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Les conditions des migrations étudiantes internationales

« Les Cahiers de sociologie économique et culturelle »

*  *  *

Published on Tuesday, June 18, 2024

Abstract

Dans un contexte de massification et de marchandisation de l’enseignement supérieur, les migrations académiques se sont considérablement développées ces toutes dernières décennies. Les destinations se sont diversifiées. Et tandis que l’immigration fait l’objet de très vives tensions dans de nombreux pays, les politiques migratoires des États sont devenues souvent plus sélectives, y compris pour les étudiant·es. Toutes ces évolutions incitent à s’interroger sur les conditions dans lesquelles se déroulent aujourd’hui cette mobilité académique. L’appel vise à recueillir des contributions s’inscrivant dans les thématiques suivantes : les politiques migratoires académiques et leur mise en œuvre sur les terrains du recrutement ; La construction du projet de migration pour études et sa confrontation aux dispositifs de sélection ; Les conditions de vie et d’études des étudiant·es internationaux et leur devenir.

Announcement

Revue pluridisciplinaire en sciences humaines et sociales, les Cahiers de sociologie économique et culturelle lancent un appel à publication sur les migrations pour études.

Argumentaire

La mobilité étudiante s’est considérablement développée ces dernières décennies sous différents statuts. On s’intéresse ici aux étudiant·es internationaux (étudiant·es en mobilité de diplôme), c’est-à-dire aux personnes inscrites dans un établissement étranger et qui ont franchi une frontière entre deux pays pour préparer un diplôme d’enseignement supérieur[1]. Cette catégorie se distingue des étudiant·es en mobilité de crédit type Erasmus, et des étudiant·es étranger.es qui séjournent de façon permanente dans le pays dans lequel ils et elles étudient.

On compte aujourd’hui plus de 6,4 millions d’étudiant·es internationaux à travers le monde[2]. Avec l’expansion des mobilités, la diversification des destinations et la massification de l’enseignement supérieur observée dans la plupart des pays, leur nombre a triplé en 20 ans. En 5 ans, l’augmentation est de 32%. De nouveaux profils migratoires sont apparus.

Parallèlement, la marchandisation de l’enseignement supérieur s’est étendue (Van Zanten, 2023) et a donné naissance à de nouveaux acteurs, dispensateurs de formations ou intermédiaires entre établissements et candidats.

Enfin, dans un contexte où la question migratoire fait l’objet de très vifs débats dans de nombreux pays, des États ont défini des politiques restrictives à l’égard des étudiant·es étranger·es tandis que d’autres cherchent au contraire à les attirer.  

Au vu de ces évolutions, il parait nécessaire d’actualiser les connaissances. En restant ouverts à d’autres approches, nous proposons de recueillir des contributions centrées sur les thématiques suivantes.

  1. Les politiques migratoires académiques et leur mise en œuvre sur les terrains du recrutement

Les politiques académiques des États ont continument évolué au cours des décennies (Kabbanji et Toma, 2020).  Elles se concrétisent au travers d’un catalogue de mesures (frais de scolarité, visa, …) et d’accords entre pays d’émigration et d’immigration traduisant une ouverture plus ou moins grande à la mobilité étudiante.

Il appartient aux agents de terrain exerçant, dans les pays de départ, au sein de différentes instances (consulats, bureaux, etc.) de mettre en œuvre, de « produire » ces politiques (Fischer et Hamidi, 2016). Disposant d’une large autonomie, ils adaptent les règles pour les rendre opérationnelles. Comment fonctionnent ces institutions ? Quelles pratiques formelles et informelles sont déployées ?

Les établissements supérieurs définissent des stratégies pour recruter à l’étranger. Comment procèdent-ils ? Certains, privés le plus souvent, ont recours à des organismes[3] qui proposent des services payants d’accompagnement des candidat·es dans les différentes étapes (Chabre, 2023). Qui sont ces intermédiaires, comment opèrent-ils ? À l’autre bout de la chaine de recrutement, les établissements d’enseignement supérieur sélectionnent les candidatures. Par quels agents et selon quelles procédures les dossiers sont-ils évalués ? Quels critères, quelles valeurs sont mis en avant pour établir et justifier les décisions ?

