HomeReligions et spiritualités, marqueurs spatiaux et (re)appropriations des espaces urbains

HomeReligions et spiritualités, marqueurs spatiaux et (re)appropriations des espaces urbains

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Published on Thursday, March 21, 2024

Abstract

L’objet de cette journée d’étude sera double. Il s’agira de tenter d’identifier les espaces/interstices visibles et invisibles, parfois fugaces et insaisissables, qu’occupe le religieux (les lieux de culte, soupes populaires, lectures bibliques, école du dimanche, le cyberespace, etc.) dans les zones urbaines ; tout en interrogeant les stratégies et la créativité des acteurs des missions religieuses et spirituelles qui s’efforcent de rendre visible le religieux dans l’espace urbain. Inversement, quels espaces les acteurs institutionnels, politiques, économiques et sociaux octroient-ils (ou sont-ils prêts à octroyer) au religieux ?

Announcement

Université d’Artois - Maison de la Recherche : CREHS, Textes et Culture, IEFR

12 septembre 2024

Directeurs scientifiques

  • Claire Kaczmarek (CREHS, IEFR)
  • François Moullé (Textes et Culture)

Argumentaire

Depuis le XVIIIe siècle, l’occident, marqué par la révolution industrielle et l’expansion des empires coloniaux européens et suivi d’une phase de décolonisation chaotique, fait l’expérience d’un processus de sécularisation croissante et progressive de ses sociétés. Le développement économique et la généralisation du matérialisme accompagne le passage d’un monde majoritairement rural à un monde majoritairement urbain où les concentrations métropolitaines sont uniques dans l’histoire. Dès lors, la ville serait le théâtre de l’immoralité (Nicolas Farelly, 2019) ; Jean-Paul Burdy, 1995), « désignant l’épicentre d’une modernisation qui devrait impliquer l’inéluctable disparition de la pratique religieuse. » (Victor Albert-Blanco, 2024) « La ville serait-elle le "tombeau de la religion" ? », s’interrogent Sébastien Fath, Lucine Endelstein et Séverine Mathieu dans l’ouvrage collectif qu’ils dirigent, « Dieu change en Ville. Religion, espace, immigration ».  Le sécularisme aurait-il sonné le glas du religieux ?

Pourtant tenu pour acquis jusqu’au XIXe siècle, le sécularisme cèderait toutefois de plus en plus de terrain au religieux que les récentes conditions sanitaires et sociales auraient, entre autres, galvanisé (Assemblée Nationale, le 2 juillet 2020 ; Alexis Artaud de La Ferrière, Alexis, 2020).   

Définir le sécularisme et le postsécularisme : une contextualisation nécessaire ?

Les définitions de ces concepts sont polymorphes en fonction des sociétés, des territoires et des contextes historiques. Ces notions correspondent généralement à un processus de déchristianisation/déspiritualisation et à l’absence d’engagement et de pratiques cultuelles et spirituelles.       

Dans La Querelle de la sécularisation, de Hegel à Blumenberg, Jean-Claude Monod identifie deux phases dans ce processus qu’il nomme la sécularisation-transfert et la sécularisation-liquidation (Jean-Claude Monot, 2002). L’émancipation de la tutelle religieuse suivie d’un transfert du sacré vers d’autres confessions/institutions ou formes de pratiques de foi mène à un second temps, celui de la critique acerbe des religions, des croyances et des spiritualités de substitution.    

L’âge du sécularisme est acté et tenu pour acquis. Néanmoins, le philosophe allemand Jürgen Habermas, en interrogeant le phénomène dans une société postséculière qu’il situe entre les deux guerres mondiales, démontre que le sécularisme a entamé une nouvelle phase avec la séparation de l’Église-institution et de l’État dans certains pays, semant ainsi les graines de la laïcité.

Il n’en reste pas moins que, comme le souligne le sociologue américain P.L.Berger dans sa formule « la désécularisation » des sociétés modernes, la tendance semble s’inverser en raison d’un retour au religieux (Peter Ludwig Berger, 2001). 

Mais s’agirait-il d’un retour en arrière, voire même d’une rétrogression en réponse aux penseurs des Lumières qui voyaient la raison et la critique comme un progrès de la société ?

Dépasser la binarité par une approche dynamique ?    

Les relations entre le progrès et la dégénérescence de la société en contextes religieux ne semblent plus dominer les réflexions. Opposer foi et raison s’avère aporique.  

