HomeAppréhender la fin

Appréhender la fin

Mondes romans, XIIIe-XXIe siècle

*  *  *

Published on Monday, July 29, 2024

Abstract

Le colloque international concernant les mondes romans qui aura lieu à l’université de Lille, du 21 au 23 mai 2025, a pour objectif d’interroger le temps de la fin, « le temps qui reste » avant un terme ultime, autrement dit la « fin » elle-même. Il s’organisera en trois axes : une fin qui ne finit pas ? ; représenter la fin de vie ; appréhender la fin du vivant.

Announcement

21, 22, 23 mai 2025 - Université de Lille (CECILLE-GERiiCO)

Argumentaire

La rencontre scientifique internationale qui aura lieu à l’Université de Lille, du 21 au 23 mai 2025, ne s’inscrit pas dans un panorama des fins dernières ou apocalyptiques. Son objectif est d’interroger le temps de la fin, « le temps qui reste » avant un terme ultime, autrement dit la « fin » elle-même.

On se rappellera avant toute chose que les langues romanes ne disent pas la fin de la même manière, même si, du fait de leur origine diachronique commune, elles héritent toutes d’un bref signifiant que l’on pourrait croire destiné à recouvrir très exactement le même concept (français : la fin, espagnol : el fin, portugais : o fim, italien : la fine, catalan : la fi...). En effet, la place accordée à ces substantifs dans le lexique de chaque langue diffère et peut entrer en opposition avec un dérivé (espagnol : fin vs. final), formant une paire jouant sur l’épaisseur accordée ou non à l’instant considéré et sur le point d’observation adopté. De ce fait, les verbes les plus courants lui préféreront un concurrent (espagnol et portugais : terminar, acabar). Dans les locutions adverbiales, la fin est pensée diversement : ce qui « vient après », ce qui est « au bout » d’un processus (catalan : al cap i a la fi, portugais : ao fim e ao cabo, espagnol : al fin y al cabo) , fin, de finis, étant associé étymologiquement aux bornes fichées en terre pour limiter un territoire… Autrement dit, ce lexique et cette phraséologie de la fin donnent à lire les prismes possibles à travers lesquels celle-ci est appréhendée dans les langues romanes.

Dans les aires (Italie, Espagne, Portugal, Amérique latine, France, etc.) de nos spécialités (linguistique, communication, littérature, histoire, arts), « la fin » ne désigne donc pas nécessairement un moment ponctuel, celui de la mort et du silence. Ce temps de « la fin » – qui clôt une ère, une époque, un cycle, une existence, un domaine d’activité… – a une durée plus ou moins longue, est emplie de contradictions, tendue vers un achèvement qui est attendu ou désiré, redouté ou effrayant, auquel on se résigne ou pas. 

Ce colloque s’organise autour de trois axes

1. Une fin qui ne finit pas ?

Du Moyen Âge aux contes et récits qui suspendent un temps les angoisses de la maladie et de la mort, à notre siècle fasciné par les fictions de « la fin de… », il s’agira, hors du schéma archaïque et habituel de quelque déclin ou du topos rétrograde de la décadence, d’étudier les interrogations de « la fin » et du « temps qui reste » des récits historiques, des créations, littéraires ou artistiques, qui la mettent en récit.

Le discours de la fin de l’information suscitera une attention particulière. De la fin des journaux d’actualité (Bernard Poulet, 2011) à la fin des journaux scientifiques, ces deux grands domaines que sont le journalisme et la publication scientifique sont en débat concernant leur fonction, leur transformation et leur avenir. La « mort de l’information » (Albert du Roy, 2007), la fin de la publication scientifique (Savage 1992, Chérifa Boukacem Zeghmouri, 2021) sont des thèmes débattus depuis plus trente ans, tant par des professionnels du journalisme que par des chercheurs. Il s’agit donc d’une fin « qui n’en finit pas de finir », d’une résistance d’anciens modèles et d’une émergence de formes nouvelles que la révolution numérique ne saurait résumer. Quelles formes d’hybridation sont à l’œuvre ? Qu’est-ce qui disparaît et qu’est-ce qui subsiste ? Quelles sont les conséquences de cette « chronique d’une mort annoncée » de l’information pour reprendre le titre du célèbre ouvrage de Gabriel Garcia Márquez ?

2. Représenter la fin de vie

Si la perception de la mort varie selon les époques (Philippe Ariès, 1977), jusqu’à devenir un tabou dans nos sociétés contemporaines, elle connaît, surtout depuis les années 2000, selon Michel Vovelle, « des changements profonds et décisifs, au sein desquels le problème des modalités de la fin de vie des femmes et des hommes en est venu à prendre une importance singulière ». Cela s’explique en grande partie par le vieillissement accéléré de nos sociétés, avec l’accroissement de maladies dégénératives telle celle d’Alzheimer, qui a relayé la peur autrefois incarnée par la peste, le choléra, la syphilis, puis la tuberculose, et le cancer pour notre époque actuelle. 

