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Published on Tuesday, May 14, 2024

Abstract

Le colloque « Religions et laïcités » - Les colloques de Lumi se déroulera les 8 et 9 octobre 2024 à Corte. La question de la laïcité est dans de nombreux pays d’une actualité incandescente, le phénomène étant notamment lié aux effets de la globalisation, des migrations et du « retour du religieux » après l’effondrement des grandes idéologies. Ainsi, la mise en scène de son appartenance religieuse - avec ou sans foi - apparaît de nos jours comme une condition tacite de la participation sociale du citoyen à la collectivité, de l’exercice de la citoyenneté, à rebours des principes des Lumières, de la liberté individuelle et du savoir qui seuls sauraient garantir l’émancipation individuelle. 

Announcement

Argumentaire

Le colloque « Religions et laïcités » - Les colloques de Lumi se déroulera les 8 et 9 octobre 2024 à Corte.

La question de la laïcité est dans de nombreux pays d’une actualité incandescente, le phénomène étant notamment lié aux effets de la globalisation, des migrations et du « retour du religieux » après l’effondrement des grandes idéologies.

Il est peu contestable que les peuples répondent différemment, en fonction de leur histoire propre, aux grandes problématiques inhérentes à la vie en société : la forme du régime politique, le système éducatif, les affaires extérieures ou encore – ce qui nous intéresse plus particulièrement ici – le rapport aux religions. On ne peut aborder ce dernier domaine sans évoquer les différentes formes de laïcité existantes, lesquelles doivent beaucoup aux débats qui marquèrent l’âge des Lumières, et leur évolution notamment depuis les attentats jihadistes du 11 septembre 2001. Or les Lumières ne furent pas toutes identiques, même si les auteurs emblématiques des différents pays et les idées qu’ils véhiculèrent étaient en relation. Il a été observé par exemple que les Lumières italiennes furent moins antireligieuses que les françaises. L’historien Paul Hazard, professeur à la Sorbonne et au Collège de France, observait : « On voit chez elle [l’Italie] peu d’esprits absolus, et on y chercherait en vain l’équivalent du baron d’Holbach, elle n’éprouve pas le besoin d’abolir sa religion ancestrale… ». Aussi, la laïcité italienne se limite-t-elle aujourd’hui encore à la séparation entre l’ordre politique et l’ordre ecclésial, ainsi qu’à assurer la liberté de conscience et de culte, sans volonté d’éjecter le fait religieux de la société. Si la Cour constitutionnelle italienne a formellement reconnu le principe de laïcité, le Conseil d’État a refusé de faire retirer les crucifix des salles de classe, et en mars 2011 la Cour européenne des droits de l’homme lui a donné raison.

En revanche, la laïcité française trouve son origine dans des Lumières dominées par un fort anticléricalisme. Aujourd’hui, ses défenseurs la présentent volontiers comme une « laïcité de combat ». Les chercheurs américains Will McCants et Chris Meserole, de la Brookings Institution, la qualifient pour leur part de « laïcité virulente ». Si Aristide Briand l’avait élaborée afin qu’elle garantisse la séparation de l’Eglise et de l’Etat, la neutralité de l’Etat et la liberté de conscience du citoyen, dans un contexte de radicalisation de l’islam et de volonté de sécession dans une République universaliste, elle motive désormais des interdictions au nom de la défense des droits de la femme et de la lutte contre le prosélytisme religieux au sein de l’Ecole publique. Entre ces deux pôles, Jean Baubérot observe pour sa part une diversité de laïcités françaises, faisant de ce sujet une question socialement vive au premier plan du débat public.

Autre exemple, la Corse. Au moment des Lumières, elle était dans le monde culturel italien, puis elle a reçu l’influence de la laïcité française dont les textes juridiques se sont imposés à elle. Toutefois, dans l’île, la pratique en la matière s’écarte souvent des textes de loi. D’aucuns ont pu voir une entorse à la laïcité républicaine française lorsque, en septembre 2023, les élus de toutes tendances se retrouvèrent à Rome pour accompagner l’évêque de Corse devant être créé cardinal. Plus éloigné encore de la laïcité à la française est le rituel auquel nous assistons tous les ans, lorsque le maire d’Ajaccio et les autres élus municipaux renouvellent, au titre de leurs fonctions, les vœux prononcés par leurs lointains prédécesseurs du XVIIe siècle confiant la protection de la ville à Notre Dame de la Miséricorde ! Le calendrier scolaire est également affecté par d’autres manifestations religieuses : le 8 septembre (Nativité), le 30 novembre (Sant’Andria) et le 8 décembre (Immaculée conception et Festa di a nazione), les écoles de l’île sont fermées ou proposent des activités culturelles en lien avec la Corse. Aujourd’hui, la laïcité en Corse semble se situer quelque part entre la laicità à l’italienne et la laïcité à la française.

