Published on Tuesday, September 03, 2024
Abstract
Ce colloque propose de s’intéresser aux modalités informelles de regroupements des professionnel·les du film (liens familiaux ou amicaux, réseaux de solidarité, associations professionnelles ou de loisir, militantisme politique…), et au rôle qu’ils jouent dans la production et la circulation des films. En quoi les marges des espaces professionnels influencent-t-elles la production ? Comment documenter et mesurer l’impact des échanges qui se font en retrait des plateaux et des studios ? Peut-on faire l’histoire d’un film, ou plus largement d’une production, à partir d’autres lieux que le studio ? Il ne s’agit donc pas de se pencher sur les modes de production alternatifs, mais plutôt sur les liens qui opèrent entre diverses formes de regroupements et l’industrie du cinéma.
Announcement
Colloque international, Paris 8/Montpellier 3, Les 28 et 29 mars 2025 (Galerie Colbert)
Argumentaire
Les années 1990 ont vu le développement, à la suite notamment des travaux fondateurs de David Bordwell, Janet Staiger et Kristin Thompson, d’études se penchant sur les modes d’organisation du travail créatif au sein des structures industrialisées de production. Visant à analyser l’impact des modes d’organisation sur les œuvres qui y sont produites, ces travaux ont conduit à porter l’attention non seulement sur les processus de fabrication, mais aussi sur les interactions créatives qu’elles induisent, favorisant le développement d’approches interactionnistes, fortement influencées par les travaux d’Howard Becker. S’ils ont permis une observation fine des dynamiques créatives au sein d’espaces institutionnalisés, ils ont, en revanche, prêté moins d’attention à des modalités plus informelles de regroupements des professionnel.le.s du film (liens familiaux ou amicaux, réseaux de solidarité, associations professionnelles ou de loisir, militantisme politique…). En outre, leur focalisation sur les industries cinématographiques dominantes a pu conduire à négliger des modes de regroupement peu institutionalisés, parfois liés à des spécificités culturelles, qui peuvent pourtant également s’avérer influents. Ce colloque se donne alors pour objectif d’interroger les modalités de ces différents regroupements périphériques ou informels, ainsi que le rôle qu’ils jouent dans la production et la circulation des films. En quoi les marges des espaces professionnels influencent-t-elles la production? Comment documenter et mesurer l’impact des échanges qui se font en retrait des plateaux et des studios ? Peut-on faire l’histoire d’un film, ou plus largement d’une production, à partir d’autres lieux que le studio ? Il ne s’agit donc pas de se pencher sur les modes de production alternatifs, mais plutôt sur les liens qui opèrent entre diverses formes de regroupements et l’industrie du cinéma.
Ces regroupements pourront être abordés depuis trois angles d’analyse différents : par le prisme des structures, par celui des trajectoires, et enfin par celui des liens qui connectent ces deux ensembles. Il s’agira en effet, d’une part, d’observer le fonctionnement des différents espaces qui abritent et organisent ces regroupements (associations, cercles, salons, organisations caritatives, organisations politiques, agences, résidences, etc.), en s’intéressant aux modalités de rencontre, d’échanges et d’interactions ayant cours en leur sein. Il s’agira également de comprendre ce que les interactions qui s’y déroulent produisent sur les films : comment, en favorisant les échanges d’idées et de techniques, en connectant les individus ou encore en orientant les recrutements, ces regroupements agissent-ils sur l’émergence des projets, sur la constitution des équipes ainsi que sur les interactions créatives, à toutes les étapes de la fabrique et de la circulation du film ? Sans chercher à minimiser le rôle des espaces formalisés et/ou institutionalisés, il s’agit ainsi d’inviter à complexifier le panorama des interactions, en y intégrant des lieux moins considérés et des interlocuteurs moins directement visibles et en s’intéressant à leurs rapports avec les espaces institutionalisés de l’industrie.
