Home« Draguer » le musée et ses sources : la « queerness » face aux archives

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« Draguer » le musée et ses sources : la « queerness » face aux archives

Université d’été de la Bibliothèque Kandinsky 2023

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Published on Monday, April 03, 2023

Abstract

Sous son slogan habituel « Les sources au travail ! », la neuvième édition de l’université d’été de la Bibliothèque Kandinsky entend questionner ce que la queerness fait au musée, à la bibliothèque, aux archives, et inversement, ce qu’il advient d’elle dans le contexte institutionnel.

Announcement

Argumentaire

« All museums are sex museums  », avertit Jennifer Tyburczy, en préambule de son ouvrage Sex Museums: The Politics and Performance of Display (2016), laissant en quelque sorte entendre, dans le sillage de Michel Foucault, que le musée constitue une institution disciplinaire de la sexualité à l’instar de l’école, l’asile ou la prison. Quelle que soit la typologie de ses collections, tout musée est un musée de la sexualité, affirme-t-elle. Tout musée participe donc de la production de discours normatifs sur la sexualité, et cela est peut-être encore plus vrai pour les sexualités LGBTQ+.

Depuis le lancement en 2021 du programme de recherche « Musée d’art moderne. Section sexualité(s) », soutenu par l’EUR ArTeC, dont l’intitulé fait écho au mythique « département des aigles » du musée fictionnel de Marcel Broodthaers, la queerness fait justement l’objet d’une attention particulière au Musée national d’art moderne. L’exposition Over the Rainbow (28 juin-13 novembre 2023, Centre Pompidou, galerie 4, sous le commissariat de Nicolas Liucci-Goutnikov) en sera l’une des manifestations. La neuvième édition de l’Université d’été de la Bibliothèque Kandinsky entend questionner ce que la queerness fait au musée, à la bibliothèque, aux archives, et inversement, ce qu’il advient d’elle dans le contexte institutionnel.

Les recherches ont d’abord pris la forme d’une enquête sur le déjà-là, l’existant : que contiennent les collections du Musée, Bibliothèque Kandinsky comprise, relues à nouveaux frais au prisme de la queerness ? Un corpus se dessine : d’un mot-clé, d’un index, d’une description bibliographique, d’un titre, d’une classification, d’une trace, d’un·e artiste à l’autre. Tel autoportrait de Marie Laurencin qui la représente portant la cravate, enlacée par son amante de l’époque ; telle photographie d’archive qui donne à voir Anton Prinner posant dans un café ; tel film expérimental d’Adolfo Arrieta se focalisant sur la bande travestie des Gazolines ; telle revue d’artistes queer qui renferme des objets étranges.

« Draguer » les collections du musée et celles de la bibliothèque — dans les différents sens du terme, rappelés par Élisabeth Lebovici avec José Esteban Muñoz [Élisabeth Lebovici, « Préface » dans José Esteban Muñoz, Cruiser l’utopie : l’après et ailleurs de l’advenir queer, Paris, Éditions Brook, traduit par Alice Wambergue, [2009] 2021]  — revient ainsi à sonder les fonds — là encore, en faisant résonner ce que ces mots charrient d’images : c’est-à-dire en explorant les strates de livres, de revues et d’archives accumulé·es. La lecture de Muñoz nous apprend que ce regard rétrospectif n’en est pas moins une ouverture vers le futur. Si la queerness est toujours à venir, si nous ne sommes pas encore queer parce que cet horizon est toujours indéfiniment différé, notre travail sur les collections a pu nourrir une campagne d’acquisition à la Bibliothèque Kandinsky, pour nous en approcher.

Un fonds d’archives unique en Europe nous renseigne sur l’activité du collectif d’activistes californien·nes anti-sida Boy with Arms Akimbo/Girl with Arms Akimbo ; plusieurs dizaines de photographies donnent à voir la première Marche nationale pour les droits et les libertés des homosexuels et des lesbiennes, à Paris, le 4 avril 1981 ; des catalogues d’expositions récents documentent la pratique d’artistes queer actuel·les, ou plus ancien·nes ; un fanzine met en scène le Mont Rose, lieu de rencontres sexuelles en plein air non loin des Calanques, à Marseille. L’entrée en collection de ces nouveaux documents, parmi beaucoup d’autres, soulève des questions nouvelles, et appelle la recherche.

