Published on Friday, February 09, 2024
Abstract
L’objet du présent colloque est de réfléchir à l’articulation entre le religieux et l’écologique par le prisme de la spatialité – c’est-à-dire les modalités d’appropriation, de production et de symbolisation de l’espace – afin de mettre en lumière les types de relations que les divers systèmes religieux entretiennent avec leur environnement, les interactions qui unissent et désunissent ces deux domaines, et les mutations de celles-ci au cours du temps, qu’il s’agisse des dynamiques historiques ou des phénomènes très contemporains d’« écologisation » du religieux ou de « coloration religieuse » de l’écologie.
Announcement
Argumentaire
« Religion » et « écologie » forment un couple paradoxal. D’une part, il est courant d’attribuer à certains systèmes religieux, en particulier les cultes non-monothéistes, un rapport harmonieux aux sphères biotique et abiotique (ensemble des vivants et non-vivants), reflet de la conscience d’une forme d’interdépendance entre humains et non-humains que la posture dite « naturaliste » (Descola 2005) aurait rompu ; d’autre part, le souci conscient des acteurs religieux vis-à-vis des questions environnementales, de l’écologie au sens contemporain du terme, reste tardif puisqu’il apparaît au tournant du xxie siècle. Or, si la question de l’amélioration de l’équilibre relationnel entre l’homme et son habitat connaît un essor croissant, celui-ci demeure toutefois timide et résulte souvent de l’impulsion du monde séculier et de la conception métaphysique ethnocentrique de la « nature ». Cette nouvelle préoccupation, illustrée par exemple par l’encyclique Laudato si’ de 2015 du Pape François, caractéristique de la montée d’une conscience écologique dans le monde contemporain n’éclaire par ailleurs que peu les relations complexes qu’entretiennent depuis toujours les systèmes religieux et leur environnement, qui est tout autant leur terreau de production qu’un important réservoir de significations. Il n’en va dès lors plus de la « religion » et de l’« écologie », mais, dans un sens plus large englobant les configurations des diverses formes cultuelles et rituelles vis-à-vis du milieu naturel à travers l’espace et le temps, du « religieux » et de l’« écologique ».
Dans la continuité du colloque « Écologie et religion », organisé en 1991 par le groupe de sociologie des religions du CNRS (Hervieu-Léger 1993), l’objet du présent colloque est de réfléchir à l’articulation entre le religieux et l’écologique par le prisme de la spatialité – c’est-à-dire les modalités d’appropriation, de production et de symbolisation de l’espace – afin de mettre en lumière les types de relations que les divers systèmes religieux entretiennent avec leur environnement, les interactions qui unissent et désunissent ces deux domaines, et les mutations de celles-ci au cours du temps, qu’il s’agisse des dynamiques historiques ou des phénomènes très contemporains d’« écologisation » du religieux ou de « coloration religieuse » de l’écologie (Obadia 2023). Nous retiendrons dans cette perspective quatre grands axes transversaux qui mettent en lumière ces enjeux :
1/ L’appropriation spatiale par le religieux
c’est-à-dire l’ensemble des modalités d’appropriation et de gestion des espaces dits naturels par le religieux. Lorsque le religieux se pare d’une dimension concrète, il nécessite des formes de marquage du sol, qu’il s’agisse de la définition d’enceintes rituelles, de l’érection de lieux de culte ou de monuments, ou de la sacralisation d’espaces donnés, parfois rendus inaccessibles hors des périodes cérémonielles, voire de la valorisation d’entités biotiques et abiotiques particulières, qui bénéficient dès lors de traitements préférentiels. Seront aussi envisagés, au contraire, les pratiques religieuses participant de la détérioration concrète de l’environnement.
2/ La symbolisation de l’espace par le religieux
c’est-à-dire les processus de représentations symboliques des éléments biotiques et abiotiques au sein des systèmes religieux. Ceux-ci comprennent bien entendu l’ensemble des figurations picturales de l’environnement dans une perspective religieuse, mais aussi les représentations discursives qui décrivent la sphère naturelle et expliquent les interactions qui lient, ou au contraire les frontières qui séparent, les humains à celle-ci.
3/ L’écologisation du religieux
c’est-à-dire le processus d’intégration d’une nouvelle attention écologique aux pratiques et aux structures religieuses existantes. Depuis le tournant du xxie siècle, les acteurs religieux accordent, souvent sous la pression ou en suivant le modèle des sphères séculières, voire suite à la dégradation des espaces qu’ils consacrent à leurs cultes, une importance grandissante à la question environnementale, qui découle sur une coloration de plus en plus verte de leur pratique, très souvent légitimée par un idéal de retour à une sagesse écologique gisant au fondement des traditions religieuses. Mutations écologiques des géo-structures et des pratiques s’y déployant s’apparient dans ce processus à une recherche de continuité religieuse sur le plan discursif.
