HomeHistoire transmédia : circulations, reconfigurations et nouvelles méthodologies

HomeHistoire transmédia : circulations, reconfigurations et nouvelles méthodologies

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Published on Friday, May 24, 2024

Abstract

Comment mettre en pratique une histoire « transmedia » sur le plan aussi bien empirique que théorique ? L'approche « transmedia » consiste à faire l'histoire des médias à travers l'étude simultanée de différents médias et à prendre en compte l’écosystème médiatique dans lequel les médias évoluent. Ce colloque réunira des chercheuses et des chercheurs de plusieurs disciplines pour croiser les regards sur cette question et échanger autour des nouvelles ouvertures autorisées par la numérisation d’abord, par les nouveaux outils développés ensuite à l’ère numérique, pour conduire des recherches transmédias.

Announcement

Ce colloque international aura lieu à l'université de Lausanne, les 27-28 janvier 2025. Il est organisé par le projet Impresso et la Section d’histoire de l’Université de Lausanne

Argumentaire

Comment mettre en pratique une histoire “transmedia” sur le plan aussi bien empirique que théorique ? Le colloque international “Transmedia History”, soutenu par le projet Impresso et la Section d’histoire de l’Université de Lausanne, réunira des chercheuses et des chercheurs de plusieurs disciplines pour croiser les regards sur cette question et échanger autour des nouvelles ouvertures autorisées par la numérisation d’abord, par les nouveaux outils développés ensuite à l’ère numérique, pour conduire des recherches transmédias.

Le champ de l'histoire des médias se caractérise par une multitude d'histoires parallèles, ce qui rend les comparaisons difficiles (Fickers 2018, p. 121). Pendant longtemps, la plupart des recherches sur l'histoire des médias se sont concentrées sur l'étude d'un seul média (presse, télévision, radio, etc…) ou d’une seule institution et dans un cadre généralement national. À partir du milieu des années 2000, le tournant transnational, qui a touché l'ensemble des sciences historiques, a permis l'émergence de nouvelles tendances dans les objectifs de recherche (Bourdon 2008; Vallotton et Nicoli 2021): des recherches basées sur un cadre spatial et temporel plus large, des recherches moins guidées par une approche institutionnelle, mais qui s'intéressent davantage aux contenus et à leur circulation, et des recherches qui se consacrent à un spectre élargi du champ des médias comme les technologies de la communication. Le développement de l’histoire des communications, des industries culturelles, des techniques, mais aussi des relations internationales ont contribué à une forme de décloisonnement qui a souvent ouvert la voie à une histoire plus globale des systèmes médiatiques (Mattelart 2002). Ces nouvelles approches sont notamment rendues possibles par la numérisation massive des collections de sources médiatiques et le développement de leur mise en ligne, facilitant l'accès des chercheuses et des chercheurs. Des réseaux de recherche internationaux se sont alors constitués pour poursuivre ces ambitions transnationales, d'abord autour du livre (Society for the History of Authorship, Reading and Publishing - SHARP) et de la télévision (European Television History Network - ETHN, (Post)Socialist Television History Network), puis également autour de la radio (Transnational Radio Encounters - TRE) et de la presse (Transnational Network for the Study of the Press in Foreign Languages - Transfopress). Ce virage transnational a constitué une avancée importante et a donné lieu à plusieurs publications significatives (par ex. Mollier et Lyon 2012 sur le livre; Fickers et Johnson 2012 sur la télévision; Badenoch, Fickers et Henrich-Franke 2013 sur la radio et une histoire mondiale de la presse francophone qui est en préparation).

Cependant, les frontières à franchir ne sont pas seulement géographiques, mais aussi entre les diverses institutions médiatiques (Cronqvist et Hilgert 2017, p. 134). Ce défi a été à l’origine de la formation, en 2013, d’un réseau dont l'ambition est de réaliser une “histoire enchevêtrée des médias”: Entangled Media Histories (EMHIS). Dans un texte qui fait date, publié en 2017, deux membres de ce groupe de recherche, Marie Cronqvist et Christoph Hilgert, définissent ce concept “as a means of better understanding the dynamic interconnectedness of media across semiotic, technological, institutional and political boundaries in history” (Cronqvist et Hilgert 2017, p. 130). Leur objectif n’est pas d’additionner l’histoire de médias différents, mais de mettre en avant les interconnexions qui les relient. Même si cette perspective a une certaine généalogie (Müller 2000), articulée de manière différenciée suivant les disciplines (histoire globale, histoire des communications, histoire des techniques, histoire des industries culturelles dans une perspective plus sociologique, etc.) et aussi suivant les espaces nationaux et linguistiques et même si les discussions théoriques sont importantes, on manque encore de travaux empiriques qui dépassent une approche assez cloisonnée et sectorielle pour des raisons liées autant sans doute à la pérennité d’une organisation disciplinaire des savoirs d’abord, aux barrières pratiques liées à la maîtrise d’archives différenciées et plurilingues ensuite. A l'exception de quelques études empiriques significatives qui s’inscrivent dans ce sillage (Ondřej, de Lima Grecco, Tamagne et Zierenberg 2023), la perspective monomédiatique continue de dominer le champ de l’histoire des médias et les recherches s'intéressent encore trop peu aux échanges et à la coopération entre les médias. 

