HomeL’Asie du Nord-Est entre singularités et convergences dans le rapport aux mondes francophones et à la F/francophonie

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Published on Wednesday, June 14, 2023

Abstract

« À l’évidence, l’Asie est la région la moins francophone du monde ». Ce constat, dressé il y a 15 ans, semble toujours d’actualité et particulièrement valable pour l’Asie du Nord-Est. Faudrait-il pour autant en conclure qu’il ne se passe rien ou pas grand-chose concernant la francophonie dans cette région du monde ? Ce serait assurément aller trop vite en besogne. Mais peut-être faudrait-il d’abord poser les termes du débat et expliquer ce qu’on entend par « Asie du Nord-Est » et la « francophonie » dans cette région.

Announcement

Kyoto, 18 novembre 2023

Organisé conjointement par l’Institut international pour la Francophonie (2IF) de l’Université Jean Moulin Lyon 3 (France) et l’Université de Kyoto (Japon)

Argumentaire

« À l’évidence, l’Asie est la région la moins francophone du monde »[1]. Ce constat, dressé il y a 15 ans, semble toujours d’actualité et particulièrement valable pour l’Asie du Nord-Est. Faudrait-il pour autant en conclure qu’il ne se passe rien ou pas grand-chose concernant la francophonie dans cette région du monde ? Ce serait assurément aller trop vite en besogne. Mais peut-être faudrait-il d’abord poser les termes du débat et expliquer ce qu’on entend par « Asie du Nord-Est » et la « francophonie » dans cette région.

L'Asie du Nord-Est se réfère à l’espace du Nord-Est de l'Asie qui concerne essentiellement le Japon, la Chine, la Corée du Sud et la Corée du Nord[2], mais aussi plus largement la Russie et la Mongolie. L'émergence socio-économique, culturelle et politique de cette région en fait un domaine d'études interdisciplinaires suscitant un intérêt croissant. Aujourd’hui, l'Asie du Nord-Est s’affirme comme un pôle de croissance économique et technologique, par exemple avec le Japon comme troisième investisseur majeur sur le plan mondial (131 milliards d’euros en 2021)[3] et la Corée du Sud en tant que vitrine d’innovations technologiques. À cela s’ajoute la Chine qui, avec sa croissance économique élevée (près de 10 % par an depuis la réforme économique en 1978 jusqu’en 2011, année à partir de laquelle le taux de croissance décélère mais reste toujours important), détient une influence grandissante sur la scène économique mondiale[4]. Au cours de ces dix dernières années, la Chine est ainsi devenue un acteur majeur dans les échanges internationaux. Pour certains auteurs, elle aurait même dépassé les États-Unis et occuperait la place de première puissance commerciale mondiale. Ce développement remarquable a créé autour d’elle des dynamiques économiques sans précédent dans l’histoire dont l’Afrique francophone ainsi que d’autres régions francophones deviennent parties prenantes. Par ailleurs, l'Asie du Nord-Est occupe une place croissante dans le domaine culturel mais aussi dans la mondialisation universitaire, aussi bien pour les mobilités étudiantes que pour la recherche.

Si l’on considère la « francophonie d’en bas », le français est essentiellement la langue maternelle de francophones natifs installés, à plus ou moins long terme, dans la région. Même s’ils sont des milliers[5], ils représentent une infime minorité. Par ailleurs, le français n’occupe que très rarement la fonction de langue d’enseignement ou de scolarisation. Enseignée comme langue étrangère, elle est peu présente dans le secondaire, davantage dans le supérieur, notamment comme spécialité universitaire ou comme deuxième langue étrangère. Le nombre d’apprenants reste très limité, en valeur absolue comme en pourcentage[6]. La langue française est perçue très positivement dans toute cette région du monde si l’on considère les représentations, bien que ces dernières soient très liées à la France et aux thématiques classiques autour du romantisme, du luxe, de la mode… C’est pourquoi la langue française est présente dans l’espace public, à des fins commerciales (le franponais au Japon). L’ouverture éventuelle à la diversité francophone est néanmoins encore à questionner. Si l’on considère la « francophonie d’en haut » c’est-à-dire la Francophonie institutionnelle, celle qui s’est appropriée le terme avec un F majuscule et qui est incarnée par l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF)[7], l'Asie du Nord-Est était, jusqu’à il y a peu, une terra incognita.

