Published on Wednesday, July 31, 2024
Abstract
Cet appel a contribution concerne un ouvrage collectif sur le concept foucaldien de la gouvernementalité en contexte africain. Il s’agit d’analyser la gouvernementalité dans le contexte africain au travers de plusieurs prismes en raison de la diversité des contextes politiques, économiques et sociaux du continent, la gouvernementalité en Afrique étant marquée par une diversité de pratiques et de dynamiques qui refletent les héritages historiques, les contextes nationaux specifiques et les influences externes.
Announcement
Argumentaire
Quand on évoque l’héritage philosophique de Michel Foucault, la « gouvernementalité » s’inscrit comme étant le concept le plus marquant. Il est à la fois fécond et fuyant (Aggeri, 2021). Dans la littérature française, allemande et anglo saxonne, plusieurs travaux s’en réclament au point d’ouvrir la voie à ce que les anglais ont appelé les « Governmentality Studies » (Burchell, Gordon, Miller, 1991). Pourtant, lorsqu’il entame sa leçon du 08 février 1978 au Collège de France intitulée Sécurité, territoire et population, Foucault était très loin d’imager que l’introduction dans le vocabulaire scientifique de ce néologisme allait ouvrir la voie à un champ de recherche vaste, tant les incertitudes sur sa consistance étaient encore très vives (Lascoumes, 2004). La manifestation de ce balbutiement se fait jour au fur et à mesure de l’évolution de son enseignement lorsqu’il s’interroge en ces termes : « Pourquoi vouloir étudier ce domaine finalement inconsistant, brumeux, recouvert par une notion aussi problématique et artificielle que celle de gouvernementalité » (Foucault, 2004a). Cette réflexion surprenante renvoie plus à une posture cartésienne du doute et la volonté de mieux approfondir le concept qu’à une remise en cause de ce projet de recherche dont on percevait déjà les prémices dans Surveiller et Punir : Naissance de la prison, publié en 1975, qui traite des instruments et des technologies de pouvoir (Aggeri, 2021). C’est d’ailleurs cette posture d’expérimentation dont était coutumier Foucault, qui explique la progression observée dans les différentes définitions qu’il donne du concept de gouvernementalité dans l’ensemble de son œuvre. D’abord, lors de son cours au Collège de France :
« Par ce mot de « gouvernementalité », je veux dire trois choses.
Par « gouvernementalité », j’entends l’ensemble constitue par les institutions, les procédures, analyses et réflexions, les calculs et les tactiques qui permettent d’exercer cette forme bien spécifique, quoique très complexe, de pouvoir, qui a pour cible principale la population, pour forme majeure de savoir l’économie politique, pour instrument technique essentiel les dispositifs de sécurité.
Deuxièmement par « gouvernementalité », j’entends la tendance, la ligne de force qui, dans tout l’Occident, n’a pas cessé de conduire, et depuis fort longtemps, vers la prééminence de ce type de pouvoir qu’on peut appeler le « gouvernement » sur tous les autres : souveraineté, discipline, et qui a amené, d’une part le développement de toute une série d’appareils spécifiques de gouvernement (et d’une part) le développement de toute une série de savoirs.
Enfin, par « gouvernementalité », je crois qu’il faudrait entendre le processus, ou plutôt le résultat du processus par lequel l’Etat de justice du Moyen âge, devenu au 15ème et 16ème siècle Etat administratif, s’est retrouvé petit à petit « gouvernementalisé » (Foucault, 2004a).
Ce qui apparait ici comme un programme de recherche en trois temps est centré sur une nouvelle façon de penser l’Etat à l’aune des relations de pouvoir et de ses instruments : « l’Etat ce n’est qu’une péripétie de la gouvernementalité » (Foucault 2004a). Comme le démontre Pascale Laborier, l’Etat ou le pouvoir ne sont plus des institutions comme telles placées au centre de l’analyse, mais plutôt des techniques mises en place à partir du 17ème siècle pour gouverner les individus (Laborier, 2014). Dans ce qui s’apparente à une première séquence de la gouvernementalité, les mécanismes de contrôle et de régulation qui opèrent à travers diverses institutions et pratiques sociales, allant au-delà du simple exercice de pouvoir politique, sont les déterminants principaux. Elle englobe ainsi les techniques de gouvernement, les dispositifs de contrôle et de surveillance, les normes et les discours qui façonnent les comportements des individus et des populations.
