaust quantitatively. Holocaust studies have been impacted, like other historical fields, by the development of new techniques of quantitative analysis. These include the reconstruction and analysis of complex trajectories, formal network analysis, geographic information systems and spatial analysis of persecution phenomena, or the quantified analysis of testimonies by means of classical textometry or artificial intelligence tools (neural networks, computational semantics). Mixed methods that combine quali and quanti are also in full swing. These developments open up promising new research fronts that need to be submitted to collective discussion. One of the questions is to know what their use does to the analysis of persecution and extermination processes, and if their use can be easily transferred to the study of these specific phenomena. Is there a specificity of the Holocaust field with regard to quantitative techniques and new technical developments? How are these techniques applied? What are their limits and contributions to studying the extermination of European Jews?
Submission guidelines
We invite submission of abstracts for individual papers. Individual submissions will be grouped into appropriate thematic panels by the conference organizers.
We welcome researchers at all levels of their PhD or post-doctoral work, as well as faculty members. Submission should include a title, an abstract (300 words maximum) presenting sources, methods and main questions, and a curriculum vitae (1 page maximum).
Send abstracts to quantifying.holocaust2024@gmail.com
before June 15th, 2023.
Organizing committee
- Robert Braun, UC Berkeley
- Tal Bruttmann, UMR Héritages, CY Cergy-Paris Université
- Eva Kovacs, Vienna Wiesenthal Institute for Holocaust Studies
- Maël Le Noc, Shoah Memorial, Paris
- Anton Perdoncin, CNRS, Nantes University, ERC Lubartworld
- Claire Zalc, CNRS, EHESS, ERC Lubartworld
Subjects
- History (Main category)
- Society > Sociology
- Society > Geography > Migration, immigration, minorities
- Society > Geography > Urban geography
- Society > Political studies > Political history
- Society > Geography > Geography: society and territory
- Society > Political studies > Political institutions
- Society > Political studies > Wars, conflicts, violence
Places
- Paris, France (75)
Date(s)
- Thursday, June 15, 2023
Keywords
- shoah, holocauste, histoire quantitative, histoire sociale, histoire de la quantification, sociologie de la quantification, antisémitisme, persécution
Contact(s)
- Anton Perdoncin
courriel : quantifying [dot] holocaust2024 [at] gmail [dot] com
Reference Urls
Information source
- Anton Perdoncin
courriel : quantifying [dot] holocaust2024 [at] gmail [dot] com
License
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To cite this announcement
« Quantifying the Holocaust », Call for papers, Calenda, Published on Wednesday, March 22, 2023, https://doi.org/10.58079/1arv

