HomeAuguste de Saint-Hilaire, des herborisations d’un amateur à l’institution de la botanique

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Published on Tuesday, May 23, 2023

Abstract

Il y a un siècle, de retour en France après six années d’explorations dans le Brésil central et méridional (1816-1822), le botaniste Auguste de Saint-Hilaire entreprit des travaux dont Saint-Hilaire espérait son accession au Muséum royal d’histoire naturelle, comme à l’Académie royale des sciences. Il nous semble que la vie de Saint-Hilaire avant, aussi bien qu’après le Brésil, peut faire l’objet d’études originales pour lesquelles existe une riche documentation, même si elle est assez dispersée. Les études présentées au cours de ce colloque pourront éclairer les particularités d’une formation scientifique durant la Révolution, aussi bien que la situation de la botanique dans les institutions scientifiques françaises pendant la première moitié du XIXe siècle qui demeure assez méconnue. Elles mettront aussi en lumière l’actualité trop négligée des travaux botaniques et des récits de voyage d’Auguste de Saint-Hilaire tant comme source pour une géographie historique et des études écologiques du Brésil, ou pour les développements de la cosmétique ou de la pharmacie.

Announcement

Argumentaire

Il y a un siècle, de retour en France après six années d’explorations dans le Brésil central et méridional (1816-1822), le botaniste Auguste de Saint-Hilaire entreprit l’étude de ses très importantes récoltes (quelques 23000 spécimens de plantes appartenant à 8900 espèces), multipliant pour cela les mémoires d’analyses physiologiques et organographiques, qu’il accompagna de l’édition de la Flora Brasiliae Meridionalis (1825-1833), et de celle des Plantes usuelles des Brasiliens (1826) ; tous travaux dont Saint-Hilaire espérait la reconnaissance des autorités scientifiques et son accession au Muséum royal d’histoire naturelle, comme à l’Académie royale des sciences.

Pourtant, les voies particulières de la formation du botaniste pendant une période troublée constituaient probablement un handicap pour ses projets de carrière. Né en 1779 dans une famille de la haute notabilité orléanaise, Auguste Prouvencal de Saint-Hilaire avait dû interrompre dès sa quatorzième année ses études au Collège royal militaire de Pontlevoy lors de la dissolution (1793) de la Congrégation des Bénédictins de Saint-Maur, ses professeurs. Un prêtre réfractaire protégé par sa famille assura probablement la suite de sa formation littéraire, d’où sa maîtrise parfaite du latin et du français ; puis il commença l’étude de la botanique en autodidacte, parcourant les environs d’Orléans, puis la Limagne et les Puys en compagnie d’un cousin. Sa vocation ainsi affirmée, Saint-Hilaire suivit les cours d’Antoine-Laurent de Jussieu et de René Louiche Desfontaines, au Muséum à Paris, deux autorités scientifiques dont l’appui lui permit de partir au Brésil, en 1816, dans l’ambassade du duc de Plissay-Luxembourg.

Riche d’un capital culturel remarquable Auguste de Saint-Hilaire disposait aussi d’un important capital social grâce à la situation de sa famille : grands sucriers d’Orléans et militaires récemment anoblis. Toutefois, ce capital social ne lui fournissait pas toutes les clés du monde scientifique renouvelé par la Révolution dont les professeurs du Muséum parisien, adeptes du népotisme, constituaient l’aréopage ; ce qui éclaire certainement les difficultés rencontrées par le botaniste après son retour en France pour acquérir une position.

Deux rencontres franco-brésiliennes de naturalistes et d’historiens des sciences (2016 et 2022) ont privilégié la période brésilienne d’exploration et de collecte, dans l’ombre de laquelle la carrière académique du botaniste parait placée. Il nous semble pourtant que la vie de Saint-Hilaire avant, aussi bien qu’après, le Brésil, peut faire l’objet d’études originales pour lesquelles existe une riche documentation, toutefois assez dispersée (Orléans, Paris, Montpellier, Genève, Londres …).

