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Le journalisme spécialisé : rôles, défis et enjeux

الصّحافة المتخصّصة: الأدوار والتّحدّيات والرّهانات

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Published on Wednesday, May 17, 2023

Abstract

Ce numéro tente de dépasser les approches du journalisme spécialisé sur la base de la différence ou, au contraire, de la convergence avec le journalisme généraliste en termes du sujets et de public cible, pour adopter des approches qui prennent en considération les spécificités et les complexités (professionnelles, sociales, économiques, etc...) de ce type de journalisme, notamment dans certains contextes tels que le numérique ou encore les situations de crises.

Announcement

Argumentaire

Certains considèrent que « le journalisme est à la fois un et multiple » (Assogba, 2020, p1) car, dans l’imaginaire collectif, ce caractère ambivalent, à savoir l’unité et la diversité, est tributaire de la pratique journalistique même dont la finalité est d’instruire le public et de le tenir informé de plusieurs événements ayant lieu dans des circonstances différentes.

D’aucuns pensent par ailleurs que le champ journalistique - malgré son ambivalence- s’articule autour de deux pôles contradictoires : « généraliste » et « spécialisé » (Marchetti, 2002). Dans ce sens nous entendons la généralisation comme la diversification des contenus informationnels et des publics par les institutions de presse, par opposition au ciblage, par la presse spécialisée, des sujets (comme l’économie, le sport, la religion, la santé, l’environnement, la cuisine, la musique, le théâtre, etc.), ou de certaines catégories (telles que les enfants, les femmes, les sportifs, les jeunes, les agriculteurs, etc.).

C’est dans ce sens que plusieurs définissent ce type de journalisme comme étant « la connaissance approfondie d’un domaine spécifique dans le but d’en comprendre les étendues et les dimensions et d’en suivre l’évolution. Ainsi, le journalisme spécialisé est un domaine qui se renouvelle avec le renouvellement des sujets et la diversification des domaines de spécialisation » (Saleh, Hassan, 2019, p. 21). Cependant, une approche du journalisme spécialisé sur la base de la différence ou, au contraire, de la convergence avec le journalisme généraliste en termes de sujets et de public cible reste incomplète, car elle ne prend pas en compte les spécificités ni les complexités (professionnelles, sociales, économiques, etc.) de ce type de journalisme, notamment dans certains contextes tels que le numérique ou encore les situations de crises.

Et si, historiquement parlant, la presse généraliste est la plus ancienne, la presse spécialisée n’est pas un phénomène nouveau. En effet, elle remonte à l’époque de la Renaissance avec la parution en France du Journal des Savants en 1665. Il s’agit d’un périodique littéraire et scientifique spécialisé dans les découvertes et inventions scientifiques, qui a ouvert les portes au journalisme spécialisé dans de nombreux domaines incitant ainsi les élites savantes de l’époque à publier davantage de revues scientifiques dans divers domaines,

tels que l’économie, la médecine, l’éducation, la mode et le théâtre. Cependant, jusqu’à la fin du XIXe siècle, ce type de journalisme restait élitiste car écrit par des universitaires et des chercheurs qui s’adressaient à un public de spécialistes. En contrepartie, le support médiatique était considéré comme un simple outil reliant ces deux parties et rédigé dans une langue hermétique et inaccessible au grand public.

De même, en se développant, les médias audiovisuels ont suivi l’exemple de la presse écrite : ils diffusaient des émissions spécialisées au sein des radios ou des chaînes de télévision publiques « généralistes » telles que les programmes pour enfants, la musique, les émissions littéraires ou encore un contenu dédié a la santé, etc. Par la suite, quand le secteur de l’audiovisuel a dépassé la phase dite de « masse », plusieurs institutions de radio et de télé spécialisées ont été créées et rivalisaient pour cibler un public bien déterminé.

A la fin du XXème siècle et au début du XXIème, les institutions médiatiques se sont tournées vers des domaines bien spécifiques pour cerner au mieux les différentes complexités émergentes du public. Elles se sont également pliées à ce qu’on appelle « la fragmentation des publics » (Ringoot, Utard,2015) en « fragmentant » elles-mêmes l’offre médiatique et ce, à travers des professionnels des médias qui vulgarisaient le savoir et qui présentaient un contenu simple émanant de leurs recherches et de leur savoir-faire dans le domaine de l’information.

