Publié le jeudi 29 février 2024
Résumé
Cet appel est dédié au binôme liberté / responsabilité, un binôme devenu intemporel et presque désincarné et remis à l’ordre du jour par l’actualité nationale et mondiale. Quoique les questions d’ordre philosophique traitées par Platon, Aristote, Averroès, Thomas d’Aquin, Ibn Khaldoun, et bien d’autres, représentent un topo classique dans la pensée humaine, le binôme est actuellement remis à l’ordre du jour, dans le débat public, suite aux nouvelles questions inhérentes aux processus de libération de l’individu.
Annonce
Argumentaire
L’Université de La Manouba organise, du 8 au 10 Mai 2024, la 11ème édition de son symposium international interdisciplinaire, dédiée cette année au binôme Liberté/Responsabilité ; un binôme devenu intemporel et presque désincarné et remis à l’ordre du jour par l’actualité nationale et mondiale.
Quoique les questions d’ordre philosophique traitées par Platon, Aristote, Averroès, Thomas d’Aquin, Ibn Khaldoun, et bien d’autres, représentent un topo classique dans la pensée humaine, le binôme est actuellement remis à l’ordre du jour, dans le débat public, suite aux nouvelles questions inhérentes aux processus de libération de l’individu.
Il est possible de dire que l'éveil de l'homme à la réflexion en général et à la philosophie en particulier est intimement lié à sa conscience de sa liberté et de sa responsabilité. Durant des millénaires, la configuration prémoderne conçoit la liberté et la responsabilité par rapport à la transcendance : l'homme face au destin et à Dieu (aux dieux). D’un point de vue théologique, la réponse à la question de la liberté de l'homme, dans ses choix, détermine le degré de sa responsabilité devant son créateur. Cette question a eu bien sûr des conséquences politiques très graves, il suffit de se rappeler les suites des controverses entre Mu’tazilites et Ascharites. Chacune de ces doctrines voulait fonder le dogme en cherchant à trouver, dans les arguments et les impasses de la polémique, un équilibre entre l’homme et Dieu : plus on donne de la liberté au premier, moins on attribue de la puissance au second.
Ces querelles étant une étape historique dépassée, car depuis le cogito de Descartes « je pense donc je suis », un autre moment et une autre configuration ont vu le jour. « L'homme a atteint l'âge de l'autonomie », disait Kant pour définir les Lumières, il est désormais auteur et responsable de ses actes qui lui ouvrent le livre de l'univers, et mettent à sa portée des puissances inédites. Depuis, sa liberté et sa responsabilité prennent appui sur le couple savoir et pouvoir.
«La liberté des Modernes» (Benjamin Constant) est ancrée dans les affaires de la cité dont Rousseau délimite le cadre, les normes et l’horizon, dans son Contrat social, qui sera la bible des Révolutionnaires de 1789. Par ailleurs, la science et la technique donnent à l'homme moderne des libertés inouïes, amenant Zarathoustra de Nietzsche à conclure, que dans la modernité occidentale, Dieu ne fonde plus le politique, ni le social, ni le savoir, il est désormais une affaire de conscience privée.
Les malheurs du XXème siècle ont remis en question ces horizons promis par les Lumières. La liberté et le progrès n’ont pas empêché les grandes guerres, les massacres et les génocides. Néanmoins les acquis de la liberté au niveau des mœurs, des pratiques, des sciences et des arts ont pu éclore et séduire les élites de plusieurs pays dont celle du monde arabe depuis la fin du XIX siècle, durant l’âge de la Nahdha avec des noms comme : Tahtaoui, Kheireddine ou Kacem Amine.
C’est dans cette ère de grand bouillonnement, que les sciences humaines ont pu imposer leur légitimité. Les travaux de Freud ont remis en question les élans illimités du libre-arbitre. Quant à Montesquieu pour qui « la liberté est le droit de faire tout ce que les lois permettent », il introduit une nouvelle dimension à ce qui relie la liberté à la responsabilité. Pour le sociologue, l'historien, le psychologue, l’anthropologue, et bien d’autres chercheur.e.s, la liberté est la conviction de l'acteur social au moment d'agir que personne ne peut contester.