Par le recours à la notion de gouvernementalité, Foucault veut caractériser la formation d’une forme de rationalité politique qui se constitue au cours du 17ème siècle et prend une forme achevée au 18ème siècle (Lascounes, 2004). Elle succède à l’Etat de justice du moyen âge et à ce qu’il nomme l’Etat administratif du 15ème et du 16ème siècles. Mais le point le plus important pour lui est la rupture dans la conception du pouvoir qui est alors introduite et qui tranche avec celle qui prévalait depuis Machiavel et le Prince. L’art du gouvernant, son savoirfaire, ses techniques étaient toutes concentrées sur son habileté à conquérir et, surtout à conserver le pouvoir (Gauthier, 1996).
Parler de gouvernementalité, c’est pour Foucault souligner un changement radical dans les formes d’exercice du pouvoir par une autorité centralisée, processus qui résulte d’un mécanisme de rationalisation et de technicisation. Cette nouvelle rationalité politique s’appuie sur deux éléments fondamentaux : Une série d’appareils spécifiques de gouvernement et un ensemble de savoirs, plus précisément de systèmes de connaissance. L’ensemble qui articule l’un et l’autre constitue les fondements des dispositifs de sécurité de la police générale.
Ces techniques et savoirs s’appliquent ainsi à un nouvel ensemble, « la population » pensée comme une totalité de ressources et de besoins ; c’est l’économie politique qui fonde cette catégorie en définissant un acteur collectif et en l’envisageant comme une source de richesse potentielle. De là découle une transformation profonde dans la conception de l’exercice du pouvoir. Ici, il ne s’agit plus de conquérir et de posséder, mais de produire, de susciter, d’organiser la population afin de lui permettre de développer toutes ses propriétés. Ainsi, la référence à l’économie politique suscite un changement majeur dans la conception de la puissance. Celle-ci ne provient plus de la domination par la guerre et de la capacité de prélèvement fiscal sur les territoires dominés ; elle va désormais reposer sur la mise en valeur des richesses par des activités structurées par l’autorité politique.
A cette gouvernementalité définie comme un mode spécifique d’exercice du pouvoir, principale contribution de Foucault à la science politique et partant une théorisation de l’Etat à sa saisie sous l’angle de ses pratiques, Foucault dans une seconde séquence (intervenue au début des années 80) opère un déplacement intellectuel pour y adjoindre progressivement un déterminant d’ordre éthique, les techniques de soi. Il affirme : J’appelle « gouvernementalité », la rencontre entre les techniques de domination exercées sur les autres et les techniques de soi. J’ai peut-être trop insisté sur les techniques de domination et de pouvoir. Je m’intéresse de plus en plus à l’interaction qui s’opère entre soi et les autres, et aux techniques de domination individuelle, ou mode d’action qu’un individu exerce sur lui-même à travers les techniques de soi (Foucault, 1988).
C’est donc cette gouvernementalité, dynamique à l’origine, dès sa conception et dual dans son essence qui est le principal projet au centre de l’analyse du pouvoir, une piste en pointillé à explorer, une invitation majeure à repenser « le politique » notamment dans l’espace africain (Laborier, 2014). A ce sujet, on observe une tendance ambiguë, dans la réception de ce concept dans le cadre africain. Pendant que le concept évolue tant bien que mal dans le champ scientifique et académique, c’est plutôt la notion de gouvernance qui fait florès. A la faveur de l’influence des institutions financières internationales et leurs programmes d’ajustement structurel, le concept de gouvernance va vite se disséminer et devenir l’objet de toutes les attentions. En réalité ce qui peut s’apparenter à une hérésie s’explique par deux raisons simples : tandis que le concept de gouvernementalité relève plutôt d’une nouvelle rationalité du pouvoir qui s’appuie sur les mécanismes et les structures avec comme objet les individus, rationalité qui se matérialise souvent par des stratégies diffuses, pas toujours perceptibles au premier abord. La gouvernance elle, se présente comme une approche plus pratique, moins diffuse, dont le repérage ne nécessite pas un effort particulier, qui s’insère facilement dans la praxis, et que tout le monde peut facilement comprendre, puisqu’elle renvoie à la manière dont sont dirigées, gérées et contrôlées, les organisations, les entreprises ou les institutions. Cette distinction ne signifie nullement que les deux concepts s’opposent, et le penser c’est méconnaitre l’essence même de la pensée foucaldienne qui est la trame de ce projet d’ouvrage. En réalité, on ne peut mieux saisir et comprendre la notion de gouvernance qu’en l’adossant au concept fondateur qu’est la gouvernementalité et qui va ouvrir la voie à plusieurs autres processus d’instrumentation. Ainsi, parler de la gouvernance, c’est entrer inconsciemment dans la gouvernementalité et faire comme monsieur Jourdain qui pratiquait inconsciemment de la prose.
