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Patrimoines sportifs

Logiques urbaines et architecturales, matérielles et immatérielles, perspectives de protection et d’évolution (XIXe-XXIe siècle)

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Published on Tuesday, May 28, 2024

Abstract

La Ville de Bordeaux, Bordeaux Métropole, l’École nationale supérieure d’architecture de Toulouse, le centre de recherche en histoire de l’art François Pariset et la Maison des sciences de l’homme d’Aquitaine organisent les 17 et 18 octobre prochains, deux journées d'étude consacrées aux patrimoines sportifs, matériels et immatériels. Elles ont pour objectifs d’explorer les logiques urbaines et architecturales qui conduisent à patrimonialiser les lieux et les pratiques sportives dans la période contemporaine (XIXe-XXe siècle), toutes aires géographiques confondues, en s’attachant surtout à la construction des récits et à la formation des symboles bâtis des sports, quotidiens ou spectaculaires.

Announcement

Bodeaux, 17-18 octobre 2024

Contexte

La Ville de Bordeaux dont le Port de la Lune est inscrit sur la Liste du patrimoine mondial depuis 2007[1], et Bordeaux Métropole organisent régulièrement, depuis plusieurs années déjà, en partenariat avec le milieu international, institutionnel, scientifique, technique, professionnel et associatif, des journées d’étude consacrées à la connaissance et à la préservation des patrimoines, dans leurs dimensions urbaine, urbanistique et architecturale.

Après trois cycles de journées d’étude consacrées en 2016-2018 à la gestion des sites Unesco et les valeurs de leur zone tampon ; en 2020 ont malgré tout eu lieu des journées organisées à propos des boulevards « d’ici et d’ailleurs ». 2022 a célébré les ponts et les villes[2], à l’occasion du bicentenaire du pont de pierre de Bordeaux. L’année suivante présenta l’opportunité de réfléchir aux patrimoines de l’université en ville[3].

À chaque opportunité, la Collectivité, persuadée que les partages d’expérience sont riches d’enseignements, prend soin de réunir d’autres villes françaises et étrangères sur les thèmes de réflexion qu’elle propose. Elle prend soin également de croiser des regards interdisciplinaires, profanes et scientifiques, dans l’objectif de publications gratuites de grande qualité scientifique, accessibles à tous les publics.

Argumentaire

Pour cette année 2024, organiser un événement scientifique autour de la patrimonialisation du sport et des équipements sportifs peut sembler de prime abord opportuniste au regard de l’actualité dans ce domaine. Si la tenue imminente des Jeux olympiques à Paris a effectivement fait naître l’idée d’une réflexion autour de ces typologies d’édifices[4], elle s’est vite enrichie d’un double constat : les lieux de la pratique sportive et de son spectacle sont souvent méconnus et rarement protégés.

Comme le souligne Julien Sorez dans le dossier « Sports sur la ville », n° 57/2020 de la revue Histoire urbaine : « Si les campagnes ont été l’un des fiefs de la première codification de certains passe-temps de l’aristocratie rurale britannique, la ville peut être considérée comme le creuset incontournable de l’institutionnalisation et du développement des sports modernes[5]. »

Si la sociologie du sport est un champ largement cultivé depuis des décennies[6], l’étude du patrimoine matériel sportif est beaucoup plus récente. En effet, si l’on pense au cas bordelais, il faut attendre 2022 pour que le parc des sports de Lescure, devenu par la suite le stade Chaban-Delmas, construit par Raoul Jourde et Jacques d’Welles sur les vestiges d’une première construction de Cyprien Alfred-Duprat, soit inscrit au titre des Monuments historiques en 2022. Cette lente reconnaissance n’a rien d’exceptionnel : pensons qu’il fut labellisé Architecture contemporaine remarquable en novembre 2021, peu de temps avant le délai de cent ans de sa première inauguration (1924), célébrée cette année à Bordeaux[7]. Si le stade Gerland construit par Tony Garnier à Lyon fait office de premier de cordée avec une inscription au titre des Monuments historiques en 1967 et si quelques exceptions (comme le stade Karl Marx de Villejuif inscrit en 1993) ponctuent la fin du XXe siècle, les stades de football comme de rugby semblent avoir longtemps été évincés de tout processus de patrimonialisation, mais font aujourd’hui l’objet d’un regard renouvelé,[8] comme en témoigne l’actuelle exposition de la Cité de l’architecture et du patrimoine[9]. L’exemple des piscines raconte une histoire analogue : construites à des époques diverses, elles font l’objet d’une vague de protections dans les années 1990 (piscine Nakache de Toulouse, piscine Judaïque de Bordeaux, piscine municipale de Pantin, piscine Pailleron et piscine des Amiraux d’Henri Sauvage à Pontoise) qui n’ont pas toujours permis d’assurer leur intégrité.

