HomePour une sociologie des marges. Savoirs, engagements, méthodes

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Pour une sociologie des marges. Savoirs, engagements, méthodes

Revue Cahiers de recherche sociologique

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Published on Monday, February 26, 2024

Abstract

Ce numéro thématique se donne pour but d’interroger, à partir des recherches fondées sur des enquêtes empiriques, les notions de marges et de marginalités dans des espaces académiques pluriels. À l’appui de différentes contributions et dans une perspective internationale, il cherche à rendre raison de l’hétérogénéité des marges académiques. Il propose dans le même temps une réflexion sur les pratiques méthodologiques que ces conditions d’enquête et de recherche obligent à élaborer et à déployer. Les contributions rendront compte des stratégies discursives de contournement d’arraisonnement de la réalité qu’implique le travail sur ou depuis des « marges ». Elles expliciteront également la façon dont elles interrogent les normes en vigueur et les frontières entre centralité et marges.

Announcement

Direction scientifique

  • Natacha Chetcuti-Osorovitz - MCF-HDR École CentraleSupélec-IDHES-ENS Paris-Saclay,
  • Cynthia Colmellere - MCF, École CentraleSupélec-IDHES-ENS Paris-Saclay

Argumentaire

Depuis une vingtaine d’années, les démarches de recherche échappant aux « routines académiques » sont analysées dans la perspective de critique des rapports de force qui traversent le monde académique et, plus généralement, la production de savoirs. Ces critiques se déploient selon différents axes. Elles questionnent la recherche du mythe d’une objectivité sociologique selon laquelle, le ou la sociologue reste éloignée d’elle-même et de son objet. Le geste réflexif d’objectivation repose ici sur l’explicitation de sa socialisation au métier et aux institutions de la discipline et sa position sociale d’une part et leurs effets sur le regard sociologique et le rapport subjectivé à l’objet de ses recherches d’autre part (Scarfo-Ghellab, 2015).

L’élaboration de savoirs à partir d’épistémologies situées, de la revendication de pratiques sociologiques collectives ou du lien entre travail sociologique et intervention sociale (Leruste- Loison, 2023) déplacent les frontières entre objet et sujet de la recherche. Les recherches-créations (Chetcuti-Osorovitz, Lanno, Curiel, à paraître), le partage et l’appropriation des savoirs produits à l’intérieur de groupes socialement dominés (Perreau, 2023 ; Trawalé, 2023 ; Chetcuti, 2010), ou la démarche d’enquête en terrain familier (Landour, 2013) sont parmi les démarches de construction hybride de pratiques de recherche et de savoirs. Ces différents types de travaux, renouvellent les territoires et les pratiques d’une sociologie réflexive, prolongeant une « objectivation participante» par laquelle les relations réciproques entre connaissances scientifiques et connaissances de soi transforment les pratiques de recherches (Bourdieu, 2003). Ces évolutions dans les pratiques de recherche et le choix d’objets mettent à l’épreuve les pratiques de recherche hégémoniques, emblématiques d’une culture dominante sociologique et stimulent les dynamiques d’évolution de la discipline et de ses institutions.

Comme la notion de périphérie, la marge n’est concevable que relativement à un espace central ou de référence. Elle implique donc une conception relationnelle des activités auxquels on la rapporte, notamment les conditions de production, de réception et de légitimation des recherches et des savoirs. Des travaux en sociologie de la connaissance et en histoire des sciences, interrogent les espaces de production des savoirs. Ils montrent l’hétérogénéité des acteurs et actrices, des pratiques, des territoires d’élaboration des savoirs, et les incertitudes, conflits, rapports sociaux qui traversent ce travail. Ces recherches donnent à voir les processus par lesquels s’instituent la centralité d’une science officielle, et dans le même temps ses « marges » en relation avec une inégale distribution de la crédibilité scientifique (Fages, 2018).

Parallèlement, considérer la marge comme positionnement de l’oblique temporellement exclue des positions de pouvoir, permet de l’envisager comme un espace privilégié de transformation des normes de production de la recherche en sciences sociales. Ainsi, les marges apparaissent comme lieux de relégation mais aussi comme des espaces privilégiés de reconfiguration des frontières disciplinaires, des pratiques de recherche et des processus de légitimation des savoirs (Larcher, 2023).

Ce numéro thématique se donne pour but d’interroger, à partir de recherches fondées sur des enquêtes empiriques, les notions de marges et de marginalités dans des espaces académiques pluriels. A l’appui de différentes contributions produites dans des contextes académiques divers, dans une perspective internationale, il cherche à rendre raison de l’hétérogénéité des marges académiques. Il propose dans le même temps une réflexion sur les pratiques méthodologiques que ces conditions d’enquête et de recherche obligent à élaborer et à déployer. Les contributions rendront compte des stratégies discursives de contournement (Joly, 2018) d’arraisonnement de la réalité (Mathieu, 1985) qu’implique le travail sur ou depuis des « marges ». Elles expliciteront également la façon dont elles interrogent les normes en vigueur et les frontières entre centralité et marges.

Les articles, dans leur manière de rapporter les propositions théoriques et empiriques, sociales et politiques mises en œuvre dans ces marges, rendront compte de l’épaisseur des pratiques et des relations sociales au cœur de la production de savoirs sociologiques. Ce numéro contribuera ainsi à une sociologie des marges académiques selon les géographies institutionnelles dans lesquelles elles se meuvent.

Axes

Trois axes de recherche peuvent être explorés :

  • Un premier axe renvoie au processus de productions de recherches revendiquant des épistémologies situées.

