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Disasters, sociological questions

Les catastrophes, questions sociologiques

Revue « L'Année sociologique » numéro 75-2

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Published on Friday, December 08, 2023

Abstract

L’Année sociologique lance un appel à contributions en vue de la préparation d’un numéro spécial sur le thème des catastrophes comme questions sociologiques, pour participer à l’effort de structuration de ce champ de recherche sociologique. Alors que les désastres sont devenus une expérience sociale commune, que peut nous dire la sociologie des catastrophes aujourd’hui ? Les propositions de contribution pourront porter sur des évènements contemporains ou passés. Elles devront, dans tous les cas, s’appuyer sur un matériau empirique solide, quelle que soit la méthodologie retenue (méthodes qualitatives, quantitatives ou mixtes). Une attention particulière sera portée à leur capacité à opérationnaliser les questions contemporaines de la sociologie des catastrophes, articulant éléments empiriques et réflexion théorique.

This call for papers aims to contribute to the updating and renewal of sociological reflections on Disasters, as sociological questions. By inviting the presentation of cutting-edge research in the journal founded by Emile Durkheim, this special issue of L’Année sociologique aims to contribute to an effort to structure sociological research on disasters: disasters have become a common social experience; what can the sociology of disasters tell us today? Proposals for contributions may relate to contemporary or past events. In all cases, they should be based on solid empirical material, whatever the methodology chosen (qualitative, quantitative or mixed methods). Particular attention will be paid to their ability to operationalize contemporary issues in the sociology of disasters, articulating empirical elements with theoretical reflection.

Announcement

Argumentaire

Depuis 1920 et l’étude de Samuel Prince sur l’explosion d’Halifax (Prince, 1920), la sociologie des catastrophes – entendue comme l’étude des interruptions violentes de la vie sociale dues à des morts et/ou des destructions matérielles ou environnementales réelles ou anticipées (Fritz, 1961 : 655) – s’est développée dans de nombreux pays du monde. Tout au long de son histoire, heurtée et non-linéaire, elle a enquêté sur plusieurs phénomènes catastrophiques (accidents industriels, attentats, épidémies, ouragans, séismes, etc.) et fait ressortir les régularités sociales qui se manifestaient à leur occasion. Elle constitue aujourd’hui un volumineux corpus de connaissances sur les causes, les effets sociaux et les pratiques de gouvernement des catastrophes (Tierney, 2019 ; Giry, 2023).

Ce champ de recherche se trouve désormais à la croisée des chemins. Alors que l’incidence annuelle des catastrophes a été multipliée par 15 depuis 1950, les travaux de recherche accusent un certain retard. En de nombreux endroits, comme en France, faute de structuration suffisante des efforts, les données manquent ou sont éparpillées ; de nombreux résultats, obtenus sur des terrains spécifiques, attendent d’être répliqués ailleurs.

Sur un plan théorique, la sociologie des catastrophes s’est, depuis les années 1950, largement tenue à l’écart des débats centraux de la discipline et a peu contribué à l’effort de constitution d’une sociologie générale (Stallings, 2002 ; Tierney, 2007). Des développements récents tentent, cependant, de systématiser les enquêtes et de renouer le lien avec les autres branches de la sociologie. De nombreux travaux proposent par exemple des approches intersectionnelles des vulnérabilités, croisant différents attributs sociaux (classe, genre, race, etc.) pour tenter d’expliquer les inégalités de fortune à la suite des désastres (Hartman & Squires, 2006 ; David & Enarson, 2012).

Certains travaux renouent même avec les catégories de la sociologie classique, à l’instar de ceux de Rebecca Elliott et Ryan Hagen qui mobilisent les catégories durkheimiennes du « normal » et du « pathologique » pour penser l’existence d’un « normal pathologique » (Elliott & Hagen, 2021). Un mouvement d’ensemble semble concourir à donner à la sociologie des catastrophes une place plus centrale. En invitant à présenter des travaux de recherche de pointe dans une revue historique et centrale de la discipline, ce numéro spécial de L’Année sociologique souhaite participer à cet effort de structuration de la recherche sociologique en matière de catastrophe : alors que les désastres sont devenus une expérience sociale commune, que peut-nous dire la sociologie des catastrophes aujourd’hui ?

