Discours, réalités et représentations de la « défiance » (mise au défi)
Discourses, Realities and Representations of Defiance
Littératures, cultures et civilisations du monde anglo-saxon, pays du Commonwealth et des BRICS
Literatures, Cultures and Civilisations of the Anglo-Saxon World, Commonwealth and BRICS countries
Publié le vendredi 14 juin 2024
Résumé
L’objectif du colloque est de mettre en synergie des recherches, en sciences humaines et sociales, portant sur le monde anglo-saxon, les pays du Commonwealth et ceux des BRICS. Il s’agira d’identifier, à des moments variés de leur histoire, la façon dont se construit et s’appréhende la défiance dans le sens de « mise au défi » qu’elle partage avec le mot anglais defiance, apparu au début du XIVe siècle sous l’influence du vocable français desfiance. Ce colloque s’inscrit dans l’espace de réflexion ouvert par Nancy Nyquist Potter (2016) dans l’introduction de son éloge à la défiance.
Annonce
Argumentaire
L’objectif du colloque est de mettre en synergie des recherches, en sciences humaines et sociales, portant sur le monde anglo-saxon, les pays du Commonwealth et ceux des BRICS. Il s’agira d’identifier, à des moments variés de leur histoire, la façon dont se construit et s’appréhende la défiance dans le sens de « mise au défi » qu’elle partage avec le mot anglais defiance, apparu au début du XIVe siècle sous l’influence du vocable français desfiance.
Comme le rappelle Midoriko Kageyama (2012) dans son analyse du poème d’Alain Chartier La Belle Dame sans mercy (1424), titre que le poète anglais John Keats empruntera pour sa célèbre ballade de 1819, la notion de défiance (en moyen français defiance, deffiance et desfiance) mêle défi et doute : elle désigne à la fois l’« action de défier, de provoquer quelqu’un au combat, de déclarer la guerre à quelqu’un » et le « sentiment de celui qui n’a pas de confiance, manque de confiance ». Dans son œuvre, Chartier met en scène une guerre verbale provoquée, selon l’Amant, par les yeux de la Dame. Le débat amoureux s’engage entre des combattants qui ne se font pas confiance et refusent jusqu’à la fin de reculer. La bataille d’idées en vers constitue pour l’auteur l’occasion de proposer à l’auditoire une mise en question des valeurs de la cour.
Parmi les grandes figures de l’histoire de l’humanité, Mohandas Karamchand Gandhi a incarné avec force cette notion de défiance durant toute la période de violence et d’instabilité qui a commencé avec l’intensification de l’impérialisme à la fin du XIXe siècle et s’est poursuivie avec deux guerres mondiales. Les mouvements que le Mahatma a menés en Inde entre 1917 et 1942 ont eu un effet profond sur de nombreux activistes dans le monde entier. Fondé sur le concept de Satyagraha, dans l’objectif d’éveiller la conscience des oppresseurs et de revigorer leurs victimes avec un sens de l’action morale, son mode de défiance unique s’est développé pendant son séjour en Afrique du Sud de 1893 à 1914. La résistance civile sud-africaine remonte à 1906, lorsque Gandhi a commencé à organiser les Indiens contre les pratiques discriminatoires. Par la suite, en 1952, le African National Congress (ANC) et le South African Indian National Congress (SAINC) ont lancé, ensemble, la Campagne de défiance (Defiance Campaign) contre les lois promulguées par le National Party pour mettre en œuvre son programme d’apartheid.
Les voyageuses britanniques victoriennes puis édouardiennes qui, à partir du dernier tiers du XIXe siècle et jusqu’au début du XXe siècle, ont visité les coins les plus reculés de l’Empire pour des raisons diverses ou sont parties s’installer dans les colonies pour des séjours plus ou moins longs, charriaient avec elles les traditions, les croyances, les codes et les représentations de leur propre culture. Elles participaient aussi aux transformations d’un monde qui se redessinait sous l’effet de grandes mutations politiques et socio-culturelles, dont la montée du féminisme. Dans une société où la sédentarité ou les activités physiques modérées étaient recommandées aux femmes pour des raisons de tradition puis de survie de la « race », justifiées par la science et la philosophie, voyager pouvait se concevoir, être représenté ou identifié, comme un « sport » violent, voire une conduite à risques – définie par David Le Breton comme une conduite disparate, répétitive ou unique qui met symboliquement ou réellement l’existence en danger. Les écarts vestimentaires, comportementaux, ou linguistiques que les voyageuses consignaient dans les pages de leurs récits ne manquaient pas de distiller une certaine forme de défiance, discrète ou ostentatoire, conscience ou inconsciente.