Le but de cet ouvrage est de ce fait d’analyser la gouvernementalité dans le contexte africain au travers de plusieurs prismes en raison de la diversité des contextes politiques, économiques et sociaux du continent. La gouvernementalité en Afrique étant marquée par une diversité de pratiques et de dynamiques qui reflètent les héritages historiques, les contextes nationaux spécifiques et les influences externes, l’ouvrage s’attèlera à approfondir ces différentes dimensions pour permettre de mieux comprendre les enjeux de pouvoir et de gouvernance sur le continent africain. Enfin, la quasi-totalité des travaux sur le concept de gouvernementalité n’ont pas pris en compte l’Afrique comme champ d’analyse. La conséquence d’un tel choix est qu’en lieu et place de la notion plus vaste de gouvernementalité, c’est le concept de gouvernance qui a pris de l’épaisseur dans le discours politique et scientifique. Il devient intéressant de remettre au centre de l’analyse le concept fondateur de gouvernementalité comme forme d’exercice du pouvoir dans tous les domaines de la société (politique, économique, militaire, culturel, symbolique, etc…).
Cet appel à contributions est structuré autour des dix axes de réflexion suivants :
- Colonialisme et post-colonialisme
- Gouvernementalité néolibérale
- Gouvernance autoritaire
- Gouvernance démocratique
- Gouvernementalité sécuritaire
- Gouvernementalité et gouvernance
- Gouvernementalité environnementale
- Gouvernementalité éducative
- Gouvernementalité sanitaire
- Gouvernementalité et épistémologie
A propos des axes de recherche :
Colonialisme et post-colonialisme
Le colonialisme a produit des conséquences profondes sur les sociétés colonisées, notamment en termes de déconstruction des espaces de vie, d’exploitation économique et surtout de déstructuration des cultures et de suppression des identités locales. Les colonies, réduites à une fonction de comptoir ou de territoire à exploiter pour les ressources naturelles, sans prendre en compte les aspirations des communautés autonomes, charrient encore cet héritage. Après les années 60, avec les indépendances, la période coloniale a continué d’influencer les formes de gouvernementalité en Afrique. Les structures de pouvoir mises en place dans la métropole ont souvent été prolongées dans le cadre de l’Etat africain post colonial façonnant ipso facto les modes de gouvernance et de contrôle des populations. La prise en compte du prolongement de ce cadre de domination occidental, s’accompagne par la prise en compte de la nécessité d’une remise en question des représentations et des discours dominants qui perpétuent les systèmes de pouvoir et de privilèges mis en place par l’ancienne métropole. Dans cette perspective, les notions comme la démocratie, les institutions politiques transférées dans le contexte africain doivent faire l’objet d’un réexamen. Les dynamiques politiques et sociales en gestation depuis bientôt une décennie dans les Etats africains, visant à une recomposition des rapports avec les anciennes puissances tutélaires et la volonté d’un repositionnement géopolitique sont à prendre en compte. Enfin, les processus et dynamiques de construction identitaire au sein de l’Etat en lien avec le panafricanisme, sont aussi des aspects qu’il faut intégrer.