Les propositions de contribution pourront notamment (mais non exclusivement) s’inscrire dans l’un de ces quatre axes :

1. Remettre la thèse de l’émergence des normes et de la communauté thérapeutique sur le métier

Le constat de la domination des comportements « pro-sociaux » d’entraide et d’assistance, ainsi que celui d’un fort consensus politique à la suite des catastrophes sont dorénavant des résultats bien établis. Les explications de cet état (provisoire) de communitas sont en revanche moins assurées : elles s’en sont souvent tenues à la thèse de « l’émergence de normes » en situation (Turner & Killian, 1972 ; Aguirre et al., 1998). Outre plusieurs points problématiques, cette thèse reste essentiellement descriptive, n’expliquant ni la suspension des normes anciennes, ni le triomphe des nouvelles (Giry, 2023 : 68). Dans les années 1960, Allen Barton définissait déjà les catastrophes comme des moments de « stress collectif » où un système social de secours se substitue au système social normal : il suggérait ainsi qu’au moment des désastres, les individus se dépouillent de leurs rôles sociaux habituels pour en revêtir d’autres, adaptés aux urgences du moment (Barton, 1969). À la suite de Lewis Killian (1952), Alice Fothergill montre toutefois que certains rôles, comme celui de mère de famille, sont des rôles avides (greedy roles) en ceci qu’ils entravent la capacité à participer aux activités de secours et de reconstruction (Fothergill, 1999). À l’inverse, comme le montre le travail de James Kendra et Tricia Wachtendorf sur l’évacuation de l’île de Manhattan le 11 septembre 2001, certains attributs sociaux et normes antérieures favorisent la prise en charge des rôles de secours (Kendra & Wachtendorf, 2016). Au-delà de ces quelques exemples, les travaux étudiant les moments de changement de statut, de « passing » suite aux catastrophes, sont rares. Dès lors, comment cette transition se réalise-t-elle ? Comment devient-on rescapé·e ? Comment devient-on secouriste ou réparateur de circonstance ? Quels sont les conditions, les relations et les attributs sociaux qui favorisent ou déterminent l’entrée dans l’une de ces carrières ?

2. Trajectoires individuelles et stratification sociale face aux désastres

Depuis les années 1970, de nombreux travaux ont fait ressortir l’inégale distribution des afflictions lors des désastres, mettant au jour les « vulnérabilités » que pouvaient induire certains attributs sociaux des individusou des communautés comme l’âge, la pauvreté économique, le genre ou l’isolement (Cutter et al., 2003). En revanche, et en dépit d’intuitions précoces, les débats concernant l’effet des catastrophes sur la stratification et les inégalités sociales sont beaucoup moins tranchés. Si les effets sur la distribution des revenus (Yamamura, 2015), la gentrification et la paupérisation des espaces (Gotham et Greenberg, 2014 ; Pais et Elliott, 2008) et les inégalités de patrimoine (Howell & Elliott, 2009 ; Scheidel, 2021) sont relativement bien documentés, que sait-on de l’expérience des désastres sur la mobilité sociale intra- et intergénérationnelle ? Dans la veine des travaux menés sur les « enfants de Katrina » (Fothergill & Peek, 2015), que peut-on dire des effets de long terme des catastrophes sur les trajectoires individuelles, les dynamiques biographiques ?

