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Les catastrophes, questions sociologiques

Disasters, sociological questions

Revue « L'Année sociologique » numéro 75-2

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Publié le vendredi 08 décembre 2023

Résumé

L’Année sociologique lance un appel à contributions en vue de la préparation d’un numéro spécial sur le thème des catastrophes comme questions sociologiques, pour participer à l’effort de structuration de ce champ de recherche sociologique. Alors que les désastres sont devenus une expérience sociale commune, que peut nous dire la sociologie des catastrophes aujourd’hui ? Les propositions de contribution pourront porter sur des évènements contemporains ou passés. Elles devront, dans tous les cas, s’appuyer sur un matériau empirique solide, quelle que soit la méthodologie retenue (méthodes qualitatives, quantitatives ou mixtes). Une attention particulière sera portée à leur capacité à opérationnaliser les questions contemporaines de la sociologie des catastrophes, articulant éléments empiriques et réflexion théorique.

Annonce

Argumentaire

Depuis 1920 et l’étude de Samuel Prince sur l’explosion d’Halifax (Prince, 1920), la sociologie des catastrophes – entendue comme l’étude des interruptions violentes de la vie sociale dues à des morts et/ou des destructions matérielles ou environnementales réelles ou anticipées (Fritz, 1961 : 655) – s’est développée dans de nombreux pays du monde. Tout au long de son histoire, heurtée et non-linéaire, elle a enquêté sur plusieurs phénomènes catastrophiques (accidents industriels, attentats, épidémies, ouragans, séismes, etc.) et fait ressortir les régularités sociales qui se manifestaient à leur occasion. Elle constitue aujourd’hui un volumineux corpus de connaissances sur les causes, les effets sociaux et les pratiques de gouvernement des catastrophes (Tierney, 2019 ; Giry, 2023).

Ce champ de recherche se trouve désormais à la croisée des chemins. Alors que l’incidence annuelle des catastrophes a été multipliée par 15 depuis 1950, les travaux de recherche accusent un certain retard. En de nombreux endroits, comme en France, faute de structuration suffisante des efforts, les données manquent ou sont éparpillées ; de nombreux résultats, obtenus sur des terrains spécifiques, attendent d’être répliqués ailleurs.

Sur un plan théorique, la sociologie des catastrophes s’est, depuis les années 1950, largement tenue à l’écart des débats centraux de la discipline et a peu contribué à l’effort de constitution d’une sociologie générale (Stallings, 2002 ; Tierney, 2007). Des développements récents tentent, cependant, de systématiser les enquêtes et de renouer le lien avec les autres branches de la sociologie. De nombreux travaux proposent par exemple des approches intersectionnelles des vulnérabilités, croisant différents attributs sociaux (classe, genre, race, etc.) pour tenter d’expliquer les inégalités de fortune à la suite des désastres (Hartman & Squires, 2006 ; David & Enarson, 2012).

Certains travaux renouent même avec les catégories de la sociologie classique, à l’instar de ceux de Rebecca Elliott et Ryan Hagen qui mobilisent les catégories durkheimiennes du « normal » et du « pathologique » pour penser l’existence d’un « normal pathologique » (Elliott & Hagen, 2021). Un mouvement d’ensemble semble concourir à donner à la sociologie des catastrophes une place plus centrale. En invitant à présenter des travaux de recherche de pointe dans une revue historique et centrale de la discipline, ce numéro spécial de L’Année sociologique souhaite participer à cet effort de structuration de la recherche sociologique en matière de catastrophe : alors que les désastres sont devenus une expérience sociale commune, que peut-nous dire la sociologie des catastrophes aujourd’hui ?

Les propositions de contribution pourront notamment (mais non exclusivement) s’inscrire dans l’un de ces quatre axes :