Nous souhaiterions, à travers ce colloque, mener une réflexion à la fois terminologique et méthodologique. Qu’est-ce qui constitue un regroupement, dans le contexte de l’industrie cinématographique ? A quelles conditions peut-on parler de réseaux, et que gagne-t-on à envisager les interactions créatives par ce biais ? Il semble également indispensable de s’interroger sur les outils et approches permettant de saisir ces objets. Comment mobiliser les apports de la sociologie des réseaux dans ce cadre particulier de la création cinématographique? En quoi d’autres approches, notamment gender ou encore postcoloniales, permettent-elles de renouveler les enjeux et de faire apparaître de nouveaux questionnements ? Enfin, sur quelles sources s’appuyer, afin de mettre au jour ces interactions informelles, qui ne laissent a priori que peu ou pas de traces ?
Parce qu’il s’agit d’étudier les échanges informels en lien avec des industries cinématographiques structurées ou en cours de structuration, et parce que les réseaux et regroupements se forment souvent dans des contextes de mobilités, en partie liés aux événements politiques, nous faisons débuter ce colloque à l’année 1917. Celle-ci ne représente pas tant un point de départ qu’un point d’observation d’une période de bouleversements politiques majeurs, entraînant des reconfigurations des environnements et engagements politiques, mais aussi d’importants mouvements de circulations de personnes. Elle correspond également à la consolidation du système de studios hollywoodiens, et au début de leur domination sur l’industrie cinématographique mondiale. Symétriquement, l’année 1961 marque, d’une part, la fin du système de studio au sens classique du terme ; d’autre part, une cristallisation politique en deux blocs, conduisant à des reconfigurations des modalités de production – notamment dans leur dimension transnationale –, mais aussi des réseaux de solidarités.
Perspective et pistes :
# Trajectoires et réseaux
Les regroupements pourront tout d’abord être abordés par le prisme des trajectoires, qu’elles soient individuelles ou collectives. Il s’agirait, par exemple, de préciser des modalités de rassemblement propres à certaines professions du cinéma, à certains projets, ou dépendant du contexte culturel dans lequel ils prennent place. D’un point de vue méthodologique, une attention particulière pourrait être apportée à l’articulation entre les échelles micro et macro: en quoi des trajectoires individuelles sont-elles révélatrices de formes de regroupements informels plus structurels qui affectent le milieu cinématographique ? A l’échelle des liens, les propositions pourront également s’intéresser aux canaux de circulation ainsi qu’aux figures de médiateurs (agents, éditeurs, traducteurs…). L’approche depuis les structures invite également à considérer les divers lieux qui accueillent, favorisent et/ou mobilisent des formes de rapprochements et de réseaux. Il s’agira ainsi de faire émerger une variété de structures (salons privés, associations professionnelles, politiques, confessionnelles, mais aussi amicales de loisirs…) pour exposer leur capacité à fonctionner comme des points de rencontre, des espaces d’accueil, de passages. En rapportant ces questionnements aux films qui sont produits dans ce contexte, on cherchera également à analyser les formes de synergie, de transformation d’idées, de pratiques et d’héritages qui résultent de la circulation des acteurs et que les lieux de rapprochement informels favorisent. Symétriquement, on pourrait se demander si les mobilités volontaires comme forcées favorisent ou non la création de cercles liés à cette expérience.
#Espaces formalisés, espaces informels
La sociologie simmelienne rappelle en quoi les réseaux ne sont ni des constellations sociales, ni des cercles sociaux, mais naissent au contraire de l’intersection de différents cercles entre eux. Ce colloque s’intéressera donc aussi à la manière dont différentes sphères (politiques, informelles, associatives, familiales, syndicales, industrielles, caritatives, etc.) s’enchevêtrent - les différents cinémas de propagande offrant par exemple des cas d’études particulièrement intéressants d’articulation entre instances étatiques et regroupements politisés. Sous cette perspective, nous souhaitons ainsi mettre en avant la porosité et l’imbrication entre interactions formalisées et informelles, dans des contextes où relations personnelles et professionnelles sont bien souvent entremêlées. Les communications pourront se centrer aussi bien sur des films que sur des figures révélatrices de ces formes d’enchevêtrements.