4/ La spiritualisation de l’écologie
c’est-à-dire la charge religieuse surajoutée à la sensibilité écologique contemporaine aboutissant à l’élaboration de nouvelles religions et spiritualités. La sphère religieuse fragmentée par la modernisation s’offre aujourd’hui tel un réservoir de produits à des individus avides de construire leur propre spiritualité. Conscience écologique s’y voit alors combinée à une nébuleuse aux accents païens qui valorise une proximité retrouvée avec la « nature » encourageant à réifier la relation à certaines de ses composantes (arbres, forêts, cours d’eau, minéraux, etc.) et, donc, de nouveaux usages religieux de l’espace.
Conditions de soumission
Ce colloque, qui se déroulera les 27 et 28 mai à l’université de Toulouse Jean Jaurès, entend décloisonner la réflexion en invitant des chercheurs, jeunes ou confirmés, de tout horizon disciplinaire au sein des Lettres, Arts, Sciences humaines et sociales, à proposer une communication.
Chaque participant sera invité à expliciter ses démarches et ses modèles, afin de faciliter le dialogue entre disciplines.
Les propositions de communication (résumé et titre) ne devront pas dépasser 500 mots et seront accompagnées de renseignements (situation institutionnelle, domaine de recherche).
Nous attendons vos propositions par mail à l’adresse suivante : edouard.lherisson@inalco.fr
au plus tard le 18 février 2024.
Comité d’organisation
- Édouard L’Hérisson, Inalco, Paris
- Fiona Pugliese, Université de Toulouse Jean Jaurès, Toulouse
Comité scientifique
- Jean Marc De Grave, Université de Tours
- Georges Favraud, Université de Toulouse Jean Jaurès
- Guillaume Gaudin, Université de Toulouse Jean Jaurès
- Adeline Grand Clément, Université de Toulouse Jean Jaurès
- Edouard L’Hérisson, INALCO
- Laurent Nespoulous, INALCO
- Fiona Pugliese, Université de Toulouse Jean Jaurès
Bibliographie indicative
BERTINA, Ludovic ; GERVAIS, Mathieu ; CARNAC, Romain ; FAUCHES, Aurélien, Nature et religions, Paris, CNRS Éditions, 2013.
COMETTI, Geremia ; LE ROUX, Pierre ; MANICONE, Tiziana et MARTIN, Nastassja (dir.), Au seuil de la Forêt, Hommage à Philippe Descola, l’anthropologue de la nature, Tautem, 2019.
DESCOLA, Philippe, Par-delà nature et culture, Paris, Gallimard, 2005.
HERVIEU-LÉGER, Danièle, Religion et Écologie, Paris, Édition du Cerf, 1993.
LARRÈRE, Catherine, « Quand l’écologie rencontre la religion », [https://doi.org/10.4000/assr.51062], Paris, EHESS, 2020.
MARTIN, Nastassja, Les âmes sauvages. Face à l’Occident, la résistance d’un peuple d’Alaska, Paris, La Découverte, 2016.
OBADIA, Lionel, La spiritualité, Paris, La découverte, 2023.
PITROU, Périg, « Le biomimétisme comme système », https://doi.org/10.4000/tc.13352, Paris, EHESS, 2020.
PRÉVOT, Anne-Caroline & FLEURY, Cynthia, Le souci de la nature, Paris, CNRS Éditions, 2017.
Université Internationale des Sciences Sociales Hampaté Bâ, Écologie et Religion, Paris, L’Harmattan, 2016.
STÉPANOFF, Charles, Voyager dans l’invisible. Techniques chamaniques de l’imagination, Paris, La Découverte, 2019.
WHITE, Lynn, « The Historical Roots of Our Ecologic Crisis », Science, 155, 3767, 1967.
Subjects
Places
- Université de Toulouse Jean Jaurès 5, allées Antonio Machado
Toulouse, France (31)
Date(s)
- Sunday, February 18, 2024
Keywords
- religion, écologie, spatialité, environnement
Contact(s)
- Edouard L'Herisson
courriel : edouard [dot] lherisson [at] inalco [dot] fr
Reference Urls
Information source
- Edouard L'Herisson
courriel : edouard [dot] lherisson [at] inalco [dot] fr
License
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To cite this announcement
« Approches spatiales des liens entre le religieux et l’écologique », Call for papers, Calenda, Published on Friday, February 09, 2024, https://doi.org/10.58079/vsge