HomeLes Grecs face aux hiéroglyphes. La mort d’une écriture et l’éclosion d’un mythe

HomeLes Grecs face aux hiéroglyphes. La mort d’une écriture et l’éclosion d’un mythe

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Published on Monday, March 18, 2024

Abstract

Une œuvre incarne à elle seule l’histoire des errances méditerranéennes et nous servira de fil conducteur dans un voyage qui nous mènera des rives du Nil à celle du Tibre en passant par Constantinople : le Traité sur les Hiéroglyphes du philosophe grec Horapollon passe pour avoir été écrit en Égypte au moment où les hiéroglyphes disparaissaient et témoigne de la fascination des Grecs pour cette antique écriture. Redécouvert dans une île des Cyclades en 1419, il est rapporté en Italie où il nourrira une véritable « hiéroglyphophilie » dont Rome, grâce à ses monuments égyptiens, sera longtemps l’épicentre. Mais cet ouvrage, le seul que l’Antiquité gréco-romaine nous ait livré sur les hiéroglyphes, ne serait-il pas à son tour un mythe à déconstruire ?

Announcement

Organisation

Cycle organisé par l'École française de Rome en partenariat avec l'Ambassade de France en Italie, l'Institut français Italia, l'Académie de France à Rome - Villa Médicis, la fondation Primoli et le Museo Nazionale Romano.

Présentation

Les hiéroglyphes égyptiens sont plus qu’une écriture utilisée de façon continue par les Égyptiens jusqu’au IVe siècle de notre ère : bien au-delà des frontières de la Vallée du Nil et longtemps après la fin de la civilisation pharaonique, ils ont suscité fascination, interrogations et fantasmes. Écriture destinée à communiquer, ils se sont peu à peu parés des atours du mythe pour devenir le paradigme d’une écriture visant à dissimuler d’indicibles secrets. Ce mythe, il faudra attendre Champollion pour le faire voler en éclats sans pour autant mettre fin à l’envoûtement qu’exercent encore sur nous l’Égypte et ses mystères.

Une œuvre incarne à elle seule l’histoire de ces errances méditerranéennes et nous servira de fil conducteur dans un voyage qui nous mènera des rives du Nil à celle du Tibre en passant par Constantinople : le Traité sur les Hiéroglyphes du philosophe grec Horapollon passe pour avoir été écrit en Égypte au moment où les hiéroglyphes disparaissaient et témoigne de la fascination des Grecs pour cette antique écriture. Redécouvert dans une île des Cyclades en 1419, il est rapporté en Italie où il nourrira une véritable « hiéroglyphophilie » dont Rome, grâce à ses monuments égyptiens, sera longtemps l’épicentre. Mais cet ouvrage, le seul que l’Antiquité gréco-romaine nous ait livré sur les hiéroglyphes, ne serait-il pas à son tour un mythe à déconstruire ?

Programme

Cycle de Jean-Luc Fournet à Rome Lectures méditerranéennes

La fin de la culture hiéroglyphique - Mardi 21 mai 2024

18 h -19 h 30

Ambassade de France en Italie Institut français Italia, Palais Farnèse, Salon d'Hercule (piazza Farnese 67)

La fin d’une écriture est un phénomène aussi émouvant qu’intellectuellement instructif. Inventés peu avant 3100 avant J.-C., les hiéroglyphes et les écritures qui en dérivent (hiératique et démotique) ont dû faire face au nouvel ordre linguistique qui s’est mis en place avec la Conquête de l’Égypte par Alexandre en 332 avant J.-C. : le grec devint la langue du nouvel État, reléguant la langue égyptienne et ses écritures au second rang, situation qu’accentuèrent les Romains lorsqu’ils firent de l’Égypte une province de leur Empire en 30 avant J.-C. Nous suivrons pas à pas l’étiolement des écritures hiéroglyphiques jusqu’à leur extinction en l’an 394 (pour les hiéroglyphes) et 452 (pour le démotique) en cherchant à identifier les facteurs qui aboutirent à leur dépérissement et à leur remplacement par l’écriture copte, qui notera désormais l’égyptien pendant de nombreux siècles. Derrière cette substitution graphique se joue une révolution culturelle et religieuse dont le christianisme a été le déclencheur.