Gouvernementalité néolibérale
Dans sa variante économique, qui met l’accent sur la primauté du marché, la libre concurrence, la dérèglementation, la privatisation et la réduction de l’intervention de l’Etat dans l’économie. Foucault la repérait déjà au début du 17eme siècle en Europe sous le nom de « gouvernement frugal » ou du moindre Etat. Ce courant de pensée qui se présente dans ses différentes variantes, politique, classique, économique et social, a pour fondement majeur la liberté individuelle et un rééquilibrage entre celle-ci et le rôle de l’Etat dans la société. C’est cette dynamique qui a ouvert la voie au néolibéralisme notamment économique, avec comme instrument majeur le phénomène de globalisation qui consacre la réification des frontières dans l’espace africain à la suite de la colonisation. C’est ce qui explique l’adoption par de nombreux Etats africains des normes économiques néolibérales caractérisées par la privatisation, la libéralisation des marchés et la réduction du rôle de l’Etat dans l’économie. Si le discours officiel sur la mise en œuvre des politiques économiques néolibérales en Afrique était porteur de promesses notamment en termes d’accélération du développement, le constat fait depuis la fin des années 90 ne présente guère un visage reluisant. Cette gouvernementalité a eu un impact négatif sur les politiques sociales, les services publics. En plus on a observé une montée exponentielle des inégalités avec en prime un appel croissant au retour de l’Etat comme acteur majeur de l’économie. Il sera donc question de réinterroger cette rationalité économique en lien avec la volonté de plus en plus affirmée des Etats africains de se réapproprier leur destin économique.
Gouvernance autoritaire
Bien que la quasi-totalité des Etats africains soit passée par la colonisation, le mimétisme institutionnel généralisé qui a découlé de la période post coloniale n’a pas été réinventé partout de manière uniforme. Dans de nombreux pays, on observe des formes de gouvernance autoritaire caractérisées par la concentration du pouvoir entre les mains d’un petit groupe, semblable à ce qui se vivait dans l’Etat administratif du 15ème et du 16ème siècle en Europe. En dehors de l’utilisation de la force et de la coercition pour maintenir un certain équilibre du pouvoir, c’est plus les mécanismes de dévolution du pouvoir politique qui sont en jeu. Le verrouillage du jeu politique, la répression des mouvements sociaux, ainsi que la limitation des libertés civiles et politiques, sont des aspects qui peuvent être abordés ici. Les systèmes juridiques sont à mettre en perspective dans le cadre de cette réflexion, eux qui sont en général un héritage de la colonisation. Leur apport dans l’institutionnalisation et la consolidation de la gouvernance autoritaire que l’on a observé au début des années 60, et qui se poursuit dans plusieurs Etats au 21eme siècle.
Gouvernance démocratique
Malgré les défis persistants, certains pays africains ont fait des avancées vers une gouvernance plus démocratique avec des institutions plus transparentes, des élections régulières et communément acceptées, une participation citoyenne accrue dans le processus de décision. Le respect de l’Etat de droit, la transparence, la responsabilité et la protection des droits fondamentaux, sont les principes sur lesquels est fondée cette gouvernance qui a été présentée en Afrique comme le modèle le mieux à même de garantir son développement économique, ainsi que sa stabilité politique. Au regard des résultats que l’on observe dans les différents pays, il apparait nécessaire de réinterroger cette gouvernance dans ses différents aspects. En prenant en compte des exemples et trajectoires des démocraties qui semblent connaitre un véritable ancrage avec des effets positifs, il peut aussi être intéressant de mettre en parallèle des configurations ou la greffe a des difficultés à prendre. La problématique de la réinvention ou de la contextualisation de la démocratie devrait également être abordée ici.
Gouvernementalité sécuritaire
L’Afrique dans son évolution, fait face depuis le début du 21ème siècle à la montée en puissance de nouvelles conflictualités telles que le terrorisme, les velléités irrédentistes qui viennent fragiliser d’avantage des Etats déjà en difficultés. Cette nouvelle configuration a progressivement créé les conditions d’apparition de nouvelles gouvernementalités sécuritaires qui peuvent être d’un grand intérêt scientifique. A cette nouvelle configuration de la gouvernementalité sécuritaire stricto sensu qui se met progressivement en place, il peut être intéressant d’aborder la question disciplinaire sous-jacente qui accompagne cette gouvernementalité notamment en ce qui concerne les politiques carcérales au sein des Etats africains. Foucault dans sa théorisation du modèle carcéral dans l’Europe du 17ème siècle, pose déjà le modèle benthamien du panoptique comme élément central du dispositif de surveillance et de contrôle. La question est de savoir si dans le cadre africain, malgré l’héritage lié à la colonisation, sommes-nous toujours sur cette logique, ou bien on peut observer une certaine évolution. Que dire des nouvelles formes d’illégalismes qui apparaissent dans les sociétés africaines et qui n’ont rien en commun avec les réalités occidentales, ainsi que les mécanismes formulés pour les endiguer.
