HomeLe Vice-Président des États-Unis : de l’ombre à la lumière

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Le Vice-Président des États-Unis : de l’ombre à la lumière

Analyses et perspectives pluridisciplinaires autour d’une fonction méconnue

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Published on Friday, June 14, 2024

Abstract

À quelques mois seulement de la prochaine élection présidentielle américaine et à moins d’un an de de l’investiture du 47e Président des États‑Unis, une figure relativement méconnue du paysage politique américain mérite une attention toute particulière : le Vice‑Président des États‑Unis. L’étude du système politique des États‑Unis révèle un paradoxe saisissant : le Vice‑Président occupe une position singulière dans les institutions de ce pays, étant à la fois une figure peu connue et pourtant très proche de la plus haute fonction, à savoir la Présidence. Alors que les projecteurs du monde entier sont actuellement braqués vers le prochain locataire de la Maison Blanche, les organisateurs de ce colloque ont choisi de porter leur attention sur l’institution quelque peu délaissée du Vice‑Président des États‑Unis.

Announcement

Argumentaire

« I am Vice President. In this I am nothing, but I may be everything. »(John Adams, 1er Vice-Président des États-Unis de 1789 à 1797)

À quelques mois seulement de la prochaine élection présidentielle américaine et à moins d’un an de de l’investiture du 47e Président des États-Unis, une figure relativement méconnue du paysage politique américain mérite une attention toute particulière : le Vice-Président des États‑Unis.

Bien qu’officiellement considéré comme le numéro deux de l’Exécutif et la première personne sur l’ordre de succession présidentielle (United States presidential line of succession), le Vice‑Président des États‑Unis –communément désigné sous les termes « VP » ou « VPOTUS » – est traditionnellement perçu comme une figure politique en retrait, opérant dans l’ombre de l’hôte de la Maison Blanche et occupant un poste plutôt obscur. C’est pourquoi, parmi les 49 Vice‑Présidents que les États‑Unis ont connus de 1789 à 2024, c’est-à dire de John Adams à Kamala Harris (étant précisé que, à 16 reprises, le poste de Vice-Président est resté vacant), tous ne sont pas entrés dans les annales de l’Histoire. Cependant, quelques-uns, en raison de leur influence, ont pu laisser une empreinte significative sur les mandats présidentiels (ex. : Garret Hobart de 1897 à 1899, Walter Mondale de 1977 à 1981 ou Dick Cheney de 2001 à 2009), voire recevoir le Prix Nobel de la Paix (Al Gore en 2007).

L’étude du système politique des États-Unis révèle un paradoxe saisissant : le Vice‑Président occupe une position singulière dans les institutions de ce pays, étant à la fois une figure peu connue et pourtant très proche de la plus haute fonction, à savoir la Présidence. Tandis que certains décrivent la fonction comme « la plus insignifiante jamais conçue par l’esprit humain » (John Adams) ou auraient préféré « de loin être n’importe quoi, disons professeur d’histoire, plutôt que Vice-Président » (Theodore Roosevelt), l’histoire américaine montre que, à maintes reprises, le Vice-Président a réussi à prouver son utilité.

Les modalités de sa désignation ainsi que ses attributions ont, d’ailleurs, été consolidées, au niveau constitutionnel, par l’adoption du XIIe Amendement (1804) et du XXVe Amendement (1967). Pourtant, malgré, depuis le milieu du XXe siècle, le renforcement de son influence au gré des différentes Présidences, la place du Vice‑Président reste souvent reléguée à l’arrière-plan. Cependant, le poste de Vice‑Président peut représenter, outre une fin de carrière honorable, un tremplin vers la Présidence de la première puissance mondiale. La Vice‑Présidence est, en effet, souvent perçue comme l’antichambre du Bureau ovale, 14 Vice‑Présidents étant devenus Présidents. D’une part, elle confère une crédibilité politique, permettant à ceux qui aspirent à la plus haute fonction politique de se positionner en vue des prochaines élections. Bien que 6 Vice‑Présidents – sortants ou non – aient réussi à être élus Présidents (ex. : Thomas Jefferson en 1800, George H. W. Bush en 1988 ou Joe Biden en 2020), d’autres ont échoué dans cette entreprise (ex. : John C. Breckinridge en 1860, Hubert Humphrey en 1968 ou Al Gore en 2000). D’autre part, le véritable enjeu de la Vice-Présidence est de garantir la continuité de la gouvernance en prévoyant un successeur pour remplacer le Président en cas de décès (ex. : Lyndon Johnson qui succède à John F. Kennedy après son assassinat à Dallas en 1963), de démission (Gerald Ford qui, après le scandale du Watergate, succède à Richard Nixon en 1974), de destitution ou de son incapacité à exercer les pouvoirs présidentiels. De la Vice‑Présidence à la Présidence des États‑Unis, il n’y a, quelquefois, qu’un battement de cœur…

Alors que les projecteurs du monde entier sont actuellement braqués vers le prochain locataire de la Maison Blanche, les organisateurs de ce colloque ont choisi de porter leur attention sur l’institution quelque peu délaissée du Vice‑Président des États‑Unis. Ce poste, sous-estimé mais potentiellement crucial, pourrait, d’ailleurs, jouer un rôle déterminant dans une élection présidentielle qui oppose un candidat démocrate âgé de 81 ans, confronté à des problèmes de santé, à un candidat républicain âgé de 77 ans, aux prises avec des démêlés judiciaires. En d’autres termes, le 50e Vice‑Président pourrait bien devenir le 48e Président des États‑Unis...