Les mutations profondes dans les relations internationales depuis la fin de la guerre froide, l’accélération du processus de mondialisation et les modifications des rapports entre États avec phénomènes de régionalisation, accords commerciaux multilatéraux et un certain renouveau des organisations internationales, notamment sous l’effet de la crise sanitaire de la Covid-19, ont contribué à renforcer l’anglais en tant que langue « hyper-centrale »[8] au moment même où la Francophonie gagnait son F[9] majuscule et renforçait son assise. Certes, en Asie du Nord-Est, la langue française n’occupe qu’une place modeste dans le paysage linguistique, elle pourrait sans doute apparaître en tant que véhicule pour catalyser et accompagner des changements tant culturels, sociaux que politiques, comme en témoignent certains constats suivants :

  • Le nombre d’apprenants de français en Chine n’a cessé de s’accroître au cours de ces dernières années[10]. De plus, le nombre d’apprenants de la langue française des trois pays de l’Asie de l’Est (Chine, Corée du Sud et Japon) a largement dépassé celui des trois pays membres de la Francophonie de l’Asie du Sud-Est (Cambodge, Laos et Vietnam[11]), ce que les démographies n’expliquent pas à elles seules ;
  • La Corée du Sud a demandé son adhésion à l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) et en est devenue un État observateur en 2016. De plus, elle est de plus en plus présente en Afrique[12].
  • À côté d’un « partenariat d’exception » avec la France afin de promouvoir la sécurité, la croissance, l’innovation et la culture[13], le Japon est aussi un partenaire important de l’Afrique, dont l’Afrique francophone. La Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l'Afrique (TICAD), créée en 1993, constitue un cadre d’échanges et de coopération au plus haut niveau entre le Japon et ce continent.

À la lumière de ces éléments, faudrait-il conclure que la francophonie se développe en Asie du Nord-Est, qu’elle y connaît un certain dynamisme ou, au contraire, qu’elle y est en recul ? Il s’agira tout d’abord d’en savoir plus sur l’enseignement du/en français en Asie du Nord-Est : quelle place occupe-t-il et quelle forme prend-il ? Quelle est la place du français sur le « marché des langues » ? Comment la francophonie est-elle perçue et saisie dans ces pays par les acteurs variés (ceux de la société civile et de la sphère étatique), afin de dégager des singularités et des convergences, avec en arrière-plan, l’idée que l’hétérogénéité de l’Asie du Nord-Est est considérable et doit être prise en compte ? Y a-t-il des changements dans le rapport avec la langue française dans le nouveau contexte du renforcement des relations entre ces pays d’Asie du Nord-Est et les pays francophones en Asie et ailleurs dans le monde ?

La F/francophonie est loin d’être une dynamique isolée ; elle s’inscrit dans des jeux et des nœuds d’interdépendance qui suscitent de nombreuses interrogations, par exemple autour de la gestion collective de crises (comme celle de la pandémie de la Covid-19). Dans ce sens, la F/francophonie pourrait-elle être support et vecteur d’initiatives concertées en termes de la résolution des crises « non traditionnelles » ? Et quelles contributions les États d’Asie du Nord-Est pourraient-ils y apporter ?

À partir d’une approche multidisciplinaire entre histoire, sciences politiques, sciences de gestion, sciences du langage et sciences de l’éducation, cet appel a pour but de susciter une synergie de recherches qui s’articule autour des grands axes suivants :

  1. Singularités et convergences dans l’enseignement du français et dans les politiques linguistiques en Asie du Nord-Est dans le contexte de la mondialisation de l’enseignement supérieur et de la recherche.
  2. Relations politiques, économiques et culturelles entre les pays d’Asie du Nord-Est et les pays francophones.
  3. Francophilie et représentations de la francophonie dans les pays d’Asie du Nord-Est et celles des pays d’Asie du Nord-Est dans l’espace francophone.
  4. Singularités, convergences et apports de l’Asie du Nord-Est dans la gestion des crises touchant l’espace francophone (comme la crise sanitaire ou la crise énergétique).