Ainsi, liberté et responsabilité, ont dû faire face aux épreuves de leurs limites et de leurs conséquences. Les conquêtes de l'homme moderne, dans les domaines des sciences et/ou de la société, qui ont donné matière à sa liberté, le mettent aujourd'hui face à la vulnérabilité de ses choix.
Comme le montrent Rosanvallon et Dubet, avec le début de ce siècle, nous vivons la crise des institutions qui donnaient naguère aux sociétés et à l’individu la certitude du vivre-ensemble, à l'image de l'Etat-providence, l’école et la famille… Par ailleurs, la pandémie du Covid19 et le réchauffement climatique nous poussent à redéfinir la responsabilité dans l’horizon d’une éthique qui soit vigilante à l'incertitude et au risque que nous imposent la technique et la vie sur la planète Terre.
Ainsi, face aux nombreux enjeux de la raréfaction des ressources naturelles, de la globalisation, du changement climatique, des flux croissants des mobilités choisies et imposées, de l’évolution exponentielle de l’intelligence artificielle et des rapports sociaux tendus, une responsabilité nécessite d’être assumée et un cadrage éthique s’impose.
Un tel état des lieux entraîne inéluctablement une nouvelle réflexion autour des libertés et sur les conditions dans lesquelles elles ont été acquises et s’exercent concrètement.
L’histoire juridique des différentes libertés (d’expression, de pensée, de croyance, de culte, de conscience, de réunion, de presse …) montre qu’elles ont été accompagnées et engendrées par des luttes collectives qui ont dessiné les cadres de leur naissance et les formes de leur application. Ce qui explique que la responsabilité accompagnant la définition de la notion de liberté soit encadrée par celles d’égalité et de justice et de droits civiques conquis face aux pouvoirs politiques. Aborder la liberté avec ses différentes sphères, individuelle, de groupe et civique, ne peut échapper au contexte de crise de l’universalité des droits humains.
Quand la tyrannie sans visage de la technique et de la finance, relayée par les moyens de communications numériques, règne sans rival, ne serait-il pas légitime de se demander de quelle liberté (juridique, politique, etc.) peut-on encore parler ? quelle en serait l’objet et les limites ? Quelle responsabilité morale ? éthique ? politique ?… doit-on invoquer ? et quelles sont les parties (les instances, les acteurs) qui devraient en formuler les termes et l’objet ?
Voici des questions que l’UMA soumet à la réflexion et au débat. Ainsi et dans la continuité des précédentes éditions, les chercheur.e.s d'appartenances disciplinaires diverses, sont invité.e.s à présenter et à débattre leurs travaux de recherche autour du binôme liberté / responsabilité et à saisir l'opportunité offerte par ces journées de dialogue multi, inter et trans-disciplinaire pour développer des collaborations futures en la matière.
Enseignant.e.s-chercheur.e.s, post doctorant.e.s, doctorant.e.s et étudiant.e.s sont invité.e.s à prendre part aux échanges concernant les deux notions liberté/responsabilité, afin de communiquer les résultats de leurs recherches actuelles et passées et d’explorer de nouvelles pistes de production de connaissance. Les interactions dans les conférences, les sessions de communication, les tables rondes, les master class, les ateliers ou les challenges lancés dans le symposium, exploreront les modalités innovantes pour booster une contribution efficace de l’Université.
Cinq axes sont proposés pour structurer le débat autour du binôme liberté/ responsabilité:
- Savoirs, engagement et liberté;
- Institutions, entreprises et responsabilité ;
- Sciences, technologies et éthique;
- Formes d’expression et de communication;
- Liberté, désordre informationnel et enjeux éthiques.
Conditions de soumission
Dans la lignée des précédentes sessions, les 3 jours d’échanges fructueux dans les différents établissements d’enseignement supérieur et de recherche de l’UMA, permettront de croiser les regards et d’explorer de nouveaux possibles de recherche et de production de connaissance autour du thème liberté/responsabilité.