Or, le religieux est poreux, et par là-même, se (dé)construit en contexte politicosocio-culturel.

A la croisée de l’histoire, la civilisation, la géographie, la sociologie et l’anthropologie, le concept d’âge post-séculier, la postsécularité ou le postsécularisme est en constante évolution/involution. Demeurant dynamique, le concept évolue/involue/se transforme au sein de sociétés où religions, croyances et spiritualités ont encore droit de cité. Le religieux qui se manifeste dans les sociétés comme dans les institutions religieuses et spirituelles ne cesse de se réinventer, se recomposer et se reconfigurer. 

Ce sont précisément les contraintes et les opportunités du monde urbain qui appellent le religieux à se (ré)approprier des espaces propices à son édification qualitative, intensive et extensive. L’espace urbain est l’objet de stratégies d’appropriations territoriales visibles par l’occupation de l’espace, la production de marqueurs spatiaux et sa mise en scène d’évènements « religieux » dans l’espace public. 

Quelle place pour le religieux au sein des espaces urbains ?

Une approche de terrain dans les villes et mégalopoles du monde pourra s’appuyer sur :

  • L’histoire des périmètres définis et le relevé des marqueurs spatiaux
  • L’identification sociale et ethnique des territoires étudiés et des fidèles
  • L’appropriation de l’espace par les mouvements religieux, les marqueurs spatiaux qu’ils produisent
  • La cohabitation de marqueurs religieux et laïques
  • Des indicateurs de vitalité religieuse/spirituelle
  • Les politiques ecclésiales et temporelles en faveur/ contre le religieux
  • Les stratégies et outils des acteurs pour le rayonnement (édification intensive et extensive) 

Espaces réels versus espaces virtuels (Beaude, 2012), ou comment rendre visible le religieux dans l’espace urbain ?

En raison des contraintes religieuses, politiques, économiques et sociales, de nombreux lieux de cultes réels sont contraints à la mobilité ou de fermer leurs portes. En même temps que les politiques religieuses se doivent d’être repensées, de nouveaux besoins des fidèles voient le jour et requièrent une redéfinition des pratiques cultuelles (les cultes 2.0, les réseaux sociaux, les rendez-vous organisés en ligne qui se manifestent dans l’espace réel, etc.). Ce glissement n’est pas anodin, le cyberespace est considéré comme “un changement culturel qui bouleverse” (Marchessault Guy, 2014) les hommes et les institutions. Le religieux ne fait pas exception à cette nouvelle régle.    

Si « le religieux ne disparaît pas dans le béton et l’asphalte » (Sébastien Fath, Lucine Endelstein et Séverine Mathieu (Dir.), 2010, p. 1), de quelle manière circule-t-il ? quels sont ses destinations, ses points d’ancrage, ses trajectoires entre espaces « réel » et « virtuel » en territoire urbain ? Le religieux ne serait-il pas une expérience désormais a-territoriale/hors du territoire ? 

L’objet de cette journée d’étude sera double :

Il s’agira de tenter d’identifier les espaces/interstices visibles et invisibles, parfois fugaces et insaisissables, qu’occupe le religieux (les lieux de culte, soupes populaires, lectures bibliques, école du dimanche, le cyberespace, etc.) dans les zones urbaines.

tout en interrogeant les stratégies et la créativité des acteurs des missions religieuses et spirituelles qui s’efforcent de rendre visible le religieux dans l’espace urbain. Inversement, quels espaces les acteurs institutionnels, politiques, économiques et sociaux octroient-ils (ou sont-ils prêts à octroyer) au religieux ? 

La problématique est par essence pluridisciplinaire et touche l’ensemble des sciences humaines et sociales.

Modalités de contribution

Les propositions de communication de 3000-4000 caractères ainsi qu'une courte notice biographique sont à envoyer à Claire Kaczmarek (claire.kaczmarek@univ-artois.fr) et à François Moullé (francois.moulle@univ-artois.fr)

avant le 1 mai 2024.

La journée d'étude se déroulera le jeudi 12 septembre à l'université d'Artois.