Modalités de contribution

  1. Date butoir d’envoi de la proposition de communication : 15 juillet 2023

Les propositions devront contenir un titre, un résumé de 500 mots maximum en français, une bibliographie indicative ainsi qu’une courte biographie (5 lignes) et être envoyées à Madame Hong Khanh Dang : hong-khanh.dang@univ-lyon3.fr

  1. Date butoir de réponse pour les propositions retenues : 31 juillet 2023
  2. Date butoir d’envoi de la communication complète : 31 août 2023
  3. Date du colloque : 18 novembre 2023 à l’Université de Kyoto (Japon)
  4. Les contributions retenues seront sélectionnées et présentées dans un numéro de la Revue internationale des Francophonies ou dans un ouvrage collectif.

Comité scientifique

  • Bel David, Professeur associé, Université normale de Chine du Sud, Directeur du Département de français et management, Chine
  • Courron David, Professeur, Université Nanzan, Japon
  • Dang Hong Khanh, Docteur de science politique, Directrice adjointe chargée de la recherche, Institut international pour la Francophonie (2IF), Université Jean Moulin Lyon 3, France
  • Detey Sylvain, Professeur, Université Waseda, Japon
  • Do Benoit Hien, Maître de conférences, Conservatoire national des arts et métiers, Laboratoire interdisciplinaire de recherche en sciences de l’action (CNAM, LIRSA), Paris, France
  • Graziani Jean-François, Maître de conférences, Université de Kyoto, Japon
  • Komatsu Sachiko, Professeur, Université d’Ochanomizu, Japon
  • Laly Cécile, Enseignante-chercheuse, Université de Kyoto Seika, Japon
  • Machikou Nadine, Professeur de science politique, Vice-rectrice de l’Université Yaoundé II, Cameroun
  • Nishiyama Noriyuki, Professeur de didactique des langues étrangères, Université de Kyoto, Japon
  • Ohki Mitsuru, Professeur émérite, Université de Kyoto, Japon
  • Phan-Labays Trang, Maître de conférences, Directrice adjointe chargée des formations, Institut international pour la Francophonie (2IF), Université Jean Moulin Lyon 3, France
  • Sermet Laurent, Professeur de droit international, Directeur Asie-Pacifique de l’Agence universitaire de la Francophonie (AUF), Vietnam

Bibliographie indicative

Auger (Nathalie), « De la présence du français dans la mondialisation à ses représentations » dans Chiss (Jean-Louis) (dir.), Le FLE et la francophonie dans le monde, Paris, Armand Colin, 2021, pp.91-101.

Bel (David), L’enseignement du et en Français dans les pays d’Asie de l’Est et du Sud-Est, Observatoire de la langue française de l’OIF, 2018.

Calvet (Louis-Jean), La guerre des langues et les politiques linguistiques, Paris, Hachette Littératures, 1999.

Dang (Hong Khanh), « La Francophonie : mécanisme d’inflexion de la politique africaine du Vietnam face au soft power chinois », Monde chinois, n° 60, 2019, pp. 64-82, disponible sur : https://www.cairn.info/revue-monde-chinois-2019-4-page-64.htm

Do Benoit (Hien), Idées reçues sur le Viêtnam, Paris, Le Cavalier Bleu, coll. « Idées reçues », 2021.

Dreyer (Serge) et Rache (Juan), Le français, la francophonie et la francophilie en Asie-Pacifique : Spécificités et interrogations, Paris, L’Harmattan, 2009.

Graziani (Jean-François), Nishiyama (Noriyuki) (dir.), Le Japon, acteur de la francophonie. Enjeux intérieurs, enjeux extérieurs, Paris, Éditions des archives contemporaines, 2016.

Han (Man Jo), « Réflexions sur l’enseignement du français en Corée : pour une nouvelle orientation », Synergies Corée, n° 2, 2011, pp. 45-55.

Joyaux (François), Géopolitique de l’Extrême-Orient, tome I « Espaces et politiques », Paris, Complexe, coll. « Questions au XXe siècle », 1991.