Les enseignant.e.s universitaires, les chercheur.e.s, les doctorant.e.s, jeunes et confirmé.e.s, de l’UMA ainsi que des universités tunisiennes et internationales, sont invité.e.s à proposer, au comité scientifique, leurs propositions de communications (orales ou affichées), de tables rondes (panels), d’ateliers pratiques (workshops) ou de master class, autour de la thématique choisie.
Les intervenant.e.s peuvent investir tous les domaines scientifiques mono, multi ou transdisciplinaires en sciences humaines et sociales, sciences expérimentales ou sciences « dures » ou toute autre entrée permettant d’éclairer la dialectique, contemporaine ou historique, de la liberté avec la responsabilité .
La participation des étudiant.e.s, des acteurs socio-économiques et des décideur.e.s, ainsi que la collaboration inter-institutionnelle, sont encouragées.
Les propositions doivent être soumises au comité scientifique du symposium, en ligne, en renseignant le formulaire dédié (cliquez ici)
avant le 17 Mars 2024
Pour tout complément d’information, veuillez vous adresser au comité d'organisation sur l’adresse du symposium symposium.manouba@uma.tn.
Calendrier
- 17 mars 2024, date de clôture des propositions de contribution.
- 30 mars 2024 Réponse du comité scientifique.
- du 8 au 10 mai 2024 : déroulement du symposium.
Consignes pour les communications orales
Les communications proposées pour le symposium de l’UMA doivent respecter les consignes suivantes :
- Titre
- 5 mots clés
- Liste des auteurs/contributeurs
- résumé en 500 mots
- langue : arabe, français ou anglais
- police 12
- A insérer dans le formulaire de candidature
Consignes pour les autres évènements
- Type de l'événement proposé : table ronde, master class ou atelier pratique
- Titre
- Objectif
- Descriptif en 500 mots
- Liste des contributeurs.trices/participant.e.s
- A insérer obligatoirement dans le formulaire de candidature
Informations pratiques
Le colloque est ouvert gratuitement pour les participants et pour le grand public. Les déplacements et l’hébergement sont à la charge des participants.
Comité scientifique
Jouhaina Gherib, Université de la Manouba
Samiha Khelifa, ESSTED, Université de la Manouba
Hichem Rifi, FLAHM, Université de la Manouba
Sihem Najjar, IPSI, Université de la Manouba
Hamida Skandrani, ISCAE, Université de la Manouba
Hamida El Bour, IPSI, Université de la Manouba
Kmar Bendana, ISHTC, Université de la Manouba
Chiraz Latiri, ISAMM, Université de la Manouba
Farah Zaiem, FLAHM, Université de la Manouba
Raja Ben Slama, FLAHM, Université de la Manouba
Alfonso Campisi, FLAHM, Université de la Manouba
Nabil Cherni, FLAHM, Université de la Manouba
Sihem Kchaou, FLAHM, Université de la Manouba
Comité d’organisation
Samiha Khelifa, ESSTED, Université de la Manouba
Sihem Kchaou, FLAHM, Université de la Manouba
Asma Saayed, ISAMM, Université de la Manouba
Nadia Amri, Université de la Manouba
Imen Ben Romdhane, Université de Tunis
Mouna Ouelhazi, Université de la Manouba
Lilia Barbar, Université de la Manouba
Mohamed-Hédi Abbas, Université de la Manouba
Mounir Khouildi, Université de la Manouba
Catégories
- Pensée (Catégorie principale)
Lieux
- Campus Universitaire de la Manouba
Manouba, Tunisie (2010)
Dates
- dimanche 17 mars 2024
Mots-clés
- liberté, responsabilité, engagement, éthique
Contacts
- Samiha Khelifa
courriel : samiha [dot] khelifa [at] essted [dot] uma [dot] tn
URLS de référence
Source de l'information
- Sihem Kchaou
courriel : kchaou_sihem [at] yahoo [dot] fr
Licence
Cette annonce est mise à disposition selon les termes de la Creative Commons CC0 1.0 Universel.
Pour citer cette annonce
« Liberté / responsabilité », Appel à contribution, Calenda, Publié le jeudi 29 février 2024, https://doi.org/10.58079/vxgn