Axes et enjeux de l’université d’été 2023 :

L’Université d’été reviendra sur la constitution de collections artistiques et documentaires portant sur les représentations des sexualités LGBTQ+, leurs appropriations, usages et mésusages dans des contextes à la fois institutionnels, militants et communautaires. Il s’agira d’interroger la pratique de la recherche : comment pense-t-on ces sources ? comment les décrit-on ? Quelle place offre-t-on à l’archive vivante ? aux historiographies parallèles, aux affects et à la fictionnalisation de l’histoire ?

Enjeux bibliothéconomiques et muséographiques

La relecture des collections et les acquisitions récentes effectuées par la Bibliothèque Kandinsky engage de nouvelles interrogations quant à la conservation et la description de ces sources et documents dans les cadres de classement – catalogues numériques, bases de données – de la bibliothèque, de l’archive qui répondent à des normes réglementées. Il en va de même, plus largement, des collections du musée. Comment des structures autonomes dans la gestion, la préservation et la transmission de ces fonds peuvent être prescriptrices dans la manière de décrire et analyser les sources primaires ? Avec quels outils ? 

Enjeu expographique

La préparation de l’exposition Over the Rainbow soulève au cœur du Musée des questions substantielles concernant la présentation au public d’une histoire de l’art relue au prisme de la queerness. Il s’agira d’explorer des initiatives institutionnelles analogues, d’interroger leurs limites, et de confronter ces pratiques aux méthodes appliquées par les espaces alternatifs, organisations militantes, autogérées et communautaires.

Enjeu éthique

Les enjeux précédemment évoqués suscitent des questions éthiques liées au pouvoir exercé par le musée, l’archive ou la bibliothèque institutionnelles. Aussi, l’étude des sources témoigne-t-elle de pratiques institutionnelles inadéquates ? comment ces sources rendent-elles compte de ces violences ? comment exposer et interpréter les sources sans en extraire la charge politique ni figer leur lecture, marginaliser les auteurs, les mouvements, les artistes, les œuvres et documents ?

Enjeu historiographique

Il s’agira d’explorer la pluralité des modes d’expression et de nouvelles méthodes introduites par les sources des histoires LGBTQ+, de redéfinir les canons historiographiques de la discipline de l’histoire de l’art, à l’aune des nouveaux outils, vivants, fictionnels, influencés par les affects et l’engagement militant de leurs auteur·rices. Cette exploration visera en outre la matérialité des sources envisagées, notamment les imprimés militants, périodiques et ephemera – zines, flyers, pamphlets, affiches, badges – et leur économie. La sélection accordera une attention particulière aux propositions portant sur les productions imprimées et les cultures graphiques. 

Enjeu prospectif

De quelle manière la constitution d’une collection d’archives et de sources graphiques et visuelles liée à l’histoire de la queerness est-elle un objet d’inspiration pour les historien·nes, historien·nes de l’art, conservateur·rices, commissaires d’expositions ou jeunes créateurs·rices et incite à de nouvelles pratiques critiques ? Où se déplacent aujourd’hui les débats relatifs à cette appropriation des archives et sources militantes, artistiques et populaires de la queerness ?

Selon son principe de travail structurant, l’Université d’été mettra à disposition des participant·es un ensemble de ressources archivistiques et documentaires conservées par la Bibliothèque Kandinsky. Elle invitera les participant·es à enrichir le débat en partageant les sources de travail sur lesquelles reposent leurs recherches et à poursuivre des opérations historiographiques sur un mode critique et inventif.