Selon les caractéristiques de la culture nationale, selon la composition de l’atmosphère politique dans laquelle ils trempent, les milieux artistiques entretiennent des formes spécifiques de provocation, favorisent ou engendrent des sentiments de défiance. Pour revenir au cas de l’Afrique du Sud, dont le pays célèbre ses 30 ans de démocratie en 2024, la publication du roman Disgrace (1999) du Prix Nobel John Maxwell Coetzee a révélé un écrivain qui refusait de rompre avec la tradition de défiance qu’il avait cultivée pendant l’apartheid. Celle de la fiction érigée en rivale de l’histoire. À l’instar du poème d’Alain Chartier qui a fait scandale dans les milieux de la cour capétienne, le récit d’un viol interracial dans la « nation arc-en-ciel » a provoqué des remous jusque dans l’arène parlementaire. Coetzee défiait la production de la « nouvelle histoire » de la « nouvelle Afrique du Sud », proposant une mise en question des valeurs de la jeune démocratie.
Plus récemment, l’élargissement stratégique du club des BRICS, dont l’Inde et l’Afrique du Sud font partie, a renforcé l’idée d’une volonté des pays émergents de défier l’ordre mondial porté par les puissances et les institutions occidentales. Dans la même logique, peut-être pourrait-on déceler une certaine forme de défiance dans la requête déposée par l’Afrique du Sud devant la Cour Internationale de Justice en décembre 2023 contre l’État d’Israël, accusé de perpétrer un génocide dans la bande de Gaza.
Zygmunt Bauman soutient que le monde actuel est dans un état de « liquidité » généralisé, état qui résulte de la rupture de la relation entre politique et pouvoir, considérée comme centrale dans la crise des États-nations, et de l’affaiblissement de l’idée de communauté, provoquée par l’introduction des nouvelles technologies. Dans cette « société liquide » globalisée, insécurité, incertitude et individualisme sont les acteurs dominants. Que/qui défie-t-on dans une « société liquide » ? Comment la défiance se construit-elle et s’exerce-t-elle dans une telle société ? Ulrich Beck voit, dans la « société du risque », société industrielle où la production sociale de richesses est systématiquement corrélée à la production sociale de risques, l’émergence de nouveaux mouvements collectifs fondés davantage sur l’association de consciences individuelles plus autonomes. Sous aucune forme de contrôle ? La défiance était-elle concevable dans une société qui vise la « colonisation du futur » où « la peur domine notre vie » et « la valeur de sécurité refoule la valeur d’égalité » ?
Ce colloque s’inscrit dans l’espace de réflexion ouvert par Nancy Nyquist Potter (2016) dans l’introduction de son éloge à la défiance : ‘Although most societies occasionally regard defiant behaviour as heroic, more often defiant behaviour is met with suppression, punishment or medicalization. Defiance behaviour is usually deemed disruptive to society and harmful to self, and sometimes that is true. […][Yet there are] conditions under which defiance might be desirable and praiseworthy’ [….] Even today, few people are praised for defiant behaviour and to my knowledge, no one writing in virtue theory has yet claimed defiance as one of the virtues’.
Ouvrages cités infra
Modalités de soumission
Les propositions de communication, en anglais ou en français, peuvent s’articuler autour des axes suivants, sans toutefois s’y limiter :
- Philosophie/Sociologie de la défiance
- Méthodes et pratiques de la défiance
- Formes, valeurs et fonctions de la défiance
- Représentations et incarnations de la défiance
- Défiance clamée, défiance écrite et défiance représentée.
Elles peuvent aborder différents champs d’études et les conjuguer (sociologie, anthropologie, études politiques, civilisation, histoire, littérature, économie, média, journalistique, linguistique, etc.), différents pays de l’aire anglosaxonne, du Commonwealth et des BRICS, et traiter de tous les domaines des cultures savantes ou populaires (arts visuels, différents « genres » de fiction, sports, musique, objets de collection, pratiques culturelles et médiatiques, jeux, littératures, etc.).