À travers ce colloque, les organisateurs souhaitent aborder plusieurs thématiques.

Axe 1 : L’évolution historique de la Vice-Présidence

L’histoire des États-Unis témoigne des transformations majeures de la Vice‑Présidence. Longtemps oubliée par l’Histoire, celle-ci était traditionnellement offerte, comme « lot de consolation », au candidat malheureux de l’élection présidentielle. Les exemples de Harry Truman, qui était ignorant du programme nucléaire américain, et de Gerald Ford, devenu le seul Président non-élu, ont toutefois mis en évidence la nécessité de renforcer un poste initialement considéré comme honorifique. En particulier, les modifications apportées par les XXIIe et XXVe Amendements, conjuguées à une augmentation des activités présidentielles qui ont poussé le Président à déléguer davantage de tâches à son Vice‑Président, ont contribué à l’émergence d’un nouveau modèle de Vice‑Présidence. Les Vice‑Présidences de Dick Cheney, d’Al Gore ou de Joe Biden, bien qu’ayant chacune leurs spécificités, en sont des exemples notables. Alors que l’identité du 50e Vice‑Président demeure encore méconnue, il s’avère opportun de retracer l’évolution de cette figure politique dans l’histoire américaine.

« Look at all the Vice Presidents in history. Where are they ? They were about as useful as a cow’s fifth teat. » (Harry Truman, 34e Vice-Président des États-Unis du 20 janvier au 12 avril 1945)

Axe 2 : Le rôle institutionnel du Vice-Président

Les Pères fondateurs des États-Unis ont établi une Vice-Présidence qui diffère grandement de celle que nous connaissons de nos jours. Le Vice-Président n’a eu, pendant longtemps, qu’une place symbolique dans la vie politique de son pays, comme en atteste son rôle constitutionnel limité. La Constitution américaine le situe à la croisée entre l’Exécutif et le Législatif en lui assignant deux responsabilités : à titre permanent, selon l’Article Ier de la Constitution, il est le Président ex officio du Sénat, dont le rôle demeure protocolaire (puisqu’il ne peut utiliser son droit de vote que pour départager les suffrages en cas d’égalité) et, de manière contingente, en application de l’Article II de la Constitution et du XXVe Amendement (1967), il remplace, temporairement ou définitivement, le Président des États-Unis. En revanche, la Constitution ne lui confère aucune fonction exécutive propre. Son rattachement à l’Exécutif provient, pour l’essentiel, des tâches que lui confie le Président (ex. : représentationà l’étranger, liaison avec le Congrès, porte-parole de son parti, conseiller auprès du Président). Les responsabilités du Vice‑Président étant peu définies, voire inexistantes, dans la Constitution, elles dépendent de la volonté du chef de l’État et sont susceptibles de varier d’un Président à l’autre. Le Vice‑Président peut, ainsi, être placé au cœur du processus de décision ou en être complétement écarté. Doté de fonctions floues et à géométrie variable véhiculant une certaine « confusion institutionnelle », il apparaît donc comme un véritable « caméléon constitutionnel », ce qui pose des questions quant à son positionnement sur l’échiquier politique américain au regard de la théorie de la séparation des pouvoirs.

« Being Vice President is comparable to a man in a cataleptic fit ; he cannot speak ; he cannot move ; he suffers no pain ; he isperfectly conscious of all that goes on, but has no part in it. »(Thomas R. Marshall, 28e Vice-Président des États-Unis de 1913 à 1921)

Axe 3 : Les relations entre le Vice-Président et le Président

Duo ou duel ? L’histoire des élections américaines témoigne du choix stratégique que représente, pour le candidat à la Présidence des États-Unis, la désignationd’un « running mate ». Depuis l’adoption du XIIe Amendement (1804), le Vice‑Président, qui figure sur le fameux « ticket présidentiel », est, en effet, élu en même temps et pour la même durée que le Président. La sélection du colistier « idéal » constitue une étape très importante de la campagne électorale au motif que la personne pressentie pour la Vice‑Présidence a vocation à compléter – en termes d’expérience, de genre, d’implantation géographique, d’origine ethnique, de tendance politique… – le profil du candidat à la Maison‑Blanche afin d’équilibrer le « ticket présidentiel ». Se crée, de la sorte, un tandem électoral qui, en cas de victoire, se transforme en partenariat institutionnel. Pendant la campagne, tout l’enjeu du colistier est de promouvoir l’image du candidat à la Présidence, sans toutefois l’éclipser. Signe de statut quelque peu paradoxal, il se retrouve en « liberté surveillée ». Une fois en fonction, le Vice‑Président est attendu pour épauler le Président. Si le Vice‑Président fait preuve de loyauté à son égard et qu’une relation de confiance s’établit, le Président peut confier d’importantes responsabilités à ce collaborateur qui, le cas échéant, jouera un rôle de conseiller et/ou de confident. Leurs rapports peuvent, toutefois, être marqués par des tensions et des rivalités, d’autant plus que, si le Président n’est pas en mesure d’achever son mandat, le Vice-Président le remplace et s’élève au rang de numéro un.

