HomeL’eau dans l’anthropocène : enjeux socio-économiques, environnementaux, politiques et opérationnels

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Published on Wednesday, July 03, 2024

Abstract

Ce numéro spécial de Belgéo attache de l’importance au temps (passé, présent et futur) pour voir comment le contexte des crises écologique et climatique, caractéristiques de l’anthropocène, renouvelle ou non la gestion, la gouvernance, les usages et l’aménagement de l’eau, des cours d'eau, des zones humides et des zones inondables.

Announcement

Dans le prolongement de la session « Water in the Anthropocene » organisée dans le cadre du 9e congrès de l’EUGEO (Barcelone, 04-05/09/2023), Sylvain Dournel, Joaquim Farguell, Sylvain Rode et Albert Santasusagna vous partagent l’appel à articles « L’eau dans l’Anthropocène / Water in the Anthropocene », qui paraîtra dans un numéro spécial la revue Belgéo.

Argumentaire

Crises écologique et climatique, tensions sur la ressource en eau et conflits d’usages, diversité des systèmes de représentation et des héritages paysagers, complexité de fonctionnement des milieux et des jeux d’acteurs… cet appel à articles aborde l’eau dans l’Anthropocène au travers des enjeux socio-économiques, environnementaux, politiques et opérationnels que le concept sous-tend.

L’eau est absolument nécessaire à tout être vivant sur Terre, exerçant, à travers ses états gazeux, liquide et solide, un rôle majeur à la fois dans l’atmosphère, la biosphère, l’hydrosphère et la lithosphère. C’est ainsi que la philosophie antique, notamment Empédocle puis Platon, érige l’eau parmi les quatre éléments fondamentaux qui décrivent la matière composant l’univers. Elle apparaît alors, avec l’air, le feu et la terre, comme la base de tout matériaux. Et parmi ces éléments, nombreuses sont les mythologies et religions du monde à accorder à l’eau une dimension spirituelle forte (SNPN, 2006). Elle peut être à la fois destructrice et purificatrice, dangereuse et protectrice (Béthemont, 2011). Plus largement, l’eau est imprégnée de nombreux symboles et images, perceptibles dans les arts, révélant l’intensité de notre rapport culturel à cet élément (Bachelard, 1942).

L’eau est utilisée par l’humanité depuis l’aube de la civilisation pour boire, pêcher et se laver, mais aussi, moyennant plus d’aménagements et d’équipements, pour cultiver (systèmes de drainage ou d’irrigation), se déplacer (canalisation et aménagements portuaires), se protéger (douves) ou encore se fournir en énergie (moulins à eau). Les grandes civilisations de l’Antiquité développaient leur économie, leur politique et leur administration autour de grands fleuves comme le Tigre, l’Euphrate et le Nil. C’est ainsi que les villes se sont constituées dans leur grande majorité depuis les rives de cours d’eau (Dupuis-Tate et Fischesser, 2003 ; Rossiaud, 2016) ou à proximité des littoraux (Chaline, 1994). Les transformations et altérations induites sur le cycle de l’eau, les rivières, les zones humides, les lacs et les masses d’eaux souterraines ont d’abord été progressives et croissantes, de la préhistoire au début du XVIIIe siècle (Béthemont et Bravard, 2016 ; Carcaud et al., 2019). Notons d’ailleurs que l’histoire des rapports socio-économiques à l’eau n’a pas été uniforme et linéaire. Elle a au contraire été changeante et cyclique, rythmée en fonction de conjonctures, savoirs et systèmes de représentation précis qu’André Guillerme (1990) a identifiés à travers l’expression de « temps de l’eau ».

Du XVIIIe siècle à nos jours, ces transformations et altérations se sont intensifiées et complexifiées, au rythme de la croissance démographique et de l’expansion des villes (Carré et Deutsch, 2015), de la modernisation de l’agriculture, de l’intensification des flux de personnes et de marchandises, du développement de l’hydroélectricité, etc. L’histoire des rapports des sociétés humaines à l’eau s’est avérée assez trouble et ambivalente durant cette période (Dournel et al., 2011). D’un côté, les cours d’eau et les zones humides ont rapidement été dépourvus du moindre intérêt socio-économique, en raison de la concurrence effrénée des innovations de la Révolution industrielle, notamment dans les secteurs de la mécanique et de la chimie. Les cours d’eau ont ainsi été rectifiés, recouverts, canalisés et déconnectés des plaines inondables (Gregory, 2006) ; les zones humides abandonnées ou remblayées (Barles, 1999). De l’autre, les milieux d’eau ont été le théâtre des premières formes de loisirs urbains, matérialisées par le développement des parcs urbains, des guinguettes et des bases nautiques, activités qui finiront par se cristalliser au XXe siècle dans le tourisme fluvial (Gravari-Barbas et al., 2016). Qu’ils soient antérieurs et postérieurs au XVIIIe siècle, ces rapports à l’eau ont engendré une pluralité d’objets et de traces, autant d’héritages plus ou moins perceptibles dans les paysages (Dournel et Sajaloli, 2012).