3. Sociologie de l’action publique en situation de catastrophe : produire du normal, produire de l’anormal

Les catastrophes peuvent être définies comme des moments d’échec de l’action organisée et des politiques publiques : c’est parce que les dispositifs de protection mis en place par les communautés ne parviennent pas à prévenir le désastre que celui-ci survient1. Les travaux de sociologie de l’action publique s’intéressant aux catastrophes se sont ainsi longtemps demandé comment l’action publique contribuait à produire de l’anormal. Depuis quelques années, des travaux renversent le questionnement, se demandant comment l’action publique produit du normal et stable. Dans sa thèse, Ryan Hagen étudie ainsi l’ensemble de tâches quotidiennes des agents permettant l’existence relativement continue de la ville de New York (Hagen, 2019). Le travail de Valérie Arnhold montre comment l’accident de Fukushima a été normalisé par les acteurs de la sécurité nucléaire afin d’assurer la continuité de la filière (Arnhold, 2019).Ces dynamiques de production collective du normal et de l’anormal, par le biais de politiques de prévention des risques (Borraz, 2008), de préparation (Collier & Lakoff, 2021), de réparation (Centemeri et al., 2022) et de perte (Elliott, 2021), ont été l’objet de travaux stimulants. Toutefois, de nombreux points restent à éclaircir : si les acteurs et les normes structurant le « monde des catastrophes » au niveau international ont été bien étudiés (Hannigan, 2013 ; Irwin, 2013 ; Revet, 2018), quelle diversité d’application locale observe-t-on dans la gestion des désastres ? Comment expliquer ces variations ? La question du rôle des acteurs économiques privés par exemple, régulièrement mentionnée, n’est que rarement étudiée systématiquement. Comment les entreprises et les particuliers interviennent-ils dans la gouvernance des catastrophes, en dehors des circuits diplomatiques et humanitaires ? Quels effets cette intervention produit-elle sur les politiques de prévention, de préparation ou de réparation ? De la même manière : si quelques analyses soulignent les effets délétères des politiques s’appuyant sur des dispositifs marchands (Adams, 2013 ; Elliott, 2021), les travaux systématiques manquent : qu’est-ce qui détermine le recours au marché et quels effets les solutions fondées sur le marché entraînent-elles sur les différent processus (prévention, préparation, réparation/perte) de gouvernement des catastrophes ?

Notes

1. Pour autant, cela ne signifie pas que l’action publique ait nécessairement dysfonctionné : certaines catastrophes sont Pour autant, cela ne signifie pas que l’action publique ait nécessairement dysfonctionné : certaines catastrophes sont le produit (involontaire) de l’action publique correctement menée et certains risques « scélérats » produisent des le produit (involontaire) de l’action publique correctement menée et certains risques « scélérats » produisent des catastrophes en dépitcatastrophes en dépit du fonctionnement normal des instruments de politiques publiques mis en oeuvre pour les du fonctionnement normal des instruments de politiques publiques mis en oeuvre pour les prévenir (Dedieu, 2013).

4. Sociologie des catastrophes, méthodologie et travail théorique : points de rencontre

La sociologie des catastrophes ne présente pas vraiment de spécificité méthodologique : les instruments utilisés par les sociologues pour étudier les désastres sont, à peu de variation près, les mêmes que ceux utilisés dans d’autres domaines de recherche (Mileti, 1987 : 69). En revanche, il arrive que d’autres champs de la sociologie fassent des usages originaux des évènements catastrophiques, comme lorsqu’ils les utilisent en tant qu’« expériences naturelles » afin de tester l’existence d’une hypothétique « malédiction des ressources naturelles » (Ramsay, 2011), ou l’effet de la mobilité résidentielle (et donc, de l’éloignement d’un environnement réputé criminogène) sur la récidive criminelle (Kirk, 2009).Ces usages soulignent le potentiel de l’étude des désastres pour une meilleure compréhension de nombreux phénomènes sociaux. Mais au-delà, l’évidence consommée de l’instabilité du monde ne remet-elle pas en question les théories sociologiques postulant des formes de continuité et de reproduction elles-mêmes ? Comment penser le monde social au moment où ce que nous nommons classiquement les « institutions », ces régularités sociales qui rendent le futur au moins partiellement prévisible, sont mises à l’épreuve par des catastrophes plus nombreuses et plus intenses ? Les circonstances historiques favorables aux désastres favorisent-elles aussi les théories sociologiques insistant sur le mouvement et la discontinuité de la vie sociale ?

Conditions de soumission et d'évaluation

Les personnes qui souhaitent répondre à cet appel à contributions sont priées de se manifester

le lundi 1er avril 2024 au plus tard,

en proposant un résumé de 3000 signes (maximum) et en précisant l’axe retenu à Benoit Giry (benoit.giry@sciencespo-rennes.fr).