Gouvernementalité et gouvernance
Le concept de gouvernementalité est surtout populaire dans le milieu académique, faisant de lui du même coup un élément du discours savant. A l’inverse, la notion de gouvernance a été popularisée non seulement par le champ scientifique, mais aussi politique au point de s’inscrire durablement dans le corps social des pays africains. Tandis que la gouvernementalité fait référence à l’ensemble des techniques, des dispositifs, des pratiques de gouvernement mise en place pour « conduire la conduite des Hommes », la gouvernance quant à elle, se réfère à la manière dont les organisations, les entreprises, les institutions sont dirigées et contrôlées. Pendant que la gouvernementalité insiste sur les mécanismes de pouvoir et de contrôle qui régulent les individus et les populations, la gouvernance se concentre sur la manière dont les organisations et les institutions sont gérées. Ce distingo ouvre la voie a plusieurs possibilités en termes d’analyse sur l’héritage de Foucault. Avec la popularisation du concept de gouvernance, n’assiste -t-on pas à une progressive infidélité conceptuelle des héritiers, dont la compréhension nécessite un certain approfondissement. La tendance que l’on observe dans les analyses traitant de la gouvernance en Afrique, c’est de la déconnecter des mécanismes de pouvoir et de contrôle qui opèrent à différents niveaux de la société, pour mieux la confiner à la direction des organisations. Pourtant, les organisations dans leur essence sont de micro-sociétés. Il peut donc être intéressant d’analyser les différents types de positionnement de la gouvernance face au concept fondateur de la gouvernementalité. Cela prendra aussi en compte les politiques publiques mises en place au sein des Etats.
Gouvernementalité environnementale
Elle se réfère aux techniques, dispositifs et pratiques de gouvernement qui sont spécifiquement axés sur la gestion et la régulation des questions environnementales. L’objectif de celle-ci est de créer un cadre institutionnel et politique favorable à la protection de l’environnement et à la gestion durable des ressources naturelles. Cela implique souvent un changement paradigmatique, passant d’une approche centrée sur l’exploitation et la consommation illimitée des ressources à une approche basée sur la préservation, la conservation et la régénération des écosystèmes et la prise en compte des intérêts des générations futures. Il s’agit de la mise en place des politiques, des règlementations, des mesures incitatives pour promouvoir une utilisation durable des ressources naturelles, réduire les impacts environnementaux négatifs et favoriser la transition vers une économie verte. Il va donc être intéressant d’analyser comment les différents acteurs tels les gouvernements, les citoyens, les ONG, les OI, interagissent afin de créer un cadre propice à la protection de l’environnement et la gestion durable des ressources naturelles.
Gouvernementalité éducative
L’éducation étant un domaine où se déploient des pratiques de gouvernement visant à façonner les individus et à réguler les comportements et à exercer le contrôle des populations, la gouvernementalité offre un cadre conceptuel pour analyser les relations de pouvoir qui traversent les institutions éducatives et pour comprendre comment le savoir et le pouvoir s’entremêlent dans le contexte de l’éducation. Ici, les programmes scolaires et universitaires, les méthodes pédagogiques, les évaluations et les normes éducatives sont autant d’instruments qui participent à la régulation des connaissances, des compétences et des comportements des apprenants et qui peuvent faire l’objet d’une analyse. La discipline, l’autorité, la compétition, ou la coopération, bref les éléments de socialisation politique qui contribuent à construire une identité pour les futurs citoyens de l’Etat, tout cela est à inscrire dans les rapports de pouvoir qui traversent le secteur de l’éducation et qui méritent une attention particulière.
Gouvernementalité sanitaire
Il s’agit ici d’un cadre analytique permettant de comprendre les enjeux de pouvoir qui traversent le champ de la sante publique en Afrique, en mettant en lumière les pratiques de gouvernement qui régulent les comportements et les normes en matière de santé. On peut y inclure les campagnes de sensibilisation, les politiques de prévention, des programmes de vaccination, des réglementations sur l’alimentation ou la pratique du sport, des politiques de lutte contre les épidémies et les pandémies. En plus de cela, il serait intéressant d’aborder les processus de subjectivation qu’implique cette gouvernementalité, c’est-à-dire la manière dont les individus se constituent en tant que sujets à travers les discours et les pratiques liés à la santé. La notion de bioéthique est à insérer dans cette catégorie. Les normes sociales en matière de santé, les représentations du corps, les stigmatisations liées à certaines maladies, comportements ou inclinations, contribuent à façonner les identités des individus dans le domaine de la santé. Il s’agit enfin de réinterroger les politiques publiques, les institutions de santé publique, la prévention des maladies, la problématique de l’accès aux soins de santé, leur qualité etc…. Toutes ces politiques qui reflètent souvent des logiques de gouvernementalité qui visent à rendre tangible le biopouvoir.