Par ailleurs, cet intérêt porté à la spécialisation et à l’hyperspécialisation de la part des chercheurs et surtout des médias a coïncidé avec le développement technologique récent et l’ère de la digitalisation qui a bouleversé non seulement le contexte professionnel et économique de ces institutions mais de surcroit les pratiques journalistiques dans leur ensemble. Ces changements sont dus, en partie, au développement socio-économique, à la démocratisation et à l’expansion de l’enseignement et au besoin croissant de compétences instruites, cultivées et hautement spécialisées.

Il va sans dire que l’avènement d’un public de qualité manifestant de l’intérêt pour un contenu journalistique de qualité contribue à l’émergence des médias spécialisés qui permettent de refléter les traits caractéristiques d’une société donnée et qui en deviennent un domaine a part entière. (Al- Shammari, 2018). D’ailleurs, ces médias spécialisés ne sont que le reflet de « la fragmentation » qui a affecté le public en période d’abondance médiatique et informationnelle, en donnant naissance à d’autres types de journalisme beaucoup plus complexes et diversifiés comme « le journalisme des minorités », « le journalisme d’investigation », « le journalisme environnemental » ou  encore  « le  journalisme scientifique », etc.

Si les médias spécialisés ciblent un public spécialisé et des catégories ayant un niveau culturel moyen ou élevé et passionnées par un domaine précis, cela nécessite un journaliste spécialisé, ayant des connaissances solides dans le domaine en question. Ce dernier est ainsi « semblable à un chercheur scientifique dont le rôle ne consiste pas uniquement à informer mais à analyser et révéler les dimensions et les perspectives techniques précises en se référant à la science et à la logique tout en tenant le public informé des évolutions et circonstances de son époque et en opérant un rapprochement entre  experts  et  publics »  (Saleh,  Hassan,  2019 : 26). Par ailleurs, et face à des tensions de plus en plus récurrentes comme les guerres, les crises sanitaires, les enjeux climatiques, et les difficultés socio-économiques le public a besoin d’un journaliste « expert » ou « spécialisé », qui soit capable de capter son attention et de lui fournir les informations nécessaires sans ambiguïté. Lui seul saura convaincre et calmer son public en le rassurant et en lui apportant des réponses dans un style fluide, rationnel et précis.

Cependant, la question de la spécialisation dans le journaliste semble être un sujet à controverse. Le concept même de « journaliste spécialisé » n’a pas lieu d’être, car tout journaliste est nécessairement spécialisé si l’on en croit des chercheurs tels que Neveu, Rieffel et Ruellan pour qui cette spécialisation devrait être appréhendée soit de manière fonctionnelle (du secrétaire de rédaction au spécialiste de l’édition de la page d’accueil d’un site d’information en ligne), soit de manière thématique (à travers la multiplicité des rubriques ou « beats » nouveaux et traditionnels) , soit de manière géographique (de l’hyperlocal à l’international). (Neveu, Rieffel, Ruellan, 2002 :p11).

Aussi, la « spécialisation » peut-elle être étroitement liée à la question de la réception, dans la mesure où on peut se poser la question suivante : serait-il plus judicieux pour le public d’avoir l’information par un journaliste généraliste capable de parler de tout ou par un journaliste spécialisé dans un domaine particulier ? (Laplante, 1992 : p81). Selon l’auteur, la réponse ne peut être définitive en raison d’un certain nombre de variables dont notamment le sujet traité, son timing et le média qui le diffuse. De ce fait, la variable diachronique est très décisive compte tenu des nouvelles caractéristiques des publics, qui ont imposé un format médiatique particulier. De plus, l’apparition de nouveaux médias, des médias numériques et des plateformes d’information a intensifié la fragmentation des publics et les a divisés selon des intérêts, des priorités ou des idéologies spécifiques et a profondément modifié la nature et le mode de production et de consommation de l’information, devenue plus qu’avant une « une expérience sociale » combinant réseaux numériques et possibilités de partage instantané de contenus médiatiques (Mercier, Cheynel, 2014 : p9).

Par ailleurs, nous constatons que les entreprises médiatiques ont tendance à réunir  dans les émissions qui réalisent une forte audience les chroniqueurs » et les professionnels des médias capables de gérer les discussions. Cette réunion a pour objectif de combiner les deux orientations malgré les dérapages cognitifs, professionnels et idéologiques de certains chroniqueurs. En revanche, d’autres exemples combinant une spécialité avec une formation médiatique en parallèle peuvent sembler dignes d’intérêt et capables de dessiner des parcours médiatiques distingués et rares en raison du temps et des efforts requis dans la formation.