Le coordinateur opérera une sélection et la communiquera aux auteurs pressentis le 1er mai 2024 au plus tard.

Par la suite, des articles en version 0 – d’un volume de 65000 signes maximum (espaces compris) et rédigés selon les indications présentées sur le site web de L'Année sociologique – devront être transmis le 15 septembre 2024 au plus tard à Benoit Giry (benoit.giry@sciencespo-rennes.fr).

Un retour sera fait rapidement par le coordinateur de manière à permettre de présenter une version 1 (amendée) au secrétariat de L'Année sociologique le 1er décembre 2024.

Ces versions 1 seront évaluées de manière anonyme par deux membres du comité de L'Année sociologique et un expert extérieur.

Le comité se réunira en janvier 2025 et transmettra ses évaluations sur les contributions à la suite, pour une parution à l’automne 2025 (numéro 75-2).

Coordination scientifique

  • Benoit Giry, Sciences Po Rennes, Arènes (CNRS UMR 6051)

Bibliographie indicative

Adams V. [2013], Markets of Sorrow, Labors of Faith. Duke University Press, Durham & London.

Aguirre B. E., Wenger D., Vigo G. [1998], « A Test of the Emergent Norm Theory of Collective Behavior », Sociological Forum vol. 13 n° 2, 301-320.

Arnhold V. [2019] « L’apocalypse ordinaire. La normalisation de l’accident de Fukushima par les organisations de sécurité nucléaire », Sociologie du travail 61 (1).

Barton A. H. [1969], Communities in Disaster: A Sociological Analysis of Collective Stress Situations, Doubleday & Co, New-York.

Borraz O. [2008], Les politiques du risque, Presses de Sciences po, Paris.

Centemeri L., Topçu S., Burgess J. P. [2022], Rethinking Post-Disaster Recovery. Socio-Anthropological Perspectives on Repairing Environments, Routledge, New-York.

Collier S. J., Lakoff A. [2021]. The Government of Emergency: Vital Systems, Expertise, and the Politics of Security. Princeton University Press, Princeton.

Cutter S. L., Boruff B. J., Shirley W. L. [2003], « Social Vulnerability to Environmental Hazards », Social Science Quarterly vol. 84 n° 2, 242-261.

David E., Enarson E. (eds) [2012], The Women of Katrina. How Gender, Race, and Class Matter in an American Disaster, Vanderbilt University Press, Nashville.

Dedieu F. [2013], Une catastrophe ordinaire. La tempête du 27 décembre 1999, EHESS, Paris.

Elliott R. [2021], Underwater: Loss, Flood Insurance, and the Moral Economy of Climate Change in the United States. Columbia University Press, New-York.

Elliott R., Hagen R. [2021], « Disasters, Continuity, and the Pathological Normal », Sociologica vol. 15 n° 1, 1-9.

Fothergill A. [1999]. “Women’s Roles in a Disaster”. Applied Behavioral Science Review 7 (2), 125-143

Fothergill A., Peek L. [2015]. Children of Katrina. University of Texas Press, Austin.

Fritz C. E. [1961], « Disaster », in: Merton R. K., Nisbet R. A. (eds), Contemporary Social Problems, Harcourt, Brace & World, New-York, 651-694.

Giry B. [2023], Sociologie des catastrophes. La découverte, Paris.

Gotham K. F., Greenberg M. [2015]. Crisis Cities. Disaster and Redevelopment in New-York and New Orleans. Oxford University Press, New-York.

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Hannigan J. A. [2012], Disasters Without Borders. The International Politics of Natural Disasters, Polity Press, Cambridge.

Hartman C., Squires G. D. (eds) [2006], There is No Such Thing as a Natural Disaster: Race, Class, and Hurricane Katrina, Routledge, New-York.

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Kendra J. M., Wachtendorf T. [2016], American Dunkirk. The Waterborne Evacuation of Manhattan on 9/11, Temple University Press, Philadelphia.

Killian L. M. [1952], « The Significance of Multiple-Group Membership in Disaster », American Journal of Sociology vol. 57 n° 4, 309-314.