1. Remettre la thèse de l’émergence des normes et de la communauté thérapeutique sur le métier

Le constat de la domination des comportements « pro-sociaux » d’entraide et d’assistance, ainsi que celui d’un fort consensus politique à la suite des catastrophes sont dorénavant des résultats bien établis. Les explications de cet état (provisoire) de communitas sont en revanche moins assurées : elles s’en sont souvent tenues à la thèse de « l’émergence de normes » en situation (Turner & Killian, 1972 ; Aguirre et al., 1998). Outre plusieurs points problématiques, cette thèse reste essentiellement descriptive, n’expliquant ni la suspension des normes anciennes, ni le triomphe des nouvelles (Giry, 2023 : 68). Dans les années 1960, Allen Barton définissait déjà les catastrophes comme des moments de « stress collectif » où un système social de secours se substitue au système social normal : il suggérait ainsi qu’au moment des désastres, les individus se dépouillent de leurs rôles sociaux habituels pour en revêtir d’autres, adaptés aux urgences du moment (Barton, 1969). À la suite de Lewis Killian (1952), Alice Fothergill montre toutefois que certains rôles, comme celui de mère de famille, sont des rôles avides (greedy roles) en ceci qu’ils entravent la capacité à participer aux activités de secours et de reconstruction (Fothergill, 1999). À l’inverse, comme le montre le travail de James Kendra et Tricia Wachtendorf sur l’évacuation de l’île de Manhattan le 11 septembre 2001, certains attributs sociaux et normes antérieures favorisent la prise en charge des rôles de secours (Kendra & Wachtendorf, 2016). Au-delà de ces quelques exemples, les travaux étudiant les moments de changement de statut, de « passing » suite aux catastrophes, sont rares. Dès lors, comment cette transition se réalise-t-elle ? Comment devient-on rescapé·e ? Comment devient-on secouriste ou réparateur de circonstance ? Quels sont les conditions, les relations et les attributs sociaux qui favorisent ou déterminent l’entrée dans l’une de ces carrières ?

2. Trajectoires individuelles et stratification sociale face aux désastres

Depuis les années 1970, de nombreux travaux ont fait ressortir l’inégale distribution des afflictions lors des désastres, mettant au jour les « vulnérabilités » que pouvaient induire certains attributs sociaux des individusou des communautés comme l’âge, la pauvreté économique, le genre ou l’isolement (Cutter et al., 2003). En revanche, et en dépit d’intuitions précoces, les débats concernant l’effet des catastrophes sur la stratification et les inégalités sociales sont beaucoup moins tranchés. Si les effets sur la distribution des revenus (Yamamura, 2015), la gentrification et la paupérisation des espaces (Gotham et Greenberg, 2014 ; Pais et Elliott, 2008) et les inégalités de patrimoine (Howell & Elliott, 2009 ; Scheidel, 2021) sont relativement bien documentés, que sait-on de l’expérience des désastres sur la mobilité sociale intra- et intergénérationnelle ? Dans la veine des travaux menés sur les « enfants de Katrina » (Fothergill & Peek, 2015), que peut-on dire des effets de long terme des catastrophes sur les trajectoires individuelles, les dynamiques biographiques ?

3. Sociologie de l’action publique en situation de catastrophe : produire du normal, produire de l’anormal

Les catastrophes peuvent être définies comme des moments d’échec de l’action organisée et des politiques publiques : c’est parce que les dispositifs de protection mis en place par les communautés ne parviennent pas à prévenir le désastre que celui-ci survient1. Les travaux de sociologie de l’action publique s’intéressant aux catastrophes se sont ainsi longtemps demandé comment l’action publique contribuait à produire de l’anormal. Depuis quelques années, des travaux renversent le questionnement, se demandant comment l’action publique produit du normal et stable. Dans sa thèse, Ryan Hagen étudie ainsi l’ensemble de tâches quotidiennes des agents permettant l’existence relativement continue de la ville de New York (Hagen, 2019). Le travail de Valérie Arnhold montre comment l’accident de Fukushima a été normalisé par les acteurs de la sécurité nucléaire afin d’assurer la continuité de la filière (Arnhold, 2019).Ces dynamiques de production collective du normal et de l’anormal, par le biais de politiques de prévention des risques (Borraz, 2008), de préparation (Collier & Lakoff, 2021), de réparation (Centemeri et al., 2022) et de perte (Elliott, 2021), ont été l’objet de travaux stimulants. Toutefois, de nombreux points restent à éclaircir : si les acteurs et les normes structurant le « monde des catastrophes » au niveau international ont été bien étudiés (Hannigan, 2013 ; Irwin, 2013 ; Revet, 2018), quelle diversité d’application locale observe-t-on dans la gestion des désastres ? Comment expliquer ces variations ? La question du rôle des acteurs économiques privés par exemple, régulièrement mentionnée, n’est que rarement étudiée systématiquement. Comment les entreprises et les particuliers interviennent-ils dans la gouvernance des catastrophes, en dehors des circuits diplomatiques et humanitaires ? Quels effets cette intervention produit-elle sur les politiques de prévention, de préparation ou de réparation ? De la même manière : si quelques analyses soulignent les effets délétères des politiques s’appuyant sur des dispositifs marchands (Adams, 2013 ; Elliott, 2021), les travaux systématiques manquent : qu’est-ce qui détermine le recours au marché et quels effets les solutions fondées sur le marché entraînent-elles sur les différent processus (prévention, préparation, réparation/perte) de gouvernement des catastrophes ?

