HomeCultures populistes ? Le populisme et les médias (cinéma, télévision, Internet, réseaux sociaux)

HomeCultures populistes ? Le populisme et les médias (cinéma, télévision, Internet, réseaux sociaux)

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Published on Tuesday, June 18, 2024

Abstract

L’ambition de ce dossier de Mise au Point est de comprendre comment la rhétorique et les imaginaires du populisme innervent les différents médias (cinéma, télévision, plateforme, réseaux sociaux) et travaillent de façon privilégiée des genres (fiction, télé-réalité, divertissement) et des formats médiatiques. Que devient la rhétorique populiste dans les médias audiovisuels ? Dans quelles formes s’incarne-t-elle ? Quelles sont ses iconographies ou figures de prédilection ? Quels sont les récits médiatiques ou fictionnels qui la mobilise ? Et comment les imaginaires qui lui sont associés, imaginaires de « victimisation », de « satanisation » des coupables ou celui du « Sauveur providentiel » circulent et se retrouvent reconfigurés dans ces contenus ?

Announcement

Argumentaire

La notion de populisme est rattachée historiquement à la sphère politique. Elle a émergé au XIXe siècle en Russie pour caractériser un courant révolutionnaire prenant appui sur les communautés paysannes. Le terme se retrouve également de l’autre côté de l’Atlantique. Aux USA, à la fin du XIXe siècle, un mouvement de fermiers du Sud fortement endettés constitue le People’s Party pour lutter contre le développement d’une culture capitaliste et ses dérives oligarchiques. Dépeint par J. Steinbeck dans son roman Les Raisins de la Colère, ce collectif est mis en scène dans le film éponyme par John Ford (1940). Le socle commun utopiste des premiers « mouvements populistes » pose les conditions d’un « peuple » émancipé, devenant un agent démocratique et progressiste.

On ne peut que constater que les fondations historiques du populisme semblent très éloignées des valeurs négatives (réactionnaires, xénophobes, nationalistes, identitaires, etc.) qui lui sont actuellement rattachées. Ce terme a dérivé d’un sens positif (les romans et les films populistes des années 1930 comme ceux de Capra) à une connotation très négative actuelle, voire péjorative. Sans évacuer l’évolution historique des usages de ce vocable, allant d’une visée descriptive vers une visée disqualifiante contemporaine, dénonçant les conduites politiques mensongères, discriminatoires et racoleuses (Laugier, Ogien, 2015), nous souhaitons observer la façon dont les médias évoquaient et continuent d’évoquer le populisme dans sa perception actuelle.

Le phénomène populiste caractérise une grande diversité d’actions politiques et d’idéologies. S’y retrouvent des programmes politiques du XXe et XXIe siècle, qui vont du perronisme argentin au régime politique d’Hugo Chavez, en passant par l’élection de Jair Bolsonaro à la tête du Brésil. Il caractérise également l’attitude présidentielle de Donald Trump (populaire grâce à un programme de téléréalité), ainsi que le succès sur la scène politique italienne de Beppe Grillo, leader du mouvement 5 étoiles, humoriste et également homme de télévision initialement. Face à cette hétérogénéité de régimes et d’acteurs politiques, le populisme apparait, pour certains auteurs, une notion en « quête d’un paradigme fédérateur » (Dorna, 2005). Ce phénomène possède des caractéristiques communes dont, en particulier, la validation d’une idée ou d’une action « au nom du peuple » (le supposé peuple s’opposant auxélites), l’opposition systématique à l’establishment, le recours aux affects dans les discours, sans oublier la présence d’un leader charismatique « représentant le peuple ». L’incarnation est un trait fort du populisme.