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Mileti D. [1987] « Sociological Methods and Disaster Research », in: Dynes R. R., de Marchi B., Pelanda C. (eds.), Sociology of Disasters: Contributions of Sociology to Disaster Research, Franco Angeli, Milano, 57-69.

Pais J. F., Elliott J. R. [2008], « Places as Recovery Machines: Vulnerability and Neighborhood Change after Major Hurricanes », Social Forces vol. 86 n° 4, 1415-1453.

Prince S. H. [1920], Catastrophe and Social Change. Based Upon a Sociological Study of the Halifax Disaster, PhD, Columbia University.

Ramsay K. W. [2011], « Revisiting the Resource Curse: Natural Disasters, the Price of Oil, and Democracy », International Organization vol. 65 n° 3, 507-529.

Revet S. [2018], Les coulisses du monde des catastrophes « naturelles », FMSH, Paris.

Scheidel W. [2021], Une histoire des inégalités. De l’âge de pierre au XXIe siècle, Actes Sud, Paris.

Stallings R. A. [2002]. “Weberian Political Sociology and Sociological Disaster Studies”. Sociological Forum 17, 281-305.

Tierney K. J. [2007], “From the Margins to the Mainstream? Disaster Research at the Crossroads”. Annual Review of Sociology 33 (1), 503-525.

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Turner R. H., Killian L. M. [1972], Collective Behavior, Prentice-Hall, Englewood Cliffs.

Urry J. [2011], Climate Change and Society. Polity Press, Cambridge.

Yamamura E. [2015] « The Impact of Natural Disasters on Income Inequality: Analysis using Panel Data during the Period 1970 to 2004 », International Economic Journal vol. 29 n° 3, 359-374.

Argument

Since 1920 and Samuel Prince’s study of the Halifax explosion (Prince, 1920), the sociology of disasters – namely the study of violent interruptions to social life due to real or anticipated death and/or material or environmental destruction (Fritz, 1961: 655) – has made significant progress. Over the course of its long, bumpy, and non-linear history, it has investigated several catastrophic phenomena (industrial accidents, terrorist attacks, epidemics, hurricanes, earthquakes, etc.) highlighting their social aspects. It now constitutes a voluminous body of knowledge on the causes, social effects, and governance practices of disasters (Tierney, 2019; Giry, 2023).

This research area is now at a crossroads. While the annual incidence of disasters has increased 15-fold since 1950, research is lagging behind. In many places, data is lacking or scattered, due to insufficiently structured efforts; many results, obtained in specific locations, have yet to be replicated elsewhere. On a theoretical level, the sociology of disasters has, since the 1950s, largely remained outside the discipline’s central debates, and has contributed little to the effort to build up a general sociology (Stallings, 2002; Tierney, 2007). Recent developments, however, are attempting to systematize investigations and renew links with other branches of sociology. Many works, for example, propose intersectional approaches to vulnerability, crossing different social attributes (class, gender, race, etc.) to explain the diversity of social experience of disasters (Hartman & Squires, 2006; David & Enarson, 2012). Some works even revive the categories of classical sociology, such as those by Rebecca Elliott and Ryan Hagen, who mobilize the Durkheimian categories of “normal” and “pathological” to think about the existence of a “pathological normal” (Elliott & Hagen, 2021).

An overall movement seems to be helping to give the sociology of disasters a more central place. By inviting the presentation of cutting-edge research in the journal founded by Emile Durkheim, this special issue of L’Année sociologique aims to contribute to this effort to structure sociological research on disasters: disasters have become a common social experience; what can the sociology of disasters tell us today?