Ce colloque international vise à prolonger ces réflexions et ces efforts en réunissant des contributions qui privilégient une approche "transmédia", c'est-à-dire qui font l'histoire des médias à travers l'étude simultanée de différents médias et donc qui prennent en compte l’écosystème médiatique dans lequel les médias évoluent. Plusieurs termes se réfèrent peu ou prou à ce cadre analytique (“cross-media”, “intermedial connections”, “intermediality”, “transmedial approaches”, etc.), mais nous avons choisi de privilégier le terme de transmédia qui a d’abord été introduit en narratologie (Jenkins 2006) car il nous semble qu’il permet de mettre davantage en avant les phénomènes de circulations qui opèrent entre les médias à différents niveaux (aspects institutionnels, économiques, techniques, esthétiques, ou au niveau des contenus). Le préfixe "trans" renvoie plus explicitement à une approche qui consiste à aller au-delà (“transcender”) de l'unité "monomédiatique".

Les médias sont entendus ici au sens large: non seulement les médias traditionnels (livres, affiches, presse, cinéma, radio et télévision), mais aussi les médias plus récents comme les jeux vidéo, Internet (services de streaming, podcasts, nouvelles en ligne) et les réseaux sociaux. Le cadre temporel abordé est donc très large, s’étendant jusqu’à nos jours. En définitive, l’objectif de ce colloque est de réunir des contributions qui permettent de proposer une histoire décloisonnée et enchevêtrée des médias, non seulement en les plaçant dans un contexte social, politique et culturel plus large, mais aussi en les faisant dialoguer. 

Dans cette perspective, nous souhaitons réunir des contributions autour de trois axes de recherche principaux :                                                                      

1. Circulations transmédiatiques, adaptations et influences réciproques

L'histoire des médias, également fortement influencée par le tournant culturel des années 1970-1980, a progressivement élargi le spectre des objets médiatiques étudiés et des acteurs pris en compte (Ruppen Coutaz et Vallotton 2019). Les concepts de transfert culturel (Espagne et Werner 1988) et d’acculturation (Dulphy, Frank, Matard-Bonucci et Ory 2010) se sont avérés utiles pour comprendre la circulation internationale des productions médiatiques qui fait l’objet d’un nombre croissant d’études (Mattelart 2014). Ces approches soulignent l'importance des médiateurs (Cooper-Richet, Mollier et Silem 2005; Sapiro 2012) et la création de nouveaux espaces de circulation transnationaux. 

Ce premier axe de recherche a pour objectif d’identifier et d’analyser différents facteurs qui facilitent la circulation des contenus et des formats entre les médias et qui favorisent les rencontres entre médias:

  • certains acteurs et professions médiatiques, comme les agences de presse et de publicité, les correspondants étrangers, les exilés et autres représentants des diasporas, les traducteurs, les arrangeurs, les médias transfrontaliers;
  • les innovations techniques comme le télégraphe, les techniques d'impression, les plateformes numériques ou les jeux de réalité alternée; 
  • les espaces de circulation et d’échanges qui rompent avec les délimitations politiques et/ou linguistiques traditionnelles, comme les productions sérielles fictionnelles, les coproductions, les émissions communes, les associations de coopération technique dans le domaine des télécommunications, la presse en langue étrangère; 
  • et les évolutions socio-économiques: concentration et mondialisation financière, libéralisation et dérégulation, convergence et nouvelles pratiques de consommation.

Il s’agira aussi de s'intéresser aux rythmes et temporalité de l'information, aux modalités de circulation (journalisme de ciseaux et de colle), aux processus d'adaptation et de reconfiguration (par exemple, de la bande dessinée à la radio), ainsi qu’à la circulation des pratiques et des personnes. Les résistances doivent aussi être interrogées, à l’image des facteurs qui limitent cette circulation ou qui la déséquilibrent (conditions saisonnières, conditions géopolitiques, questions législatives et conditions de censure, etc.).