Gouvernementalité et épistémologie
Bien que les deux concepts soient distincts, ils se rejoignent tout de même dans le domaine de la théorie politique et sociale. Si l’on considère que l’épistémologie examine comment la connaissance est produite, validée et transmise, ainsi que les présupposés, les méthodes et les cadres conceptuels qui sous-tendent cette production de connaissance. La gouvernementalité qui examine comment les savoirs et les techniques de gouvernement sont imbriqués et interdépendants, ne peut-elle pas être considérée comme une forme d’épistémologie du pouvoir qu’il serait intéressant à aborder dans le cadre d’une analyse ? il est ainsi question d’analyser comment les types de connaissance et de savoir ont émergé avec le concept de gouvernementalité, notamment dans les discours et les pratiques visant à la légitimisation de certaines formes de gouvernement. La finalité est de mieux comprendre les enjeux de pouvoirs qui sous-tendent les sociétés africaines post-coloniales. Comment la gouvernementalité en tant que processus de fabrication des savoirs a-t-elle été appropriée en contexte africain ? observe-t-on des dynamiques de réinvention comme semble le monter la montée en puissance de la notion de gouvernance, ou sommes-nous toujours dans le cadre du Path Dependancy ?
Modalités de soumission
Les propositions de résumé en français ou en anglais de 600 mots maximum (Times New Roman, interligne simple, taille 12), devront préciser les éléments suivants : le titre, la problématique, le choix théorique et méthodologique, les résultats attendus et enfin l’axe ou les axes choisis.
NB : ledit résumé sera précédé du nom et du prénom de ou des auteurs, du grade (éventuellement), ainsi que de l’adresse (mail et téléphone) et de l’institution d’attache.
Les propositions sont à faire parvenir par mail à l’adresse gouvernementalite@outlook.com
au plus tard le 30 août 2024 à 15 heures.
Coordonnateurs
Pr Jean Sylvain MVONDO
Dr Yannick OBAM (yannickobam@outlook.com /Tel : 654 11 72 03)
Calendrier
- Lundi 29 juillet : Publication de l’appel à contributions
- Mardi 20 août : Délai de réception des propositions
- Dimanche 25 août : Communication sur les propositions sélectionnées
- Vendredi 25 octobre : Délai de réception des articles complets
- Décembre 2024 : Parution de l’ouvrage
Comité scientifique
− Pr Mathias Éric OWONA NGUINI
− Pr Patrick ABANE ENGOLO
− Pr Nicolas YEBEGA NDJANA
− Pr Jeannot MVE BELINGA
− Pr Célestin KAPTCHOUANG TCHEJIP
− Pr Christian TSALA TSALA
− Pr Sedar BOKALLY
− Pr Chantal MVEH
− Pr Aristide MENGUELE
− Dr Éric SOURNA LOUMTOUANG (MR)
− Dr Abdou NJIKAM NJIFOTIÉ (MR)
− Dr Carole NOAZI NKEMKENG (MR)
− Dr Henri YAMBENE ABOL KINAN (MR)
− Pr Raymond EBALE
− Pr Jean Paul MBIA
− Dr Donadoni MANGA KALNINGA (MR)
− Dr Albert JIOTSA (MR)
− Pr Ruth Mireille MANGA EDOMO
− Pr Marcel Bruce NGOUYAMSA MEFIRE
− Pr Gaïus FANYIM
Comité de lecture
−Dr Fabrice Michel AKONO ABINA
−Dr Stanley DINSI CHUNG
−Dr Achille Magloire NGAH
−Dr Thimothé TOMO NDJOBO
− Dr Brigitte LEKANÉ VOMO
− Dr Yannick OBAM
− Dr Thierry OKALA EBODÉ
− Dr Sylvestre Nicker ABÉ MBARGA
− Dr Yannick NKENGUE
− Dr Christian BEYEME
− Dr Christelle NJIKI BIKOI
− Dr Hervé MVONDO
− Dr Jean Pierre NGONZO WATSI
− Dr Daniel NANA KOME
− Pierre Célestin BENGONO
− Dr Issac ESSAME
− Dr Hélène PONDY
− Dr Lionel NTSOBÉ MANDONG
− Dr Fred EKA
− Dr Marius BENDOMA
− Dr Walters AGBOR
− Dr Johanna MOTAZE
− Dr Pierre MEPONGO FOUDA
− Dr Moise MBEY MAKANG
− Dr Thierry Euloge BISSAYA BESSAYA
− Dr Ribéon ETABA
− Dr Richard James ZE EDO’O
− Dr Lydie Christiane AZAB A BOTO
− Dr Saliou ABBA
Bibliographie indicative
Foucault (M), L’archéologie du savoir, Paris, Gallimard, 1969, p.481.