Notes

1. Pour autant, cela ne signifie pas que l’action publique ait nécessairement dysfonctionné : certaines catastrophes sont Pour autant, cela ne signifie pas que l’action publique ait nécessairement dysfonctionné : certaines catastrophes sont le produit (involontaire) de l’action publique correctement menée et certains risques « scélérats » produisent des le produit (involontaire) de l’action publique correctement menée et certains risques « scélérats » produisent des catastrophes en dépitcatastrophes en dépit du fonctionnement normal des instruments de politiques publiques mis en oeuvre pour les du fonctionnement normal des instruments de politiques publiques mis en oeuvre pour les prévenir (Dedieu, 2013).

4. Sociologie des catastrophes, méthodologie et travail théorique : points de rencontre

La sociologie des catastrophes ne présente pas vraiment de spécificité méthodologique : les instruments utilisés par les sociologues pour étudier les désastres sont, à peu de variation près, les mêmes que ceux utilisés dans d’autres domaines de recherche (Mileti, 1987 : 69). En revanche, il arrive que d’autres champs de la sociologie fassent des usages originaux des évènements catastrophiques, comme lorsqu’ils les utilisent en tant qu’« expériences naturelles » afin de tester l’existence d’une hypothétique « malédiction des ressources naturelles » (Ramsay, 2011), ou l’effet de la mobilité résidentielle (et donc, de l’éloignement d’un environnement réputé criminogène) sur la récidive criminelle (Kirk, 2009).Ces usages soulignent le potentiel de l’étude des désastres pour une meilleure compréhension de nombreux phénomènes sociaux. Mais au-delà, l’évidence consommée de l’instabilité du monde ne remet-elle pas en question les théories sociologiques postulant des formes de continuité et de reproduction elles-mêmes ? Comment penser le monde social au moment où ce que nous nommons classiquement les « institutions », ces régularités sociales qui rendent le futur au moins partiellement prévisible, sont mises à l’épreuve par des catastrophes plus nombreuses et plus intenses ? Les circonstances historiques favorables aux désastres favorisent-elles aussi les théories sociologiques insistant sur le mouvement et la discontinuité de la vie sociale ?

Conditions de soumission et d'évaluation

Les personnes qui souhaitent répondre à cet appel à contributions sont priées de se manifester

le lundi 1er avril 2024 au plus tard,

en proposant un résumé de 3000 signes (maximum) et en précisant l’axe retenu à Benoit Giry (benoit.giry@sciencespo-rennes.fr).

Le coordinateur opérera une sélection et la communiquera aux auteurs pressentis le 1er mai 2024 au plus tard.

Par la suite, des articles en version 0 – d’un volume de 65000 signes maximum (espaces compris) et rédigés selon les indications présentées sur le site web de L'Année sociologique – devront être transmis le 15 septembre 2024 au plus tard à Benoit Giry (benoit.giry@sciencespo-rennes.fr).

Un retour sera fait rapidement par le coordinateur de manière à permettre de présenter une version 1 (amendée) au secrétariat de L'Année sociologique le 1er décembre 2024.

Ces versions 1 seront évaluées de manière anonyme par deux membres du comité de L'Année sociologique et un expert extérieur.

Le comité se réunira en janvier 2025 et transmettra ses évaluations sur les contributions à la suite, pour une parution à l’automne 2025 (numéro 75-2).

Coordination scientifique

  • Benoit Giry, Sciences Po Rennes, Arènes (CNRS UMR 6051)

Bibliographie indicative

Adams V. [2013], Markets of Sorrow, Labors of Faith. Duke University Press, Durham & London.

Aguirre B. E., Wenger D., Vigo G. [1998], « A Test of the Emergent Norm Theory of Collective Behavior », Sociological Forum vol. 13 n° 2, 301-320.

Arnhold V. [2019] « L’apocalypse ordinaire. La normalisation de l’accident de Fukushima par les organisations de sécurité nucléaire », Sociologie du travail 61 (1).

Barton A. H. [1969], Communities in Disaster: A Sociological Analysis of Collective Stress Situations, Doubleday & Co, New-York.

Borraz O. [2008], Les politiques du risque, Presses de Sciences po, Paris.

Centemeri L., Topçu S., Burgess J. P. [2022], Rethinking Post-Disaster Recovery. Socio-Anthropological Perspectives on Repairing Environments, Routledge, New-York.

Collier S. J., Lakoff A. [2021]. The Government of Emergency: Vital Systems, Expertise, and the Politics of Security. Princeton University Press, Princeton.

Cutter S. L., Boruff B. J., Shirley W. L. [2003], « Social Vulnerability to Environmental Hazards », Social Science Quarterly vol. 84 n° 2, 242-261.

