AccueilDépasser la dynamique centre-périphérie : l’Europe centrale et orientale du milieu du XIXe siècle à nos jours

Dépasser la dynamique centre-périphérie : l’Europe centrale et orientale du milieu du XIXe siècle à nos jours

Moving beyond the center-periphery dynamics: Central and Eastern Europe from the mid-19th century to the present

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Publié le vendredi 15 décembre 2023

Résumé

Ce colloque propose d’examiner l’expérience des pays d’Europe centrale et orientale avec le processus de modernisation, de la fin du XVIIIe siècle à nos jours, au-delà de la dichotomie centre-périphérie. 

Annonce

Argumentaire

L’Université d’Ottawa (Canada) et l’Université de Lille (France) vous invitent à participer à la conférence Dépasser la dynamique centre-périphérie : L’Europe centrale et orientale du milieu du XIXe siècle à nos jours

Cette conférence se déroulera les 5 et 6 avril 2024 à l’Université d’Ottawa et les 30 et 31 mai 2024 à l’Université de Lille.

A partir du 18e siècle, le discours sur la modernisation – entendu comme un processus visant à mettre l’organisation sociale en phase avec les attentes et les besoins des sociétés et porteur d’une promesse d’émancipation – identifie la forme occidentale de modernité, dans sa dimension politique (démocratie) et économique (capitalisme de marché), comme un modèle à suivre. Dans les empires multiculturels d’Europe centrale et orientale, les divergences dans les parcours et les rythmes de modernisation politique, économique et sociale inscrivent dans les imaginaires collectifs l’idée d’un retard structurel de ces sociétés par rapport au reste de l’Europe, les reléguant à la périphérie – ou semi-périphérie – du monde occidental (Ivan T. Berend). Depuis les travaux de Larry Wolf et de Maria Todorova, cette sorte d’orientalisme intra-européen a été déconstruite. Il n’en est pas moins que le discours de retard structurel de cette partie de l’Europe par rapport au cœur du monde occidental a été opérant dans les empires autrichien, russe et ottoman, et dans les pays qui leur ont succédé, de la fin de la Première Guerre mondiale à aujourd’hui. Ce discours justifiait des réformes structurelles et permettait l’ascension de groupes sociaux intéressés par et utiles à ses réformes. Il a également alimenté les discours contestataires et contribué à la production des modèles alternatifs, dans une relation d’interdépendance et d’échange avec les pays situés dans le cœur du monde occidental (Claudia Kraft).

Ce colloque propose d’examiner l’expérience des pays d’Europe centrale et orientale avec le processus de modernisation, de la fin du 18e siècle à nos jours, au-delà de la dichotomie centre-périphérie. 

Le colloque se déroulera en deux cessions, l’une à Ottawa (Canada) et l’autre à Lille (France). Les organisateurs recherchent des propositions qui abordent ces questions en se focalisant sur n’importe quelle tranche de la période et peuvent s’inspirer de toutes les disciplines, y compris, mais sans s’y limiter, l’histoire, les sciences politiques, la sociologie, l’anthropologie, l’économie et le droit. Les interventions de 15 minutes devraient correspondre à au moins l’un des panels suivants :

Les stratégies de modernisation

Il est d’usage de considérer que face aux difficultés de suivre de modèle de modernisation occidental (“double révolution”, Eric Hobsbawm) sous la même forme et au même rythme, les pays d’Europe centrale et orientale se tournent progressivement vers les modèles alternatifs, davantage encrées dans le contexte local, allant de l’absolutisme éclairé au 18e et 19e siècle aux démocraties illibérales d’aujourd’hui, en passant par le mouvement physiocrate, l’agrarianisme, le fascisme ou le communisme. Certaines de ces stratégies de modernisation renforcent le pouvoir de l’Etat et ses velléités autoritaires au détriment des libertés individuelles et collectives. La plupart remettent en question le modèle occidental dans son efficacité, son universalité et ses capacités d’adaptation au contexte différent de celui pour lequel il a été créé.

Sous cet angle, il serait possible d’examiner les causes de l’émergence de ces modèles, leurs logiques et leurs mécanismes de fonctionnement, les relations avec le modèle occidental et avec d’autres contre-modèles, élaborés dans d’autres espaces situés en périphérie du monde occidental (Amérique latine, Moyen-Orient, Afrique, etc.), les facteurs qui ont facilité ou freiné leur adoption.

Les acteurs et les espaces de modernisation

L’étude des acteurs du processus de modernisation, de leurs intérêts particuliers et des synergies possibles met en lumière la capacité des acteurs à définir par eux-mêmes les normes de leur existence. Elle peut être abordée par l’examen des débats sur les avantages et les inconvénients de l’adoption du modèle occidental ou sur sa possibilité même, compte tenu de la nature des sociétés locales, par l’étude des modalités de circulation des savoirs et des savoir-faire au sein de cette région, entre cette région et le cœur du monde occidental ou d’autres régions (semi-) périphériques, allant des empires multiculturels au 19e siècle aux régimes illibéraux à l’échelle globale aujourd’hui, en passant par les bloc de l’Est, de l’Ouest et du Sud à l’heure de la Guerre froide. Une autre manière est d’examiner les différents théâtres de discussion où ces débats ont eu lieu : les médias, les salons, les cercles savants, les réseaux économiques, les loges maçonniques, les corporations ou les universités du parti. Entre modèles diffusionnistes ou phénomènes polynucléaires émergerait différentes expériences et formes, connectées, de la modernité, qui se sont constamment inspirées du contexte international. 