Les trois exemples que nous venons d’exposer nous paraissent caractéristiques des débats qui agitent de nos jours les pays occidentaux. En France même, l’Église est sollicitée par les responsables politiques au sujet du mariage pour tous ou de l’aide à mourir en fin de vie. Ailleurs encore, le droit à l’avortement est remis en cause par des responsables religieux, quand d’autres entendent édicter les règles de bonne conduite des femmes. Le Pape François s’exprime quant à lui sur la sortie de l’anthropocène et la crise écologique pour exhorter les politiques à agir. Dans le même temps, on constate la montée de l’intolérance religieuse avec un antisémitisme et une islamophobie qu’aucun modèle de citoyenneté ne semble pour l’heure parvenir à juguler. Mais bien d’autres régions du monde sont concernées. Dans certains pays musulmans comme le Maroc, on observe une aspiration à la laïcité[1]. L’article 2 de la Constitution égyptienne de 1971 a cependant été conservé dans celle de 2014 : « L’islam est la religion de l’État. L’arabe est sa langue officielle. Les principes de la charia islamique sont la source principale de la législation ». L’aspiration à la laïcité comme condition de la liberté est clairement réprimée en Iran, où le mouvement « Femmes, vie, liberté » poursuit néanmoins sa lutte contre l’Ayatollah Khomeini. Quant à la Turquie, sa laïcisation précoce par Mustafa Kemal est aujourd’hui remise en question. En Inde également, beaucoup considèrent que la laïcité est menacée par la politique du premier ministre Narendra Modi[2]. Quant à la Chine, elle est également critiquée pour sa politique répressive envers les bouddhistes au Tibet, comme à l’égard des Ouïghours de confession musulmane. Ainsi, la mise en scène de son appartenance religieuse -avec ou sans foi- apparaît de nos jours comme une condition tacite de la participation sociale du citoyen à la collectivité, de l’exercice de la citoyenneté, à rebours des principes des Lumières, de la liberté individuelle et du savoir qui seuls sauraient garantir l’émancipation individuelle. 

Parmi les différentes pistes de recherche, il serait possible d’aborder les thématiques suivantes :

  • Les nouveaux enjeux de la laïcité ;
  • Les laïcités dans le monde occidental ;
  • Islam et laïcité ;
  • Le secularism, laïcité à l’indienne ;
  • La laïcité à l’israélienne ;
  • Qu’est-ce qu’une « laïcité de combat » ?
  • Peut-on parler de « laïcité corse » ?
  • Laïcité et « laïcisme » ;
  • Les nouvelles formes de religiosité ;
  • Les radicalismes religieux ;
  • Citoyenneté et religion ;
  • Religions et écologie ;
  • Comparaison des régimes de laïcité en Méditerranée ;
  • Droits de femmes et religions…

Le colloque s’inscrit dans le cadre des travaux portés par l’UMR CNRS 6240 LISA de l’Université de Corse et par la Chaire Unesco, Devenirs en Méditerranée, et il se situera dans le prolongement du programme « Paoli-Napoléon » (Programme associant depuis 2014 la Collectivité de Corse et l’Université, relatif aux études sur les grandes figures de l’histoire de la Corse des Lumières et des révolutions ainsi qu’à la valorisation économique de ces travaux).

Les actes du colloque seront publiés dans le n°5 de la revue Lumi, consacrée aux études sur l’âge des Lumières et des révolutions et leur postérité, créée en décembre 2022.

La revue est consultable, en libre accès, à cette adresse : m3c.universita.corsica/lumi/

Modalités de soumission

Une proposition de communication au colloque (une quinzaine de lignes maximum), assortie d’une brève présentation de l’auteur, sera soumise

avant le lundi 1er juillet 2024 à midi.

Le comité de lecture fera connaître sa décision à chaque auteur d’une proposition avant le 15 juillet 2024:

  • Soit la proposition n’est pas retenue ;
  • Soit la proposition est retenue en vue d’une participation au colloque avec publication d’un article dans le numéro 5 de la revue Lumi qui sera édité en décembre 2024. 
  • Soit la proposition est retenue uniquement en vue de la publication d’un article dans le numéro 5 de la revue Lumi.

Dans le cas où la proposition de communication est retenue, l'auteur devra faire parvenir le texte de sa communication (maximum 40 000 signes espaces compris) avant le 2 septembre 2024. Cette proposition doit suivre la feuille de style de la revue Lumi (docx).