Kraenker (Sabine), La représentation du japon dans les écrits francophones contemporains, Paris, l’Harmattan, 2022.

Organisation internationale de la Francophonie, La langue française dans le monde, Paris, Gallimard, 2022.

Weissberg (Daniel), « L’avenir du français en Asie », dans Maurais (Jacques) et al. (dir.), L’avenir du français, Archives contemporaines, Paris, 2008, pp.183-187.

Zhang (Li), « La francophonie en Chine : perspectives linguistique et culturelle », Revue internationale des Francophonies, n° 2, 2018, disponible sur : https://rifrancophonies.com/index.php?id=506

Notes

[1] Daniel Weissberg, « L’avenir du français en Asie », dans Jacques Maurais et al. (dir.), L’avenir du français, Archives contemporaines, Paris, 2008, pp.183-187.

[2] François Joyaux, Géopolitique de l’Extrême-Orient, tome I « Espaces et politiques », Paris, Complexe, coll. « Questions au XXe siècle », 1991.

[3] Ministère de l’économie et des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, « Investissements Directs Étrangers impliquant le Japon en 2021 », 1er novembre 2022, disponible sur : https://www.tresor.economie.gouv.fr/Pays/JP/investissements-directs-etrangers-impliquant-le-japon-en-2019

[4] Hong Khanh Dang, « La Francophonie : mécanisme d’inflexion de la politique africaine du Vietnam face au soft power chinois », Monde chinois, n° 60, 2019, pp. 64-82, disponible sur : https://www.cairn.info/revue-monde-chinois-2019-4-page-64.htm

[5] Khady-Fall Diagne, « Francophonie en Asie : de la langue plurielle à la pluralité des langues », disponible sur : https://lepetitjournal.com/singapour/francophonie-asie-langue-plurielle-pluralite-langues-358081

[6] Organisation internationale de la Francophonie, « Le nombre d’apprenants de FLE en 2022 », disponible sur : https://observatoire.francophonie.org/qui-apprend-le-francais-dans-le-monde/le-francais-langue-etrangere/asie-et-oceanie-tableaux-regionaux/  

[7] Regroupant en son sein 88 États et gouvernements répartissant sur les 5 continents.

[8] Louis-Jean Calvet, La guerre des langues et les politiques linguistiques, Paris, Hachette Littératures, 1999.

[9] La Francophonie écrite avec un F majuscule a une connotation géopolitique et institutionnelle.

[10] Xinxia Wang, « Présentation »,  Études de linguistique appliquée, n°199, 2020/3, pp. 267-270.

[11] Hien Do Benoit, Idées reçues sur le Viêt Nam, Paris, Le Cavalier Bleu, coll. « Idées reçues », 2021, pp. 41-46.

[12] Dominique Baillard, « La Corée du Sud intensifie sa présence en Afrique », RFI, publié le 02 juin 2016, disponible sur : https://www.rfi.fr/fr/emission/20160602-coree-sud-intensifie-presence-afrique

[13]Ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères, « Relations bilatérales », disponible sur : https://www.diplomatie.gouv.fr/fr/dossiers-pays/japon/relations-bilaterales/

Places

  • Université de Kyoto
    Kyoto, Japan

Event attendance modalities

Hybrid event (on site and online)


Date(s)

  • Saturday, July 15, 2023

Keywords

  • Asie du Nord-Est, monde francophone, Francophonie, francophonie, singularité, convergence

Contact(s)

  • Hong Khanh Dang
    courriel : hong-khanh [dot] dang [at] univ-lyon3 [dot] fr

Information source

  • Hong Khanh Dang
    courriel : hong-khanh [dot] dang [at] univ-lyon3 [dot] fr

License

CC0-1.0 This announcement is licensed under the terms of Creative Commons CC0 1.0 Universal.

To cite this announcement

« L’Asie du Nord-Est entre singularités et convergences dans le rapport aux mondes francophones et à la F/francophonie », Call for papers, Calenda, Published on Wednesday, June 14, 2023, https://doi.org/10.58079/1bce

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