Longtemps l’homme a essayé d’apprivoiser le malheur de la mort. Songeons par exemple aux manuels de la bonne mort (ars moriendi), dont la publication s’étend du XVe au début du XVIIIe siècle, décrivant les différentes tentations qui attendent l’agonisant et proposant des solutions afin de « réussir » sa sortie de la vie et de garantir l’accès au Paradis. De nos jours, la peur est tout autre : c’est la crainte d’une déchéance non maîtrisée et le refus du maintien en vie à tout prix qui sont invoqués pour revendiquer le droit à une assistance médicalisée à mourir, question qui fait encore débat dans de nombreux pays des aires romanes. 

S’il est évident que la fin de vie s’inscrit aujourd’hui dans « un mouvement de valorisation du malade en phase terminale dans sa dignité d’être souffrant, au fil de son dernier trajet » (Michel Vovelle), les enjeux liés à la gestion de cette phase ultime de l’existence ne sont pas uniquement d’ordre médical, économique ou social. La façon dont nous appréhendons notre fin soulève des questions anthropologiques, philosophiques, politiques, éthiques sur le sens même que nous attribuons à la vie.

3. Appréhender la fin du vivant 

De nos jours, l’une des fins les plus discutées et redoutées est rien de moins que celle du vivant : toutes les espèces, végétales et animales, y compris l’espèce humaine. 

Si certains ont du mal à admettre le changement climatique, provoqué par « l’action néfaste de notre civilisation destructrice des équilibres fondamentaux, tant par les émissions de CO2 que par les manipulations génétiques des modes de culture » (M. Vovelle), on constate partout, autour de soi, que la nature dépérit et meurt. On parle de plus en plus d’« écocide », comme de la conséquence la plus extrême des impacts humains sur l’environnement – des impacts tellement immenses et inédits qu’on a vu se répandre le terme d’« anthropocène », pour désigner l’ère durant laquelle l’être humain est le principal facteur de modification de la géologie même de la Terre.

L’humain devient victime : la sixième extinction de masse actuellement en cours et la destruction accélérée des écosystèmes a des conséquences bien concrètes, menaçant son bien-être, son alimentation, voire, in fine, sa survie même en tant qu’espèce. L’éco-anxiété, la peur chronique de la catastrophe environnementale, engendre des conséquences psychologiques, notamment chez les nouvelles générations. 

Penser la notion de « fin » sous ces angles suppose la réalisation en amont d’un travail critique sur les catégories de la philosophie de l’histoire, de la bioéthique, du droit environnemental... C’est pourquoi seront privilégiées les communications qui proposeront un état des lieux scientifique et une mise en perspective de chacun de ces champs de recherche, qui convoqueront un corpus effectivement lié aux débats sur les différentes « fins » susmentionnés pour comprendre comment ces différentes fins sont appréhendées et représentées dans les œuvres littéraires et artistiques du monde roman.

Modalités de communication

Les communications pourront être présentées en espagnol, italien, français, portugais. On demandera aux intervenants de fournir un résumé en français à distribuer au public auditeur.

Délai d’envoi des propositions d’intervention à Apprlafin@gmail.com 15 octobre 2024 

(titre, résumé de 300 mots maximum, biographie 100 mots maximum en espagnol, italien, français ou portugais).

Calendrier :

  • 15 octobre 2024 : délai d’envoi des propositions d’intervention

  • 15 novembre 2024 : communication des décisions d’acceptation aux auteurs.
  • 21, 22, 23 mai 2025 : colloque international à l’Université de Lille.
  • 15 juillet 2025 : remises des articles, soumis à expertise sous couvert du comité scientifique.
  • 15 octobre 2025 : retour d’évaluation aux auteurs.
  • Début 2026 : envoi du tapuscrit pour publication d’un ouvrage collectif.

Comité scientifique

  • Graça Dos Santos, Université Paris Nanterre, CRILUS
  • Ruth Fine, Estudios Ibéricos y Latinoamericanos del Departamento de Estudios Románicos y Latinoamericanos, Université Hébraïque de Jérusalem
  • Céline Frigau Manning, Université Jean Moulin, Lyon 3, UMR IHRIM
  • Christophe Mileschi, Université Paris Nanterre, CRIX
  • Michel Riaudel, Sorbonne Université, CRIMIC
  • Juan Diego Vila, Universidad de Buenos Aires

Places

  • Université de Lille Campus Pont-de-Bois
    Villeneuve-d'Ascq, France (59)

Date(s)

  • Tuesday, October 15, 2024

Keywords

  • fin, vie, vivant, appréhender, monde roman

Contact(s)

  • Michèle GUILLEMONT
    courriel : michele [dot] guillemont-estela [at] univ-lille [dot] fr

Reference Urls

Information source

  • anne Robin
    courriel : anne [dot] robin [at] univ-lille [dot] fr

License

CC0-1.0 This announcement is licensed under the terms of Creative Commons CC0 1.0 Universal.

To cite this announcement

« Appréhender la fin », Call for papers, Calenda, Published on Monday, July 29, 2024, https://doi.org/10.58079/123s5

Add to my calendar

  • Google Agenda
  • iCal
Search OpenEdition Search

You will be redirected to OpenEdition Search