Ces études pourront éclairer les particularités d’une formation scientifique durant la Révolution, aussi bien que la situation de la botanique dans les institutions scientifiques françaises pendant la première moitié du XIXe siècle qui demeure assez méconnue. Elles mettront aussi en lumière l’actualité trop négligée des travaux botaniques et des récits de voyage d’Auguste de Saint-Hilaire tant comme source pour une géographie historique et des études écologiques du Brésil, ou pour les développements de la cosmétique ou de la pharmacie.

Le colloque international « Auguste de Saint-Hilaire, des herborisations d’un amateur à l’institution de la botanique » se propose d’apporter de nouveaux éclairages sur ces thèmes en développant les six axes d’étude suivants.

La carrière de Saint-Hilaire témoin de l’institutionnalisation de la botanique

La formation et la carrière d’Auguste de Saint-Hilaire témoignent de la difficile institutionnalisation de la botanique dans la première moitié du xixe siècle. D’une part l’étude de la botanique par Auguste de Saint-Hilaire tranche avec celle de la plupart des botanistes de son temps : la Révolution française interrompit sa scolarité et lui imposa un précepteur, puis une initiation à l’herborisation lors de promenades le long du Loiret et en Sologne. Son accès théorique à la discipline demeure mal connu : reçut-il une formation à Orléans avant de suivre les cours de Desfontaines et de Jussieu au Muséum ? Une recherche poussée sur ce premier point éclairerait sur la formation des enfants de notables privés des anciennes institutions d’enseignement, et éloignés des nouvelles par leur situation sociale, ou par le soupçon politique.

D’autre part, les diverses tentatives de Saint-Hilaire pour accéder à des positions universitaires ou académiques témoignent du faible nombre de ces places, source d’une brigue entachée de népotisme. Au-delà de l’évolution des choix gouvernementaux pour l’université, il apparaît nécessaire d’étudier les suggestions et les sollicitations de créations de chaires présentées aux ministres ; l’évolution de leurs intitulés ; les filiations académiques des professeurs élus ainsi que celles des candidats écartés ; ce qui devrait éclairer la création d’institutions propres à la botanique dont le passage du népotisme au mandarinat serait une manifestation.

Le mentor des Brésiliens

Selon le témoignage de dédicaces de thèses de doctorat, de rares lettres, et des mémoires de Nina Floresta, à partir de 1830 Auguste de Saint-Hilaire aurait joué le rôle d’intermédiaire et de mentor pour les Brésiliens qui venaient étudier en France, ou y séjourner. Pour mesurer l’importance et l’efficacité de cette fonction il semble nécessaire de travailler à partir de sources brésiliennes (vestiges de correspondances, passeports, etc.) que l’on croisera avec les documents français selon les méthodes de l’analyse de réseaux inspirée des recherches de Claire Lemercier ou de Pierre-Yves Beaurepaire.

Dominés et esclaves

Le comportement humaniste d’Auguste de Saint-Hilaire ramenant en France son serviteur Firmiano, un Botocudo, pour lui éviter de tomber en esclavage, ou son intervention, en 1833, contre l’exhibition de quatre Indiens Charruas dans un spectacle itinérant suggèrent une analyse particulière de la sympathie que le botaniste manifesta envers les Indiens et les Noirs du Brésil. En effet, sa position paternaliste à l’égard de l’esclavage diffère notablement de celle de ses contemporains anti-esclavagistes, tout en connaissant une sensible évolution entre 1830 et 1850. Une étude dégagée de tout jugement téléologique devrait éclairer un courant abolitionniste aujourd’hui méconnu et ses possibles relations franco-brésiliennes.

Les problèmes de la botanique

La botanique telle que la définit Saint-Hilaire dans sa conférence publique de novembre 1810 à l’académie d’Orléans ne saurait être qualifiée de « science mondaine » : utilisant un vocabulaire spécifique, analysant l’organisation de plantes et recherchant leur schème directeur, il s’agirait pour le botaniste, non pas d’une « science descriptive », mais d’une science toute « philosophique ». De plus, sur la base des descriptions de Saint-Hilaire des rapprochements de genres furent réalisés jusqu’à la fin du XIXe siècle (voire jusqu’à nos jours), et l’importance de ses recherches sur le rôle des placentas centraux a été redécouvert voici peu.

