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Le populisme dans l’espace méditerranéen

Contextes, enjeux et expériences comparées

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Published on Monday, July 31, 2023

Abstract

Le populisme a été tout au long des dernières décennies une thématique principale de la production scientifique écrite sociologique, politique et historique. Il s’est imposé comme étant un objet de recherche pluridisciplinaire, du fait de son expansion dans presque tous les pays du monde et sa réussite à occuper une place centrale en tant qu’acteur politique majeur, progressant autant dans les démocraties occidentales qu’au sein d’autres régimes politiques du reste du monde. C’est dans l’intention de contribuer à la compréhension des diverses facettes du populisme, que le Centre des études stratégiques sur le Maghreb (CESMA) organise ce colloque scientifique et invite les chercheurs des différentes spécialités humaines et sociales à y participer.

Announcement

Colloque international, Tunis 12-13 janvier 2024

Argumentaire

Le populisme a été tout au long des dernières décennies une thématique principale de la production scientifique écrite sociologique, politique et historique. Il s’est imposé comme étant un objet de recherche pluridisciplinaire, du fait de son expansion dans presque tous les pays du monde et sa réussite à occuper une place centrale en tant qu’acteur politique majeur, progressant autant dans les démocraties occidentales qu’au sein d’autres régimes politiques du reste du monde. Fait marquant des mutations sociopolitiques, économiques et technologiques profondes que traversent des pans entiers des pays, le populisme n’a cessé de progresser jusqu’à être à la tête des Etats et gouvernements, bénéficiant d’une légitimité politique que lui ont procurée les élections et le vote des citoyens.

Des Amériques à la Russie, et de l’Europe à l’Afrique et aux pays arabes, le populisme s’est forgé un statut d’alternative possible aux multiples crises qui perdurent. Les pays des deux rives de la méditerranée ont même connu l’arrivée au pouvoir du populisme (Grèce, Italie, Portugal…) et sa forte présence au sein des forces politiques de l’opposition. Cette montée, presque spectaculaire, fut possible au vu des conjonctures politiques et contextes économiques qui ont donné un dynamisme certain au phénomène populiste, créant du coup de nouveaux enjeux politiques et sociaux dans les pays méditerranéens. A ce sujet, l’on pense que quatre angles-axes d’analyse offrent plusieurs entrées disciplinaires pour mieux comprendre ce phénomène et bien cerner autant ses contextes qui l’on couvé que les facteurs qui l’ont rendu possible, à savoir :

I : axe politique

Sans conteste aucune, il apparaît clairement que le populisme dans les pays méditerranéens – et pas uniquement- s’est grandement nourri de deux sources politiques fondamentales que sont la crise de la démocratie et les échecs des élites politiques. En effet, la démocratie – sous ses différentes formes- traverse depuis un  bon bout de temps une crise profonde, peinant à s’innover et à formuler des réponses nouvelles fiables et viables aux différentes problématiques (les modes de gouvernance, la réforme politique, les modes de scrutin, les rapports Etat-Société, l’inertie des partis politiques, la contribution de la société civile dans les choix des politiques publiques, la corruption politique, la participation des jeunes, l’aversion de la politique, la gestion de la crise climatique, la migration, les libertés publiques, les droits des minorités, …) qui se sont imposées à elle et aux différentes sociétés de la méditerranée. Toutefois, la question reste entière puisque dans les pays arabes, la montée du populisme s’est effectuée dans un contexte marqué – justement- par l’absence forte de la démocratie.

D’un autre côté, la transition démocratique qu’ont connue quelques rares pays arabes n’a pu, elle, se défendre contre ce phénomène, ni bien résister contre son ascension, ni d’ailleurs s’immuniser définitivement contre son alliance avec les poches de résistance des anciens régimes. Le populisme dans les pays arabes n’a jamais – ou presque- était absent de la rhétorique de l’Etat, ni du discours des leaders politiques. Son succès de ces dernières années ne doit occulter ses formes multiples qui ont épousé des formes allant du religieux à celle de la libération, et puisant dans des idéologies différentes. C’est ce qui impose de voir la diversité du populisme dans les pays méditerranéens, même s’il garde des traits communs comme le rejet de l’idée démocratique, le discrédit des institutions, l’appel à la restitution du pouvoir au peuple. Paradoxalement, le populisme s’est bien alimenté de la liberté offerte par cette même démocratie qu’il appelle à renverser, et s’est bien ressourcé dans le grand débit des libertés publiques insufflé par la transition démocratique.