Bibliographie

Albert-Blanco, Victor, Appel à articles pour dossier thématique de la revue Métropoles, « Espaces du religieux et transformations urbaines », juin 2024: https://journals.openedition.org/metropoles/

Artaud de La Ferrière, Alexis (Dir.), « Religion et sécularisme au temps du coronavirus », Presses universitaires de Grenoble, 2020

Assemblée Nationale, « Note à l’attention des membres de l’Office: Les cultes religieux face à l’épidémie de Covid-19 en France ». Cette note a été présentée  en réunion de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques le 2 juillet 2020, conjointement avec une note relative aux rites funéraires, par Pierre Ouzoulias, sénateur, et validée pour publication :

https://www.senat.fr/fileadmin/import/files/fileadmin/Fichiers/Images/opecst/quatre_pages/OPECST_2 020_0028_note_cultes_covid19.pdf 

Baubérot, Arnaud et Bourillon, Florence (dir.), Urbaphobie. La détestation de la ville au XIXe et XXe siècle, Acte du colloque de l’université Paris XII Créteil-Val de Marne, Pompignac Près Bordeaux, Bière, 2008

Baubérot, Jean, Portier, Philippe et Willaime, Jean-Paul (dir.), La Sécularisation en question. Religions et laïcités au prisme des sciences sociales, Paris, Classiques Garnier, coll. « Bibliothèque de science politique », 2019

Beaude, Boris, Internet, changer l’espace, changer la société : Les logiques contemporaines de synchronisation, FYP éditions, 2012

Berger, Peter Ludwig, Le réenchantement du monde, Bayard, Paris, 2001.

Burdy, Jean-Paul, La ville désenchantée ? Sécularisation et laïcisation des espaces urbains français (XIXe-XXe s.). In: CEMOTI, n°19, 1995. Laïcité(s) en France et en Turquie. pp. 129-158 :

https://doi.org/10.3406/cemot.1995.1234

www.persee.fr/doc/cemot_0764-9878_1995_num_19_1_1234

Farelly, Nicolas, Le regard de Dieu sur la ville, théologie biblique sur la cité in Les Cahiers de l’Ecole Pastorale, n°112, septembre 2019 : https://www.croirepublications.com/cahiers-ecole-pastorale/le-mondeactuel/article/le-regard-de-dieu-sur-la-ville-theologie-biblique-de-la-cite 

Fath, Sébastien, Endelstein, Lucine et Mathieu, Séverine (dir.), Dieu change en ville, Collec. Religions en questions, L’Harmattan, 2010 

Habermas, Jürgen, Entre naturalisme et religion : Les défis de la démocratie, Gallimard, 2008

Hervieu-Léger, Danièle, «La démocratie providentielle, temps de l’ultra-sécularisation», Revue européenne des sciences sociales, XLIV-135, 2006

Marchessault, Guy, « Les impacts des Web 1.0 et Web 2.0 sur la religion : un effort de prospective », Revue

Lumen Vitae, 2014/1 (Volume LXIX), p. 33-45 : https://www.cairn.info/revue-lumen-vitae-2014-1-page-

33.htm 

Monot, Jean-Claude, La Querelle de la sécularisation, de Hegel à Blumenberg, Paris, Vrin, 2002.

Portier, Philippe et Willaime, Jean-Paul, La religion dans la France contemporaine. Entre sécularisation et recomposition. Paris, Armand Colin, coll. « U », 2021

Willaime, Jean-Paul, « La sécularisation : une exception européenne ? Retour sur un concept et sa discussion en sociologie des religions », Revue française de sociologie, 2006/4 (Vol. 47), p. 755-783:

https://www.cairn.info/revue-francaise-de-sociologie-1-2006-4-page-755.htm

Places

  • Maison de la Recherche - Université d'Artois, 9, rue du Temple
    Arras, France (62000)

Event attendance modalities

Hybrid event (on site and online)


Date(s)

  • Wednesday, May 01, 2024

Keywords

  • sécularisme, postsécularisme, religion, spiritualité, lieu de culte, espace urbain, espace réel, espace virtuel, géographie des religions, déchristianisation, sécularisation, laïcisation

Contact(s)

  • François Moullé
    courriel : francois [dot] moulle [at] univ-artois [dot] fr
  • Claire Kaczmarek
    courriel : claire [dot] kaczmarek [at] univ-artois [dot] fr

Information source

  • Claire Kaczmarek
    courriel : claire [dot] kaczmarek [at] univ-artois [dot] fr

License

CC0-1.0 This announcement is licensed under the terms of Creative Commons CC0 1.0 Universal.

To cite this announcement

« Religions et spiritualités, marqueurs spatiaux et (re)appropriations des espaces urbains », Call for papers, Calenda, Published on Thursday, March 21, 2024, https://doi.org/10.58079/w21c

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