Ce n’est peut-être pas le cas de tous les programmes sportifs ? En effet, le cas des sites olympiques illustre une autre trajectoire patrimoniale. Dénoncés à des multiples reprises pour leur démesure et leur manque de responsabilité écologique, à l’image d’une mondialisation et d’une marchandisation des sports rois comme le football, mais pas seulement, le gigantisme des stades et des équipements olympiques semble bien loin aujourd’hui de l’esprit de Pierre de Coubertin[10]. Toutefois, certains sites sportifs, comme le village olympique des Jeux de 1972 à Munich[11] ou le Village Olympique[12], ont acquis une reconnaissance et un statut patrimonial.

Qu’est-ce qui justifie ces différentes vagues de patrimonialisation et, plus largement, la faible reconnaissance du caractère patrimonial des édifices sportifs, pourtant souvent construits par des architectes reconnus, occupant une place déterminante dans la ville et généralement encore en utilisation ? Alors que l’actualité sportive est toujours plus suivie – d’autant plus à l’orée d’un événement de l’ampleur de celui des Jeux olympiques – et que les équipements sportifs voient leurs capacités continuellement augmentées et maximisées, comment expliquer que l’histoire de ces lieux ne soit pas mieux connue, plus largement écrite ?

L’écriture d’une histoire de la construction et de la patrimonialisation des programmes et équipements sportifs exige de la regarder selon un double prisme, en s’intéressant conjointement à l’évolution des pratiques sportives – qu’il s’agissent de performances physiques, d’activités ludiques et de spectacles publics – et les enjeux de l’édification d’espaces – architecturaux, urbains, voire paysagers – capables d’accueillir ces pratiques plurielles. Comme l’explique Antoine Lebas, la reconnaissance du sport comme une pratique plurielle est contemporaine : on la situe au milieu du XIXe siècle[13]. Ainsi, au cours des deux siècles, les problématiques liées à la construction de ces lieux ont évolué en même temps que le sport.  

Le XIXe siècle voit l’émergence d’infrastructures et d’édifices sportifs souvent réservés à une élite pratiquant des sports coûteux comme la course équestre, le yachting ou le golf. Le rôle des milieux catholiques sociaux dans l’émergence de la pratique gymnique est souvent oublié, alors qu’à Bordeaux par exemple, et sans doute dans de nombreuses autres villes, il a une importance certaine dans la genèse des patronages et la structuration de diverses associations sportives dès la seconde moitié du XIXe siècle[14]. Il semble que l’évergétisme[15] ne réapparaisse qu’au XXe siècle, marqué par la mise en place progressive de politiques publiques hygiénistes favorisant la pratique du sport pour la classe ouvrière et donc la construction massive d’équipements sportifs : les années 1930, caractérisées par l’arrivée au pouvoir du Front Populaire et l’installation de municipalités socialistes, frappent fort en ponctuant la ville des grands complexes sportifs qui la structurent ; les Trente glorieuses sont marquées par une centralisation des politiques publiques et une « mise en administration du sport[16] » qui se traduit, par exemple, par des programmes comme ceux des Mille piscines et des COSEC : la place des équipements sportifs dans les programmes de construction des cités jardin puis des grands ensembles offre ainsi un terrain d’étude remarquable. La décentralisation des années 1980 ouvre la voie de la « diversification des équipements » avant de laisser place à un « éclatement des politiques de construction sportive » à la fin du XXe siècle. Cette périodisation n’intègre pas l’influence et l’impact de l’organisation de grands événements sportifs comme les Jeux olympiques et paralympiques d’été comme d’hiver, les Coupes du monde et championnat d’Europe de football ou de rugby sur les villes d’accueil.

Outre cette histoire « découpée en tranches » - pour reprendre les termes de Jacques Le Goff - et événementielle, l’histoire de ces espaces du sport ne doit pas oublier leur réception et prendre en compte l’ensemble de la vie de l’édifice et de son rapport à la ville. La question des politiques patrimoniales ainsi que des logiques de conservation, de restauration et de réhabilitation sont également au cœur de nos réflexions, tout comme le sont les notions d’usage et d’habitabilité des lieux. Motivée par l’actualité nationale, la publication récente d’ouvrages de synthèse, articulés autour d’études monographiques comme dans l’opus de Franck Delorme et Pascal Lemaître[17] ou de thématiques historiques comme le dernier numéro de la revue Monumental[18] incite à tenir compte et à enrichir ces premiers bilans.

