HomePenser la place des femmes dans l’histoire littéraire francophone

HomePenser la place des femmes dans l’histoire littéraire francophone

Penser la place des femmes dans l’histoire littéraire francophone

Enjeux et perspectives (Belgique, France, Luxembourg, Suisse)

*  *  *

Published on Monday, February 26, 2024

Abstract

Ce colloque entend interroger, dans une perspective sociohistorique et interdisciplinaire croisant les études littéraires, la sociologie de la littérature et les études de genre, la place qu’occupent les autrices francophones dans l’histoire littéraire et penser, d’autre part, celle qu’elles pourraient y occuper. On y envisagera cette problématique à l’aune des vastes et multiples enjeux (épistémologiques, didactiques, linguistiques, sociaux, idéologiques, mais aussi éditoriaux) qu’elle convoque.

Announcement

Argumentaire

Jadis vaste terra incognita, la place des femmes dans l’histoire littéraire a désormais acquis les contours d’un objet de recherche à part entière. Aussi leur visibilité peut-elle paraître aller de soi, à voir le nombre et le dynamisme, depuis près de cinquante ans, des travaux théoriques et des études historiques consacrés à la production littéraire des autrices, à leur représentation, à leur légitimation, mais également à l’influence qu’elles ont pu avoir, cela de leur vivant comme sur la postérité – au point que l’on a pu, comme le relèvent Nathalie Grande et Mathilde Labbé, « passer d’une histoire des autrices […] à une historiographie de la place des autrices[1] ». Les deux chercheuses soulignent à cet égard la « continuité historique dans la démarche historiographique des femmes[2] », qu’atteste en effet le vaste empan chronologique des contributions du dossier de la Revue d’histoire littéraire de la France qu’elles ont co-dirigé[3], allant de Christine de Pizan à Laure Adler. En témoigne également la récente parution des deux volumes de Femmes et littérature, une histoire culturelle (2020), synthèse dirigée par Martine Reid, magistrale, entre autres choses, par son empan chronologique et sa dimension résolument interdisciplinaire.

L’ambition même qui a guidé l’écriture de cette synthèse, celle de redonner aux autrices la place qui leur revient dans l’histoire littéraire en rendant compte de leur production du Moyen Âge à l’époque contemporaine, indique néanmoins que la question de la visibilité des autrices est rien moins que tranchée. Si l’on semble en partie sorti de cette « longue historiographie du silence[4] » évoquée par Michelle Perrot, le constat posé par Christine Planté à propos de la littérature du xixe siècle de cet « écart entre la présence de femmes écrivains dans la culture vécue et leur faible visibilité dans l’histoire littéraire[5] » prévaut encore, dans une certaine mesure, aujourd’hui.

Or la visibilité des autrices, et par conséquent la place qu’elles occupent ou peuvent occuper dans l’histoire littéraire, ont résolument partie liée avec l’espace – central ou périphérique – depuis lequel elles écrivent. Pour les autrices francophones, écrire est et demeure en effet un acte d’affirmation, du fait de la double marginalité[6] que leur confère leur statut périphérique[7] et leur genre. Cela est notamment le cas des autrices issues de ce que l’on qualifiera, avec François Provenzano, de la « francophonie du Nord[8] » – ensemble incluant la Belgique, la France, la Suisse romande et le Québec, auquel on peut ajouter le Luxembourg, théâtre d’une production en langue française certes restreinte, mais non moins bien présente et dynamique, cela à l’échelle nationale comme à l’étranger[9].

Les littératures de ces périphéries – géographiques et sociales – dont l’existence ne semble se matérialiser que par rapport à un centre hégémonique[10] peinent toutefois à se frayer un chemin jusqu’aux anthologies et aux synthèses consacrées à la production littéraire des femmes, et donc jusqu’à l’histoire (littéraire) en train de s’écrire. Pourtant, accorder à la production des autrices de la francophonie du Nord la place qui leur revient dans une histoire littéraire transnationale invite bien, comme le suggère Audrey Lasserre, à enrichir une histoire tant lacunaire que partielle[11] – voire partiale. Cela amène aussi à « repenser l’objet littéraire et à reformuler son histoire[12] » en revoyant les scansions, critères et catégories classiques de l’histoire littéraire, ainsi que ses hiérarchies et figures tutélaires consacrées – bouleversant par là la façon même d’envisager l’objet littéraire, mais également le discours que l’on pourra tenir à son égard. À ce titre, réintégrer les femmes dans l’histoire littéraire pourrait bien être le point de départ de la relecture critique que Christine Planté[13] appelait de ses vœux.