2. Croisements, reconfigurations et nouvelles généalogies médiatiques

L’histoire des médias a longtemps considéré chaque nouveau vecteur de distribution comme une rupture fondamentale en soi d’abord, l’inauguration d’une forme de cycle de vie comprenant sa disparition certaine ensuite. De nouvelles approches, issues de la new media history (Marvin 1990; Gitelman 2006) ou de l’archéologie des médias (Parikka 2012), ont nourri des formes de contre-pied: on a ainsi souligné la pertinence d’approches synchroniques portant par exemple sur les transformations globales du système médiatique, introduites par exemple par l’«invention» du téléphone ou plus globalement par les différentes déclinaisons de la transmission de l’image à distance. Dans une perspective au contraire diachronique, la notion de direct, trop rapidement associée au supposé caractère distinctif de la télévision vis-à-vis du cinéma, permet de déployer une analyse des médias dans leurs relations d’interdépendance mais aussi de concurrence. Les analyses portant sur les «imaginaires médiatiques» ont également permis d’élaborer de nouvelles périodisations que l’on prenne en compte certaines représentations littéraires prophétiques touchant la communication ou les phénomènes de recyclage de dispositifs médiatiques voués à la disparition.

L’objectif de ce deuxième axe de recherche est de mieux comprendre comment les médias se définissent les uns par rapport aux autres et de mettre en lumière leurs stratégies et leurs motivations afin de cerner les rapports complexes qu’ils entretiennent (Lits 2005; Letourneux 2017). Comment l'avènement de nouveaux médias a-t-il été annoncé et perçu par les médias déjà en place? Comment les médias popularisent-ils le contenu d’autres médias, le promeuvent-ils ou le critiquent-ils? Il s’agira d'identifier des productions et des ressources documentaires qui reflètent ces relations croisées comme par exemple certains récits d’anticipation, l’espace de la critique au sein de la presse, les productions publicitaires, etc. Plus largement, ces réflexions éclaireront aussi l'évolution des mentalités face à l'apparition de nouveaux médias, leur ancrage progressif dans le paysage médiatique et les phénomènes de recomposition qui affectent celui-ci.

3. Nouvelles approches, ressources et méthodes

En quoi la numérisation massive des archives et le développement d’outils d’analyse computationnels favorisent-ils les recherches transmédias? Offrant la possibilité de travailler sur de vastes ensembles de données, et depuis récemment également de façon transversale par rapport aux langues et modalités (p. ex. images, texte, son) (Arnold et al. 2021; Smits et Wevers 2023), les analyses computationnelles ouvrent des pistes aussi stimulantes que vertigineuses. Des comparaisons et des analyses de contenu peuvent être déployées à larges échelles à l'aide de méthodes telles que la détection de réutilisation de textes (text reuse) (Salmi et al. 2020; Düring et al. 2023; Rosson et al. 2023) et la représentation d’éléments textuels multiples dans des espaces vectoriels multilingues (embeddings) (Reimers et Gurevych 2019). Dans quelle mesure ce type d’approches permet-il d’étudier des phénomènes médiatiques donnés dans leur globalité?

L’objectif de ce troisième axe de recherche est d'identifier de (nouvelles) approches (numériques), qui facilitent et renforcent les comparaisons d’une part et qui permettent l’analyse de la circulation des contenus et des formats médiatiques à grande échelle, et ainsi de mieux comprendre la nature des flux d’information d’autre part (Lundell, Hannu et alii 2023). Jusqu’à très récemment, les projets qui ont mené des recherches par les données n’ont travaillé, pour la plupart, que sur un type de média, la presse le plus souvent (par ex. Viral Texts Project, Oceanic Exchanges, Computational History and the Transformation of Public Discourse in Finland (COMHIS) ou Information Highways of the 19th Century). De nouveaux projets s’attèlent maintenant à faciliter le traitement et l'analyse de données transmédias, comme TwiXL: An infrastructure for cross-media research on public debates, Clariah Media Suite et Impresso - Media Monitoring of the Past II. Il s’agira de se demander quels sont les effets de l'utilisation de ces outils et méthodologies numériques sur les pratiques de recherche des historiennes et historiens des médias (différentes échelles de recherche, en passant d'une lecture rapprochée à une lecture distante) et, de manière plus générale, comment la confrontation facilitée des médias transforme les manières de faire de l'histoire (des médias) (rapport renouvelé aux sources, décloisonnement des champs/territoires d'investigation, émergence de nouveaux objets d'étude, nouvelles formes de restitution des résultats, etc.). Nous chercherons ainsi à évaluer où se situe la valeur ajoutée de l’utilisation d’outils numériques dans le champ de l’histoire des médias (Weber, Comte et Vallotton 2023).

En mobilisant une approche transmédia, les contributions réunies dans ce colloque permettront :

  • de mettre en évidence des histoires partagées, enchevêtrées, des interrelations et des connexions parfois méconnues entre les médias, mais aussi des divergences ;
  • de discuter des outils et des méthodes nécessaires à une réflexion théorique et empirique sur les interactions complexes entre les médias, ainsi que d’explorer les opportunités qu’ils offrent ;
  • de mieux comprendre, de manière globale, les dynamiques à l'œuvre dans les écosystèmes médiatiques.