Nous souhaitons donc encourager toute proposition relative aux problématiques listées ci-dessous mais également toute étude monographique d’édifices ou de villes façonnés par et pour le sport qui interrogerait leur statut patrimonial actuel et futur. Prenant pour focal la période contemporaine (XIX-XXe siècles), cet appel est ouvert à toutes les aires géographiques. Les propositions formulées par de jeunes chercheurs et chercheuses sont les bienvenues. 

Problématiques

  • Quels rapports les édifices sportifs et les infrastructures qui leur sont liées, entretiennent-ils avec la ville et son développement ? Jouent-ils un rôle dans l’expansion urbaine, notamment dans la seconde moitié du XXe siècle ? Souvent installés sur les franges des boulevards intérieurs au cours de la première moitié du XXe siècle, les équipements sportifs – aux capacités d’accueil de plus en plus importantes – tendent désormais à repousser les frontières de la ville pour prendre place dans des nouveaux quartiers, au-delà des périphériques et rocades.
  • Existent des modèles et des types architecturaux pour les grands programmes d’équipements sportifs ?
  • Quels programmes pour quelles époques : observe-t-on des tendances historiques dans la construction des édifices où se pratique et où se regarde le sport ?
  • Dans une historiographie plus sociale des sports : comment s’écrit l’histoire architecturale et urbaine des lieux de pratique sportive ? À partir de quelles sources, selon quelles opportunités, selon quelle méthodologie ?
  • Enfin, dans une optique de préservation et de mise en valeur, l’on peut aussi interroger les capacités du patrimoine sportif à être intégrés dans la ville de demain : ces édifices sont-ils vétustes ? Jusqu’à quel point peuvent-ils évoluer sans être défigurés – au-delà de leur mise aux normes techniques, publiques et sécuritaires ? Quels sont leurs capacités à accueillir de nouveaux programmes, de nouvelles pratiques sportives ? Quelles sont leurs capacités à foisonner avec d’autres fonctions urbaines, lorsqu’ils ne sont pas utilisés en permanence ?...

Thèmes suggérés

  • Architectures et villes d’accueil : héberger les grands événements sportifs ; construire les villes olympiques
  • Place des équipements sportifs « ordinaires » dans les villes et leur développement ; relations centre-périphérie, équipements sportifs de proximité
  • Programmes du sport et écritures architecturales : typologies, vocabulaires, styles ; des gymnases scolaires aux stades géants ; des piscines municipales aux piscines olympiques
  • Innovation et équipements sportifs : construction et ingénierie, architectes et ingénieurs
  • Architectures-spectacles, architectures-signatures : le recours aux grands noms de l’architecture contemporaine, le symbolisme architectural et urbain
  • Restaurations et évolutions des sites sportifs patrimoniaux : techniques, prospectives, projets contemporains
  • Patrimoines immatériels du sport : pratiques sportives élitistes/populistes, histoire des patronages et des clubs.

Modalités de soumission

Les propositions de communication de deux pages maximum accompagnées d’un titre et d’une bibliographie succincte sont à envoyer aux adresses s.schoonbaert@bordeaux-metropole.fr et nina.mansion@toulouse.archi.fraccompagnées d’un court curriculum vitae des candidat·es comprenant leurs coordonnées

avant le 14 juillet 2024.

Les propositions doivent être envoyées au format PDF.

La contribution prendra le format d’une communication orale (20 min) accompagnée d’un support visuel de type Power Point.

Les participant.e.s retenu.e.s seront appelé.e.s à commencer la rédaction de leur communication dès les journées d’étude (prévues les  17-18 octobre 2024), en vue d’une publication en 2025.

Calendrier

  • Mai 2024 : diffusion de l’appel
  • Juillet 2024 : retour et sélection des propositions
  • Septembre 2024 : finalisation et diffusion du programme
  • Novembre 2024 : journées d’études

Comité scientifique

  • Franck Delorme, attaché de conservation à la Cité de l’architecture et du patrimoine
  • Catherine Dupraz, directrice générale des affaires culturelles, Mairie de Bordeaux
  • Nina Mansion-Prud’homme, maîtresse de conférences en Histoire et cultures architecturales, ENSA Toulouse
  • Muriel Mauriac, conservatrice régionale des monuments historiques, Site de Bordeaux.
  • Rémi Papillault, professeur en Villes et territoires, ENSA Toulouse
  • Gilles Ragot, professeur en histoire de l’architecture, Université Bordeaux Montaigne
  • Constance Ringon, maîtresse de conférence en Histoire et cultures architecturales, ENSA Toulouse
  • Sylvain Schoonbaert, chef de projets, direction de l'urbanisme, Bordeaux Métropole
  • Julien Sorez, maître de conférence en histoire du sport, Université Paris Nanterre

