HomeVieillissements, diversités, inégalités

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Published on Monday, April 15, 2024

Abstract

La diversification des parcours de vie et des conditions dans lesquelles les personnes vieillissent est généralement admise. Toutefois, dans plusieurs études en gérontologie, l’enjeu de la diversité n’est considéré ni dans les questions posées ni sur les décisions relatives à l’échantillonnage ou les analyses réalisées. Ce constat fait écho à la vision homogénéisée promue par les modèles dominants du vieillissement à l’échelle internationale. En prescrivant les comportements attendus des personnes aînées pour qu’elles avancent en âge d’une manière optimale, souvent par le biais d’une participation sociale considérée contributive sur le plan économique et d’habitudes de vie jugées saines, les modèles du vieillissement réussi, productif ou actif n’accordent que peu ou pas d’attention à la situation socioéconomique, aux caractéristiques identitaires ou aux préférences des personnes principalement concernées.

Announcement

À propos de la revue

Fondée en 1951, Travail social (anciennement Service social) est une revue scientifique francophone consacrée à l’étude des problématiques et des pratiques sociales, l’évaluation des programmes d’intervention et l’analyse des perspectives théoriques pertinentes pour la discipline du travail social. Dans une visée de dialogue interdisciplinaire, les contributions s’inscrivent dans différents champs de savoirs professionnels et disciplinaires.

Les travaux publiés dans la revue portent sur le travail social professionnel, les enjeux sociaux contemporains au Québec et ailleurs dans le monde, les méthodologies fondamentales du travail social, la collaboration interprofessionnelle et l’analyse critique de l’organisation des services, des politiques publiques et des législations. Les membres de la communauté scientifique (chercheur·es et étudiant·es) et professionnelle (intervenant·es, analystes et gestionnaires) y publient des résultats de recherches empiriques, des recensions des écrits, des analyses théoriques et des récits de pratique qui font état de l’évolution des idées et des pratiques dans leurs champs de recherche et d’intervention respectifs.

La revue Travail social est éditée par l’École de travail social et de criminologie de l’Université Laval (Québec, Canada). Les articles soumis sont évalués par les pairs à double insu. Depuis 2002, la revue est accessible en ligne sur la plateforme Érudit.

Argumentaire

La diversification des parcours de vie et des conditions dans lesquelles les personnes vieillissent est généralement admise. Toutefois, dans plusieurs études en gérontologie, l’enjeu de la diversité n’est considéré ni dans les questions posées ni sur les décisions relatives à l’échantillonnage ou les analyses réalisées (Westwood, 2018). Ce constat fait écho à la vision homogénéisée promue par les modèles dominants du vieillissement à l’échelle internationale. En prescrivant les comportements attendus des personnes aînées pour qu’elles avancent en âge d’une manière optimale, souvent par le biais d’une participation sociale considérée contributive sur le plan économique et d’habitudes de vie jugées saines, les modèles du vieillissement réussi (Rowe et Kahn, 2015), productif (Morrow-Howell et al., 2017) ou actif (Organisation mondiale de la santé, 2007) n’accordent que peu ou pas d’attention à la situation socioéconomique, aux caractéristiques identitaires ou aux préférences des personnes principalement concernées.

Il apparaît donc crucial non seulement d’étudier et de décrire cette diversité, mais aussi de montrer que la différence, qu’elle soit avérée ou perçue, peut entraîner l’oppression et la marginalisation (British Association of Social Workers, 2021). L’invisibilité de la diversité est problématique parce qu’elle masque les inégalités sociales et de santé affectant de nombreuses personnes aînées. Pendant ce temps, on continue de valoriser un supposé consensus sur le style de vie à privilégier pour vieillir de manière responsable, bien que cela soit inaccessible ou inadapté pour de nombreuses personnes. Ce paradoxe est illustré dans des recherches portant sur les dynamiques discriminatoires vécues par des personnes aînées fréquentant des milieux de loisir (Raymond, 2019 ; Raymond et Lantagne, 2020), ou encore sur les difficultés reliées à l’isolement social rencontrées par les personnes aînées vivant seules (Soulières et Charpentier, 2022).