Procédure de candidature

L’Université d’été de la Bibliothèque Kandinsky s’adresse à un public international de jeunes chercheur·ses (à partir du niveau doctorat ou équivalent en termes d'expérience et recherche) : historien·nes et historien·nes de l’art, sociologues, artistes, critiques, commissaires d’expositions, bibliothécaires, archivistes, travailleur·ses associatif·ves.

Dossier de candidature : 

  • une proposition de communication, d’intervention ou de contribution (4500 signes/700 mots en format pdf; peut être rédigée en anglais ou français) 
  • un CV et une liste de publications (format pdf) 
  • Il est nécessaire d’avoir une bonne maîtrise de l’anglais et du français. 

Les participant·es devront apporter un choix de sources qui servira de support à la présentation de leur travail. 

Les propositions de communication sont à adresser à l’adresse électronique : recherche@centrepompidou.fr 

avant le 30 avril 2023.

La ligne « sujet » du mail doit préciser le nom du·de la candidat·e précédé de la mention Université d’été. 

Les propositions seront examinées par le Comité de sélection qui se chargera d’établir le programme définitif de l’Université d’été. Le Comité de sélection retiendra 25 candidatures. Tous·tes les candidat·es, qu’ils·elles soient ou non retenu·es, seront contacté·es individuellement avant le 10 mai 2023.

Pour les chercheurs/chercheuses, artistes et professionnels affilié·es auprès d'une institution/ organisme professionnel, une contribution d’inscription de 150 € sera demandée aux participant·es qui bénéficieront de l’enseignement de l’Université d’été. Cette contribution couvrira un certain nombre de frais – transport vers des lieux visités, éventuels droits d’entrée dans des institutions, etc. Les participant·es issu·es d’organisations associatives seront exonéré·es des frais de participation, sur la base d'une attestation d'affiliation.

À l’attention des candidat·es qui en feront la demande, le Centre Pompidou émettra toutes attestations utiles leur permettant d’obtenir toutes bourses ou aide de financement qu’ils pourraient requérir auprès de fondations, de musées ou d’institutions universitaires ou de recherche.  

Comité de sélection

  • Thomas Bertail, chargé de coordination de la recherche, Bibliothèque Kandinsky, Musée National d’Art Moderne, Centre Pompidou, Paris 
  • Mica Gherghescu, responsable du pôle recherche et programmation scientifique, Bibliothèque Kandinsky, Musée National d’Art Moderne, Centre Pompidou, Paris 
  • Valentin Gleyze, historien de l’art, chargé de recherche, Bibliothèque Kandinsky, Musée National d’Art Moderne, Centre Pompidou, Paris 
  • Elisabeth Lebovici, docteure en esthétique, est historienne de l'art et critique d'art, activiste dans la lutte contre le sida, première présidente du festival de films gays et lesbiens de Paris, et membre fondatrice du fonds de dotation LIG – lesbiennes d’intérêt général.
  • Nicolas Liucci-Goutnikov, conservateur, chef de la Bibliothèque Kandinsky, Musée National d’Art Moderne, Centre Pompidou, Paris 

Contact

Vous pouvez adresser vos demandes de renseignements à l’adresse : recherche@centrepompidou.fr 

Tel : +33 (0)1 44 78 46 65 et/ou

+33 (0)1 44 78 16 66

Places

  • Centre Pompidou
    Paris, France (75)

Date(s)

  • Sunday, April 30, 2023

Keywords

  • queer, sexualité, LGBTQ+, imprimé militant, archive, ephemera

Contact(s)

  • Thomas Bertail
    courriel : thomas [dot] bertail [at] centrepompidou [dot] fr

Reference Urls

Information source

  • Mica Gherghescu
    courriel : mica [dot] gherghescu [at] centrepompidou [dot] fr

License

CC0-1.0 This announcement is licensed under the terms of Creative Commons CC0 1.0 Universal.

To cite this announcement

« « Draguer » le musée et ses sources : la « queerness » face aux archives », Call for papers, Calenda, Published on Monday, April 03, 2023, https://doi.org/10.58079/1avn

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