# Échelles d’analyse
Nous souhaiterions également inviter à réfléchir aux différentes échelles – régionales, nationales, transnationales, globales – auxquelles se jouent ces rapprochements et interactions. En partant d’un espace identifié, on pourra ainsi s’intéresser aussi bien aux marges d’arbitrage des groupes locaux, au rôle joué par les organismes transnationaux (qu’ils soient chargés d’assister les migrations de personnes, d’organiser les coopérations internationales, ou la circulation des films), ou encore aux solidarités transfrontalières, souvent liées aux reconfigurations géopolitiques. Ces différentes configurations posent notamment la question des dimensions identitaires qui travaillent ces regroupements, des logiques communautaristes qui les motivent ou encore, à l’inverse, des formes d’entente plurielles qui en façonnent les contours.
#Groupes politisés
Ce colloque souhaite enfin porter l’accent sur la dimension politique des réseaux et des regroupements. Il invite notamment à dépasser, par des études de cas précises, la dichotomie traditionnelle entre individus politisés d’une part, et instances de production supposément neutres de l’autre, pour valoriser au contraire la complexité des investissements. On pourra ainsi s’intéresser aux différentes formes d’activisme présentes à l’intérieur ou à la marge des espaces de production, ou encore aux enjeux qui les mobilisent ; mesurer les possibilités d’engagement de différents acteurs dans des situations précises, en identifiant les logiques d’agency ; et plus largement, s’intéresser aux différentes modalités d’action des regroupements politisés sur le contenu des films.
Modalités de contribution
Les propositions de communications (maximum 2000 caractères), accompagnées d’une brève présentation bio-bibliographique de leur auteur ou autrice, peuvent être soumises en français ou en anglais aux deux adresses suivantes : demoulinfleury.claire@gmail.com ; katalin.por@univ-paris8.fr
jusqu’au 1er novembre 2024.
Organisation
- Claire DEMOULIN (RIRRA21 / Université Montpellier 3)
- Katalin PÓR (ESTCA/Université Paris 8 Vincennes Saint Denis /Institut Universitaire de France)
Comité scientifique
- Chloé Delaporte (RIRRA21/Montpellier 3)
- Claire Demoulin (RIRRA21/Montpellier 3)
- Claire Dutriaux (HDEA/Sorbonne Universit.)
- Mélisande Leventopoulos (ESTCA/Paris 8)
- Nedjma Moussaoui (Passages XX-XXI/Lyon 2)
- Katalin Pór (ESTCA/Paris 8/IUF)
- Valérie Pozner (Thalim/CNRS)
- Benoît Turquety (ESTCA/Paris 8)
Subjects
- History (Main category)
- Mind and language > Representation > Cultural history
- Mind and language > Representation > History of art
- Periods > Modern > Twentieth century
- Mind and language > Representation > Visual studies
- Society > History > Labour history
- Society > History > Social history
Places
- Galerie Colbert, 2 rue Vivienne
Paris, France (75)
Event attendance modalities
Full on-site event
Date(s)
- Friday, November 01, 2024
Keywords
- histoire du cinéma, réseau, transnational
Contact(s)
- Katalin Pór
courriel : katalin [dot] por [at] univ-paris8 [dot] fr
Information source
- Katalin Pór
courriel : katalin [dot] por [at] univ-paris8 [dot] fr
License
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To cite this announcement
« Associations, réseaux, cercles et salons. Regroupements de professionnel·les et industrie du cinéma (1917-1961) », Call for papers, Calenda, Published on Tuesday, September 03, 2024, https://doi.org/10.58079/128m9

