HomeCorps-territoires, genre et politiques en Amérique Latine et les Caraïbes : faire-mondes post-extractivistes

HomeCorps-territoires, genre et politiques en Amérique Latine et les Caraïbes : faire-mondes post-extractivistes

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Published on Monday, July 08, 2024

Abstract

Depuis le début du XXe siècle, les peuples autochtones, paysans, afro-descendants et/ou quilombolas (marrons) de l’Amérique Latine et des Caraïbes ont été témoins et acteurs de processus sociopolitiques et juridiques particuliers. Ce colloque abordera les relations entre genre, race, ethnicité, politiques et territoires dans le but de réfléchir aux divers processus d’organisation des femmes face aux conflits socio-environnementaux en Amérique Latine et dans les Caraïbes. Partant d’une analyse des processus hétérogènes de luttes et résistances dans ces territoires, il réfléchira et analysera également des exemples similaires dans d’autres régions géographiques des Suds. Nous invitons les personnes intéressées, universitaires, ou du monde militant, associatif ou artistique à mettre en discussion leurs travaux et expériences qui traversent ces problématiques.

Announcement

Colloque international Campus Condorcet 22 et 23 octobre 2024

Présentation

Ce colloque se propose d’interroger les mouvements de lutte à travers le prisme du genre. En effet, en Amérique Latine et dans les Caraïbes, différents groupes, collectifs et mouvements sociaux débattent actuellement autour de l’intersectionnalité (Crenshaw, 1989 ; Falquet, 2017), entre luttes anti-racistes, anti-patriarcales et anti-extractivistes et inventent sur cette base de nouvelles formes de résistance et de coexistence dans leurs territoires. Ce qui est en jeu, ce sont des manières différentes de « sentir-penser » les territoires (Escobar, 2016 ; Fals Borda, 2015), d’être en relation avec eux. Cette relation dépasse les possibilités de l’opposition moderne-occidentale entre l’humain et la nature, sans pour autant les exclure. Elle révèle ainsi des conceptions distinctes de la vie où des mondes hétérogènes caractérisés par des ontologies non dualistes, sont contraints de fonctionner avec cette distinction, en même temps qu’ils la « dépassent » (De la Cadena, 2015). Ces épistémologies “submergées” (Gomez-Barris, 2021) invitent à complexifier le regard porté aux formes de penser et d’habiter la terre des groupes subalternisés.

Dans ce Colloque, nous chercherons à mettre en lumière certaines composantes de ces ontologies et pratiques, et poursuivre les débats autour de notions telles que les territoires et territorialités (Godoi, 2014), les territoires-corps (Cabnal et Falquet, 2015 ; Falquet, 2017) les communautés écologiques et inter-espèces (Haraway, 2008 ; Tsing, 2015), les différentes formes de soins (Larrère, 2012, Chao, 2022 ; van Dooren 2022) et les relations qui se tissent entre elles. La réflexion comprendra une analyse de l’historicité, de l’impact de la colonisation et de la colonialité sur les corps et les expériences vécues par les femmes autochtones, paysannes et afro-descendantes, en mettant l’accent sur la relation de ces femmes aux territoires. Il s’agit également d’analyser les principaux mouvements et formes de luttes qui ont émergé face aux conflits asymétriques imposés par des modèles inégaux de mondialisation (La Cadena 2015 ; Chao 2023). Quelles politiques sont formulées par ces mouvements de lutte pour défier ces modèles ? Comment constituer des territoires - corps de différence dans des mondes plurivers ? Quelles sont les formes alternatives à l’extractivisme qui sont réinventées dans ces différents territoires ?

Enfin, nous entendons créer un espace de réflexion interdisciplinaire et d’échanges à travers le dialogue entre le monde académique, le monde militant, associatif et artistique dans le but de coproduire des connaissances et d’établir des collaborations qui contribuent aux différentes luttes pour la justice sociale, raciale et environnementale. Dans cette perspective, bien que ce Colloque aura pour lieu d’énonciation l’Amérique Latine et les Caraïbes, un atelier sera proposé pour ouvrir la réflexion à d’autres géographies des Suds où de nombreuses alternatives ont émergées pour répondre aux aspirations d’avenirs post-extractivistes, anti-patriarcales et anti-colonialistes imaginés.

Axe 1 : « revoir l’histoire »

Cet axe de recherche examinera les multiples significations attachées par les femmes aux corps et aux territoires et interrogera dans quelle mesure leurs organisations et leurs revendications permettent un questionnement des conditions coloniales, historiques et structurelles dans lesquelles l’extractivisme se reproduit, tout en accomplissant le rôle de (re) construire la mémoire historique de leurs peuples.

Axe 2 : « éprouver »

Cet axe invite à analyser la multiplicité des formes d’extractivismes et ses impacts différenciés sur les corps et territoires (territoire-terre, territoire-corps) des femmes. Les propositions peuvent inclure une analyse des conséquences de l’agro-extractivisme, l’extractivisme minier, l’extractivisme lié à l’extraction de plantes médicinales et ses connaissances vernaculaires, ou encore l’industrie touristique.

