HomeLa séparation des Églises et de l’État dans l’œil des sciences sociales (1902-1935)

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Published on Thursday, March 21, 2024

Abstract

L’histoire de la séparation des Églises et de l’État, dont l’épicentre est la loi du 9 décembre 1905, a été l’objet d’une littérature abondante, bien que mesurée au regard de l’importance croissante que le débat public français octroie à la question de la laïcité depuis une trentaine d’années. Il reste une dimension historique de la laïcité à écrire.  Il s'agit de penser une nouvelle dimension de l’histoire de la laïcité française, en analysant la manière dont l'idée de séparation et de laïcité, depuis le lancement du débat à ce sujet en 1902, jusqu'à la stabilisation juridique de 1924 (accord sur les Diocésaines) et la familiarisation de la société française à cette réalité, environ dix ans plus tard (1935), a été perçue par les sciences sociales.

Announcement

La revue Les Etudes Sociales, fondée en 1856 et accessible sur le portail Cairn, pour célébrer les 120 de la loi de Séparation des Eglises et de l’Etat du 9 décembre 1905, verrou législatif et symbolique de la laïcité à la française, ouvre un appel à contributions portant sur la question suivante : « La séparation des Eglises et de l’Etat dans l’oeil des sciences sociales (1902-1935) ».

Argumentaire

L’histoire de la Séparation des Églises et de l’État, dont l’épicentre est la loi du 9 décembre 1905, a été l’objet d’une littérature abondante, bien que mesurée au regard de l’importance croissante que le débat public français octroie à la question de la laïcité depuis une trentaine d’années. C’est principalement l’histoire religieuse (Jean-Marie Mayeur), parlementaire (Jean Baubérot) et politique (Georges Weill), la sociologie historique et la sociologie (Émile Poulat, Philippe Portier) qui ont pris en charge l’étude de cette loi, dans sa périodisation courte (du début de 1904 à la fin 1905) ou moyenne (du début du cabinet Combes en 1902 aux lois d’accommodation avec l’Église catholique de janvier-mars 1907). Dans le cadre de ce dossier, un empan temporel plus large sera envisagé, de 1902 à une phase de normalisation, sinon de « stabilisation » juridique, à la suite à l’octroi d’un régime de relations spécifiques entre l’Église catholique et l’État, par la signature de l’accord sur les associations diocésaines (1923-1924) et suite à l’échec des projets de loi du Cartel des Gauches d’Édouard Herriot. La stabilisation, c’est-à-dire la familiarisation avec ce nouveau régime juridique, à un plus large niveau de la société est sans doute palpable autour de 1935. C’est pourquoi l’appel à contribution considère cette date comme son terminus ad quem.

Il reste une dimension historique de la laïcité à écrire. Il s’agit d’étudier le principe de laïcité à partir de l’espace des productions intellectuelles tel qu’il se dessine au cours des années 1900-1930. La laïcité peut ici être envisagée comme un champ de production d’un savoir et comme objet de science lui-même, d’une part, mais aussi, d’autre part, le lieu de bien des projets, des projections, des conceptions, des fantasmes, la plupart du temps inaboutis. Des travaux récents ou en cours (Vincent Genin) s’attellent à comprendre de quelle manière la question laïque a été nourrie, enrichie, débattue, resemantisée, par les intellectuels et les savants appartenant à la sociologie, à l’histoire, à la science politique, à la philosophie ou, encore, au droit. Redonner toute son épaisseur historique, sociologique mais aussi comparative à l’étude de l’objet « laïcité » permet de resituer sinon de relativiser un discours aujourd’hui très répandu, marqué au coin d’une conception exclusiviste de ce principe et porteuse de mythologies aux contours nationalistes.

Il demeure donc une réflexion de fond à mener sur la manière dont les sciences sociales, à une époque où celles-ci se déclinent parfois au singulier (la science sociale) et au lendemain d’une affaire Dreyfus qui a mobilisé l’expertise, ont traité de ce principe de séparation. La question de savoir s’il faut oui ou non  séparer les Églises de l’État n’a pas manqué d’attirer l’attention des intellectuels, qu’il s’agisse des sociologues, dont la discipline est alors en pleine constitution, des historiens, qui sont en quête de légitimation à l’heure de l’école méthodique, d’essayistes, de conférenciers, de théologiens, de philosophes post-kantiens, d’animateurs de sociétés savantes ou rouages de l’éducation populaire.

Travailler sur 1905, et selon cette approche, c’est aussi s’extraire d’un rapport temporel à la laïcité qui semble aujourd’hui obéir à l’horizon indépassable de 1989 – au niveau de l’événement fondateur et symbolique – et de la loi de mars 2004, moment législatif, moment de solution laïque, mais qui pour la première fois a marqué du sceau du principe de laïcité une loi qui peut être considérée comme une exception et une restriction de la liberté religieuse. Il sera aussi intéressant d’observer dans quelle mesure les répercussions de la Séparation ont suscité des divisions (ou des unions) idéologiques qui correspondent à celles observées durant l’affaire Dreyfus, au sein du champ intellectuel, ou à l’Assemblée nationale.