Merci de transmettre votre proposition aux trois adresses suivantes:  mattei_a(at)univ-corse.fr  lumi(at)universita.corsica  chaire.unesco(at)univ-corse.fr

Comité scientifique de la revue Lumi

– Laetizia Castellani, Professeur certifiée, Université de Corse, Histoire (XIXe siècle)

– Jean-Yves Coppolani † , Professeur émérite des universités en Histoire du Droit et des institutions, Université de Corse

– Alain Di Meglio, Professeur des universités, Université de Corse, langue et culture corse

– Thierry Dominici, enseignant-chercheur à l’Université de Bordeaux, sciences politiques

– Eric Dubesset, Professeur des universités, Directeur du Centre Montesquieu de Recherches Politiques, Université de Bordeaux, sciences politiques

– Bruno Garnier, Professeur des universités, Université de Corse, sciences de l’éducation

– Eugène Gherardi, Professeur des universités, Directeur de l’UMR LISA 6240, Université de Corse, Histoire culturelle

– Antoine-Marie Graziani, Professeur des universités, Université de Corse, Histoire (XVIIIe siècle)

– Sylvain Gregori, Directeur du musée de Bastia, Histoire

– Florence Jean-Coppolani, Maître de conférences, Université de Corse, histoire du droit et des institutions, droit musulman

– Denis Jouffroy, Maître de conférences, Université de Corse, LCC et Humanités environnementales

– Christophe Luzi, Ingénieur de recherche CNRS, HDR, Université de Corse, Humanités numériques

– Wanda Mastor, Professeur des universités, Université de Toulouse, agrégée de Droit public

– Jean-Marc Olivesi, Conservateur de la maison Bonaparte à Ajaccio, Histoire de l’art

– Stéphane Paquin, Professeur à l’Ecole nationale d’administration publique (ENAP), co-directeur de la collection « Politique mondiale » aux presses de l’Université de Montréal, Québec, économie politique internationale et comparée.

– Jean-Paul Pellegrinetti, Professeur des universités, directeur de publication de la revue Cahiers de la Méditerranée et de la revue Études Corses, Université de Nice, histoire (XIXe siècle)

– Jean-Dominique Poli, Maître de conférences, Université de Corse, littérature

– Géraud Poumarède, Professeur des universités, Bordeaux Montaigne, Histoire moderne, Co-directeur du Centre d’Etudes des mondes moderne et contemporain

– François Quastana, Professeur des universités, Aix-Marseille Université, Histoire du droit et des institutions

– Sébastien Quenot, Maître de conférences, responsable de la chaire Unesco « Devenirs en Méditerranée », Université de Corse, Sociologie, imaginaire

– Didier Rey, Professeur des universités, Université de Corse, Histoire contemporaine

– Guillaume Rousseau, Professeur agrégé, Université de Sherbrooke, Droit public.

– François Saint-Bonnet, Professeur des universités, Université Paris Panthéon-Assas, Histoire du droit

– Daniel-Louis Seiler, Professeur des universités, Sciences Po Aix-en-Provence

– Kamel Skander, Professeur, Directeur du Laboratoire d’Études et de Recherches Interdisciplinaires et Comparées de l’Université de Sfax, littérature

– Jean-Guy Talamoni, Avocat, enseignant-chercheur HDR à l’Université de Corse, Histoire des idées

– Jacques Thiers, Professeur des universités émérite, Université de Corse, langue et culture corse

– Pierre-Antoine Tomasi, enseignant-chercheur à l’Université de Corse, Droit constitutionnel

– Marie-France Verdier, Maître de conférences HDR à l’Université de Bordeaux, Directrice de la revue de droit constitutionnel comparé Politeia, Droit public

– Michel Vergé-Franceschi, Professeur des universités, université de Tours, Histoire (XVIIIe siècle)

Comité de lecture de la revue Lumi

  • Eugène Gherardi
  • Christophe Luzi
  • Wanda Mastor
  • Sébastien Quenot
  • Jean-Guy Talamoni
  • Pierre-Antoine Tomasi

Direction scientifique

  • Jean-Guy Talamoni
  • Sébastien Quenot

Notes

[1] Karkbi, Badr. « La question laïque au Maroc : religion majoritaire, revendications minoritaires », Confluences Méditerranée, vol. 114, no. 3, 2020, pp. 85-95.

[2] Voir notamment l’éditorial du journal Le Monde en date du 17 décembre 2019, « Menace sur la laïcité indienne », https://www.lemonde.fr/idees/article/2019/12/17/menace-sur-la-laicite-indienne_6023163_3232.html

Places

  • Corte, France (2B)

Event attendance modalities

Hybrid event (on site and online)


Date(s)

  • Monday, July 01, 2024

Keywords

  • religion, laïcité

Reference Urls

Information source

  • Andrea Mattei
    courriel : mattei_an [at] univ-corse [dot] fr

License

CC0-1.0 This announcement is licensed under the terms of Creative Commons CC0 1.0 Universal.

To cite this announcement

« Religions et laïcités », Call for papers, Calenda, Published on Tuesday, May 14, 2024, https://doi.org/10.58079/11nyz

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