« I never had a boss. I don’t know how I’d handle it. »(Joe Biden, 47e Vice-Président des États-Unis de 2009 à 2017)

Axe 4 : Le Vice-Président dans la fiction

Le Vice-Président des États-Unis ? On en fait tout un cinéma ! La fascination pour la vie politique américaine, riche en surprises et en rebondissements, a propulsé la figure du Vice-Président des États-Unis sur les petit et grand écrans. Au-delà des arcanes du jeu politique américain, les apparitions du Vice-Président dans les séries télévisées et les films révèlent des coulisses du pouvoir qui ne sont guère éloignés de la réalité. Les œuvres se penchent, notamment, sur l’ascension (ex. : le film « Vice ») ou sur l’accession au Bureau ovale (ex. : le fim « La chute du Président » ou la série « House of Cards ») de Vice-Présidents présentés comme des stratèges du pouvoir. Parfois, la fiction anticipe la réalité, comme lorsque Kamala Harris marche dans les pas des héroïnes Mackenzie Allen (dans la série « Commander in chief ») ou de Selina Meyer (dans la série « VEEP ») en devenant la première femme à résider au Number One Observatory Circle.

« Dr. Emmett Brown : Then tell me, "Future Boy", who’s President in the United States in 1985 ? Marty McFly : Ronald Reagan ?Dr. Emmett Brown : Ronald Reagan ? The actor ? Dr. Emmett Brown : Then who’s Vice President ? Jerry Lewis ? » (Film « Retour vers le futur »)

L’ambition de ce colloque est de faire dialoguer les disciplines en rassemblant des intervenants de divers horizons en vue d’explorer et d’analyser le rôle et les fonctions du Vice-Président dans le système politique américain. Dès lors, sont bienvenues les propositions abordant ces différents sujets à travers le prisme de la civilisation, du droit, de l’histoire, de la politique, de la science politique, de la sociologie ou de tout autre champ disciplinaire pertinent. Sont aussi appréciées les approches interdisciplinaires ainsi que les études de cas.

Modalités de soumissions

Soumission d’une proposition de 300 à 500 mots, en langue française ou en langue anglaise, précisant les nom et prénom, les titre(s) et fonction(s) et l’institution de rattachement de l’auteur.

La proposition est à adresser aux trois organisateurs du colloque :

  • gregory.benedetti@univ-grenoble-alpes.fr
  • pierre-alexandre.beylier@univ-grenoble-alpes.fr
  • severine.nicot@univ-grenoble-alpes.fr

Avant le 2 septembre 2024

Calendrier

  • Jusqu’au 2 septembre 2024 inclus : soumission des propositions
  • 23 septembre 2024 : réponse après évaluation par le Comité scientifique
  • 27-28 mars 2025 : colloque à Grenoble

Comité d’organisation

  • Gregory Benedetti, Maître de conférences en Civilisation américaine, Institut des Langues et Culturesd’Europe, Amérique, Afrique, Asie et Australie (ILCEA4), Université Grenoble Alpes (UGA)
  • Pierre-Alexandre Beylier, Maître de conférences HDR en Civilisation nord-américaine, Institut des Langues et Cultures d’Europe, Amérique, Afrique, Asie et Australie (ILCEA4), Université Grenoble Alpes (UGA)
  • Séverine Nicot, Maîtresse de conférences en Droit public, Centre de Recherches Juridiques (CRJ), Université Grenoble Alpes (UGA)

Places

  • Université Grenoble Alpes
    Grenoble, France (38)

Event attendance modalities

Hybrid event (on site and online)


Date(s)

  • Monday, September 02, 2024

Keywords

  • vice-président, Etats-Unis, droit, science politique, histoire, sociologie

Contact(s)

  • Pierre-Alexandre Beylier
    courriel : pierre-alexandre [dot] beylier [at] univ-grenoble-alpes [dot] fr
  • Gregory Benedetti
    courriel : gregory [dot] benedetti [at] univ-grenoble-alpes [dot] fr
  • Séverine Nicot
    courriel : severine [dot] nicot [at] univ-grenoble-alpes [dot] fr

Information source

  • Séverine Grosjean
    courriel : severine [dot] grosjean [at] univ-grenoble-alpes [dot] fr

License

CC-BY-4.0 This announcement is licensed under the terms of Creative Commons - Attribution 4.0 International - CC BY 4.0 .

To cite this announcement

« Le Vice-Président des États-Unis : de l’ombre à la lumière », Call for papers, Calenda, Published on Friday, June 14, 2024, https://doi.org/10.58079/11tk3

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