  1. Construction du projet, confrontation aux dispositifs de sélection

Les origines d’un projet sont multiples et variées. Des contacts avec des ami·es parti·es étudier à l’étranger, l’existence d’une tradition familiale de migration ou les encouragements à partir venant d’enseignant·es, par exemple, ne renvoient pas aux mêmes modalités de construction du projet.

Reprenant un acquis de la sociologie des migrations, Bréant, Chauvin et Portilla (2018) analysent le rôle joué par le capital social dans les migrations internationales en soulignant que celles-ci s'inscrivent dans « des conditions collectives de possibilité des départs ». Quelles ressources les projets mobilisent-ils ? De quelles informations les jeunes disposent-ils et elles ? Et à quelles stratégies à plus long terme -individuelle ou collective, migration temporaire ou définitive - renvoient-ils ?

C’est au moment de présenter leurs candidatures que les jeunes se confrontent directement aux politiques des États et éventuellement à celle des établissements en entrant en interaction avec leurs agents (Touré, 2017). Quel rôle les agents de recrutement jouent-ils dans la définition des projets et de leurs finalités ? Devant la difficulté à franchir les différentes étapes, des jeunes s’adressent à des agences proposant une aide moyennant rémunération. Qui y a recours ? Et que deviennent celles et ceux qui échouent à partir ? Prennent-ils et elles une voie migratoire différente ?

  1. Les conditions de vie et d’études des étudiant·es internationaux et leur devenir

Les conditions de vie et d’études, les résultats académiques, la sociabilité, plus généralement de nombreux aspects de la vie des étudiant·es internationaux ont été traités dans la littérature scientifique, et notamment en France par les enquêtes de l’Observatoire de la vie étudiante (OVE).

Toutefois, certaines thématiques ne sont pas ou rarement abordées, tels que l’engagement syndical ou associatif, l’évolution des projets au cours du séjour, la perception des valeurs et comportements observés dans la société d’accueil ou encore l’expérience du racisme qui peut se manifester à l’égard  des étudiant·es venant de pays anciennement colonisés. En outre, les travaux ne prennent en compte que trop rarement encore le genre et le milieu social d’origine. Cela permettrait pourtant de mieux cerner les différences et les inégalités sociales et aiderait à analyser de nouveaux profils de migrants académiques.

La question du devenir des étudiant·es internationaux est plus que jamais un champ d’analyse intéressant. Quels sont les profils et les motivations de celles et ceux qui restent, qui poursuivent un parcours migratoire ou qui retournent dans leur pays ? Dans ce dernier cas, rentrer, ce n’est pas seulement revenir avec un diplôme et des compétences. C’est, au terme d’un processus d’acculturation plus ou moins long dans un univers culturel parfois éloigné de celui de la société de départ, apporter avec soi certaines valeurs, des modèles de comportement, des normes sociales, etc. Ceux-ci constituent une source potentielle de tensions avec la famille, les cercles de sociabilité et dans l’activité professionnelle. Comment les jeunes appréhendent-ils et elles ces situations, cet « habitus clivé » (Bourdieu) ?

Notes

[1] Cf. https://www.migrationdataportal.org/fr/themes/etudiants-internationaux

[2] Cf. https://www.campusfrance.org/fr/actu/chiffres-cles-2023-64-millions-d-etudiants-en-mobilite-internationale

Pour la France : https://www.enseignementsup-recherche.gouv.fr/sites/default/files/2023-12/ni-sies-2023-11-30915.pdf  pp. 7-8.

[3] Cf. par exemple le site de l’ICEF  https://monitor-icef-com.translate.goog/about-icef-monitor/?_x_tr_sl=en&_x_tr_tl=fr&_x_tr_hl=fr&_x_tr_pto=sc

Modalités de soumission

Les propositions devront parvenir

au plus tard le 15 octobre 2024

sous la forme d’un titre et d’un résumé d’une ou deux pages précisant terrain et méthodologie.

Elles feront l’objet d’un premier examen.

Les auteurs et autrices seront avisé.es avant le 15 novembre 2024.