Au Québec, le modèle de vieillissement actif est utilisé depuis la fin des années 2010, alors que le gouvernement ébauche sa première politique entièrement dédiée au thème du vieillissement de la population, « Vieillir et vivre ensemble : chez soi, dans sa communauté au Québec » (Gouvernement du Québec, 2012). Dans le plus récent plan d’action attaché à cette politique (2018-2023), bien que la question de la diversité des profils et des parcours de vie des personnes aînées soit mentionnée, elle ne fait l’objet d’aucune mesure spécifique parmi les 85 mesures proposées, sauf celle de soutenir la recherche concernant la diversité chez les aînés (Gouvernement du Québec, 2018). Il semble sous-entendu que les personnes aînées québécoises soient toutes en mesure de participer socialement (orientation 1) et de vivre en santé (orientation 2) dans leur communauté. Pourtant, les inégalités socioéconomiques et d’accès aux services affectant les personnes aînées sont bien documentées sur le territoire québécois (Séguin et al., 2017) : elles entravent les possibilités de participation sociale et affectent la santé (Lambert et al., 2014).

Cet enjeu amène à se demander : quel est le rôle des politiques sociales quant aux conditions de vieillissement et d’inclusion sociale de personnes aînées dont les trajectoires de vie sont de plus en plus diversifiées ? Quels sont les acteurs politiques mobilisés pour une plus grande justice sociale en matière d’avancée en âge ? Où et comment faire entendre les voix moins audibles des personnes aînées dans les discours publics ?

En parallèle, de plus en plus de mesures sont proposées afin de tendre vers une société plus équitable et inclusive, souvent regroupées sous le sigle EDI (Équité, Diversité, Inclusion). Que ce soit en recherche, en enseignement ou en intervention, ces mesures appellent à prendre en compte la diversité. Cette dernière s’impose d’ailleurs comme une caractéristique indéniable de la société contemporaine, et ce, à un point tel que d’autres concepts émergent, tels ceux de « super diversité » (Doytcheva, 2018 ; Vertovec, 2007) et d’« hyper diversité » (Hannah, 2011). Cela dit, tout en admettant la nécessité de reconnaître ladite diversité dans toute sa complexité, les questions relatives à sa définition, à ce à quoi elle renvoie, restent sans réponse. Ainsi, on indique que « [l]e terme "diversité" est un véritable fourre-tout englobant plusieurs dimensions : valeurs communes, respect du pluralisme, cohésion, solidarité, ouverture, tolérance, gestion des conflits, etc. » (Rachédi, 2019, p. 37). De même, le défi intrinsèque à cet exercice d’éclaircissement met en perspective le fait qu’« aucune définition n’est proposée qui puisse faire référence commune, la diversité étant par nature sans limite… » (Masclet, 2017, p. 8). Au-delà de la définition de la diversité, Masclet (2017, p. 8) attire alors l’attention sur « les usages qui en sont habituellement faits », notamment pour « désigner les personnes et les groupes susceptibles d’être victimes de discriminations ».

Comment se traduit la diversité dans le champ du vieillissement ? À quoi ou encore à qui renvoie-t-elle ? Quels défis se posent d’un point de vue théorique et méthodologique pour appréhender ladite diversité ? Comment (re)connaitre cette diversité, les réalités et les besoins qu’elle sous-tend, sans pour autant l’essentialiser ? Est-il risqué de privilégier certaines formes de diversité et d’en occulter d’autres ?