Bien que les relations entre populisme et médias ne soient pas récentes, puisque le« populisme médiatique » (Eco, 2006) ou encore le « télépopulisme » ont été dénoncé pour rendre compte des trajectoires politiques de Silvio Berlusconi ou encore de Bernard Tapie, qui est d’ailleurs devenu emblématiquement, lui aussi, un personnage de fiction pour une série qui porte son nom (Tapie, 2023), nous aimerions comprendre comment ces caractéristiques peuvent revêtir différentes formes selon les récits, les genres médiatiques (talk-show, télé-réalité, divertissement) et fictionnels qui les promeuvent, critiquent ou médiatisent.

La récente étude de Claire Sécail consacrée à l’émission de Cyril Hanouna Tout le Monde en parle diffusée sur C8 (Sécail, 2024) montre que le « télé-populisme » d’Hanouna combine à la fois la rhétorique « anti » du discours populiste classique (anti-parlementarisme, anti-élitisme et populisme pénal) et le fonctionnement d’un dispositif de plateau avec un public valant pour le peuple. Ainsi, on peut s’interroger sur la neutralisation du pluralisme, une des dimensions du populisme (Müller, 2016) au sein de formats et genres médiatiques (linéaire ou en ligne) par des dispositifs censés favoriser la diversité des points de vue et leur circulation. Et si la télévision relève d’un système médiatique et économique fondé sur des logiques de validation populaire de ses contenus, sous quelles conditions au sein des émissions, peuvent-elles être envisagées comme une déclinaison du motif de « l’appel au peuple » ?

Le tournant numérique de la société n’est pas en reste. Loin d’être des technologies neutres, de simples interfaces opérationnelles d’information et de divertissement, les plateformes en général et plus particulièrement YouTube ne sont pas dénuées d’une certaine« idéologie » fondée sur un « appel aux utilisateurs ordinaires et à leur créativité » dessinant ainsi une visée « égalitaire et populiste » (Gillepsie, 2010). La désintermédiation promue par les plateformes et les réseaux sociaux numériques ne réalise-t-elle pas le rêve de tout leader populiste d’être en prise directe avec le peuple ? Est-il nécessaire de rappeler le penchant pour le réseau social Twitter de Donald Trump pendant sa présidence ? Et le déferlement des courtes vidéos virales utilisées par les populistes pour remporter les élections (Trump, Bolsonaro, Javier Milei…) ?

Les fictions (par exemple, La Conquête, 2011 ; Présidents, 2021) peuvent être mobilisées à travers la représentation des campagnes électorales au goût de « populisme hybride » de Nicolas Sarkozy (Charaudeau, 2008). De nombreuses séries s’intéressent à la chose politique en accentuant des ressorts démagogiques ou populistes des actions de leur personnages (House of Cards 2013, Baron noir, 2016). On peut se demander s’il est possible de composer une série politique sans flirter avec ce phénomène. Plus récemment, la série La Fièvre (2024) met en récit le rôle des réseaux sociaux, des divertissements et du sport pour accélérer la pénétration publique des thèses populistes identitaires en jouant sur les peurs et les émotions collectives.

La fiction a toujours été friande de personnages à la fois complexes et décomplexés, à l’instar des trois biopics (1949, 1958 TV, 2006) réalisés sur l’homme politique sudiste américain Huey Peirce Lon, en articulant les aspects les plus noirs de sa vie aux plus sympathiques. On pourra aussi se demander comment, au cours de l’histoire du cinéma, les films ont dépeint des personnages populistes, imaginés ou réels. Entre des films ou des séries issus de provenances nationales différentes, et relevant d’époque de production variées, a-t-on toujours affaire au même populisme ?

L’ambition de ce dossier de Mise au point (MAP) est de comprendre comment la rhétorique et les imaginaires du populisme innervent les différents médias (cinéma, télévision, plateforme,réseaux sociaux) et travaillent de façon privilégiée des genres (fiction, télé-réalité, divertissement) et des formats médiatiques. Que devient la rhétorique populiste dans lesmédias audiovisuels ? Dans quelles formes s’incarne-t-elle ? Quelles sont ses iconographies oufigures de prédilection ? Quels sont les récits médiatiques ou fictionnels qui la mobilise ? Etcomment les imaginaires qui lui sont associés, imaginaires de « victimisation », de « satanisation » des coupables ou celui du « Sauveur providentiel » (Charaudeau, 2016) circulent et se retrouvent reconfigurés dans ces contenus.