Les versions définitives des textes seront attendues pour le 15 mai 2025 et feront l’objet d’une procédure d’évaluation en double aveugle.

La publication est prévue à l’automne 2025.

Les propositions sont à adresser à thierry.dezalay@gmail.com

Responsable scientifique

  • Thierry Dezalay, retraité, anciennement maître de conférences en sociologie à l'université du Havre et chercheur au laboratoire IDEES, Le Havre

Direction des cahiers de sociologie économique et culturelle

  • Thierry Suchère : Maître de conférences en Sciences économiques à l'université du Havre et rattaché au Laboratoire EDEHN
  • Arnaud Le Marchand : Maître de conférences HDR en économie et en sociologie à l'université du Havre, rattaché au laboratoire IDEES Le Havre

Comité de rédaction  

Associé à la direction de la revue le comité de rédaction se compose de :

  • Jérôme Ballet - Maître de conférences en Sciences économiques
  • Thierry Dezalay - Chercheur en sociologie.
  • Albert Gueissaz - Chercheur en sociologie
  • André Suchet - Maître de conférence HDR en géographie sociale et sociologie

Bibliographie

Numéros thématiques de revues

Agora Débats/Jeunesse (2021/2 n° 88). Etudiants en mobilité internationale : s’installer en France ou rentrer au pays ? https://cairn.info/revue-agora-debhttps://www.cairn.iats-jeunesses-2021-2.html

Journal of international mobility (2018 n°6). Conditions de vie et d’études : ressources et stratégies des étudiants en mobilité internationale. https://www.cairn.info/revue-journal-of-international-mobility-2018-1.html

Géo-Regards (2017 n° 10). Les étudiant.e.s internationaux. https://www.alphil.com/revues/837-819-geo-regards-n-10-2017.html

Migrations société (2020/2 n°180). Etudiants étrangers : des étrangers comme les autres ? https://www.cairn.info/revue-migrations-societe-2020-2.html

Plein droit (2021/3 n° 130). Etrangers au ban de la fac. https://www.cairn.info/revue-plein-droit-2021-3.html

Articles, ouvrages et chapitres d’ouvrages

Bréant H., Chauvin S., Portilla A. (2018).  « Les migrations internationales à l’épreuve du capital social », Actes de la recherche en sciences sociales n° 225.

Chabre T. (2023).  « Recruter, protéger, contribuer : les étudiants-agents et les étudiants-militants africains, acteurs de la destination pour études de « Chypre-Nord » », Revue européenne des migrations internationales, vol. 39, no. 4.

Ennafaa R., Paivandi S. (2008). Les étudiants étrangers en France. Enquête sur les projets, les parcours et les conditions de vie réalisée par l’OVE, La Documentation française.

Fischer N., Hamidi C. (2016). Les politiques migratoires, La Découverte, coll. Repères.

Kabbanji L., Toma S. (2020). Politiques migratoires et sélectivité des migrations étudiantes en France : une approche sociodémographique. Migrations Société, 180. https://doi.org/10.3917/migra.180.0037

Touré N. (2017). « Genre et mobilité internationale pour études. Origines sociales et trajectoires scolaires des étudiantes maliennes en France et au Maroc », Géo-Regards, n°10.

Van Zanten A. (2023). La marchandisation à l’œuvre dans le système scolaire et supérieur français : raisons et conséquences. Administration & Éducation, 180, 27-33. https://doi.org/10.3917/admed.180.0027


Date(s)

  • Tuesday, October 15, 2024

Keywords

  • étudiants internationaux, migrations, conditions de vie, politiques publiques

Contact(s)

  • Thierry Dezalay
    courriel : thierry [dot] dezalay [at] gmail [dot] com

Information source

  • Jonas Pigeon
    courriel : jonas [dot] pigeon [at] yahoo [dot] com

License

CC0-1.0 This announcement is licensed under the terms of Creative Commons CC0 1.0 Universal.

To cite this announcement

« Les conditions des migrations étudiantes internationales », Call for papers, Calenda, Published on Tuesday, June 18, 2024, https://doi.org/10.58079/11udq

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