En interrogeant l’interaction entre le personnel et le politique (Neysmith et Macadam, 1999), la mobilisation de théories critiques en gérontologie expose comment cette diversité des vieillissements s’accompagne d’inégalités sociales (de santé, socio-économiques, etc.). Ces inégalités sont comprises comme le reflet de la place collective qu’occupe un groupe au sein de rapports sociaux de pouvoir (Carde, 2020). On ne vieillit pas toutes et tous égaux, comme le montrent des recherches menées auprès de groupes minorisés de personnes aînées, par exemple les personnes présentant une déficience intellectuelle (Milot et al., 2021), Sourdes (Leduc et Grenier, 2017), s’identifiant à la communauté LGBTQ+ (Beauchamp et al., 2018) ou étant immigrantes (Brotman et al., 2023 ; Taïbi, 2019). Les analyses intersectionnelles mettent en lumière non seulement le possible croisement des inégalités en regard de rapports sociaux de pouvoir – marqués par l’âgisme, le sexisme et ses déclinaisons (hétérosexisme, cisgenrisme), le racisme ou le classisme par exemple, mais aussi la façon dont les effets néfastes de ces inégalités peuvent se cumuler dans le temps, suivant la trajectoire de vie unique de chaque individu (Victor, 2005).

Ces perspectives critiques et intersectionnelles apparaissent porteuses pour la recherche et la pratique du travail social gérontologique. Elles invitent d’une part à questionner les structures sociales et à reconnaître notre responsabilité collective face aux inégalités et d’autre part, à envisager des avenues (cliniques, sociales, politiques) pour réduire les exclusions sociales (non-reconnaissance, privation de droits et de ressources) vécues par les personnes aînées (Billette et Lavoie, 2010), par exemple les personnes aînées ayant une problématique de santé mentale (Aubin et al., 2015) ou en situation d’itinérance (Burns et al., 2018). L’ouvrage de Hulko et ses collègues (2020) expose de façon convaincante la richesse de telles applications en abordant la pratique anti-oppressive du travail social auprès des personnes aînées, de leurs familles et de leurs communautés. Les réflexions que ces approches soulèvent sont nombreuses : Comment les inégalités sociales vécues par les personnes aînées se traduisent-elles dans leur quotidien et influencent-elles leur qualité de vie ? Quel est le vécu des personnes aînées marginalisées face à ces inégalités ?

Au cours des dernières décennies, un nombre grandissant de travaux se sont intéressés à l’engagement et à la participation sociale des personnes aînées. Certains l’ont fait en documentant l’activisme de femmes aînées à partir de l’expérience concrète de militantes du secteur associatif, communautaire ou politique (Charpentier et al., 2004 ; Charpentier et Quéniart, 2007 ; Marchand et Firbank, 2014). D’autres se sont plutôt intéressés aux politiques visant un vieillissement actif et à leurs conséquences normatives sur les façons de concevoir la participation sociale des personnes aînées (Guillemard, 2013 ; Raymond et al., 2016). Ces différentes perspectives s’inscrivent dans une volonté de reconnaître et rendre visible la participation des personnes aînées à la société dans le contexte de logiques de déclin et de retrait qui restent associées de manière persistante à l’idée de vieillissement.

Par ailleurs, un nombre limité de travaux portent explicitement sur les modes de résistance et de mobilisation que les personnes aînées mettent elles-mêmes en œuvre face aux discriminations, aux différentes formes d’exclusion et aux inégalités qui les affectent. Bien que l’idée du déploiement d’un « pouvoir gris » ait retenu l’attention (Argoud, 2012 ; Viriot-Durandal, 2012) et que certains travaux aient porté sur des mobilisations particulières (Simard, 2017), la recherche concernant les stratégies des personnes aînées pour se constituer en tant qu’acteur collectif demeure parcellaire (Cefaï, 2007). En ce sens, ces dernières seraient-elles davantage l’objet de mobilisations que les initiatrices d’actions visant à faire entendre leur voix et à protéger ou rétablir leurs droits ? Comment la diversité de leur parcours et l’hétérogénéité de leurs conditions de vie influencent-elles leurs capacités à prendre la parole et à prendre action ? Quels actes de résistance et de mobilisation mettent-elles en œuvre ? Comment cette agentivité prend-elle forme au sein de leur vie quotidienne ou au sein d’associations qui les rejoignent ? Quelle place occupent leurs préoccupations et leur parole au sein des organisations qu’elles fréquentent ? Et quelles sont les responsabilités des intervenant·es et des chercheur·es, en termes de pratiques d’empowerment et de développement ou renforcement des solidarités ?