Les angles d’approche peuvent être multiples. A titre d’exemples :

1- Les représentations des populismes

  • Le traitement de la question du populisme dans les films et séries à contenu politique ou dansdes documentaires ;
  • les représentations des démocraties et des systèmes politiques totalitaires ;
  • Les biopics des hommes politiques ou des contestataires de l’ordre établi (Napoléon, Lon, Che Guevara, Idi Amin dada, Nixon, Thatcher…) ;

2- Les formes et formats « populistes »

  • Les émissions qui mettent en scène le personnel politique comme people ;
  • Les contenus qui mobilisent les affects et les émotions collectives ;
  • Les séries qui traitent des questions politiques « au nom du peuple » ou les émissions qui revendiquent de parler en son nom ;

3- La critique des populismes

  • Les traces (intégration ou critique) du discours populiste dans les représentations artistiques (littérature, théâtre, cinéma) ou médiatique ;
  • Les dystopies dans le cinéma de science-fiction contre le populisme (les adaptations de1984) ? Peut-on classer des films ou séries de SF comme populistes (Judge Dredd, V pour Vendetta [qui popularise le masque « anonymous »]) ?
  • Les médias/réseaux populistes vus par le cinéma ou les séries. Par exemple l’attaque d’une presse qui profite de la souffrance pour attirer les lecteurs en jouant sur les affects : Le Gouffre aux chimères, film de Billy Wilder, 1951 (Titre original : Ace in the Hole puis The Big Carnival). L’épisode « Chute libre » (Nosedive) de la série Black Mirror sur un réseau qui met chaque individu sous le jugement permanent des autres.

Coordination du dossier

  • Martin Barnier (Université Lumière Lyon2)
  • Marie-France Chambat-Houillon (Université Paris-Panthéon-Assas)
  • Arnaud Mercier (Université Paris-Panthéon-Assas)

Modalités de soumission

Les propositions (argumentaires de 500 mots max, accompagné d’une brève notice biographique de 4 lignes) sont à adresser à :

  • martin.barnier@univ-lyon2.fr
  • marie-france.chambat-houillon@u-paris2.fr
  • arnaud.mercier@u-paris2.fr.

d’ici au 1er octobre 2024

Une réponse sera donnée le 15 novembre 2024. Les articles devront être envoyés avant le 30 janvier 2025.