À la lumière de ces éléments profondément ancrés dans le temps et dans l’espace, où facteurs physiques et anthropiques s’entremêlent, les cours d’eau et les zones humides abritent une multitude de socio-écosystèmes (Bertrand et Bertrand, 2002), formant ainsi des milieux hybrides (Lespez et Dufour, 2021 ; Valette et al., 2024), théâtre de risques d’inondation divers et complexes (Reghezza-Zitt et Sanseverino-Godfrin, 2012 ; Razavi et al., 2020 ; Rode et al., 2022). Ils constituent en ce sens de puissants révélateurs de l’Anthropocène (Steffen et al., 2011), considérant qu’il n’existe pas un seul segment de rivière qui n’ait été affecté par l’activité humaine, directement ou indirectement (Wohl, 2018). Émergeant dans les années 1990, ce concept scientifique rend compte des effets irréversibles et globaux des activités anthropiques sur le système planétaire, perceptibles sur l’atmosphère, la biosphère ou encore l’hydrosphère. Sans rentrer dans les différentes conceptions de l’anthropocène qu’il est possible de distinguer, ni dans les controverses qui agitent la communauté scientifique à propos de ce concept, retenons ici quelques aspects et enjeux majeurs : d’une part, l’idée de crises écologique et climatique globales dues au « pouvoir transformateur de l’agir humain » (Guyot-Téphany, 2020, p. 61) ; d’autre part, l’idée d’une redéfinition des rapports des sociétés à leur environnement (Abbot et al., 2019 ; Fourault, 2020) afin d’habiter la Terre « de façon moins destructive et plus équitable » (Bonneuil, 2017, p. 35). En lien, ces aspects et enjeux appellent nécessairement un changement de paradigme dans la manière d’appréhender, de gérer et de valoriser les milieux fluviaux et humides et la ressource en eau (Santasusagna, Riu, 2019), promouvant l’adaptation aux crises écologique et climatique (Pahl-Wostl et al., 2008).

Recoupant l’ensemble de ces éléments, l’appel à articles porte sur l’eau dans l’anthropocène, dans la continuité de la session thématique éponyme, organisée à l’occasion du 9e congrès d’EUGEO « Geography, for our common future » (Barcelone, 04-07/09/2023, https://www.eugeobcn23.eu/). D’emblée, il s’agit de rendre compte de la capacité des sociétés à modeler profondément les rivières et les zones humides. Quels sont les moteurs économiques, politiques, culturels et sociaux de ce processus ? Quelles en sont les dynamiques, les manifestations spatiales et les effets sur les milieux ? En lien, comment valoriser aujourd’hui les milieux fluviaux et humides tout en sauvegardant leurs écosystèmes et les masses d’eau en général ? Comment concilier les enjeux environnementaux, économiques, politiques, culturels et sociaux ? En somme, comment promouvoir de nouvelles formes de durabilité dans la gestion de l’eau ? Par ailleurs, quels sont les outils et méthodes qui permettent de ménager voire de restaurer les écosystèmes fluviaux et humides dégradés ? Quels sont les états de référence associés ? Quel sens attribuer à cette expression compte tenu de la dynamique des territoires ? Comment pouvons-nous tirer parti de concepts tels que la renaturation ou les solutions fondées sur la nature pour créer des hydrosystèmes plus durables ? Le numéro spécial attache donc de l’importance au temps (passé, présent et futur) pour voir comment le contexte des crises écologique et climatique, caractéristiques de l’Anthropocène, renouvelle ou non la gestion, la gouvernance, les usages et l’aménagement de l’eau, des cours d’eau, des zones humides et des zones inondables.

Modalités de soumission

Les projets d’article en français et en anglais, présentant un titre, les coordonnées du ou des auteurs, cinq mots-clés et un résumé (le tout devra faire 5 000 signes espaces compris) doivent être envoyés à christian.vandermotten@ulb.be et à sylvain.dournel@yahoo.fr

avant le 27 septembre 2024

Les articles, qui pourront ensuite être rédigés en français ou en anglais, devront être transmis ensuite, selon les normes éditoriales de la revue Belgéo (https://journals.openedition.org/belgeo/7113), avant le 13 décembre 2024 pour une évaluation double et anonyme. Le numéro paraîtra en 2025, les articles étant mis en ligne au fur et à mesure de leur approbation.

Coordinateurs du numéro

  • Sylvain Dournel, Université d’Orléans
  • Joaquim Farell, Université de Barcelone
  • Sylvain Rode, Université de Perpignan Via Domitia
  • Albert Santasusagna Riu, Université de Barcelone 

Date(s)

  • Friday, September 27, 2024

Contact(s)

  • Sylvain Dournel
    courriel : sylvain [dot] dournel [at] yahoo [dot] fr

Reference Urls

Information source

  • Sylvain Dournel
    courriel : sylvain [dot] dournel [at] yahoo [dot] fr

License

CC-BY-4.0 This announcement is licensed under the terms of Creative Commons - Attribution 4.0 International - CC BY 4.0 .

To cite this announcement

Sylvain Dournel, Joaquim Farguell, Sylvain Rode, Albert Santasusagna, « L’eau dans l’anthropocène : enjeux socio-économiques, environnementaux, politiques et opérationnels », Call for papers, Calenda, Published on Wednesday, July 03, 2024, https://doi.org/10.58079/11xh0

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