Ces recherches produites à partir de points de vue situés et localisés subissent, encore des formes de marginalisation et manquent de reconnaissance de la part des « élites » dominantes des champs disciplinaires concernés. Les contributions interrogeront ces processus de marginalisation mais aussi la manière dont ces recherches, en s’appuyant sur les épistémologies qui les fondent, réinterrogent les frontières disciplinaires et les marges.

  • Un deuxième axe concerne les recherches « empêchées » en particulier dans des travaux les contraintes institutionnelles se sont imposées au fil du processus de recherche.

Il peut s’agir de difficultés d’entrée sur le terrain, de situations d’enquête entravées sur les plans pratiques en contexte d’enfermement, ou relatives à des situations politiques ou des contextes de confinements sanitaires. Les contributions rendront compte des conditions de productions de ces savoirs, leurs contributions à des formes de réflexivité sociologiques.

  • Un troisième axe permettra de prendre en compte les effets ou les conséquences des logiques des institutions et des communautés disciplinaires dans la production et la réception des recherches. Du côté des chercheur.es, il s’agira de montrer comme elles se positionnent et élaborent leurs objets et pratiques de recherche, au regard des normes académiques en vigueur. Les contributions interrogeront également les remises en question et déplacements des marges, selon le degré de légitimé accordé aux objets et savoirs produits.

Calendrier prévu

Les propositions de contribution, en français, présenteront les cas empiriques étudiés et les questionnements théoriques qui y sont associés. Ces propositions, comptant au plus 200 mots (hors bibliographie), devront être envoyées aux deux coordinatrices, Natacha Chetcuti-Osorovitz (natacha.chetcutiosorovitz@gmail.com) et Cynthia Colmellere (cynthia.colmellere@gmail.com)

avant le 1er avril 2024.

Celles et ceux dont les propositions auront été retenues par les coordinatrices (réponses envoyées en mai 2024) devront soumettre une première version de leur texte avant le 1er novembre 2024. La longueur ne devra pas dépasser 8000 mots (bibliographie non comprise). Chaque article sera alors évalué en double aveugle, de manière anonyme, par un processus assuré par l’équipe des Cahiers de Recherche Sociologique (https://sociologie.uqam.ca/publications/cahiers-derecherche-sociologique).

La publication du numéro est prévue pour l’automne 2025.

Bibliographie

Bourdieu, P. Science de la science et réflexivité, Paris, Raisons d’agir (Cours et travaux), 2001

Bourdieu, P. « L'objectivation participante », Actes de la recherche en sciences sociales, vol. 150, no. 5, 2003, pp. 43-58.

Chetcuti N. (1er ed. 2010), Se dire lesbienne, vie de couple, représentation de soi, sexualité, Paris, Payot.

Chetcuti-Osorovitz N., Lanno S., Cariel E. (à paraitre), « Recherche-création dans un centre d’éducation fermé pour mineures. Hybridité des méthodes et diffusion des savoirs professionnels invisibles », ¿ Interrogations ? Revue interdisciplinaire de sciences humaines et sociales

Fages, V. (2018). Savantes nébuleuses. L’origine du monde entre marginalité et autorité scientifique (1860-1920). Paris, Éd. de l’EHESS.

Joly M. (2018), La sociologie réflexive de Pierre Bourdieu, Paris, CNRS Éditions.

Landour J. (2013), « Le chercheur funambule. Quand une salariée se fait la sociologue de son univers professionnel », Genèses, 1, n°90, pp. 25-41.

Larcher, S. (2023), « Positionnalités des chercheur.e.es minoritaires. Connaître les mondes sociaux, entre rapports de pouvoir et mythe de l’objectivité », Raisons politiques, 1, n°89, pp. 5-24.

Loison-Leruste, M. (2023). « Le sans-domicilisme. Réflexion sur les catégories de l’exclusion du logement ». Revue française des affaires sociales, 29-50. En ligne : https://doi.org/10.3917/rfas.231.0029

Mathieu, N.-C (ed)., L’arraisonnement des femmes. Essais en anthropologie des sexes, Paris, Éd. De l’EHESS « Cahiers de l’Homme », 1985.

Perreau, B. (2023), Sphères d’injustice. Pour un universalisme minoritaire, Paris, La Découverte, 2023.

Scarfo-Ghellab, G. « L’auto-socio-analyse du sociologue ou les conditions pour garantir la rigueur scientifique de la sociologie », SociologieS,  2015, En  ligne : https://journals.openedition.org/sociologies/5145. DOI :10.4000/sociologies.5145.

Trawalé D. (2023), « Enquêter sur son groupe minoritaire d’appartenance : avantage épistémique et production de la face interne de la frontière du groupe », Raisons politiques, 2023/1 (N° 89), p. 43-59. En ligne : https://www-cairn-info.proxy.bibliotheques.uqam.ca/revue-raisonspolitiques2023-1-page-43.htm  

Places

  • Montreal, Canada

Date(s)

  • Monday, April 01, 2024

Keywords

  • sociologie, marge, savoir, engagement, méthode

Information source

  • Mélusine Dumerchat
    courriel : crs [at] uqam [dot] ca

License

CC0-1.0 This announcement is licensed under the terms of Creative Commons CC0 1.0 Universal.

To cite this announcement

« Pour une sociologie des marges. Savoirs, engagements, méthodes », Call for papers, Calenda, Published on Monday, February 26, 2024, https://doi.org/10.58079/vwtz

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