Bibliographie

  • Christian Marc Bosseno (dir), Le dictionnaire du cinéma populaire, Paris, Éditions Nouveau monde, 2009.
  • Alain Brossat, Des peuples et des films. Cinématographie(s), philosophie, politique, Aix-en- Provence, Rouge Profond, 2020.
  • Patrick Charaudeau, Le discours populiste, un brouillage des enjeux politiques, Limoges, Éditions Lambert-Lucas, 2024.
  • Patrick Charaudeau, « Du discours politique au discours populiste. Le populisme est-il de droite ou de gauche ? », in Corcuera F. et alii (dir.), Les discours politiques. Regards croisés, Paris L’Harmattan, 2016, p. 32-43.
  • Patrick Charaudeau, Entre populisme et peopolisme. Comment Sarkozy a gagné, Paris, Vuibert, 2008.
  • Collectif, « Filmer la politique », dossier de la revue Doc/ Images documentaires, n°105-106, 2022
  • Jean-Louis Coy, « Cinéma : populaire ou populiste ? », Humanisme, 2017/4, n° 317, pp. 43-47. David Da Silva, Le populisme américain au cinéma. De D.W. Griffith à Clint Eastwood, La Madeleine, Éditions LettMotif, 2015.
  • David Da Silva, Trump et Hollywood. 1. L’arrivée au pouvoir, La Madeleine, Éditions LettMotif, 2017.
  • David Da Silva, Trump et Hollywood. 2. Le cinema trumpien, La Madeleine, Éditions LettMotif, 2023.
  • Alexandre Dorna « Avant-propos : Le populisme, une notion peuplée d’histoires particulières en quête d’un paradigme fédérateur », Amnis, 5 | 2005.
  • Olivia Dufour, Justice et médias. La tentation du populisme, Paris, Éditions Eyrolle, 2019. Umberto Eco, A reculons comme une écrevisse, Paris, Éditions Grasset, 2006.
  • Tarleton Gillepsie, « La politique des plateformes », Questions de communication, 2010. Raphaël Jaudon, « L’impossible populisme de Franck Capra », Cinémas, vol. 29, n°3, automne 2021, pp. 173–197.
  • France Giroux et André Mineau (dir.), Les populismes d’hier à aujourd’hui. Les ambiguïtés d’une parole attribuée au peuple, Montréal, Éditions JFD inc., 2021.
  • Sandra Laugier, Albert Ogien, « Le populisme et le populaire », Multitudes 2015/4, n° 61, Éditions Association Multitudes, pp. 45-58.
  • Marc Lits, (dir.) Populaire et populisme, Paris, CNRS Éditions, 2009.
  • Richard Lorent, « Le populisme : de l’origine à la péjoration », Le(s) Populisme(s), Journée d’étude du CIEP, Ottignies- Louvain La Neuve, 8 novembre 2013, pp. 12-1.
  • Cas Mudde, Cristóbal Rovira Kaltwasser, Brève introduction au populisme, Paris, Éditions de l’aube/fondation européenne d’études progressistes/fondation Jean-Jaurès, 2018.
  • Jan-Werner Müller. Qu’est-ce que le populisme ? Définir enfin la menace, Paris, Édition Premier Parallèle, 2016.
  • Robert B. Pippin, Philosophie politique du western. Les ambiguïtés du mythe américain, Paris, CERF, 2021.
  • Pierre Rosanvallon, Le Siècle du populisme. Histoire, théorie, critique, Paris, Seuil, 2020.
  • Yal Sadat, Vigilante. La justice sauvage en Amérique, du western à Donald Trump, Paris, IHMO, 2022.
  • Claire Sécail, Touche pas à mon peuple, Paris, Seuil, collection Libelle, 2024.
  • Marc Sinnaeve, « Populisme(s) et médias : Les indices formels d’une connivence fonctionnelle », Le(s) Populisme(s), Journée d’étude du CIEP, Ottignies- Louvain La Neuve, 8 novembre 2013, pp. 30-41.
  • Fouad Souiba, Esthétique du film politique, Rabat (Maroc), Editions Marsam, 2018
  • Pierre-André Taguieff, L’Illusion populiste, Paris, Éditions Flammarion, coll. Champs, 2007. Federico Taragoni, L’esprit démocratique du populisme, Paris, La Découverte, 2019.
  • Dork Zabunyan, Fictions de Trump. Puissance des images et exercice du pouvoir, Paris, Le Point du jour, 2020.

Date(s)

  • Tuesday, October 01, 2024

Keywords

  • populisme, médias, culture, représentations, récit, critique, cinéma, télévision, Internet, réseaux sociaux

Contact(s)

  • Arnaud Mercier
    courriel : arnaud [dot] mercier [at] u-paris2 [dot] fr
  • Martin Barnier
    courriel : martin [dot] barnier [at] univ-lyon2 [dot] fr

Reference Urls

Information source

  • Marie-France Chambat-Houillon
    courriel : marie-france [dot] chambat-houillon [at] u-paris2 [dot] fr

License

CC0-1.0 This announcement is licensed under the terms of Creative Commons CC0 1.0 Universal.

To cite this announcement

« Cultures populistes ? Le populisme et les médias (cinéma, télévision, Internet, réseaux sociaux) », Call for papers, Calenda, Published on Tuesday, June 18, 2024, https://doi.org/10.58079/11uds

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