Plusieurs espaces endossent le rôle de vitrine et de laboratoires de la modernisation. Au 19e siècle, les villes de Trieste, Sarajevo, Timisoara ou Lviv jouent ce rôle pour l’empire des Habsbourg, tout comme Saint Petersburg ou Odessa pour celui des Romanov, Thessaloniki pour l’Empire ottoman ou Essen pour celui des Hohenzollern. Dans l’entre-deux-guerres émergent plusieurs projets de modernisation innovants, comme les quartiers de Vienne la Rouge, ou la cité ouvrière de Baťa a Zlín. Sous le socialisme, ce rôle des « laboratoires de la modernité » est endossé par les villes nouvelles comme Stalinvaros, Nowa Huta, Dimitrovgrad ou Stalinstadt. Dans le même temps, ces espaces de modernisation intensive sont juxtaposées à des zones qui enregistrent un retard de développement chronique.

La chronologie de la modernisation

Une autre manière d’étudier le processus de modernisation est d’en examiner la chronologie. Il est d’usage d’affirmer que les pays d’Europe centrale et orientale ont connu une modernisation tardive, en décalage par rapport au cœur économique et politique du continent. Cette modernisation se serait accéléré à partir des années 1860-1870, en réponse à la confrontation avec l’Europe occidentale plus développée, avant de ralentir dans l’entre-deux-guerres, sous la pression des facteurs économiques et politiques défavorables. Ils auraient connu de nouveau une période d’accélération dans l’après-1945, dans sa version socialiste, puis un nouveau ralentissement dans les années 1970, avant de connaître un nouveau rebond à partir des années 1980, avec l’arrimage progressif des pays de cette région au capitalisme et à la démocratie. 

Cette périodisation pourrait être sujette à débat, en examinant les rythmes de la modernisation au sein de cette région, ses moments d’accélération et de décélération, ses décalages par rapport aux modèles retenus, ou les ruptures ses continuités dans la longue durée, bien en amont du 19e siècle, en tenant compte des changements politiques, des révolutions et des guerres que cette région a connus, et en fonction des contextes, des échelles et des modèles de modernisation déployés.

L’impact des stratégies de modernisation

Quel est l’impact des différentes stratégies de modernisation déployées dans les pays d’Europe centrale et orientale sur leurs structures sociales et leurs communautés politiques, sur leurs économies, le développement technologique et les identités culturelles ? Comment ces stratégies de modernisation affectent-elles les hiérarchies et la mobilité sociales, les divisions ethniques et de classe, les relations entre les villes et les campagnes, entre la capitale et les chefs-lieux de province, et entre les régions ? Quel est enfin leur héritage aujourd’hui ?

Directives de soumission

Veuillez soumettre un résumé en français ou en anglais de 250 à 300 mots décrivant le sujet et l’approche de votre travail au format Word à boris.vinogradov@univ-lille.fr

d’ici le 7 janvier 2024.

Les auteurs des propositions seront informés des résultats des sélections avant le 20 janvier 2024. 

Une assistance financière sera disponible pour soutenir les frais de déplacement et d’hébergement des intervenants. Une sélection d’articles sera publiée sous forme de volume collectif.

N’hésitez pas à contacter les organisateurs de la conférence pour toute question : Roman Krakovsky (roman.krakovsky@uottawa.ca) et Boris Vinogradov (boris.vinogradov@univ-lille.fr).

Cette conférence est financée conjointement par la Chaire en histoire et culture slovaque de l’Université d’Ottawa et la Chaire d’excellence de l’Université de Lille.

Sélection

La sélection des propositions sera effectuée par

  • Roman Krakovsky Assistant Professor | Professeur adjoint Chair in Slovak History and Culture | Chaire en histoire et culture slovaques History Department | Département d’histoire
  • Boris Vinogradov Chercheur postdoctoral à l’Université de Lille, UMR 8529 IRHiS / CNRS

Catégories

Lieux

  • Lille, France (59)

Format de l'événement

Événement hybride sur site et en ligne


Dates

  • dimanche 07 janvier 2024

Source de l'information

  • Boris Vinogradov
    courriel : vinogradovboris [at] live [dot] fr

Licence

CC0-1.0 Cette annonce est mise à disposition selon les termes de la Creative Commons CC0 1.0 Universel.

Pour citer cette annonce

« Dépasser la dynamique centre-périphérie : l’Europe centrale et orientale du milieu du XIXe siècle à nos jours », Appel à contribution, Calenda, Publié le vendredi 15 décembre 2023, https://doi.org/10.58079/1cfn

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