Axe 3 : « soigner/réparer et réinventer »

Cet axe portera sur des propositions concrètes d’alternatives à l’extractivisme, des utopies féministes, des différentes manières de faire monde, soigner et réinventer les rapports au territoire. Il s’intéresse aux formes “des résistances et de résurgences multi-espèces” (Chao 2022) dans les paysages impactés par l’extraction et l’extinction. Les alternatives à l’extractivisme peuvent être des actions locales basées sur la solidarité, le « Buen vivir », la revitalisation de formes économiques autochtones, des projets collectifs basés sur des pratiques agroécologiques, de gestion partagée de ressources naturelles ou la composition de territoires-corps de refuge plus qu’humains (Tsing 2005, Haraway, 2008, Chao, 2022).

Modalités de soumission

Un résumé de 500 mots et une courte biographie devront être envoyés à l’adresse électronique suivante : colloquegenreterritoires2024@gmail.com

avant le 30 juillet 2024

  • Les propositions peuvent être envoyées en français, espagnol ou portuguais.
  • L’évaluation des propositions sera donnée début septembre.
  • Le comité d’organisation cherchera à valoriser ce colloque par la publication d’un dossier thématique dans une revue.
  • Pour celles et ceux qui souhaiteraient participer, les textes de vos présentations doivent être envoyés avant le 15 octobre.
  • Le colloque se déroulera les 22 et 23 Octobre 2024 au Campus Condorcet, à Paris.
  • Nous privilégions le présentiel mais exceptionnellement, pour les personnes habitant outre-atlantique en particulier, les communications pourront se faire en ligne.

Comité d’organisation

  • Sofia Cevallos Vivar (Ladyss - Université Paris 8 et FLACSO-Brésil)
  • Renata Freitas-Machado (Centre des Politiques de la Terre et Cité du Genre - UP Cité)
  • Mélanie Antin (Ladyss - UP Cité)

Comité scientifique

  • Juliana Dos Santos Tupinambá (Université Sorbonne Nouvelle, Université de Brasilia)
  • Laure Emperaire (PALOC - IRD)
  • Jules Falquet (LLCP - EA4008 - Université Paris 8)
  • Hélène Guétat-Bernard ( UMR Environnement, ville, société, CNRS
  • Isabelle Hillenkamp (Cessma - IRD)
  • Joëlle Le Marec (PALOC - MNHN)
  • Héloïse Prevost (LISST-Dynamiques rurales à l’université de Toulouse Jean-Jaurès)