Voici les axes de recherches qui seront privilégiés :

  1. Les réflexions, durant la période envisagée,  qui émanent des intellectuels, dans le cadre académique (les chercheurs en sciences sociales), dans celui de l’éducation populaire (pensons à des cycles de conférences, des universités alternatives), tout autant d’espaces saisis dans la diversité des courants idéologiques et partisans qui les traversent (marxistes, catholiques, athées, non-conformistes des années 1920-1930, associations, etc.). Les diverses tendances de la laïcité (intégrale, libérale, cléricale) possédaient-elles leurs intellectuels organiques ? Des études de cas en ce sens seront les bienvenues.
  2. Les échos de la Séparation chez des intellectuels étrangers et, en regard, l’internationalisation de la question sous la plume d’intellectuels français.
  3. Une contribution sur des intellectuels venus d’Alsace-Moselle serait appréciée, ainsi qu’un texte autour d’un régime de laïcité ultramarin.
  4. Les écrivains et la critique littéraire dans leur rapport au principe de séparation ; des esquisses sur Marcel Proust ont été déjà proposées ; mais qu’en est-il d’autres auteurs ?

Coordination du numéro

Vincent Genin (EPHE,PSL, GSRL) et Philippe Portier (EPHE, PSL, GSRL).

Modalités de soumission

Cet appel s’adresse non seulement aux historiens mais aussi aux sociologues, juristes, politistes, philosophes et chercheurs en études littéraires.

Il sera demandé aux personnes intéressées d’envoyer à vincentgenin2023@gmail.com une proposition de contribution (500 mots)

pour le 15 mai 2024

Après examen des propositions par le Comité de revue, il sera demandé aux collègues dont la proposition a été retenue, de remettre un article de 50.000 signes maximum à la date du 15 septembre 2024.

Parution prévue en juin 2025.

Orientation bibliographique

  • Jean Baubérot, La loi de 1905 n’aura pas lieu. Histoire politique des Séparations des Eglises et de l’Etat, 3.  t., Paris, éditions de la MSH, 2019-2024.
  • Christophe Bellon, La République apaisée. Aristide Briand et les leçons politiques de la laïcité (1902-1919), Paris, Cerf Patrimoines, 2015.
  • Louis Capéran, L’invasion laïque. De l’avènement de Combes au vote de la Séparation, Paris, Desclée de Brouwer et cie, 1935.
  • Luc Fraisse, « L’engagement dans la neutralité : Proust et la loi de 1905 », Revue d’histoire et de philosophie religieuses, 2005/2, p. 279‑302.
  • Vincent Genin, « Penser et périodiser l’histoire des laïcités avec Georges Weill (1865-1944) », Les Études sociales, n°173, 2021/1, p. 215-325.
  • Vincent Genin, Histoire intellectuelle de la laïcité depuis 1905, Paris, PUF, 2024.
  • Jacqueline Lalouette, La Séparation des Églises et de l’État. Genèse et développement d’une idée 1789-1905, Paris, Seuil, « L’univers historique », 2005.  
  • Claude Langlois, « Depuis soixante ans, la République est laïque. Retour sur une ‘vocation tardive’ », Vingtième siècle. Revue d’histoire, 2005/3, n°87, p. 11-20.
  • Jean-Marie Mayeur, La question laïque XIXe-XXe siècle, Paris, Fayard, 1997.
  • Jean-Marie Mayeur, « Anatole Leroy-Beaulieu et la séparation des Églises et de l’État », Revue des sciences religieuses, 2005, t. 79, fasc. 4, p. 441‑454.
  • Philippe Portier, L’État et les religions en France. Une sociologie historique de la laïcité, Rennes, PUR, 2016.
  • Philippe Portier, « Le ‘moment laïcité’ dans l’œuvre d’Émile Poulat », in Archives de sciences sociales des religions, 176, 2016, p. 89-97.
  • Émile Poulat, Les Diocésaines - République française, Eglise catholique : Loi de 1905 et associations cultuelles, le dossier d'un litige et de sa solution (1903-2003), Paris, La Documentation française, 2007.
  • Patrick Weil, De la laïcité en France, Paris, Grasset, 2021.
  • Georges Weill, Histoire de l’idée laïque en France au XIXe siècle, Paris, Félix Alcan, 1925.

Places

  • Rue Las Cases
    Paris, France (75)

Date(s)

  • Wednesday, May 15, 2024

Keywords

  • laïcité, séparation, 1905, science sociale, religion

Contact(s)

  • Vincent Genin
    courriel : vincentgenin2023 [at] gmail [dot] com

Reference Urls

Information source

  • Vincent Genin
    courriel : vincentgenin2023 [at] gmail [dot] com

License

CC0-1.0 This announcement is licensed under the terms of Creative Commons CC0 1.0 Universal.

To cite this announcement

« La séparation des Églises et de l’État dans l’œil des sciences sociales (1902-1935) », Call for papers, Calenda, Published on Thursday, March 21, 2024, https://doi.org/10.58079/w21b

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