Ces expériences nous invitent à repenser la question de la formation journalistique notamment celle de « l’identité professionnelle » du journaliste (Mercier, Cheynel, 2014 : p11). En d’autres termes, les écoles de journalisme seraient-elles appelées à dispenser un enseignement général ? ou au contraire devraient-elles former les étudiants dans des domaines spécifiques ? Serait-ce la responsabilité des différents acteurs du processus de formation, chacun selon ses intérêts et ses choix ? Ou bien les formateurs dans le domaine des médias devraient-ils être conscients des évolutions de la réalité du métier en mettant à jour la formation, réduisant de la sorte le fossé qui se creuse entre le théorique et la pratique d’une profession en constante évolution, comme le précise Camille Laville (2008). D’autre part, les médias et les structures d’encadrement de la profession doivent-ils fixer les conditions d’embauche des journalistes en fonction de leur formation et de leurs spécialités ? Ces journalistes doivent-ils provenir des écoles de journalisme, ou la profession est-elle au contraire ouverte à toutes les spécialités ? Quel effet cela aura-t-il sur le produit médiatique et sa qualité selon les visées, les orientations et les publics des institutions médiatiques ?

Ce numéro de la Revue Tunisienne de la Communication ambitionne d’analyser le thème du journalisme spécialisé à travers trois principaux axes :

  1. le journalisme spécialisé et le journalisme généraliste

  • Etat des lieux de la recherche sur le journalisme spécialisé dans différents pays (définition, histoire, publics, enjeux…)
  • cadre législatif,
  • contextes et modèles économiques…
  1. le journalisme spécialisé et le journaliste spécialisé dans le contexte numérique

  • Spécificités professionnelles et nouvelle identité,
  • pratiques professionnelles, rapport au public,
  • opportunités, contraintes et nouveaux défis,
  • rôle des institutions de formation académique…
  1. le journalisme spécialisé et les crises

  • Rôles et responsabilités,
  • apport au public,
  • Difficultés défis et perspectives…

Coordination scientifique du numéro

Prof Louati Moncef, Dr Melliti Hanen, Dr Fitouri Aida.

Modalités de soumission

Toute soumission de projet de publication doit :

s’inscrire dans un axe thématique et être conforme aux prescriptions suivantes :

  • Nom et prénom (s) ;
  • Grade ou Titre ;
  • Institution d’attachement ;
  • Adresse électronique
  • Axe de recherche ;
  • Un résumé (1a 2 pages avec la problématique, la méthodologie, le plan de l’article et une courte notice biographique). La priorité est accordée aux travaux empiriques

et être envoyé aux adresses suivantes :

  • ipsi@ipsi.rnu.tn
  • militi@ipsi.uma.tn

au plus tard le 30 mai 2023.

Calendrier :

  • 05 mai 2023 : publication de l’appel à contributions
  • 30 mai 2023 : remise des propositions d’articles
  • 15 juin 2023 : sélection des propositions d’articles et réponse aux auteurs et autrices.
  • 01 septembre 2023 : remise des articles
  • 01 octobre 2023 : Évaluations et retours aux auteur·trices.
  • 30 octobre : remise finale des articles.
  • Novembre 2023 : parution du numéro.

Les articles préciseront la problématique, les données empiriques mobilisées, le cadre dans lequel la recherche a été menée, la méthodologie employée et les résultats obtenus.

Places

  • IPSI - institut de presse et des sciences de l'information
    Manouba, Tunisia (2010)

Date(s)

  • Tuesday, May 30, 2023

Attached files

Keywords

  • journalisme, spécialisé, généraliste

Contact(s)

  • Aida Fitouri
    courriel : aydafitouri [at] yahoo [dot] fr

Information source

  • Hanen Melliti
    courriel : hanen [dot] militi [at] ipsi [dot] uma [dot] tn

License

CC0-1.0 This announcement is licensed under the terms of Creative Commons CC0 1.0 Universal.

To cite this announcement

« Le journalisme spécialisé : rôles, défis et enjeux », Call for papers, Calenda, Published on Wednesday, May 17, 2023, https://doi.org/10.58079/1b7o

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