L'objectif de cette manifestation scientifique étant de contribuer à la clarification et au développement de l’approche transmédia dans une perspective historique et de longue durée et, plus largement, à promouvoir une histoire décloisonnée des médias, nous encourageons les contributions de chercheurs, juniors et seniors, qui souhaitent partager leurs approches empiriques et méthodologiques dans ce domaine.

Informations pratiques

La conférence se tiendra à l'Université de Lausanne, en présentiel. La participation à distance (via Zoom) sera possible seulement en cas d'absolue nécessité et sur demande explicite.

Les langues de travail du colloque seront l'anglais et le français. Les intervenantes et intervenants sont priés d’accompagner leur présentation de diapositives dans l'autre langue. Les papiers sélectionnés seront publiés, probablement dans un numéro de revue en anglais. 

S'ils ne peuvent être couverts par l'institution qui les emploie, les frais de déplacement et d'hébergement des participantes et des participants pourront être pris en charge (en totalité ou en partie, en fonction du nombre de demandes) sur demande explicite. La priorité sera donnée aux jeunes chercheuses et chercheurs.

Modalités de soumission

  • 15 juillet 2024 : date limite de soumission des propositions

Les propositions doivent être soumises via Easychair: https://easychair.org/conferences/?conf=transmedia2025

Les propositions (350 mots max.) comporteront un titre, une problématique explicite, une bibliographie (5 références max.); merci d’y joindre une courte notice bio-bibliographique (150 mots max.) et une note sur votre intention ou non de vous déplacer à Lausanne.

Dans EasyChair, veuillez utiliser la section “Title and abstract” pour entrer votre proposition en plein texte: le résumé, ses références et la note bio-bibliographique peuvent être insérés dans le même champ. Pas besoin de produire un PDF.

  • Début septembre 2024 : Notifications d’acceptation après un processus de sélection conduit avec l’aide des membres du Comité scientifique. 
  • 31 décembre 2024 : Pour les personnes intéressées à prendre part au projet de publication, envoi d’un papier d’environ 6000 mots qui sera mis à disposition de la discutante ou du discutant du panel.
  • 27-28 janvier 2025 : Colloque international sur le campus de l’Université de Lausanne.
  • 1er avril 2025 : Remise des papiers sélectionnés pour la publication.

Comité d’organisation

  • Raphaëlle Ruppen Coutaz, Section d’histoire, Université de Lausanne
  • François Vallotton, Section d’histoire, Université de Lausanne
  • Marten Düring, C²DH, Université du Luxembourg
  • Martin Grandjean, Section d’histoire, Université de Lausanne
  • Arthur Michelet, Section d’histoire, Université de Lausanne

Comité scientifique (par ordre alphabétique) 

  • Alexander Badenoch (Utrecht University)
  • Gabriele Balbi (Università della Svizzera italiana)
  • Kaspar Beelen (University of London)
  • Mireille Berton (Université de Lausanne)
  • Carolyn Birdsall (University of Amsterdam)
  • Marie Cronqvist (Linköping University)
  • Andreas Fickers (Université du Luxembourg)
  • Matthieu Letourneux (Université Paris Nanterre)
  • Simone Natale (Università degli Studi di Torino)
  • Nathalie Pignard-Cheynel (Université de Neuchâtel)
  • Yannick Rochat (Université de Lausanne)
  • Valérie Schafer (Université du Luxembourg)
  • Thomas Smits (University of Amsterdam)
  • Dominique Trudel (Audencia Business School)
  • Nelly Valsangiacomo (Université de Lausanne)
  • Hans-Ulrich Wagner (Hans Bredow Institute)
  • Anne-Katrin Weber (Université de Lausanne)
  • Melvin Wevers (University of Amsterdam)
  • Daniela Zetti (Universität zu Lübeck)

Places

  • Université de Lausanne
    Lausanne, Switzerland (1015)

Event attendance modalities

Full on-site event


Date(s)

  • Monday, July 15, 2024

Keywords

  • histoire transmedia

Contact(s)

  • Martin Grandjean
    courriel : martin [dot] grandjean [at] unil [dot] ch

Information source

  • Martin Grandjean
    courriel : martin [dot] grandjean [at] unil [dot] ch

License

CC0-1.0 This announcement is licensed under the terms of Creative Commons CC0 1.0 Universal.

To cite this announcement

« Histoire transmédia : circulations, reconfigurations et nouvelles méthodologies », Call for papers, Calenda, Published on Friday, May 24, 2024, https://doi.org/10.58079/11pud

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