Organisation

  • Nina Mansion-Prud’homme, maîtresse de conférences, École nationale supérieure d'architecture de Toulouse
  • Sylvain Schoonbaert, chef de projets, direction de l'urbanisme, Bordeaux Métropole

Bordeaux Métropole, Ville de Bordeaux

Laboratoire de recherche en architecture (LRA), ENSA Toulouse

Centre de recherche en histoire de l’art, F-G. Pariset

Maison des Sciences de l’Homme de Nouvelle-Aquitaine

Notes

[1] https://whc.unesco.org/fr/list/1256

[2] https://una-editions.fr/villes-sans-ponts-villes-de-ponts/

[3] Edition en cours des actes de ces journées des 19-20 octobre 2023.

[4] Voir notamment l’appel à communication lancé par Docomomo France en 2023 : https://calenda.org/1071290.

[5] Numéro en ligne : https://www.cairn.info/revue-histoire-urbaine-2020-1.htm

[6] Norbert Elias et Éric Dunning, Sport et civilisation. La violence maîtrisée, Paris, Fayard, 1994.

[7] Par de multiples événements, dont une exposition avenue Maurice-Martin, à l’entrée historique de ce premier parc des sports privé, du 19 avril au 20 mai 2034.

[8] Ce renouvellement des connaissances a aussi été permis par une première série de publications : Angelo Spampinato, Stades du monde, sports et architecture, Anvers, Editions Tectum, 2004 ; Marc Perelman, L’ère des stades, Paris, InFolio, 2010 ; Marc Perelman, Smart Stadium, Le stade numérique du spectacle sportif, Paris, Editions L’échappée, 2016.

[9] Il était une fois les stades, Exposition du 20 mars au 16 septembre 2024, commissariat d’Émilie Régnault et Franck Delorme, Cité de l’architecture et du patrimoine.

[10] Marc Perelman (avec Fabien Ollier), Le Livre noir des Jeux olympiques, Paris, Cité Éditions, 2008.

[11] Ameline Dumouchel, Le village olympique des Jeux de 1972 à Munich : un héritage pluriel face à l’enjeu de la réhabilitation, mémoire de master en architecture sous la dir. de Sylvain Schoonbaert, École nationale supérieure d’architecture et de paysage de Bordeaux, 2017.

[12] Labellisation Architecture contemporaine remarquable en 2003.

[13] Antoine Lebas, L’architecture des équipements sportifs : de l’ombre des coulisses à la lumière des pistes, Cours publics d’histoire de l’architecture, Cité de l’architecture et du patrimoine, 28 mai 2009.

[14] https://www.wikiwand.com/fr/Patronages_du_Bordelais. Voir aussi Jean-Pierre Augustin, «  Les patronages bordelais dans le mouvement sportif au début du siècle », Revue historique de Bordeaux et du département de la Gironde, n° 29, 1982, pp. 125-133.  https://www.persee.fr/doc/rhbg_0242-6838_1982_num_29_1_2100.

[15] Paul Veyne, Le Pain et le cirque, Paris, Le Seuil, 1976.

[16] Marc Falcoz et Pierre Chifflet, « La construction publique des équipements sportifs : Aspects historique, politique et spatial », Les Annales de la recherche urbaine, n°79, 1998, p.14-21.

[17] Franck Delorme et Pascal Lemaître, Les Sports en France de l’Antiquité à nos jours, une histoire, un patrimoine, Éditions du Patrimoine, Paris, novembre 2023.

[18] « Architecture et patrimoine du sport », Monumental, 2023-2, Éditions du Patrimoine, Paris.

Places

  • Salle Jean Borde - MSHA 10 Esp. des Antilles
    Pessac, France (33)

Event attendance modalities

Full on-site event


Date(s)

  • Sunday, July 14, 2024

Attached files

Keywords

  • sport, patrimoine, architecture, jeu olympique, équipement sportif

Contact(s)

  • Sylvain SCHOONBAERT
    courriel : s [dot] schoonbaert [at] bordeaux-metropole [dot] fr

Information source

  • Sylvain SCHOONBAERT
    courriel : s [dot] schoonbaert [at] bordeaux-metropole [dot] fr

License

CC0-1.0 This announcement is licensed under the terms of Creative Commons CC0 1.0 Universal.

To cite this announcement

« Patrimoines sportifs », Call for papers, Calenda, Published on Tuesday, May 28, 2024, https://doi.org/10.58079/11qbz

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