HomeTerritoire(s) en Amérique latine : pratiques, circulations, perceptions

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Published on Wednesday, July 12, 2023

Abstract

Les Doctoriheales sont les journées d’étude des doctorant·es du CREDA (Centre de recherche et de documentation sur les Amériques — Université Sorbonne Nouvelle / CNRS) et de l’ERIMIT (Équipe de recherche interlangue : Mémoires, identités, territoires — Université Rennes 2). Cette année, elles porteront sur la thématique du territoire en Amérique latine. Défini comme l’appropriation d’une portion de l’espace physique par un groupe humain, le territoire peut sembler être une notion très vaste, difficile à saisir. Pourtant, les pratiques, les circulations et les perceptions sont trois dimensions consubstantielles du territoire, qui peuvent constituer autant d’axes de recherche. Une réflexion autour de ces thèmes nous permettra d’avoir une approche plus fine de la multiplicité des territoires et de modes de territorialisation existant au sein de l’aire latino-américaine.

Announcement

Doctoriheales, 18 janvier 2024 — Campus Condorcet

Argumentaire

La notion de territoire renvoie à une portion de l’espace physique transformée par l’action humaine. On peut ainsi parler de territoire suite à un découpage administratif (un district, un arrondissement, etc.), à l’imposition de frontières ou à l’exploitation d’une ressource présente en son sein (territoires miniers, etc.). Celui-ci peut avoir un caractère juridique, politique ou économique. Le territoire est également le résultat d’expériences individuelles ou collectives affectives de l’espace. Roger Brunet et Hervé Théry (1993 : 435-436) écrivent à ce propos : « Le territoire est à l’espace ce que la conscience de classe est à la classe : quelque chose que l’on intègre comme partie de soi ». En somme, il s’agit d’une portion de l’espace physique investie par un groupe humain et devenue partie intégrante de ce dernier.

Le comité d’organisation prêtera une attention particulière aux communications qui s’attacheront à étudier les pratiques sociales directement liées aux territoires, notamment la façon dont elles participent à la structuration et à la recomposition de ces derniers. Un second axe consistera à analyser les dynamiques de circulation qui peuvent se tisser entre plusieurs territoires. Enfin, le dernier axe privilégiera une ouverture sur les diverses perceptions du territoire existant sur le continent latino-américain, afin d’éviter d’enfermer la réflexion dans une approche naturaliste.

Dans le cadre de cette journée d’étude, le comité d’organisation attend des jeunes chercheurs une problématisation des modes d’appropriation de l’espace, des façons de « faire », de « re-faire » ou de « défaire » un territoire, découlant des dynamiques économiques, sociales, politiques et culturelles présentes sur le continent latino-américain. Une attention particulière sera portée aux territoires traditionnellement associés à cette aire géographique ainsi qu’à leurs éventuelles recompositions (communautés rurales andines, asentamiento ou favela des zones urbaines en voie d’extension, etc.). Nous encourageons également les communications abordant les transformations territoriales qui résultent de dynamiques plus globales, non exclusives à l’Amérique latine (mondialisation des échanges, métropolisation, nouvelles territorialisations indigènes, etc.).

Axe 1 : Pratiques

Il est pertinent de réfléchir aux pratiques sociales et culturelles qui permettent à une communauté de construire un territoire. Les formes d’habiter ces espaces sont multiples et se construisent autour des imaginaires et des perceptions des sujets qui y vivent. Elles vont des rituels aux modes de production, en passant par des notions telles que l’habitus (Bourdieu, 1980) ou « la société en réseau » (Castells, 1999). Elles peuvent également relever des dynamiques sociales fluides de la mondialisation et de l’hyperconnectivité qui se déplacent entre le « lieu », le « non- lieu » et le « lieu virtuel » (Augé, 1992). Concrètement, de nombreuses pratiques religieuses, politiques, associatives, artistiques, identitaires ou de loisir se développent sur un territoire. Ce système de représentations sociales est en constante mutation, car les territoires se transforment et se juxtaposent en permanence.

En Amérique latine, les territoires sont mis en tension avec une histoire de dépossession, de conquête et d’expulsion. Les pratiques socioculturelles qui en découlent répondent à un système de normes et de valeurs liant les communautés aux territoires. Celui-ci implique un facteur d’identification ou, au contraire, de différenciation traversé par des processus de colonisation et de décolonisation d’une part et d’autre part, par des circulations forcées résultant, entre autres, des dictatures ayant eu cours dans la région au 20e siècle.

En ce sens, nous invitons à une réflexion sur les pratiques sociales, politiques, économiques ou culturelles qui lient une communauté à son territoire. Quelles sont les limites de ces pratiques dans un monde où la mobilité et la circulation sont désormais répandues ? Comment dessinent-elles de nouvelles territorialités ou disputent-elles de nouveaux imaginaires ?

Axe 2 : Circulations

Un des défis d’étudier le territoire consiste à comprendre les enjeux d’étanchéité et/ou de porosité de celui-ci. L’essor de la globalisation au cours des dernières décennies a fait de la circulation de personnes, d’idées et d’objets un élément fondamental pour comprendre ces espaces sociaux, physiques et symboliques. Ces circulations transportent et diffusent des savoir-faire, des normes et procédures ou des pratiques, participant ainsi à des échanges matériels et immatériels entre les territoires. Selon Derouet (2002), raisonner en termes de circulation enrichit le regard sur la transfusion des savoirs, car celle-ci se construit à partir d’un va-et-vient entre les entités. Mais comment réfléchir aux possibilités et aux limites de ces circulations ?