Proposals for contributions may focus (but are not limited to) one of the following four topics:

1. Revisiting the Emergent Norm Theory (ENT) and Therapeutic Community

The dominance of the “pro-social” behaviors, of mutual aid and assistance, and the strong political consensus following disasters, are now well-established findings. Explanations for this (temporary) state of communitas are less certain: they are often limited to the thesis of the “emergence of norms” in situations (Turner & Killian, 1972; Aguirre et al., 1998). Apart from several problematic points, this theory remains essentially descriptive, explaining neither the suspension of old norms nor the rise of new ones (Giry, 2023: 68). Back in the 1960s, Allen Barton defined disasters as moments of “collective stress” when a social system of relief replaces the normal social system: he suggested that, at the time of disasters, individuals strip themselves of their usual social roles to take on new ones, adapted to the emergencies of the moment (Barton, 1969). Following Lewis Killian (1952), Alice Fothergill shows, however, that certain roles, such as motherhood, are “greedy roles” in that they hinder the ability to participate in relief and reconstruction activities (Fothergill, 1999). Conversely, as James Kendra and Tricia Wachtendorf’s work on the evacuation of Manhattan Island on September 11, 2001 shows, certain social attributes and prior norms favor the assumption of rescue roles (Kendra & Wachtendorf, 2016). Beyond these few examples, work studying the moments of status change following disasters is rare. How does this transition take place? How does one become a survivor? How does one become a rescuer or emergency repairer? What are the conditions, relationships and social attributes that favor or determine entry into one of these careers?

2. Individual Trajectories and Social Stratification Following Disaster

Since the 1970s, numerous studies have highlighted the unequal distribution of afflictions during disasters, bringing to light the “vulnerabilities” induced by certain social attributes of individuals or communities, such as age, economic poverty, gender, or isolation (Cutter et al., 2003). On the other hand, and despite early intuitions, debates concerning the effect of disasters on social stratification and inequalities are much less clear-cut. While the effects on income distribution (Yamamura, 2015), gentrification and impoverishment of spaces (Gotham & Greenberg, 2014; Pais & Elliott, 2008) and wealth inequalities (Howell & Elliott, 2009; Scheidel, 2021) are relatively well documented, what do we know about the experience of disasters on intra-and intergenerational social mobility? In the vein of the work carried out on the “children of Katrina” (Fothergill & Peek, 2015), what can be said about the long-term effects of disasters on individual trajectories and biographical dynamics?

3. Sociology of Public Action in Disaster Situations: Making Normal or Abnormal

Disasters can be defined as moments of failure of organized action and public policy: it is because the protective measures put in place by communities fail to prevent disasters that they occur. Sociology of public action studies on disasters have long been concerned with how public action contributes to the production of abnormal. In recent years, however, work has turned this questioning on its head, asking how public action produces the normal and the stable. In his PhD thesis, Ryan Hagen studies the set of daily tasks performed by agents that enable the relatively continuous existence of the city of New York (Hagen, 2019). Valérie Arnhold’s work shows how the Fukushima accident was normalized by nuclear safety actors to ensure the continuity of the industry (Arnhold, 2019).These dynamics of collective production of the normal and the abnormal, through policies of risk prevention (Borraz, 2008), preparation (Collier & Lakoff, 2021), recovery (Centemeri et al., 2022) and loss (Elliott, 2021), have been the subject of stimulating work. However, many points remain to be clarified: while the actors and norms structuring the “disaster world” at international level have been well studied (Hannigan, 2013; Irwin, 2013; Revet, 2018), what diversity of local application do we observe in disaster management? How can these variations be explained? The question of the role of private economic players, for example, regularly mentioned, is only rarely studied systematically. How do companies and individuals intervene in disaster governance, outside diplomatic and humanitarian channels? What impact does this intervention have on prevention, preparedness, and repair policies? Similarly: while a few analyses highlight the deleterious effects of policies based on market mechanisms (Adams, 2013; Elliott, 2021), systematic studies are lacking: what determines recourse to the market, and what effects do market-based solutions have on the different processes (prevention, preparation, repair/loss) of disaster governance?