Sur un autre plan, les échecs des élites politiques gouvernantes ont bien contribué à l’essor du populisme. Ce dernier les considérant comme étant source des maux des sociétés qu’elles commandent, n’hésitant point à les décrire comme étant des traitres, des élites corrompues et opportunistes, travaillant pour sauvegarder leurs propres intérêts socioéconomiques au détriment de ceux du peuple. Les échecs répétitifs des politiques tracées par les élites politiques, les défaillances du fonctionnement des institutions qu’elles gouvernent ainsi que les luttes politiques et idéologiques animées par les différentes élites – gouvernantes et celles dans l’opposition ont largement contribué à la propagation du discrédit jeté par le populisme à leurs égards, et à légitimer sa contestation contre les institutions démocratiques, voire même contre les dangers de la démocratie elle-même. Le populisme n’a pas tardé à fructifier ces échecs, récoltant de suite un avantage politique en gagnant une importante part du vote des couches populaires, celles paysannes et ouvrières et des petits commerçants, mais surtout le vote d’une bonne partie des classes moyennes.

II : axe socioéconomique 

Certainement que l’on ne peut éviter la corrélation entre l’ascension du populisme et son arrivée au pouvoir, de la crise économique et sociale que beaucoup de pays méditerranéens ont traversée et /ou la vivent encore. La récession, la délocalisation, le recul vertigineux du pouvoir d’achat, l’appauvrissement continu de pans entiers de classes et couches socioprofessionnelles, le chômage galopant et surtout celui parmi les diplômés de l’enseignement supérieur, la précarité qui touche chaque plus de catégories sociales, la situation complexe des petits agriculteurs et petits commerçants face à la puissance de grands groupes industriels et agroalimentaires, sont autant de facteurs et contextes qui forment un berceau propice au populisme et un terreau politique qui lui sied politiquement. Autant chaque pays connait des spécificités de crise, autant cette dernière leur est commune, persiste et s’enlise du fait des échanges commerciaux internationaux et de l’interdépendance transnationale des économies.

Face à ces états de fait et aux déceptions des populations par rapport aux politiques publiques – économiques et sociales- mises en place, l’on assiste à un changement de contexte où les problématiques socioéconomiques qui faisaient traditionnellement partie du discours des partis de gauche, sont objet d’une appropriation politique du populisme. Ce dernier s’invite - non seulement- dans un débat intellectuel et politique, mais réussit la manœuvre de faire migrer vers son sillage une partie importante du vote ouvrier et urbain qui était pendant de longues années fidele aux partis de gauche. Le populisme a réussi un virage politique majeur en investissant dans le malaise populaire, dans les sentiments de frustration et d’insatisfaction des masses, et même, il est arrivé à récolter quelques dividendes politiques des mouvements de contestation. S’il a réussi à surfer sur les lames de fond des crises sociales, le populisme arrivé au pouvoir, a été forcé – dans de nombreux cas- à rebrousser chemin quant à ses grandes promesses électorales, et ce, lorsqu’il a confronté les contraintes du pouvoir et de son exercice.

III : Axe discours et communication

De la comparaison des expériences politiques populistes à travers le monde, on peut émettre – sans grand risque que cela ne s’applique pas aux pays des deux rives de la méditerranée – l’hypothèse que le discours populiste et ses choix de communication puisent dans deux sources indissociables. D’un côté une adversité bouillonnante et un antagonisme violent et véhément envers ses adversaires politiques. D’un autre côté sa tendance établie et vérifiée à se présenter comme étant l’expression de la volonté du peuple et des masses, voire même le peuple lui-même. Le lexique politique populiste marie la haine des élites politique à la cristallisation de la volonté populaire et son monopole. Il se positionne en tant qu’étendard de la lutte pour la restitution d’une volonté spoliée et détournée par des régimes politiques montés sur mesure au profit de quelques élites. Les expériences méditerranéennes- aussi différentes soient-elles- permettent entre autres de vérifier les capacités communicationnelles du populisme visant le bon profit politique quant il s’agit de s’adresser aux masses et aux électeurs.