Les travaux portant sur les espaces transnationaux (Saunier, 2004) observent comment l’imbrication entre circulations et territoires se manifeste sous le prisme de l’échange, mais aussi sous des contraintes imposées par le pouvoir local. D’autres réfléchiront sur des échelles plus réduites, en analysant les zones de transition, au sein desquelles sont confrontées plusieurs origines sociales. Enfin, l’approche par le transatlantique explore les relations culturelles complexes entre l’Europe, les Amériques et l’Afrique. Il est question tant d’accords que de rapports de domination entre continents, éléments fondamentaux de la construction des espaces communs de production culturelle.

Plus globalement, ces études évoquent la notion de circulation pour comprendre ce qui circule, mais aussi ce qui ne circule pas. En ce sens, nous attendons des propositions sur les processus migratoires, dans la mesure où les dynamiques spatiales informent les phénomènes sociaux. De plus, les propositions pourront, à partir d’approches pluridisciplinaires, évoquer de nombreuses notions qui gravitent autour du lexique de la circulation : frontières, espaces, transfert, barrières ou mobilité. Elles pourront porter sur plusieurs échelles spatiales de circulation ainsi que sur les diverses conditions de sa réalisation.

Axe 3 : Perceptions

Enfin, nous souhaitons encourager les communications qui interrogent les multiples perceptions du territoire. La division Nature/Culture sur laquelle repose l’ontologie occidentale tend à le présenter comme une entité inanimée. Mais qu’en est-il d’autres visions du monde, particulièrement de celles des groupes indigènes ? À titre d’exemple, les habitants des communautés rurales des Andes perçoivent le territoire comme un être vivant, avec lequel ils doivent cohabiter suivant une « perspective de résidence » (Ingold, 2000). Tout comme les humains, les non-humains (les montagnes, la terre, etc.) se déplacent, parlent et ressentent des émotions. Ensemble, ils conforment un « collectif » (Descola et Charbonnier, 2017), autrement dit un réseau de relations interspécifiques.

Nous pouvons par extension nous interroger sur les défis auxquels est confronté le chercheur face à des perceptions du territoire parfois éloignées de la sienne. Selon Eduardo Viveiros de Castro (1998), il y aura toujours un écart ontologique entre le chercheur occidental et ses collaborateurs indigènes. Pour Guillermo Salas Carreño (2017), la rencontre entre différentes perceptions du territoire lors du travail de terrain peut donner lieu à des « malentendus » qui rendent sa définition malaisée. En effet, il existe des zones de contact entre les ontologies, qui coexistent dans de nombreux cas. Ceci peut faire naître des ontologies hybrides, particulièrement dans le contexte postcolonial latino-américain, mais aussi des connexions partielles, parfois infructueuses, entre diverses perceptions du monde, et donc du territoire (De la Cadena, 2008). Dès lors, comment le chercheur peut-il étudier une entité qu’il ne perçoit pas de la même manière que ses collaborateurs ? Au contraire, les études menées par les intellectuels indigènes peuvent-elles permettre de mieux comprendre certaines conceptions du territoire ?

Mots clés : Territoire, pratiques, circulations, perceptions, Amérique latine

Calendrier

Les propositions de communication devront nous parvenir avant le 1er septembre 2023.

Les notifications d’acceptation seront adressées aux intervenant·e·s au plus tard le 15 octobre 2023.

Modalités de proposition

Les propositions de communication devront contenir au maximum 3 000 signes (titre, sujet, problématique et éventuelles hypothèses, terrain(s) et/ou corpus, méthode d’enquête et résultats de recherche). Elles indiqueront le titre de la communication, l’axe choisi ainsi que trois mots clés et seront accompagnées d’une brève présentation de l’auteur·e. Les communications en français sont encouragées. Toutefois, il est également possible pour les communicants et communicantes de soumettre des propositions en espagnol ou en portugais.

Les propositions de communication sont à envoyer en un seul fichier PDF nommé de la façon suivante : 2024_NOMdel’auteur·e_proposition (ex : 2024_DUPONT_proposition.pdf) à l’adresse suivante : doctoriheales2024@gmail.com

avant le 15 septembre 2023.

Comité d’organisation

  • Júlia Donley, Ernest Mondzo Dengue et Tristan Waag, doctorants du CREDA
  • Mélanie Lercier Castelot et Miguel Parraguez Cinto, doctorants de l’ERIMIT

Bibliographie

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Places

  • 8, cours des Humanités
    Aubervilliers, France (93)

Event attendance modalities

Hybrid event (on site and online)


Date(s)

  • Friday, September 15, 2023

Keywords

  • territoire, pratique, circulation, perception, Amérique latine

Contact(s)

  • Júlia Donley
    courriel : doctoriheales2024 [at] gmail [dot] com

Information source

  • Júlia Donley
    courriel : doctoriheales2024 [at] gmail [dot] com

License

CC0-1.0 This announcement is licensed under the terms of Creative Commons CC0 1.0 Universal.

To cite this announcement

« Territoire(s) en Amérique latine : pratiques, circulations, perceptions », Call for papers, Calenda, Published on Wednesday, July 12, 2023, https://doi.org/10.58079/1bk8

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