4. Sociology of Disasters, Methodology and Theoretical Work: Intersections

The sociology of disasters does not really present any methodological specificity: the instruments used by sociologists to study disasters are, with little variation, the same as those used in other fields of research (Mileti, 1987: 69). On the other hand, other fields of sociology sometimes make original uses of catastrophic events, as when they use them as “natural experiments” to test the existence of a hypothetical “natural resource curse” (Ramsay, 2011) or the effect of residential mobility (and therefore, the distance from an environment known to be criminogenic) on criminal recidivism (Kirk, 2009).These uses underline the potential of disaster studies for a better understanding of many social phenomena. But beyond that, doesn’t the world’s instability call into question sociological theories that postulate forms of continuity and reproduction themselves? How can we think about the social world at a time when what we classically call “institutions” – those social regularities that make the future at least partially predictable – are being put to the test by more numerous and more intense disasters? Do historical circumstances favorable to disasters also favor sociological theories emphasizing the movement and discontinuity of social life?

Submission guidelines and evaluation

Authors who wish to respond to this call for papers with a proposal for an article are requested to contact Benoit Giry (benoit.giry@sciencespo-rennes.fr) before

Monday 01/04/2024.

The proposal is an abstract of 3,000 characters and specifying the chosen axis.

The coordinator will make a selection and will communicate it to the prospective authors by the 01/05/2024 at the latest.

Subsequently, the texts in zero version - with a volume of 60,000 English characters maximum, all include - must imperatively be drafted following the instructions presented on the Journal website and sent to the Benoit Giry (benoit.giry@sciencespo-rennes.fr) before 15/09/2024.

A response will be made quickly by the coordinator so as to allow the drafting of a version 1 (amended) to be transmitted to the Editorial board’s secretary at L’Année sociologique by December 1, 2024 at the latest.

The article proposals will then be evaluated anonymously by two members of the editorial board and one external expert, with feedback scheduled for January 2025 (and a publication on Fall 2025, no 75-2).

Scientific Coordination

  • Benoit Giry (PhD), Sciences Po Rennes, Arènes (CNRS UMR 6051)

References

Adams V. [2013], Markets of Sorrow, Labors of Faith. Duke University Press, Durham & London.

Aguirre B. E., Wenger D., Vigo G. [1998], « A Test of the Emergent Norm Theory of Collective Behavior », Sociological Forum vol. 13 n° 2, 301-320.

Arnhold V. [2019] « L’apocalypse ordinaire. La normalisation de l’accident de Fukushima par les organisations de sécurité nucléaire », Sociologie du travail 61 (1).

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Centemeri L., Topçu S., Burgess J. P. [2022], Rethinking Post-Disaster Recovery. Socio-Anthropological Perspectives on Repairing Environments, Routledge, New-York.

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Cutter S. L., Boruff B. J., Shirley W. L. [2003], « Social Vulnerability to Environmental Hazards », Social Science Quarterly vol. 84 n° 2, 242-261.

David E., Enarson E. (eds) [2012], The Women of Katrina. How Gender, Race, and Class Matter in an American Disaster, Vanderbilt University Press, Nashville.

Dedieu F. [2013], Une catastrophe ordinaire. La tempête du 27 décembre 1999, EHESS, Paris.

Elliott R. [2021], Underwater: Loss, Flood Insurance, and the Moral Economy of Climate Change in the United States. Columbia University Press, New-York.

Elliott R., Hagen R. [2021], « Disasters, Continuity, and the Pathological Normal », Sociologica vol. 15 n° 1, 1-9.

Fothergill A. [1999]. “Women’s Roles in a Disaster”. Applied Behavioral Science Review 7 (2), 125-143

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Places

  • L'Année sociologique - Maison de la recherche de Sorbonne Université 28, rue Serpente
    Paris, France (75006)

Date(s)

  • Monday, April 01, 2024

Keywords

  • catastrophes, désastres, sociologie de l'action publique, sociologie et dynamiques biographiques, théorie sociologique

Contact(s)

  • Benoit Giry
    courriel : benoit [dot] giry [at] sciencespo-rennes [dot] fr

Information source

  • delphine Renard
    courriel : delphine [dot] renard [at] sorbonne-universite [dot] fr

License

CC-BY-4.0 This announcement is licensed under the terms of Creative Commons - Attribution 4.0 International - CC BY 4.0 .

To cite this announcement

Delphine Renard, « Disasters, sociological questions », Call for papers, Calenda, Published on Friday, December 08, 2023, https://doi.org/10.58079/1cdd

Delphine Renard

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