Foucault (M), Naissance de la biopolitique : cours au Collège de France (1978-1979), Paris, Editions établies sous la direction de François Ewald et Alessandro Fontana, par Michel Senellart, 2004, p.355.
Foucault (M), Sécurité, territoire et population : cours au Collège de France (1977-1978), Paris, Gallimard Seuil, 1979, p.138.
Foucault (M), Surveiller et punir, Naissance de la prison, Paris, Gallimard, 1975, p.319.
Foucault (M), Dits et Ecrits II, 1976-1988, Paris, Gallimard, 1970, p.421.
Foucault (M), L’ordre du discours : Leçon inaugurale au Collège de France, prononcée le 02 décembre de 1970, Paris, Gallimard, 1981, P.35.
Foucault (M), L’histoire de la sexualité, Paris, Gallimard, 1994, P.224.
Foucault (M), Les mots et les choses, Paris, Gallimard, 1990, P.406.
Foucault (M), Le discours philosophique, Paris, Seuil Gallimard, 2023, P.21.
Lascoumes (P), « La gouvernementalité :de la critique de l’Etat aux technologies du pouvoir », Le Portique, leportique.revues.org/625
Aggeri (F), « La gouvernementalité chez Foucault : une perspective sur l’instrumentation de gestion », Philosophie et outils de gestion, Gilbert (P) et al, Paris, EMS Editions, 2021, p.6894.
Aggeri (F), « Les régimes de la gouvernementalité dans le domaine de l’environnement », Gouvernement, organisation et gestion : l’héritage de Michel Foucault, Hatchuel (A), Pezet (E), Starkey (K) et Lenay (O), Laval, Presses Universitaires de Laval, 2005, pp.431-464.
Appadurai (A), Apres le colonialisme. Les conséquences culturelles de la globalisation, Payot, coll. « Petite Bibliothèque Payot », 2015, p,336.
Obam (Y), « La nouvelle gouvernementalité sécuritaire au Cameroun a la lumière de la lutte contre Boko haram : contours et enjeux de la militarisation de la société camerounaise », Boko haram au Cameroun : dynamiques plurielles, (dir.) Wassouni (F), Gwoda (A.A), Bruxelles, P.I.E. Peter Lang, 2016, p.539.
Laborier (P), « La gouvernementalité », Michel Foucault, un héritage critique (dir.) JeanFrançois Bert ; Jérôme Lamy, Paris, Editions du CNRS, 2014, pp.169-181.
Burchell, Gordon (C) and Miller (P), Foucault Effect: Studies in, Governmentality
Lemke (T), « Marx sans guillemets » : Foucault, la gouvernementalité et la critique du néolibéralisme », Actuel Marx, 2004/2, n36, pp.13-26.
Dastooreh (K), Vers une sociologie foucaldienne : Réunir l’objectivation et la subjectivation, Paris, L’Harmattan, 2015, P.310.
Subjects
- Political studies (Main category)
- Society > Political studies > Political science
Date(s)
- Friday, August 30, 2024
Attached files
Keywords
- gouvernementalité, Afrique
Contact(s)
- Yannick Obam
courriel : yannickobam [at] outlook [dot] com
Information source
- Yannick Obam
courriel : yannickobam [at] outlook [dot] com
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To cite this announcement
« De la gouvernementalité en Afrique », Call for papers, Calenda, Published on Wednesday, July 31, 2024, https://doi.org/10.58079/12408