Aussi s’agira-t-il d’une part d’interroger, dans une perspective sociohistorique et interdisciplinaire croisant les études littéraires, la sociologie de la littérature et les études de genre, la place qu’occupent les autrices francophones dans l’histoire littéraire et de penser, d’autre part, celle qu’elles pourraient y occuper. On envisagera cette problématique à l’aune des vastes et multiples enjeux (épistémologiques, didactiques, linguistiques, sociaux, idéologiques, mais aussi éditoriaux) qu’elle convoque.

Modalité de soumission

Les propositions de communication sont à envoyer  à l’adresse : projetfeather@gmail.com

avant le 15 mars 2024

Comité de sélection des propositions

  • Hélène Barthelmebs, Associate Professor à l’Université du Luxembourg barthelmebs@uni.lu
  • Laetitia Saintes, chercheuse postdoctorale à l’Université du Luxembourg saintes@uni.lu

Notes

[1] Nathalie Grande et Mathilde Labbé, « Regards de femmes sur l’histoire littéraire : réflexions liminaires », in Revue d’histoire littéraire de la France, 2023/4, « Regards de femmes sur l’histoire littéraire », p. 773. Le numéro livre des pistes particulièrement stimulantes en ce qui concerne plus spécifiquement la participation des autrices à la critique comme à l’écriture de l’histoire littéraire, cela de Christine de Pizan à Laure Adler.

[2] Ibid., p. 780.

[3] Cf. supra.

[4] Michelle Perrot, op. cit., p. VI.

[5] Christine Planté, « La place des femmes dans l’histoire littéraire : annexe, ou point de départ d’une relecture critique ? », in Revue d’histoire littéraire de la France, 2003/3, vol. 103, p. 655-668.

[6] Alice Parker, Liminal Visions of Nicole Boissard, New York, Peter Lang, coll. « Francophone Cultures and Literatures », 1998.

[7] Pascale Casanova, La République mondiale des lettres, Paris, Seuil, coll. « Points Essais », 1990.

[8] Cf. François Provenzano, Historiographies périphériques. Enjeux et rhétorique de l’histoire littéraire en francophonie du Nord (Belgique, Suisse romande, Québec), Bruxelles, Académie Royale de Belgique, « Classe des Lettres », 2011.

[9] De nombreuses autrices luxembourgeoises publient non seulement au Grand-Duché, mais également dans des maisons d’édition belges et/ou françaises. On peut citer à cet égard le cas, il est vrai exceptionnel, d’Anise Koltz, poétesse luxembourgeoise d’expression française, dont une anthologie (Somnambule du jour. Poèmes choisis) a paru dans la collection « Poésie » de Gallimard en 2016 et qui a également reçu le prix Goncourt de poésie en 2018.

[10] Pierre Bourdieu, Les Règles de l’art. Genèse et structure du champ littéraire, Paris, Seuil, 1992.

[11] Audrey Lasserre, « La volonté de savoir », dans Fabula-LhT, n° 7, « Y a-t-il une histoire littéraire des femmes ? », dir. Audrey Lasserre, April 2010,URL : http://www.fabula.org/lht/7/lasserre.html, page consultée le 29 janvier 2024. DOI : https://doi.org/10.58282/lht.2964

[12] Saba Bahar et Valérie Cossy, « Le canon en question : l’objet littéraire dans le sillage des mouvements féministes », Nouvelles Questions Féministes, vol. 22, no. 2, 2003, p. 4-12.

[13] C. Planté, art. cit.

Subjects

Places

  • Campus de Belval, Maison du Savoir (MSA), Salles 3.500-3520 - 2 Avenue de l'Université
    Esch-sur-Alzette, Grand Duchy of Luxembourg (4365)

Event attendance modalities

Full on-site event


Date(s)

  • Friday, March 15, 2024

Keywords

  • femme, histoire littéraire, visibilité, francophonie du nord, étude de genre

Contact(s)

  • Laetitia Saintes
    courriel : laetitia [dot] saintes [at] uni [dot] lu

Information source

  • Laetitia Saintes
    courriel : laetitia [dot] saintes [at] uni [dot] lu

License

CC0-1.0 This announcement is licensed under the terms of Creative Commons CC0 1.0 Universal.

To cite this announcement

« Penser la place des femmes dans l’histoire littéraire francophone », Call for papers, Calenda, Published on Monday, February 26, 2024, https://doi.org/10.58079/vwtw

Archive this announcement

  • Google Agenda
  • iCal
Search OpenEdition Search

You will be redirected to OpenEdition Search