Les Grecs et les hiéroglyphes : entre fascination et égarement - Lundi 27 mai 2024

18 h -19 h 30

Académie de France à Rome - Villa Médicis (Viale della Trinità dei Monti, 1)

Le mythe des hiéroglyphes tel qu’il s’est développé dans l’Europe moderne tire ses origines du regard que les Grecs portèrent sur les écritures égyptiennes. Soumis depuis au moins Hérodote (Ve siècle avant J.-C.) aux sirènes de l’égyptophilie, les Grecs, une fois installés en Égypte, n’ont pas manqué de s’intéresser de près à la culture égyptienne et à ses modes d’expression graphique. Mais ils le firent plus en philosophes, questionnés par l’altérité de cette écriture idéographique et spéculant sur ses implications intellectuelles, qu’en philologues désireux de comprendre son fonctionnement. Accompagnant, comme spectateurs et comme acteurs, le déclin et la disparation des anciennes écritures égyptiennes, ils ont laissé de nombreux témoignages écrits de leur curiosité pour les hiéroglyphes, qui essaimèrent dans le reste du monde gréco-latin et qui, redécouverts à la Renaissance, marquèrent durablement les conceptions que les Modernes se firent de l’ancienne écriture égyptienne. Avec les Grecs, nous rentrerons dans la fabrique du mythe hiéroglyphique.

Horapollon, l’auteur d’un traité grec sur les hiéroglyphes ? - Lundi 3 juin 2024

18 h -19 h 30

Fondazione Primoli (via Giuseppe Zanardelli, 1)

Le seul ouvrage grec entièrement consacré aux hiéroglyphes qui ait été rescapé du naufrage de la littérature grecque est le traité intitulé Hieroglyphica d’Horapollon, dont le manuscrit fut redécouvert par un prêtre italien sur l’île d’Andros en 1419 et déposé à Florence en 1422. Cet ouvrage aurait pu changer l’histoire du déchiffrement des hiéroglyphes en l’anticipant de quatre siècles : Horapollon était en effet un intellectuel alexandrin qui appartenait à une famille païenne s’intéressant à la culture et la religion des anciens Égyptiens et qui était donc à même de transmettre dans ses écrits des informations précises et de première main sur les hiéroglyphes. Il en fut pourtant tout autrement : son traité, quoique décrivant environ 200 hiéroglyphes en donnant leur signification, n’a eu aucun écho dans l’Antiquité et, malgré son retentissement dès la Renaissance, n’a fait qu’égarer les Modernes en quête de la clé des hiéroglyphes. Si l’on y retrouve tous les préjugés des Grecs sur les hiéroglyphes, l’œuvre pose aussi de nombreuses questions sur la date et le milieu de sa composition qui aboutissent à mettre en doute les certitudes que l’on avait sur ce traité. Et si ces Hieroglyphica restaient encore à déchiffrer ?

Les errances du déchiffrement : déconstruire le mythe - Lundi 10 juin 2024

18 h -19 h 30

Museo Nazionale Romano, Palazzo Altemps (via di S. Apollinare, 8)

Entre la redécouverte des Hieroglyphica d’Horapollon et le déchiffrement des hiéroglyphes par Jean-François Champollion à partir de 1822, les études hiéroglyphiques ont stagné alors même que l’Égypte n’a jamais cessé d’intéresser ni d’attirer l’attention des savants sur son écriture. Ce piétinement ne s’explique pas seulement par l’absence d’une pierre de Rosette (cette dernière ne fera son apparition qu’en 1799), mais tient aussi aux préjugés grecs dont l’Europe moderne hérita avec la résurrection enthousiaste de la littérature classique à la Renaissance. Après avoir hâté la disparition des hiéroglyphes dans les derniers siècles de leur histoire, les anciens Grecs contribuèrent malgré eux à ralentir le moment du déchiffrement en léguant à la modernité les fantasmes qu’ils avaient développés sur cette écriture et qui jouèrent comme autant de blocages épistémologiques. La redécouverte des œuvres néoplatoniciennes concomitantes de celle d’Horapollon n’a fait que dévoyer un peu plus les efforts que déployaient les « antiquaires » (dont le père Athanase Kircher est le représentant le plus connu) pour redonner sens aux inscriptions hiéroglyphiques. Les sciences historico-philologiques, qui devaient triompher au XIXe siècle, se sont d’une certaine façon construites dans la déconstruction du mythe hiéroglyphique.