David E., Enarson E. (eds) [2012], The Women of Katrina. How Gender, Race, and Class Matter in an American Disaster, Vanderbilt University Press, Nashville.

Dedieu F. [2013], Une catastrophe ordinaire. La tempête du 27 décembre 1999, EHESS, Paris.

Elliott R. [2021], Underwater: Loss, Flood Insurance, and the Moral Economy of Climate Change in the United States. Columbia University Press, New-York.

Elliott R., Hagen R. [2021], « Disasters, Continuity, and the Pathological Normal », Sociologica vol. 15 n° 1, 1-9.

Fothergill A. [1999]. “Women’s Roles in a Disaster”. Applied Behavioral Science Review 7 (2), 125-143

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Giry B. [2023], Sociologie des catastrophes. La découverte, Paris.

Gotham K. F., Greenberg M. [2015]. Crisis Cities. Disaster and Redevelopment in New-York and New Orleans. Oxford University Press, New-York.

Hagen R. [2019]. “The Constant Metropolis: Disaster Risk Managers and the Production of Stability in New York City”. PhD Dissertation, Columbia University, New-York.

Hannigan J. A. [2012], Disasters Without Borders. The International Politics of Natural Disasters, Polity Press, Cambridge.

Hartman C., Squires G. D. (eds) [2006], There is No Such Thing as a Natural Disaster: Race, Class, and Hurricane Katrina, Routledge, New-York.

Howell J., Elliott J. R. [2019]. « Damages Done: The Longitudinal Impacts of Natural Hazards on Wealth Inequality in the United States », Social Problems vol. 66 n° 3, 448-467.

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Kendra J. M., Wachtendorf T. [2016], American Dunkirk. The Waterborne Evacuation of Manhattan on 9/11, Temple University Press, Philadelphia.

Killian L. M. [1952], « The Significance of Multiple-Group Membership in Disaster », American Journal of Sociology vol. 57 n° 4, 309-314.

Kirk D. S. [2009], « A Natural Experiment on Residential Change and Recidivism: Lessons from Hurricane Katrina », American Sociological Review vol. 74, 484-505.

Mileti D. [1987] « Sociological Methods and Disaster Research », in: Dynes R. R., de Marchi B., Pelanda C. (eds.), Sociology of Disasters: Contributions of Sociology to Disaster Research, Franco Angeli, Milano, 57-69.

Pais J. F., Elliott J. R. [2008], « Places as Recovery Machines: Vulnerability and Neighborhood Change after Major Hurricanes », Social Forces vol. 86 n° 4, 1415-1453.

Prince S. H. [1920], Catastrophe and Social Change. Based Upon a Sociological Study of the Halifax Disaster, PhD, Columbia University.

Ramsay K. W. [2011], « Revisiting the Resource Curse: Natural Disasters, the Price of Oil, and Democracy », International Organization vol. 65 n° 3, 507-529.

Revet S. [2018], Les coulisses du monde des catastrophes « naturelles », FMSH, Paris.

Scheidel W. [2021], Une histoire des inégalités. De l’âge de pierre au XXIe siècle, Actes Sud, Paris.

Stallings R. A. [2002]. “Weberian Political Sociology and Sociological Disaster Studies”. Sociological Forum 17, 281-305.

Tierney K. J. [2007], “From the Margins to the Mainstream? Disaster Research at the Crossroads”. Annual Review of Sociology 33 (1), 503-525.

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Turner R. H., Killian L. M. [1972], Collective Behavior, Prentice-Hall, Englewood Cliffs.

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Yamamura E. [2015] « The Impact of Natural Disasters on Income Inequality: Analysis using Panel Data during the Period 1970 to 2004 », International Economic Journal vol. 29 n° 3, 359-374.

Lieux

  • L'Année sociologique - Maison de la recherche de Sorbonne Université 28, rue Serpente
    Paris, France (75006)

Dates

  • lundi 01 avril 2024

Mots-clés

  • catastrophes, désastres, sociologie de l'action publique, sociologie et dynamiques biographiques, théorie sociologique

Contacts

  • Benoit Giry
    courriel : benoit [dot] giry [at] sciencespo-rennes [dot] fr

Source de l'information

  • delphine Renard
    courriel : delphine [dot] renard [at] sorbonne-universite [dot] fr

Licence

CC-BY-4.0 Cette annonce est mise à disposition selon les termes de la Creative Commons - Attribution 4.0 International - CC BY 4.0.

Pour citer cette annonce

Delphine Renard, « Les catastrophes, questions sociologiques », Appel à contribution, Calenda, Publié le vendredi 08 décembre 2023, https://doi.org/10.58079/1cdd

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