Les mots, les styles, les images, les phraséologies, le narratifs, sont autant de registres bien préparés et soigneusement utilisés joignant une efficacité indéniable. L’usage des nouvelles technologies et la présence quadrillant les réseaux sociaux prouvent que le populisme en a fait des armes redoutables. En fait, la communication politique populiste ne se réduit plus à une dimension discursive ni à la rhétorique mais tend à intégrer ensemble toutes les actions possibles afin de s’auto-représenter, se mettre en scène, se rendre visible en incarnant seule le peuple et construire ainsi des stratégies et des pratiques qui transforment la représentation politique elle-même.  Face à l’inertie de la traditionnelle communication des partis politiques, le populisme innove, prouve une dynamique nouvelle boostant son statut dans le Net-politique, gagne en attractivité, réussissant une approche de marketing politique, et de proximité sur le terrain électoral.  

La dynamique populiste est de la sorte inséparable de la formation des réseaux de propagande (Network propaganda) qui fonctionnent en tant que « Media Ecosystem ». Ceux-ci renvoient ainsi une fragmentation avancée de la sphère publique tant dans le système médiatique que dans les réseaux sociaux et espaces partisans, réduisant ainsi les possibilités de partage, de mise en commun, et renforçant des formes nouvelles de conflictualité et de polarisation. C’est aussi dans ce contexte qu'émergent de nouveaux « fabricants d’opinions » qui utilisent notamment la technique du « Live vidéo » atteignant de larges audiences qui dépassent dans bien des cas les audiences des médias audiovisuels de masse.

IV : Axe théorique

Certes le concept de populisme offre une force opératoire à même d’élargir les perspectives d’analyse politique et sociologique, et rendre plus intelligibles les mutations et changements sociopolitiques dans les pays méditerranéens. Toutefois, il n’en demeure pas moins vrai qu’il garde une épaisse ambiguïté scientifique. Les communautés de chercheurs l’utilisent dans des registres d’analyse aussi hétérogènes que multiples, s’intéressant à la polymorphie du populisme. C’est entre autres ce qui alimente le flou des contours de ce concept et entoure son utilisation d’un ‘’risque’’ épistémologique. Ceci n’a pas entravé sa grande utilisation par les historiens, sociologues et autres spécialistes et ce pour comprendre les changements politiques, les nouveaux aspects de la contestation les rapports entre leaders et masses, les facteurs des comportements électoraux, les aboutissements politiques des crises sociales, la compétition politique, la communication des partis, les influences des situations géopolitiques, etc. Cette souplesse d’utilisation n’occulte pas la question du sens exact que l’on donnerait à ce concept, ou quelles sont les règles claires de son utilisation, est-on en face d’un populisme ou de populismes, sommes-nous en cours d’assister à la construction-production d’un paradigme qui réduirait au maximum l’aspect fourre-tout de ce concept.

C’est dans l’intention d’enrichir ces débats et contribuer à la compréhension des diverses facettes du populisme, que le CESMA organise ce colloque scientifique et invite les chercheurs des différentes spécialités humaines et sociales à y participer.

Modalités de soumission et de participation

Langues du colloque : arabe, français, anglais.

Texte et références techniques :

  • Toute soumission de participation déjà publiée ou figurant dans le programme d’un événement scientifique en cours ou dans un autre déjà passé, sera automatiquement rejetée.
  • Le texte de la soumission comprendra un nombre de mots variant de 300 à 500 mots, comprenant une problématique claire, des concepts-mots clefs, et une bibliographie conséquente.
  • La rédaction de la soumission respectera ce qui suit :
  • Pour la langue arabe : simplified arabic, caractère 14 et interligne 1.5
  • Pour les autres langues : times new roman, caractère 12 et interligne 1.5
  • Pour le texte final les conditions de rédaction (caractère, notes de bas de page, citations, bibliographie, tableaux et graphiques, etc.), seront notifiés ultérieurement.
  • L’adresse d’envoi des soumissions : contat@cesma.tn

Dates importantes 

  • Date et lieu du colloque : Tunis, 12-13 Janvier 2024
  • Date limite de réception des soumissions : 07 Août 2023

  • Date limite de notification des réponses : 15 Août 2023
  • Date limite de réception de textes finaux : 31 Octobre 2023

Informations générales

  • Les participations scientifiques au colloque seront publiées par le à la charge du CESMA dès réception de la version finale des textes.
  • Le CESMA prendra en charge uniquement et exclusivement :
  • Le billet d’avion des invités résidents hors Tunisie.
  • Le transfert aéroport-hôtel des participants.
  • L’hébergement des participants durant les dates du colloque.