C’est pourquoi il nous semble utile d’étudier à nouveaux frais les possibles influences des travaux du botaniste au cours du XIXe siècle, et le nouveau regard qu’y portent les botanistes contemporains.

Les usages des plantes

Dès son retour en France Auguste de Saint-Hilaire entreprit de faire connaître les vertus médicinales ou les qualités alimentaires de plusieurs plantes collectées au Brésil (Plantes usuelles des Brasiliens, 1826). Il promut ainsi la consommation du maté, et souligna, par exemple, les qualités du strychnos pseudoquina comme fébrifuge, ou de l’annona sylvatica comme antitussif.

Aujourd’hui, des sites de remèdes naturels vantent les vertus des infusions ou des alcoolats de certaines de ces plantes (la gomphrena macrocephala soignerait les nerfs et la digestion), alors que les analyses chimiques de plusieurs autres ont isolé des alcaloïdes aux vertus thérapeutiques (l’annona palustris pourrait contribuer au traitement des cancers).

Étudier l’évolution de l’analyse de ces plantes et les vertus qu’on leur attribua au fil du temps devrait enrichir l’histoire des relations entre botanique et chimie, celle de la pharmacopée, mais aussi éclairer le développement de la phytothérapie.

La fortune de Saint-Hilaire au Brésil

Assez méconnu dans son pays natal, Saint-Hilaire appartient au panthéon brésilien : au Brésil, ses voyages sont célèbres et de nombreux scientifiques appuient sur les ouvrages qu’il publia des études envisagées dans une perspective anthropologique, ou selon des problématiques écologiques : à côté d’une utilisation des Voyages de Saint-Hilaire comme source pour mesurer l’évolution de la végétation brésilienne, les recherches d’ethnobotanique appuyées sur ces ouvrages se multiplient actuellement. L’étude des étapes de la fortune posthume de l’œuvre de Saint-Hilaire et l’analyse de son utilisation serait d’un grand intérêt pour éclairer les développements de la recherche académique au Brésil depuis environ cent-cinquante ans.

Modalités de participation

Les exposés d’une durée de trente minutes pourront être prononcés en français ou en portugais.

Les propositions de communication d’une longueur de 400 mots, accompagnées d’un CV de trois pages, devront être adressées

avant le 20 juin 2023

aux adresses courriel suivantes : christine.ramat@univ-orleans.fr et jean-pierre.vittu@univ-orleans.fr

Le colloque se tiendra à l’Université d’Orléans et au MOBE (Muséum d’Orléans pour la Botanique et l’Environnement) les jeudi 4 et vendredi 5 avril 2024.

Comité d’organisation du Colloque

  • Luigi Agrofoglio (VP de l’Université d’Orléans)
  • Flavia Amaral (Université de Diamantina, Minas Geraïs)
  • Catherine Lanoé (Université d’Orléans)
  • Corinne Legoy (Université d’Orléans)
  • Marc Pignal (Muséum National d’Histoire Naturelle, Paris)
  • Christine Ramat (Université d’Orléans)
  • Jean-Pierre Vittu (Université d’Orléans)         

Subjects

Places

  • MOBE (Musée d'Orléans pour la Biodiversité et l'Environnement) - rue Marcel Proust
    Orléans, France (45)

Event attendance modalities

Hybrid event (on site and online)


Date(s)

  • Tuesday, June 20, 2023

Keywords

  • auguste de saint-hilaire, botanique, géographie, brésil, épistémologie, cosmétique, biologie végétale

Contact(s)

  • Jean-Pierre Vittu
    courriel : jean-pierre [dot] vittu1 [at] univ-orleans [dot] fr
  • Christine Ramat
    courriel : christine [dot] ramat [at] univ-orleans [dot] fr

Information source

  • Jean-Pierre Vittu
    courriel : jean-pierre [dot] vittu1 [at] univ-orleans [dot] fr

License

CC0-1.0 This announcement is licensed under the terms of Creative Commons CC0 1.0 Universal.

To cite this announcement

« Auguste de Saint-Hilaire, des herborisations d’un amateur à l’institution de la botanique », Call for papers, Calenda, Published on Tuesday, May 23, 2023, https://doi.org/10.58079/1b6t

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