Lectures méditerranéennes

Depuis 2016, les « lectures méditerranéennes » ont proposé à Rome huit cycles de conférences : Mazarin l’Italien raconté par Olivier Poncet, Un nouveau monde en Méditerranée : l’Islam (VII-X sec.) avec Annliese Nef, des Sœurs latines avec Andrea Giardina, Les voyages philosophiques d’Averroès, Maïmonide et Montaigne interprétés par Ali Benmakhlouf, Les insultes du jeune Dante. Poésie et politique à Florence avec Giuliano Milani, De la chose publique à la République, entre antiquité et modernité par Claudia Moatti, et Les Ottomans et le passé méditerranéen : récits, héritages, patrimoines étudiés par Edhem Eldem.

Ces cycles entendent souligner le rôle central joué par l’espace méditerranéen dans la construction du monde européen, une évidence que traduit l’expression « berceau de civilisations » utilisée à son propos. Depuis plusieurs millénaires, ces dernières s’y sont succédées, façonnant un univers dont l’originalité a été maintes fois soulignée.

Il s’agit d’interroger la réalité contemporaine de la Méditerranée au prisme des diverses sciences sociales. Revisiter les époques et les personnages du passé en posant sur eux notre regard et notre questionnement d’hommes et de femmes du XXIe siècle, donner aux grandes questions qui traversent ce début du second millénaire (mobilités, environnement, religions, territoires, etc.) la profondeur de la réflexion historique, telle est l’ambition qui guide les « lectures ».

Le conférencier de l'édition 2024 : Jean-Luc Fournet

Jean-Luc Fournet, après avoir été membre de l’Institut Français d’Archéologie Orientale du Caire (1992-1996), puis chargé de recherche au CNRS (1996-2004), a été élu en 2004 directeur d’études en papyrologie grecque à l’École Pratique des Hautes Études avant de devenir en 2015 professeur au Collège de France sur la chaire « Culture écrite de l’Antiquité tardive et papyrologie byzantine ». Il est membre de l’équipe « Monde byzantin » de l’UMR 8167 « Orient et Méditerranée ». Éditeur de papyrus, il a développé une approche holistique de la documentation s’intéressant aux interactions entre textes littéraires et documentaires. Il travaille plus généralement sur la culture de l’Antiquité tardive — notamment le multilinguisme et les modalités de la culture écrite.

Entre autres travaux récents, il est l’auteur de The Rise of Coptic : Egyptian versus Greek in Late Antiquity (Princeton-Oxford 2020) et l’éditeur des Hieroglyphica d’Horapollon de l’Égypte antique à l’Europe moderne : histoire, fiction et réappropriation (Studia Papyrologica et Aegyptiaca Parisina 2, Paris 2021).

Partenaires

  • Ambassade de France en Italie
  • Institut français Italia
  • Académie de France à Rome - Villa Médicis
  • Fondazione Primoli
  • Museo Nazionale Romano

Informations pratiques

Les conférences se dérouleront en langue française avec traduction simultanée en italien.

Inscription obligatoire pour la conférence au palais Farnèse le 21 mai 2024 (formulaire en ligne).

Entrée libre dans la limite des places disponibles pour les autres conférences. La réservation conseillée.

Subjects

Places

  • Rome, Italian Republic

Event attendance modalities

Full on-site event


Date(s)

  • Tuesday, May 21, 2024
  • Monday, May 27, 2024
  • Monday, June 03, 2024
  • Monday, June 10, 2024

Keywords

  • grec, hiéroglyphes, écriture

Contact(s)

  • Vivien Prigent
    courriel : secrma [at] efrome [dot] it

Reference Urls

Information source

  • Marie Zago
    courriel : communication [at] efrome [dot] it

License

CC0-1.0 This announcement is licensed under the terms of Creative Commons CC0 1.0 Universal.

To cite this announcement

« Les Grecs face aux hiéroglyphes. La mort d’une écriture et l’éclosion d’un mythe », Lecture series, Calenda, Published on Monday, March 18, 2024, https://doi.org/10.58079/w1co

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