Comité scientifique et d’organisation

  • Ghaith Chaouch, maitre assistant en droit public, Institut supérieur des études juridiques et politiques de Kairouan, université de Kairouan, Tunisie.
  • Adnen Mansar, professeur en histoire contemporaine. Facultés des Lettres et sciences humaines de Sousse, université de Sousse, Tunisie.
  • Adel Ayari, maitre de conférences en sociologie, Institut Supérieur de L'Animation pour La Jeunesse et La Culture de Bir El Bey, université de Tunis, Tunisie.
  • Khalil Arbi, chercheur post doc au CESMA, centre des études stratégiques sur le Maghreb, Tunis, Tunisie.
  • Walid Ben Jebara, logistique et administration

Bibliographie non exhaustive

Benkler, Y., Faris, R., & Roberts, H, Network propaganda : Manipulation, disinformation, and radicalization in American politics. Oxford University Press, 2018.

Bertrand Badie, Le retour des populismes, La Découverte, 2018.

Catherine Colliot-Thélène Florent Guénard, Peuples et populisme, PUF, 2014.

Chantal Mouffe (trad. de l'anglais), Pour un populisme de gauche, Paris, Albin Michel, 2018.

Chantal Mouffe et Iñigo Errejon (trad. de l'espagnol), Construire un peuple, pour une radicalisation de la démocratie, Paris, Les éditions du Cerf, 2017.

Christopher Lasch, La révolte des élites et la trahison de la démocratie, (Traduction de Christian Fournier), Flammarion, Paris, 2010.

Dominique Reynié, Les nouveaux populismes, Ed Fayard/Pluriel, 2013.

Ernesto Laclau, La raison populiste, Seuil, Paris, 1978.

Federico Tarragoni, L'esprit démocratique du populisme : une nouvelle analyse sociologique. Paris, La Découverte, 2019.

Guy Hermet, Les populismes dans le monde, Ed Fayard,2001.

Henri Deleersnijder, Populisme. Vieilles pratiques, nouveaux visages, Editions Luc pire, 2006.

Jan Werner-Muller, Qu’est-ce que le populisme, Ed Premier Parallèle, 2017

Pierre-André Taguieff, l’illusion populiste. De l’archaïque au médiatique, Paris, Berg International, 2002.

Pierre Ronsavallon, Le siècle du populisme : Histoire, théorie, critique, Seuil, Paris, 2020.

Sancino, A., & Bloom, P, Disruptive democracy: The clash between techno-populism and techno-democracy. Disruptive Democracy, 1-96, 2019

Urbinati, N, Me the people : How populism transforms democracy. Harvard University Press, 2019.

Urbinati, N, De Blasio, E., & Sorice, M, Populism between direct democracy and the technological myth. Palgrave Communications, 4(1), 2018.

Places

  • CESMA, 2 rue Manoubi Jarjar, Menzah9
    Tunis, Tunisia (1000)

Event attendance modalities

Hybrid event (on site and online)


Date(s)

  • Monday, August 07, 2023

Attached files

Keywords

  • populisme, Tunisie, Maghreb, autoritarisme, liberté, europe, extreme-droite

Contact(s)

  • Mansar Adnen
    courriel : amansar2002 [at] gmail [dot] com

Information source

  • Mansar Adnen
    courriel : amansar2002 [at] gmail [dot] com

License

CC0-1.0 This announcement is licensed under the terms of Creative Commons CC0 1.0 Universal.

To cite this announcement

« Le populisme dans l’espace méditerranéen », Call for papers, Calenda, Published on Monday, July 31, 2023, https://doi.org/10.58079/1bm9

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