Ce numéro thématique de la revue Travail social vise à favoriser le partage de savoirs pluriels et la collaboration entre les milieux scientifiques, communautaires, institutionnels et citoyens au sujet de la diversité des vieillissements. Nous attendons des contributions présentant, par exemple, des résultats de recherche, l’analyse de politiques publiques et des récits de pratique. Dans une perspective de justice épistémique, les textes qui rendent compte des réalités des personnes principalement concernées par le sujet du numéro spécial ou qui leur donnent la parole sont particulièrement les bienvenus.

Modalités de soumission

La lettre d’intention (1 page) doit contenir les informations suivantes, dans l’ordre :

  1. Le titre provisoire de l’article
  2. Le type de contribution : a) article original présentant des résultats empiriques ; b) recension des écrits c) analyse théorique ou d) récit de pratique.
  3. Les noms et les coordonnées de l’ensemble des personnes contributrices : prénom et nom, statut (professeur·e, étudiant·e, intervenant·e, gestionnaire, etc.), département et université (ou organisation) d’attache, courriel professionnel
  4. Un résumé de la proposition (300 à 500 mots maximum)

Les manuscrits complets (entre 8 000 et 10 000 mots pour un article empirique ; entre 6 000 et 8 000 mots pour une recension des écrits ou une analyse théorique, incluant les tableaux, les graphiques, les références et les notes de bas de page ; et entre 3 000 et 5 000 mots pour un récit de pratique) des propositions retenues devront être soumis au plus tard le 1er décembre 2024.

Nous demandons aux personnes autrices qui prévoient soumettre un article de rédiger une lettre d’intention (résumé) et de l’acheminer en format Word au secrétariat de la revue Travail social : revue.ts@ulaval.ca

au plus tard le 3 juin 2024

Une réponse sera transmise au plus tard le 21 juin (proposition acceptée ou non).

Calendrier

  • 3 juin 2024 : Date limite de soumission de la lettre d’intention (résumé)
  • 21 juin 2024 : Retour aux autrices et auteurs ayant soumis une lettre d’intention : acceptation ou non de la proposition
  • 1er décembre 2024 : Soumission de la version complète des articles qui fera l’objet d’une évaluation par les pairs
  • Printemps 2025 : Réception par les autrices et auteurs des commentaires formulés par les personnes évaluatrices
  • Printemps, été 2025 : Soumission des révisions nécessaires à l’article de la part des autrices et des auteurs
  • Printemps, été 2025 : Les autrices et auteurs reçoivent les commentaires finaux des personnes évaluatrices (le cas échéant) et les versions finales sont approuvées
  • Été 2025 : Révision linguistique et mise en page des articles
  • Automne 2025 : Publication du numéro thématique

Comité de direction du numéro

  • Émilie Raymond, Marie-Hélène Deshaies, École de travail social et de criminologie, Université Laval
  • Anjelo Maindelson Joseph, École de travail social et de criminologie, Université Laval
  • Bouchra Taïbi, Département de psychoéducation et de travail social, Université du Québec à Trois-Rivières
  • Maryse Soulières, École de travail social, Université de Montréal

Date(s)

  • Monday, June 03, 2024

Keywords

  • vieillissement, diversification des parcours de vie, gérontologie, sociologie; travail social, inégalité sociale, aîné

Contact(s)

  • Proulx Julie
    courriel : revue [dot] ts [at] ulaval [dot] ca

Reference Urls

Information source

  • Kévin Lavoie
    courriel : revue [dot] ts [at] ulaval [dot] ca

License

CC0-1.0 This announcement is licensed under the terms of Creative Commons CC0 1.0 Universal.

To cite this announcement

« Vieillissements, diversités, inégalités », Call for papers, Calenda, Published on Monday, April 15, 2024, https://doi.org/10.58079/w7v9

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