Bibliographie

  • ALLAIN Mathilde, MAILLET Antoine (2021). « Les mobilisations autour de l’extractivisme. Circulation et potentiel heuristique d’un concept en voie de globalisation », Revue internationale de politique comparée, 2021/3-4 (Vol. 28), p. 7-29. DOI : 10.3917/ripc.283.0007. URL :
  • https://www.cairn.info/revue-internationale-de-politique-comparee-2021-3-page-7.htm
  • BEBBINGTON, Denise et al. (2019). Evaluación y alcance de la industria extractiva y la infraestructura en relación con la deforestación : Amazonía. Lima- Perú : Aleph Impresiones.
  • BRAND, U., Dietz, K. and Lang, M. (2016). Neo-Extractivism in Latin America. One Side of a New Phase of Global Capitalist Dynamics. Ciencia Política 11 (21) : 125-159.
  • CABNAL, Lorena (2015). “Corps-territoire et territoire-terre : le féminisme communautaire au Guatemala” (Interview by Jules Falquet). In Molinier Pascale, Laugier Sandra and Falquet Jules (coords.), Nouvelles menaces, nouvelles analyses au Nord et au Sud, Collections Cahiers du genre, N° 59, Paris, L’Harmattan, pp. 73-89.
  • CHAO, Sophie (2022). “(Un)Worlding the Plantationocene : Extraction, Extinction, Emergence.” eTropic : electronic journal of studies in the tropics. https://doi.org/10.25120/etropic.21.1.2022.3838.
  • CRENSHAW, Kimberlé (1989). Demarginalizing the intersection of race and sex : a black Feminist critique of Antidiscrimination. Doctrine, Feminist Theory and Antiracist politics. University of Chicaco Legal Forum, issue
  • 1 vol. pp. 139-167, disponible https://chicagounbound.uchicago.edu/cgi/viewcontent.cgi ?article =1052&context =uclf, consulté le 10/03/2022.
  • DE LA CADENA, Marisol (2015). Earth beings : ecologies of practice across Andean Worlds, Durham, Duke University Press.
  • DE THEIJE, M. (2017). “Small-scale gold mining in the Guianas. Mobility and policy across national borders”. In : Hoefte R, Bishop M. L, and Clegg P. (Eds.)., Post-colonial trajectories in the Caribbean : The three Guianas, Oxon, Routledge, Pp, 92–106.
  • ESCOBAR, Arturo (2016). “Thinking-feeling with the Earth : Territorial Struggles and the Ontological Dimension of the Epistemologies of the South”. In Revista de Antropología Iberoamericana, Vol 11, N1, Madrid, Antrolólogos Iberoamericanos en Red, Pp, 11-32.
  • FALQUET, Jules (2017). Violences contre les femmes et (dé)colonisation du « territoire-corps ». De la guerre à l’extractivisme néolibéral au Guatemala. In Cirstocea, Ioana ; Lacombe, Delphine ; Marteu, Elisabet (coords.), Le genre globalisé : mobilisations, cadres d’actions, savoirs, PUR.
  • FALS BORDA, Orlando (2015). Una sociología sentipensante para América Latina, México DF, Buenos Aires, Siglo XXI, CLACSO.
  • GUDYNAS, Eduardo (2009). “Diez tesis urgentes sobre el nuevo extractivismo”. In CAAP, CLAES, Extractivismo, política y sociedad, Quito, Centro Andino de Acción Popular, Centro Latino Americano de Ecología Social, Pp. 187-225.
  • HARAWAY, Donna (2008). When species meet, Minneapolis, University of Minnesota Press.
  • HERNÁNDEZ, Rosalva Aída et CUCURÍ, Cristina (2022). “Mujeres indígenas y Pluralismo Jurídico. Luchas por la justicia en tiempos de pandemia”, Abya-Yala : Revista Sobre Acesso à Justiça E Direitos Nas Américas, 5, (1), Brasilia, Universidade de Brasilia, Pp, 234- 264.
  • HILLENKAMP, Isabelle et PREVOST, Héloïse (à paraître). “Extractivisme et résistances paysannes dans l’agroécologie au Brésil. Une analyse de genre des conflictualités”. revue internationale des études du développement n° 255 à paraître 2024-2 .
  • JENKINS, Katy (2014). Unearthing Women’s Anti-Mining Activism in the Andes : Pachamama and the “Mad Old Women”. En Antipode, vol. 47, issue 2.
  • LARRÈRE, Catherine (2012). “L’écoféminisme : féminisme écologique ou écologie féministe”, Tracés Revue de Sciences Humaines, N. 22, In http://journals.openedition.org/traces/5454, consulted, 15/08/2020.
  • PRÉVOST, Héloïse (2019). “Jusqu’à ce que nous soyons toutes libres ” : la militance “ sentipensée ” des féministes agroécologiques brésiliennes contre les violences agrocapitalistes. Recherches féministes [revue interdisciplinaire francophone d’études féministes], 2019, 32 (2), pp. 13-37.
  • SHIVA, Vandana y MIES, Maria [1993] (1998). Ecofeminisme. Paris, L’Harmattan, 363.
  • SVAMPA, Maristella (2019). Las fronteras del extractivismo en América Latina. Conflictos socioambientales, giro ecoterritorial y nuevas dependencias. CALAS, Maria Sibylla Merian Center. Alemania.
  • TSING, Anna (2005). An ethnography of global connection. Princeton/Oxford : Princeton University Press.
  • TSING, Anne (2015). The mushroom at the end of the world. On the possibility of life in capitalist ruins. Princeton/ Oxford : Princeton University Press.
  • ULLOA, Astrid (2021). « Repolitizar la vida, defender los cuerpos-territorios y colectivizar las acciones desde los feminismos indígenas » en Ecología Política. DOI : doi.org/10.53368/EP61FCep03
  • VAN DOOREN, Thom. (2022) Dans le sillage des corbeaux – Pour une éthique multispécifique, Actes Sud, 2022, 400 pages.
  • YASACAMA, Zenaida (2022). Voces de mujeres indígenas amazónicas. In Revista Zur, Pueblo de voces [online]. September 2022.

Notes

[1] L’extractivisme fait référence à un modèle de développement qui prend de l’ampleur dans le Sud Global. Ce modèle implique d’exploitation des ressources naturelles brutes, à grande échelle, et principalement dédiées à l’exportation. Cela comprend l’exploitation minière, le forage pétrolier, la production agro-industrielle, la construction de barrages (hydroélectriques). De nombreuses études ont mis en avant les effets destructeurs des projets extractivistes sur les écosystèmes et moyens de subsistance locaux, et leur lien avec les conflits socio-environnementaux. (Gudynas, 2009 ; Svampa 2019 ; Allain et Maillet, 2021 ; Chao, 2022)

 

Places

  • Campus Condorcet
    Aubervilliers, France (93)

Event attendance modalities

Hybrid event (on site and online)


Date(s)

  • Tuesday, July 30, 2024

Keywords

  • femme, genre, extractivisme, ontologie politique

Contact(s)

  • Sofia Cevallos, Mélanie Antin, Renata Machado
    courriel : colloquegenreterritoires2024 [at] gmail [dot] com

Information source

  • Renata Freitas Machado
    courriel : renatafreitasmachado [at] gmail [dot] com

License

CC0-1.0 This announcement is licensed under the terms of Creative Commons CC0 1.0 Universal.

To cite this announcement

« Corps-territoires, genre et politiques en Amérique Latine et les Caraïbes : faire-mondes post-extractivistes », Call for papers, Calenda, Published on Monday, July 08, 2024, https://doi.org/10.58079/11yld

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