Les communications ne devront pas dépasser 20 mns.
Les propositions de communication en anglais ou en français (titre et résumé de 300 mots) ainsi qu’une courte biographie (100 mots max.) doivent être envoyées à colloquedefiance2025@protonmail.com
au plus tard pour le 1er novembre 2024
Une publication est envisagée chez L’Harmattan (Paris) dans la « collection Racisme et Eugénisme » du Prof. Michel Prum.
Comité organisateur
- Nargès Bardi (Université Clermont Auvergne, France)
- Marie-Annick Mattioli (Université Paris Cité, France)
- Ludmila Ommundsen Pessoa (Le Mans Université)
- Michel Prum (Université Paris Cité, France)
Comité scientifique
- Rédouane Abouddahab (Le Mans Université, France)
- Marie-Claude Barbier (ENS Paris Saclay, France)
- Nada Afiouni (Université Le Havre Normandie, France)
- Florence Binard (Université Paris Cité, France)
- Deirdre Gilfedder (Université de Paris Dauphine, PSL, France)
- Grainne O’Keeffe Vigneron (Université de Rennes, France)
- Darwis Khudori (Université Le Havre Normandie, France)
- Xavier Lachazette (Le Mans Université, France)
- Vincent Latour (Toulouse Université, France)
- Benaouda Lebdai (Le Mans Université, France)
- Nadia Malinovich (Université de Picardie, France)
- Gilles Teulié (Université Aix-Marseille, France)
Ouvrages cités
Ulrich BECK, « La société du risque globalisé revue sous l’angle de la menace terroriste », Cahiers internationaux de sociologie, vol. 114, no. 1, 2003, pp. 27-33, https://www.cairn.info/revue-cahiers-internationaux-de-sociologie-2003-1-page-27.htm.
CAUCHIE, H.O. HUBERT et al. « La société du risque de Beck : Balises. Revue nouvelle, 2002, vol. 115, no 7-8, pp. 86-97.
Carlo BORDONI. Introduction to Zygmunt Bauman. Revue internationale de philosophie, 2016, no 3, p. 281-289. Zygmunt BAUMAN. Liquid Life. Cambridge, Polity Press, 2005.
Arlette BOUZON (dir.), Questions de communication, 2002, no 2. Ulrich Beck, La Société du risque. Sur la voie d’une autre modernité, trad. de l’allemand par L. Bernardi. Paris, Aubier, 2001, 521 p.
David LE BRETON, Conduites à risque. Des jeux de mort au jeu de vivre, Paris, Presses Universitaires de France, 2002, p. 224.
Kageyama MIDORIKO, « La défiance dans La Belle Dame sans mercy d’Alain Chartier », Questes [En ligne], 23 | 2012, mis en ligne le 01 janvier 2014, consulté le 23 avril 2024. URL : http://journals.openedition.org/questes/1236 ; DOI : https://doi.org/10.4000/questes.1236.
Nancy Nyquist POTTER, The Virtue of Defiance and Psychiatric Engagement. Oxford University Press, 2016.
Adams et Ash ROBERTS, Timothy Garton (ed.). Civil Resistance and Power Politics : the Experience of Non-Violent Action from Gandhi to the Present. Oxford University Press, 2009.
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Lieux
- Université Paris Cité, Campus des Grands Moulins (13e arrondissement de Paris)
Paris, France (75)
Format de l'événement
Événement uniquement sur site
Dates
- vendredi 01 novembre 2024
Fichiers attachés
Mots-clés
- défiance, défi, monde anglo-saxon, Commonwealth, BRICS, culture, civilisation, histoire, littérature, relations internationales, genre, diversité, ethnicité, représentation, identité, stéréotype
Contacts
- Ludmila Ommundsen Pessoa
courriel : colloquedefiance2025 [at] protonmail [dot] com
URLS de référence
Source de l'information
- Ludmila Ommundsen Pessoa
courriel : colloquedefiance2025 [at] protonmail [dot] com
Licence
Cette annonce est mise à disposition selon les termes de la Creative Commons CC0 1.0 Universel.
Pour citer cette annonce
« Discours, réalités et représentations de la « défiance » (mise au défi) », Appel à contribution, Calenda, Publié le vendredi 14 juin 2024, https://doi.org/10.58079/11tk2

